Chapitre 9
Chapitre 9
Je gardai l'affiche quelques instants entre mes mains, puis je réfléchis un moment.
« Deux Écus de cuir… Est-ce que je vais pouvoir me payer quelque chose avec ça ? »
Je levai lentement les yeux vers le grand panneau des missions.
Toutes les autres catégories semblaient proposer des récompenses bien plus intéressantes.
Certaines affichaient huit écus.
D'autres douze.
Quelques-unes montaient même jusqu'à plusieurs dizaines.
Et la mienne…
Deux.
Je poussai un long soupir.
« C'est mieux que rien, mais pourquoi les missions de la classe Cuir sont aussi mal payées ? »
Autour de moi, plusieurs mercenaires continuaient de décrocher des affiches sans même prêter attention à ma remarque.
Ils semblaient tous savoir exactement ce qu'ils étaient venus chercher.
Moi, j'avais plutôt l'impression d'être un étudiant qui découvrait le fonctionnement d'une université le jour de la rentrée.
Bien que je ne sois pas allé à l'université, je suppose que je ressentirai plus ou moins la même chose.
Je relus rapidement l'objectif de ma mission.
« Vingt plantes... pour deux écus... »
Je fis une petite moue.
« C'est de l'exploitation en fait... »
Je finis par hausser les épaules.
« Mais bon... chaque chose en son temps. Si je veux gagner plus, il va déjà falloir survivre à cette mission. »
Je repliai soigneusement la feuille avant de retourner vers le comptoir.
Emma, l'hôtesse qui m'avait accueilli quelques minutes plus tôt, leva immédiatement les yeux lorsqu'elle me vit revenir.
Un léger sourire amusé apparut sur son visage.
« Déjà de retour ? »
« Je viens officiellement prendre ma première mission. »
Je lui tendis la feuille.
Elle la parcourut rapidement du regard.
« Chasse aux Assassin's Nettle... »
Elle acquiesça.
« C'est un bon choix pour commencer. »
« En même temps... »
Je désignai le tableau derrière moi.
« Je n'avais pas énormément de choix. »
Elle esquissa un sourire.
« C'est vrai. Les missions de classe Cuir sont plutôt rares. »
« Pourquoi ? »
Elle prit l'affiche avant de la tamponner.
« Parce que très peu de personnes restent dans cette classe suffisamment longtemps. »
Je haussai un sourcil.
« Ah bon ? »
« La plupart des nouveaux gagnent rapidement en expérience et passent à la classe supérieure. »
Elle me rendit la feuille.
« Ceux qui restent trop longtemps en classe Cuir... »
Elle marqua une légère pause.
« ...ne restent généralement pas mercenaires très longtemps. »
Je restai silencieux.
Je ne savais pas si cette phrase devait être rassurante.
J'avais plutôt l'impression qu'elle venait de me souhaiter une mort prématurée.
« Je vais prendre ça comme un encouragement. »
Emma éclata légèrement de rire.
« Ce n'était pas le but. »
Elle posa son coude sur le comptoir.
« Vous savez déjà où se déroule la mission ? »
« Nan, je n'en ai aucune idée. »
D'un geste de la main, Emma me fit signe de retourner la feuille de mission que j'avais entre les mains.
Au dos se trouvait effectivement un plan dessiné à la main.
Je ne l'avais même pas remarqué.
« Oh... »
Je l'observai quelques secondes.
« C'est pratique. »
« Toutes les missions en possèdent un. »
Je hochai la tête.
Le dessin était simple, mais suffisamment précis.
Une rue.
Un carrefour.
Une petite rivière.
Puis une maison isolée.
Même moi, je devrais réussir à m'y rendre.
Enfin...
J'espérais.
Je relevai la tête.
« Une dernière question. »
Emma sourit déjà.
« Je m'en doutais. »
« Ces Assassin's Nettle... elles sont dangereuses ? »
Son sourire s'effaça lentement.
« Oui. »
Sa réponse fut si rapide qu'elle me fit presque regretter d'avoir posé la question.
