Chapitre 18
« Qu’y a-t-il au petit-déjeuner ? »
Sur le chemin du réfectoire, j’étais suivi par Julien qui, pour une raison obscure, avait l’air… pitoyable.
Ses yeux étaient anormalement rouges.
Avait-il pleuré toutes les larmes de son corps ?
Un mauvais rêve, peut-être.
Il marmonnait dans le vide, ou s’adressait-il à moi ?
Comment aurais-je pu savoir ce que le chef cuisinait ?
Et ne suis-je pas son patron ? C’était à moi de poser cette question.
Ce type…
Je lui assenai une tape sur la tête alors que Julien marchait distraitement à mes côtés.
« Aïe, pardon patron. Je me parlais à moi-même. Ha ha !! »
C’était quoi ce rire sinistre ?
« Tu ferais mieux de te préparer pour le voyage à venir. Les choses vont devenir intéressantes. »
En tant que stratège, il n’avait pas besoin d’être un combattant hors pair.
Mais il devait au moins être capable de se défendre.
J’envisageais de demander à Arthur de l’entraîner avec moi. Bien qu’il n’eût aucun talent pour le combat, apprendre les bases ne serait pas bien difficile.
« J’ai emballé tout ce qui pourrait être nécessaire. Il y avait de nouveaux savons dans notre chambre. Je les ai pris avec moi. »
Julien gonfla le torse.
« … »
Était-ce quelque chose dont il fallait être fier ?
« Je veux dire, pourquoi les gaspiller s’ils étaient destinés à notre usage, n’est-ce pas ? »
Que devais-je faire de ce type ?
Il n’avait pas tort dans sa façon de penser, mais je devais faire quelque chose pour sa mentalité.
Ayant vécu dans les bidonvilles pendant des années, son mode de vie était bien différent du mien.
Je ne disais pas qu’il devait agir comme un petit noble arrogant, mais en tant que pilier important de D.X., il devait dégager une certaine prestance.
Une aura qui forcerait le respect des autres.
Pour qu’ils obéissent à ses ordres sans la moindre hésitation.
S’il se comportait ainsi, il n’y avait aucune chance que ces méchants orgueilleux l’écoutent un jour.
Ignorant les faibles tentatives de Julien pour justifier sa logique, nous nous dirigeâmes vers le réfectoire.
Il était bondé, les gens faisant la queue pour obtenir leur ration de nourriture.
Nous contournâmes la file et arrivâmes en tête.
Personne ne s’opposa à notre présence.
Pourquoi l’auraient-ils fait ?
Arthur avait ordonné à tout le monde de nous traiter comme des VIP.
Le personnel chargé du service s’inclina immédiatement et prépara nos assiettes.
Je m’installai dans le coin le plus reculé de la salle, près des fenêtres, pour savourer mon petit-déjeuner.
Manger au petit matin avait un charme singulier.
Julien s’assit en face de moi, fixant son assiette comme un rapace.
Le type n’avait sûrement jamais vu une nourriture d’une telle qualité.
Un pur luxe pour lui.
« Arrête de faire le péquenaud et finis ton assiette ! Nous devons partir tôt. »
« Ah ! Oui. »
Soupir.
***
« J’ai préparé les hommes que vous avez demandés. Trente d’entre eux sont au rang de noyau d’argent, tandis que quinze sont au rang d’or. Les cinq restants sont des experts de platine. »
Expliqua Arthur alors que nous nous dirigions vers les terrains dégagés où nos moyens de transport étaient stationnés.
Je pouvais voir l’hésitation dans les yeux d’Arthur.
« Pose ta question. »
Voyant que je l’autorisais à parler, il demanda : « Allons-nous à la recherche d’Alfred ? »
« Pas à sa recherche. Je sais qu’il est là-bas, dans les montagnes d’Ares. »
« Êtes-vous sûr de votre source ? Cela pourrait très bien être un piège pour attirer les chasseurs de primes qui en veulent à sa vie. »
Il avait raison.
Si j’avais reçu cette information d’une autre source, cela aurait été un pari risqué.
Alfred — ce fou — aurait très bien pu préparer quelque chose de similaire pour ses poursuivants.
Mais je connaissais sa position grâce au jeu.
Quoi qu’il arrive, Alfred ne déplaçait jamais sa base d’opérations principale.
Il n’avait jamais peur.
Il ne craignait jamais d’être découvert.
Peut-être avait-il des mesures de précaution au cas où son repaire serait pris d’assaut.
Mais…
Avec Arthur à mes côtés, je pourrais même prendre d’assaut le palais royal.
Non pas que je sois stupide.
Arthur semblait avoir des réserves sur la façon dont j’étais au courant.
« Ne te soucie pas des détails. Ma source est fiable, et même si les choses tournent mal, je suis certain que tu sauras gérer la situation avec aisance, n’est-ce pas ? »
« Ça, je le peux… Haa… Très bien, allons-y alors ! »
Soupirant, Arthur se dirigea vers ce qu’on pourrait appeler un petit désert.
Le sol était dénudé, sans aucun arbre en vue. Cela ressemblait davantage à une zone de guerre.
Devant nous, des camions blindés étaient garés en ligne.
Un, deux, trois… Il y en avait environ six, avec ce qu’on pourrait appeler une voiture — un véhicule blindé — en tête.
La voiture ressemblait à un SUV au châssis large.
Les pneus semblaient robustes, comme s’ils étaient conçus pour résister à une explosion nucléaire.
Non qu’une telle chose existât dans ce monde.
La science ici était peut-être avancée, mais ce monde ne possédait pas toutes ces inventions de la Terre.
La présence de la magie signifiait qu’il n’était pas nécessaire de créer des armes conventionnelles d’un tel calibre.
Les individus les plus puissants de cette planète étaient plus redoutables que toutes les ogives nucléaires combinées.
En inspectant la voiture, je remarquai des… outils, peut-être, fixés dessus.
Suivant mon regard, Arthur commenta.
« Ces canons servent à l’attaque. »
« Alors, tirent-ils du mana ? »
« Pas exactement du mana, mais ils tirent des projectiles qui sont, pour ainsi dire, une forme condensée de mana, gravée de runes et de formations afin d’exploser à l’impact et non à l’intérieur du véhicule. »
Arthur expliqua patiemment. Bien qu’il trouvât intrigant que quelqu’un né dans la Maison Frost ignorât ce qui pouvait être considéré comme élémentaire.
Mais il y avait une règle qu’il devait suivre, quelque chose que chaque employé se devait de respecter —
Ne jamais douter de son patron !
En regardant les véhicules — la peinture noire et blanche utilisée pour les colorer…
Ils avaient tous l’air intimidants.
C’était…
C’était putain de classe !!