Chapitre 9
Quelques heures plus tôt...
Le grand palais impérial d'Arkhelios était plus animé que jamais.
La vaste salle du banquet brillait sous la lumière de centaines de lustres en cristal. Les longues tables étaient recouvertes de mets raffinés, de pâtisseries, de fruits rares et des meilleurs vins de l'Empire.
Les nobles discutaient entre eux dans une ambiance élégante.
Certains parlaient de politique.
D'autres de commerce.
Quelques jeunes héritiers riaient autour des musiciens qui jouaient une mélodie légère.
Tous attendaient l'arrivée de l'Empereur et de l'Impératrice pour ouvrir officiellement la Fête de Fondation de l'Empire.
Près d'une fenêtre, plusieurs femmes nobles s'étaient réunies en petit cercle.
L'une d'elles baissa la voix.
— Vous avez entendu ? La princesse qui a été écartée de la couronne n'a même pas été invitée par l'Impératrice en personne.
Une autre hocha doucement la tête.
— Oui... J'ai entendu la même chose.
Elle soupira.
— Une princesse ne mérite pas un tel traitement. Je la plains.
Une troisième regarda discrètement autour d'elle avant d'ajouter :
— Mais j'ai appris autre chose.
Les deux autres s'approchèrent.
— L'Impératrice aurait envoyé une invitation à la duchesse Kay Cernum... sans le sceau impérial.
Les deux femmes ouvrirent de grands yeux.
— Sans le sceau impérial ?
— C'est un manque de respect envers une maison fondatrice...
Une quatrième femme secoua lentement la tête.
— Franchement...
Elle poussa un léger soupir.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi elle est devenue impératrice.
À peine avait-elle terminé sa phrase que les conversations autour d'elles s'interrompirent.
Un homme venait de passer derrière elles.
Grand.
La trentaine.
Les cheveux bruns coupés courts.
Des yeux gris perçants.
Son simple regard imposait le respect.
Il s'agissait du marquis Belliotus.
Il était reconnu dans tout l'Empire pour son immense fortune, ses talents dans le commerce et son influence dans les affaires politiques. Bien qu'il reste officiellement neutre, chacun savait que son avis pouvait faire basculer bien des décisions.
Le marquis s'arrêta quelques instants.
Sans même les regarder directement, il déclara d'une voix calme :
— Faites attention à ce que vous dites.
Un silence pesant s'installa.
Il ajouta simplement :
— Les murs ont des oreilles.
Puis il reprit sa marche comme si de rien n'était.
Les quatre femmes restèrent figées.
Plus aucune n'osa prononcer un mot.
Même neutre, le marquis Belliotus était un homme que personne ne souhaitait avoir contre soi.
Au même moment...
Dans les appartements impériaux.
Angelia se trouvait seule devant son immense miroir.
Sa nouvelle robe, confectionnée à la hâte après l'incident de la précédente, était enfin prête.
Elle passa lentement sa main sur le tissu.
Son sourire paraissait parfait.
Celui d'une impératrice douce et irréprochable.
Pourtant...
Dès qu'elle fut certaine d'être seule, son expression changea.
Son regard devint vide.
Elle posa lentement une main sur son ventre.
Quelques secondes passèrent.
Puis...
Elle commença à frapper son propre ventre avec son poing.
Un premier coup.
Puis un deuxième.
Sa voix tremblait de haine.
— Pourquoi es-tu venu...
Un troisième coup.
— Tu aurais dû mourir...
Elle frappa encore plus fort.
— Dépêche-toi de mourir...
Sa respiration devenait irrégulière.
Pendant quelques instants, seul le bruit de ses coups résonna dans la chambre.
Puis...
Elle s'arrêta brusquement.
Elle inspira profondément.
Son visage retrouva peu à peu son sourire habituel.
Comme si rien ne s'était passé.
Elle arrangea calmement sa robe.
— Il est temps...
Dans une autre aile du palais...
L'Empereur quitta son bureau.
Deux gardes ouvrirent les grandes portes devant lui.
Son assistant l'attendait déjà dans le couloir.
L'Empereur ajusta sa cape.
— Tout est-il prêt ?
L'assistant s'inclina.
— Oui, Votre Majesté.
— Les nobles sont déjà réunis dans la salle de banquet.
— Les délégations étrangères sont également arrivées.
L'Empereur acquiesça.
— Bien.
Ils commencèrent à marcher en direction de la grande salle.
Au détour d'un couloir...
L'Empereur aperçut une silhouette familière.
C'était Lysa, la servante personnelle d'Angelia.
Elle marchait seule, la tête légèrement baissée.
Un discret bandage était visible sur son front, dissimulé sous ses cheveux.
L'Empereur ralentit légèrement.
Son regard resta quelques instants posé sur elle.
Lysa s'inclina avec respect lorsqu'elle croisa son souverain.
Puis elle poursuivit son chemin sans dire un mot.
L'Empereur la regarda s'éloigner.
Un étrange pressentiment traversa son esprit.
Mais il finit par détourner les yeux.
La fête allait bientôt commencer.
Et sans que personne ne s'en doute, plusieurs destins étaient sur le point de se croiser sous les lustres du palais impérial.