Chapitre 217
« Pardonnez mon ignorance, mais si je puis me permettre… »
« Vous êtes pardonné. »
Alors qu’un elfe à la silhouette élancée s’apprêtait à poser une question, un autre jeune elfe l’interrompit, provoquant un léger rire parmi les anciens présents dans la pièce.
Irtuk ne parut nullement offensé par cette interruption et inclina légèrement la tête, acceptant le commentaire qui se voulait pourtant insultant.
« Je vous remercie pour votre bonté, monsieur. »
L’attitude humble d’Irtuk fit claquer la langue du jeune elfe, déçu de ne pas avoir suscité de réaction.
Peu importait le manque de respect des remarques à son égard, Irtuk n’avait jamais perdu son calme.
« Vous disiez, Maître Irtuk ? »
L’assistant prit la parole, bien qu’une pointe d’admiration brillât dans ses yeux, mêlée à un profond respect pour cet homme que tout le monde semblait prendre à la légère.
« Je souhaitais m’enquérir de l’accord proposé par les banques, car je n’en ai pas été informé. »
Irtuk parla en promenant son regard sur les personnes présentes, qui s’agitèrent sur leurs sièges, manifestement mécontentes.
« Hm ? Il me semble pourtant vous avoir demandé de tenir Maître Irtuk au courant de cet accord, ou me trompé-je ? »
La voix de l’assistant se fit glaciale tandis qu’il fixait le jeune homme qui avait insulté Irtuk.
« Hein ? Je l’avais informé. Ne me blâmez pas pour son ignorance, tsk. »
« Ne claquez pas la langue devant le Seigneur, espèce d’idiot. »
Avant que l’assistant ne puisse réprimander l’elfe, l’ancien à la santé fragile prit la parole, les yeux fixés intensément sur le jeune homme.
Sous ce regard, le jeune elfe se tortilla sur son siège, avant de…
« Je vous présente mes excuses, mon seigneur. »
En inclinant la tête, l’elfe toucha la table, témoignant de sa plus grande révérence envers le chef de la guilde, qui gardait toujours les yeux clos.
« Revenons au sujet qui nous occupe. Pour répondre à votre question, Maître Irtuk, les banques ont proposé un accord de coopération conjointe. Pour résumer, elles souhaitent que nous unissions nos forces pour acculer financièrement Syma, réduisant ainsi leurs revenus et détruisant leur chaîne d’opérations. Bien que les méthodes suggérées soient répugnantes, je pense qu’au vu de la situation, nous devrions accepter cet accord ; il déterminera si nous serons en mesure de conserver notre domination sur le marché, comme par le passé. »
À l’explication de l’assistant, Irtuk hocha la tête, assimilant les informations.
« Si je puis me permettre une nouvelle question… cet accord inclut-il l’usage de la force militaire pour perturber les opérations de Syma ? »
L’assistant ne répondit pas immédiatement.
Il chercha d’abord l’approbation du chef du regard, puis choisit ses mots avec soin.
« Il existe bien des manières de perturber leurs activités, mais ne craignez rien : le recours à la force serait notre ultime option. Nous ne sommes pas des barbares, contrairement à ceux qui dirigent ces banques et s’enrichissent sur le sang de millions de personnes. »
L’assistant prononça ces mots sans hésitation.
Le ton de sa voix trahissait clairement son mépris pour la manière dont les banques opéraient.
Et… il en allait de même pour tous les anciens dans la pièce.
Les elfes étaient, par nature, une race dotée de la bénédiction de la nature.
Cela les rendait proches de celle-ci et, grâce à cette bénédiction, les elfes répugnaient naturellement à la violence, sauf en cas de nécessité absolue.
Bien que les empires elfiques eussent mené de nombreuses guerres au cours de l’histoire… on pouvait se demander si les elfes détestaient réellement la violence, ou s’il ne s’agissait là que d’une façade pour se présenter au monde comme des pacifistes.
« J’ai une suggestion. »
Après avoir réfléchi un instant, Irtuk leva la tête pour plonger son regard dans celui de l’assistant, tout en observant la réaction de chaque individu dans la salle, à l’exception du chef, qui n’avait toujours pas dit un mot.
« Pourquoi devrions-nous écouter la suggestion d’un raté comme toi, hein ? Aucun d’entre nous n’a envie de transformer la guilde en une organisation sans colonne vertébrale… »
« Silence. »
Pour la première fois de la réunion, le chef ouvrit les yeux et fixa Irtuk.
La pièce sombra dans le silence dès que ces mots furent prononcés, nul n’osant désobéir à cet ordre.
« Parlez. »
À cette injonction, Irtuk s’éclaircit la gorge et ordonna rapidement ses pensées.
« Mon seigneur, nous sommes une guilde d’alchimistes, tout comme Syma. Nous partageons une activité similaire ; chercher à brûler un voisin ne ferait qu’attiser les flammes dans notre propre camp. Les banques ne se soucient guère de nous et seraient ravies de nous voir nous entre-détruire, car cela leur permettrait de contrôler un nouveau secteur du monde des affaires. Syma réagirait certainement à toute agression de notre part, alors… à mon avis, il serait insensé de nous couper nos propres voies simplement par désir de dominer le marché. »
Le chef ne dit rien, attendant qu’Irtuk termine sa proposition.
« Si je puis me permettre… nous devrions tendre la main à Syma et œuvrer ensemble à un développement et une croissance mutuels, plutôt que de mener une bataille qui ne mènera qu’à des pertes pour les deux camps. »
Irtuk inclina légèrement la tête après avoir terminé sa suggestion, ce qui lui valut des regards mécontents de la part de tous les cadres, à l’exception de l’assistant et du chef.
Le chef ne commenta pas la proposition et referma les yeux, signalant aux autres de poursuivre la discussion.
« Maître Irtuk, pardonnez ma rudesse, mais ce n’est pas parce que vous craignez une bataille que nous devons ressentir la même chose. Nous sommes les représentants de la Maison Elor, et il serait indigne de nous de tendre la main à une guilde de barbares qui vient à peine de trouver une assise stable dans ce monde. Nous exerçons ce métier depuis des siècles, alors… j’espère que vous comprenez ce que j’essaie de dire. »
L’ancien fragile fut le premier à prendre la parole.
Beaucoup hochèrent la tête à ses paroles.
Irtuk, bien qu’étant l’aîné de la Maison Elor, ne possédait aucune des capacités dont le sang royal aurait dû être doté dès la naissance.
Les elfes avaient une maîtrise du mana supérieure à celle des autres races. Leurs réserves de mana étaient également légèrement plus élevées que la moyenne mondiale.
À cela s’ajoutait la capacité d’interagir plus efficacement avec la nature et de la contrôler.
Les membres de la famille royale elfique y excellaient, leur lignée faisant d’eux les plus supérieurs parmi les leurs.