Chapitre 16
Chapitre 16
La nuit était complètement tombée sur la capitale impériale.
Après le chaos qui avait marqué la Fête de Fondation, les lumières du château impérial s'éteignaient peu à peu. Les nobles étaient déjà repartis, les domestiques rangeaient la salle du banquet et les gardes reprenaient leurs postes.
Stella, elle, venait de sortir de l'immense château.
Elle s'arrêta quelques secondes devant les grandes marches.
Au-dessus d'elle, le ciel était magnifique.
Des milliers d'étoiles brillaient dans l'obscurité, parfaitement visibles entre les nuages qui s'étaient dispersés.
Stella leva les yeux.
Elle resta silencieuse.
Après tout ce qui venait de se produire, ce calme lui faisait presque du bien.
Elle regarda autour d'elle.
Il n'y avait presque plus personne.
Quelques gardes étaient encore présents à l'entrée, mais aucun carrosse ne semblait l'attendre.
Stella soupira.
— Bon...
Elle posa une main sur sa hanche.
Je vais devoir marcher à pied jusqu'au duché, il me semble.
Elle regarda la route qui s'étendait devant elle.
Le Duché Von Thalion se trouvait loin du château impérial.
Très loin.
Elle aurait normalement dû disposer d'un carrosse.
Mais personne n'avait pensé à elle.
Ou plutôt...
Personne n'avait voulu penser à elle.
Stella sourit légèrement.
— Peu importe.
Elle commença à marcher.
Ses pas résonnaient doucement sur les pavés.
Elle avançait seule dans les rues presque désertes de la capitale.
Son corps était encore loin d'être complètement remis de ses années de négligence, mais son entraînement commençait déjà à porter ses fruits.
Elle respirait beaucoup mieux.
Ses jambes étaient plus solides.
Son endurance progressait chaque jour.
Elle continuerait.
Elle devait transformer ce corps.
Elle devait devenir plus forte.
Et surtout...
Elle devait être prête pour ce qui allait suivre.
Pendant ce temps, un carrosse roulait en direction du Duché Von Thalion.
À l'intérieur, le silence était pesant.
Le duc Von Thalion était assis près de la fenêtre.
Il regardait vaguement le paysage défiler.
Son visage était fermé.
L'humiliation de la soirée tournait encore dans son esprit.
Sa propre fille lui avait donné une gifle devant toute la noblesse.
Elle avait également giflé sa femme.
Elle avait insulté sa famille.
Et pire encore...
Elle avait défié l'Empereur.
Le duc serra les poings.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Il ne comprenait toujours pas cette nouvelle Stella.
La jeune fille qu'il avait connue autrefois était faible.
Elle pleurait.
Elle suppliait.
Elle cherchait désespérément l'approbation de son père.
Mais celle qui était revenue aujourd'hui était différente.
Froide.
Arrogante.
Imprévisible.
À côté de lui, sa femme observait silencieusement son mari.
Elle était toujours furieuse.
Elle finit par détourner le regard.
Dans son esprit, une pensée amère apparut.
Comment ai-je pu épouser un duc pareil ?
Elle serra les dents.
Il ne nous a même pas défendues, Angelia et moi.
Elle regarda son mari.
Il semblait complètement absorbé par ses propres pensées.
Ne me dis pas qu'il repense encore à cette femme morte...
Une ancienne blessure qu'elle avait toujours gardée en elle refaisait surface.
Elle ne posa cependant aucune question.
J'attendrai que nous soyons arrivés au duché.
Le carrosse continua son chemin dans la nuit.
Au même moment, dans le château impérial...
Angelia était allongée sur son lit.
La chambre était plongée dans l'obscurité.
Les bougies étaient éteintes.
Aucune servante n'était présente.
Même Théron n'était pas venu la voir.
Angelia ouvrit lentement les yeux.
Elle se redressa avec difficulté et s'assit contre le dossier de son lit.
Son regard parcourut la pièce sombre.
Elle resta silencieuse.
Elle avait imaginé une autre soirée.
Elle avait imaginé Stella humiliée.
Elle avait imaginé tout le monde croire à son innocence.
Elle avait imaginé Théron se rapprocher davantage d'elle.
Mais rien ne s'était déroulé comme prévu.