« Enfin... tout dépend de votre définition de dangereux. »
« Celle où je continue à respirer à la fin. »
« Dans ce cas... oui. »
Je déglutis discrètement.
Elle poursuivit.
« Leur morsure est plutôt douloureuse. »
« Ça, je peux supporter. »
« Elle peut aussi arracher des morceaux de chair. »
Mon sourire disparut aussitôt.
« Ah. »
« Et certaines personnes sont déjà mortes à cause d'elles. »
Je clignai plusieurs fois des yeux.
« Attendez... »
Je baissai lentement la mission pour la regarder.
« C'est censé être une mission pour débutant... »
« C'est le cas. »
« Vraiment ? »
Emma poussa un léger soupir.
« Une mission pour débutant ne veut pas dire qu'elle est sans danger. On estime simplement qu'un mercenaire débutant peut s'en sortir sans trop de difficulté. »
Je fronçai les sourcils.
« Mouais... C'est peut-être un peu trop dangereux comme première mission... Je tiens à la vie, pour l'instant. »
Emma croisa les bras.
« Vous pouvez encore abandonner la mission si vous le souhaitez. »
Je baissai les yeux vers mon ventre.
Celui-ci protesta presque immédiatement.
Grrrr...
Un silence s'installa.
Emma baissa lentement les yeux.
Vers mon ventre.
Puis releva les yeux vers moi.
« J'imagine que ce n'est pas une option. »
« Pas vraiment. »
Elle laissa échapper un petit rire.
« Je comprends. »
Elle se redressa.
« Dans ce cas... faites au moins attention. »
Je repliai soigneusement la mission.
« Ouais... Merci du conseil. »
Elle me sourit.
« Revenez vivant. »
Je souris à mon tour.
« Je vais essayer. »
« Essayez très fort. »
Je quittai finalement l'Ordre des Mercenaires.
À peine les grandes portes franchies, la lumière du soleil m'éblouit quelques instants.
Je dépliai le plan, à l'arrière de la mission.
« Alors... »
Je comparai rapidement le dessin avec les rues devant moi.
« Deuxième rue à gauche... puis tout droit... ensuite le petit pont... »
Je levai les yeux.
« Ça devrait aller. »
Pour une fois, je savais exactement où j'allais.
C'était presque agréable.
Je traversai Grimpoint d'un pas tranquille.
Plus je m'enfonçais dans la ville, plus j'avais l'occasion d'observer ses habitants.
Des enfants jouaient avec des morceaux de bois.
Un forgeron frappait une lame encore rougeoyante.
Plus loin, une femme étendait du linge entre deux maisons.
Tout semblait... normal.
Étrangement normal.
On aurait presque pu oublier qu'il existait, quelque part à quelques kilomètres seulement, des lapins capables de tuer un homme.
Et des chevaux capables d'empoisonner ceux qui les touchent.
Je finis par quitter les dernières habitations.
Le chemin se transforma rapidement en un petit sentier de terre.
Quelques minutes plus tard, après avoir traversé un pont dans un état plus que fragile, une modeste maison apparut au milieu d'un vaste terrain.
Une vieille clôture en bois entourait la propriété.
Plusieurs planches étaient cassées.
Certaines semblaient avoir été... mâchées.
Je m'arrêtai immédiatement.
« Attends une seconde... »
Mon regard suivit les nombreuses marques visibles sur le bois.
Des traces de dents.
Très grosses dents.
Je déglutis.
« Je prie pour que ce ne soit pas elles qui aient fait ça... »
À peine eus-je franchi le petit portail qu'une voix âgée m'interpelle.
« Bonjour, jeune homme. »
Je tournai immédiatement la tête.
Une vieille dame se tenait devant la porte de sa maison.
Elle portait un tablier usé et s'appuyait sur une canne en bois.
Malgré son âge, son sourire respirait la bienveillance.
« C'est vous qui venez pour la mission ? »
Je rangeai rapidement la feuille dans ma poche.
« Oui, madame. Je suis envoyé par l'Ordre des Mercenaires. »
Son visage s'illumina aussitôt.
