Chapitre 17
Chapitre 17
Le duc Von Thalion et sa femme restèrent silencieux dans le grand hall.
Aucun des deux ne savait quoi dire.
Devant eux, Stella se tenait tranquillement au milieu de l'entrée, comme si elle vivait ici depuis toujours.
Elle avait déjà pris ses aises.
Son attitude était totalement différente de celle de la jeune fille qui avait quitté le duché cinq ans auparavant.
Le duc la dévisageait.
Une question lui revenait sans cesse à l'esprit.
*Comment a-t-elle pu arriver ici avant nous ?*
Il regarda par les grandes fenêtres.
La nuit était toujours profonde.
Normalement, il fallait environ deux heures en calèche pour rejoindre le duché depuis la capitale.
Même avec des chevaux rapides, le trajet restait long.
Pourtant, Stella était déjà là.
Le duc plissa les yeux.
Impossible...
Stella, elle, affichait un large sourire.
Mais ce n'était pas un sourire chaleureux.
Ce n'était pas le sourire d'une fille heureuse de retrouver sa maison.
C'était un sourire inquiétant.
Un sourire presque démoniaque.
La duchesse sentit un frisson parcourir son dos.
Elle détourna légèrement les yeux.
— Cette fille...
Stella n'écoutait déjà plus.
Elle se dirigea tranquillement vers l'escalier.
Mais avant de monter, elle s'arrêta.
Un souvenir lui revint à l'esprit.
Une heure plus tôt...
Stella marchait seule dans les rues de la capitale.
Elle n'avait obtenu aucun carrosse.
Elle devait donc rejoindre le duché par ses propres moyens.
Elle regarda la longue route devant elle.
Puis elle soupira.
— Bon...
Elle se mit à s'étirer.
Elle fit rouler ses épaules, étira ses jambes et inspira profondément.
Un léger sourire apparut.
Heureusement que j'étais la meilleure agente dans mon ancienne vie.
Elle regarda les bâtiments autour d'elle.
Les rues étaient presque désertes.
Puis Stella prit de l'élan.
Elle courut.
Arrivée devant une maison, elle prit appui sur un mur et bondit.
Son pied toucha le rebord d'une fenêtre.
Elle s'éleva encore.
En quelques secondes, elle atteignit le toit.
Elle regarda la route depuis les hauteurs.
— Beaucoup mieux.
Elle se mit à courir.
Puis sauta sur le toit suivant.
Un autre.
Puis un autre.
Ses mouvements étaient rapides et précis.
Son corps encore enrobé n'était pas aussi léger qu'elle l'aurait voulu, mais son expérience d'agente lui permettait de compenser.
Elle franchissait les obstacles sans ralentir.
Un saut.
Une réception.
Une course.
Puis un nouveau saut.
Elle traversait ainsi la capitale par les toits.
Soudain, dans une petite maison, un enfant regarda par la fenêtre.
Il aperçut une silhouette violette passer rapidement devant ses yeux.
Ses yeux s'écarquillèrent.
— Maman !
Sa mère arriva rapidement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Le garçon pointa la fenêtre.
— J'ai vu... un monstre !
La femme regarda dehors.
Mais Stella était déjà loin.
Le souvenir disparut.
Stella se trouvait de nouveau dans l'escalier du duché.
Elle monta tranquillement les marches.
Son sourire ne disparaissait pas.
Elle arriva à la moitié de l'escalier.
Puis elle s'arrêta.
Elle tourna lentement la tête vers son père et sa belle-mère.
Son regard doré brillait dans la pénombre.
— Oh...
Elle posa une main sur la rambarde.
— Et je compte bien prendre la chambre Étoile de Jade.
Son sourire devint encore plus grand.
— Après tout, c'est la chambre de l'héritière.
Puis elle continua son chemin.
Le duc resta immobile.
Sa femme aussi.
Quelques secondes passèrent.
— Elle...
La duchesse n'arrivait même pas à terminer sa phrase.
Le duc soupira profondément.
— Allons dans notre chambre.
Il se retourna.
Sa femme le suivit.
Mais aucun des deux ne savait encore comment gérer le retour de Stella.
Pendant ce temps, très loin de là...
Sous le château impérial...
Dans les profondeurs du palais se trouvait un endroit que peu de personnes connaissaient.