Au contraire.
Stella avait réussi à obtenir exactement ce qu'elle voulait.
Son exil avait été levé.
Elle allait retourner au Duché Von Thalion.
Et Théron semblait même intrigué par elle.
Angelia serra les dents.
Cinq ans...
Cela faisait déjà cinq ans qu'elle était devenue impératrice.
Cinq années durant lesquelles elle avait tenté de contrôler progressivement Théron.
Elle pensait avoir réussi.
Mais ce soir...
Elle avait compris qu'elle ne contrôlait pas autant l'Empereur qu'elle le croyait.
Angelia passa une main dans ses cheveux.
Les choses ne se déroulent pas comme prévu.
Son regard devint froid.
Stella...
Un coup retentit soudain à la porte.
Toc. Toc.
Angelia ne répondit pas.
Elle fixa simplement la porte.
Quelques secondes passèrent.
Puis un deuxième coup.
Toc. Toc.
Angelia soupira.
— Entre.
La porte s'ouvrit lentement.
Lysa entra.
Elle referma doucement la porte derrière elle.
Puis elle s'approcha du lit.
Son état était pitoyable.
Un bandage entourait encore sa tête à cause de la blessure qu'Angelia lui avait infligée.
Lysa gardait les yeux baissés.
Elle ne disait rien.
Angelia tourna lentement la tête vers elle.
Son visage se transforma.
Une expression furieuse apparut.
— Espèce de sale déchet.
Lysa resta immobile.
— Tu veux que les gens disent que je traite mal ma servante personnelle ?
La jeune servante serra discrètement les poings.
Angelia continua.
— Tu es mon déchet.
Sa voix était remplie de mépris.
— Personne ne voulait de toi.
Lysa ne répondit pas.
— C'est moi qui ai fait de toi ma servante personnelle.
Angelia sourit froidement.
— Parce que tu m'es utile.
Lysa baissa encore davantage la tête.
Elle savait qu'il était inutile de répondre.
— Oui, Votre Majesté.
Angelia observa son bandage avec irritation.
— Et maintenant, regarde-toi.
Elle détourna les yeux.
— Pars.
Lysa ne bougea pas immédiatement.
— Je ne veux plus te voir.
Puis Angelia ajouta :
— Et tu ferais mieux d'enlever ce bandage sur ta tête.
Lysa serra les dents.
— Oui, Votre Majesté.
Elle s'inclina.
Puis elle se dirigea vers la porte.
Elle sortit.
Elle referma soigneusement derrière elle.
Une fois dans le couloir, Lysa resta immobile quelques secondes.
Son visage était vide.
Ses yeux étaient fatigués.
Elle marcha ensuite lentement dans le long couloir.
Ses pas résonnaient dans le silence du château.
Elle ne pleurait pas.
Elle n'avait même plus la force de pleurer.
Elle avançait simplement.
Plusieurs heures plus tard...
Le carrosse du duc arriva enfin au Duché Von Thalion.
Les chevaux s'arrêtèrent devant l'imposante demeure.
Le duc descendit.
Sa femme le suivit.
Ils s'attendaient à voir les serviteurs se précipiter pour les accueillir.
Mais personne ne vint.
Le duc fronça les sourcils.
— Où sont-ils tous ?
Il monta les marches.
La porte principale était fermée.
Il l'ouvrit.
— Pourquoi personne n'est là ?
Il entra.
Sa femme le suivit.
Le grand hall était plongé dans une semi-obscurité.
Puis...
Ils s'arrêtèrent.
Une silhouette se tenait au milieu du hall.
Une jeune femme.
Ses cheveux violets tombaient librement sur ses épaules.
Ses yeux dorés brillaient dans l'obscurité.
Stella.
Elle était déjà là.
Elle croisa lentement les bras.
Un sourire apparut sur son visage.
Le duc et sa femme restèrent complètement stupéfaits.
Le duc murmura :
— Stella...?
Elle inclina légèrement la tête.
— Bonsoir.
Sa voix était parfaitement calme.
Puis son sourire s'élargit.
— Bienvenue chez vous.
Le duc ne trouva rien à répondre.
Stella, elle, avait déjà commencé à prendre possession de son territoire.
Le véritable combat venait seulement de commencer.