« Oh... enfin. »
Elle poussa un profond soupir de soulagement.
« Je commençais à croire que plus personne ne viendrait. »
Je ne répondis pas.
Après ce qu'Emma m'avait raconté.
Je commençais à comprendre pourquoi.
La vieille dame m'adressa un sourire reconnaissant.
« Venez. »
Elle se retourna lentement.
« Je vais vous montrer ce qui détruit mon jardin depuis des semaines. »
Je la suivis en silence.
Quelques pas plus tard...
Un claquement sec résonna derrière la maison.
CLAC.
Puis un deuxième.
CLAC.
Puis un troisième.
CLAC
Je m'arrêtai net.
Mon cœur accéléra immédiatement.
Ces bruits...
On aurait dit d'immenses mâchoires qui se refermaient.
Je jetai un regard à la vieille dame.
Elle continuait d'avancer comme si de rien n'était.
Moi, en revanche...
Je commençais sérieusement à me demander dans quoi je venais de m'embarquer.
Nous contournâmes lentement la maison.
À chacun de mes pas, les claquements devenaient plus distincts.
CLAC.
CLAC.
CLAC.
Ce bruit ressemblait au choc de deux plaques de métal.
Sauf qu'ici...
Je savais pertinemment qu'il s'agissait de mâchoires.
Je pris une profonde inspiration.
« Dites-moi... »
La vieille dame continua de marcher sans se retourner.
« Oui ? »
« Elles sont grandes ? »
Elle hésita quelques instants.
« Un peu. »
Je n'aimais pas du tout cette réponse.
Les personnes âgées avaient cette étrange tendance à qualifier de "un peu" tout ce qui était objectivement catastrophique.
Finalement, nous dépassâmes l'angle de la maison.
Et je compris immédiatement pourquoi personne n'avait accepté cette mission jusqu'à présent.
« ... »
Je restai figé.
Le jardin était méconnaissable.
Là où j'avais imaginé trouver quelques mauvaises herbes, s'étendait une véritable forêt de plantes carnivores.
Vingt énormes tiges vert foncé sortaient du sol.
Chacune dépassait largement ma taille.
À leur sommet s'ouvrait une immense mâchoire garnie de longues dents ivoire, fines comme des poignards.
Elles s'ouvraient.
Puis se refermaient.
Encore.
Et encore.
CLAC.
CLAC.
CLAC.
Le simple bruit me donnait déjà envie de rester à bonne distance.
Je sentis un frisson parcourir mon dos.
« Elles sont... gigantesques... »
Je m'étais attendu à quelque chose ressemblant vaguement aux plantes carnivores de la Terre.
Mais ça...
C'était plutôt comme si quelqu'un avait pris une plante carnivore normale et l'avait agrandie dix fois.
Certaines balançaient lentement leur tige au gré du vent.
D'autres semblaient complètement immobiles.
Mais toutes donnaient la même impression.
Elles attendaient.
La vieille dame poussa un petit soupir.
« Elles étaient beaucoup plus petites au début. »
Je détournai difficilement mon regard des monstres végétaux.
« Au début ? »
« Lorsque j'ai envoyé ma demande à l'Ordre... elles faisaient à peine un mètre. »
Je regardai de nouveau les plantes.
Certaines dépassaient maintenant largement le mètre cinquante.
« Elles grandissent si vite que ça ? »
« Oui... »
Elle serra légèrement sa canne.
« Chaque semaine elles deviennent plus dangereuses. »
Je m'accroupis quelques secondes pour observer les plantes de plus près.
Leurs racines disparaissaient profondément dans le sol.
Leur tige était étonnamment fine comparée au reste de leur corps.
En revanche...
Leur tête semblait incroyablement lourde.
« Hmm... »
Je plissai les yeux.
« Intéressant... »
La vieille dame me regarda.
« Vous avez trouvé quelque chose ? »
« Pas encore. »
Je continuai d'observer le groupe.
Les plantes semblaient relativement proches les unes des autres.
Si j'en attaquais une...