Un donjon souterrain.
L'endroit ressemblait davantage à une prison qu'à une partie du palais.
Les murs étaient froids.
L'humidité avait recouvert certaines pierres.
Une faible lumière provenant de quelques torches éclairait les couloirs.
Au fond d'une cellule se trouvait un homme.
Il portait encore les vêtements d'un serviteur.
Mais ils étaient couverts de poussière et de sang.
Son visage était extrêmement amoché.
Il était agenouillé sur le sol.
Devant lui se tenait l'Empereur Théron.
Il était assis sur une chaise.
À côté de lui se trouvait Orion Kaelen.
Le bras droit de l'Empereur ne disait rien.
Il se contentait d'observer.
Le prisonnier pleurait.
— Votre Majesté...
Sa voix tremblait.
— Je vous en supplie...
Théron le regardait avec indifférence.
— Ce n'était pas moi.
L'homme secoua la tête.
— Je vous jure que ce n'était pas moi qui ai mis le poison dans la coupe !
Il joignit ses mains.
— J'ai seulement fait ce qu'on m'a demandé !
Théron esquissa un sourire arrogant.
— Tu sais quoi ?
Le prisonnier leva les yeux.
— On va dire que c'est toi.
Le serviteur resta pétrifié.
— Quoi... ?
L'Empereur croisa tranquillement les jambes.
— Tu seras le coupable innocent.
Il sourit.
— Celui qui portera le chapeau.
Le serviteur se mit à pleurer davantage.
— Non !
Il se frappa le front contre le sol.
— Pitié !
Boum.
— Ce n'était pas moi !
Boum.
— Je vous en supplie !
Boum.
Il releva son visage ensanglanté.
— C'était Lysa !
Le sourire de Théron disparut.
Le silence devint immédiatement plus lourd.
Le prisonnier continua précipitamment :
— Lysa... la servante personnelle de Sa Majesté l'Impératrice...
Orion plissa légèrement les yeux.
Théron resta parfaitement immobile.
Quelques secondes passèrent.
Puis son visage devint complètement froid.
— Et alors ?
Le prisonnier trembla.
— Votre Majesté...
Théron se leva lentement.
— Je t'ai dit que tu serais le coupable.
Il s'approcha.
— Alors tu te tais.
Le serviteur tremblait de tout son corps.
— Mais...
Théron s'arrêta devant lui.
— Et tu m'obéis.
Le prisonnier comprit.
Il n'avait aucune chance.
— Oui...
Sa voix était à peine audible.
— Oui, Votre Majesté...
Théron regarda ses propres mains.
Il portait encore des gants tachés de sang.
Il les retira lentement.
Puis les jeta sur le prisonnier.
Les gants tombèrent sur son visage.
L'homme poussa un petit cri.
Théron se détourna.
— Orion.
— Votre Majesté.
— Fais ce qu'il faut.
L'Empereur quitta la cellule.
La porte se referma derrière lui.
Le silence revint.
Orion resta seul avec le prisonnier.
L'homme leva les yeux vers lui.
— Pitié...
Orion ne répondit pas.
Il posa lentement la main sur la poignée de son épée.
Le prisonnier comprit.
— Attendez...
La lame sortit du fourreau.
Quelques instants plus tard...
Le silence du donjon fut définitif.
Orion rengaina son épée.
Il regarda une dernière fois le corps avant de quitter la cellule.
Dans le couloir, l'Empereur attendait déjà.
Orion s'approcha.
— C'est terminé.
Théron ne répondit pas immédiatement.
Il regardait les flammes d'une torche.
Puis il demanda :
— Et Lysa ?
Orion resta silencieux.
— Elle n'a rien dit.
Théron esquissa un sourire froid.
— Intéressant.
Il se retourna.
— Alors surveille-la.
Orion s'inclina.
— À vos ordres.
Pendant ce temps, dans le Duché Von Thalion, Stella venait enfin d'ouvrir la porte de sa nouvelle chambre.
Elle observa la pièce.
Un sourire satisfait apparut sur son visage.
— La chambre Étoile de Jade...
Elle entra.
— Me voilà enfin chez moi.
Elle referma doucement la porte.
Et dans le silence de la nuit, ses yeux dorés brillèrent.
Le jeu venait seulement de commencer.