Les autres pourraient probablement intervenir.
Autrement dit...
Je n'allais pas pouvoir foncer tête baissée.
Je soupirai.
« Bon... »
Je regardai mes deux mains.
Puis mes poches.
Puis les plantes.
« Je viens de réaliser un léger problème. »
« Lequel ? »
« Je n'ai absolument aucune arme. »
La vieille dame cligna des yeux.
« Vous êtes venu combattre sans arme ? »
« Disons que... »
Je me grattai la joue.
« … j'espérais improviser. »
Son expression changea immédiatement.
Elle me fixa comme si je venais de lui annoncer que j'avais l'intention de couper un arbre avec une cuillère.
« Je comprends mieux pourquoi vous êtes mercenaire de classe Cuir... »
« Merci, ça fait plaisir. »
Elle laissa échapper un petit rire.
« Vous êtes drôle. »
« On me le dit souvent. »
Enfin...
Personne ne me l'avait réellement dit.
Mais ça sonnait bien.
Je reportai mon attention sur les plantes.
« Vous n'auriez pas quelque chose à me prêter ? »
Elle pencha légèrement la tête.
« Comme quoi ? »
Je réfléchis quelques secondes.
Puis une idée me traversa l'esprit.
« Un balai. »
Elle resta immobile.
« … Un balai ? »
« Oui. »
« Vous voulez les battre avec un balai ? »
« Ce n'était pas mon idée la plus brillante, je vous l'accorde. »
Elle éclata franchement de rire cette fois.
« Et pourquoi pas une casserole tant qu'on y est ? »
« Si vous en avez une solide... »
Elle secoua la tête en riant.
« Attendez ici. »
Puis elle disparut dans la maison.
Je profitai de son absence pour observer de nouveau les Assassin's Nettle.
Aucune ne semblait m'avoir remarqué.
Ou peut-être qu'elles attendaient simplement que je m'approche.
Je m'accroupis.
Ramassa un petit caillou.
Puis le lançai vers la plante la plus proche.
Le caillou rebondit contre sa tige.
Pendant une seconde...
Rien.
Puis la tête pivota brusquement vers l'endroit où le caillou avait frappé.
La mâchoire s'ouvrit.
CLAC !
Je sursautai.
« Ah ouais... »
Je regardai la distance.
« Elles réagissent vite... »
Intéressant.
Très intéressant.
Au moins...
Je commençais déjà à récolter quelques informations.
Quelques instants plus tard, la vieille dame revint.
Mais ce qu'elle portait n'avait absolument rien à voir avec un balai.
Je clignai plusieurs fois des yeux.
« Attendez... »
Dans ses mains reposait une vieille épée.
Le fourreau était abîmé.
La garde présentait plusieurs entailles.
Le cuir de la poignée était usé par le temps.
Pourtant...
L'arme dégageait une étrange impression de solidité.
Je la regardai.
Puis la vieille dame.
Puis de nouveau l'épée.
« Vous appelez ça… un balai ? »
Elle sourit.
« Finalement, je me suis dit que ce serait plus efficace. »
Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour.
« Effectivement. »
Elle me tendit l'arme.
Je la pris avec précaution.
Étonnamment...
Elle était parfaitement équilibrée.
Bien plus légère que ce que j'avais imaginé.
Je fis quelques mouvements dans le vide.
Même sans aucune expérience...
Je sentais immédiatement la différence.
Cette épée semblait presque guider naturellement mes gestes.
« Elle est incroyable... »
La vieille dame observa l'arme avec nostalgie.
« Elle appartenait à mon mari. »
Je baissai immédiatement la lame.
« Ah... »
Son sourire devint plus doux.
« Il était Grimpeur. »
« Vraiment ? »
Elle acquiesça.
« Il adorait aider les autres. »
Son regard resta posé quelques secondes sur l'épée.
« Alors je suis certaine qu'il aurait préféré qu'elle serve encore... plutôt que de prendre la poussière. »
Je restai silencieux.
Cette simple phrase donnait soudain beaucoup plus de valeur à cette arme.
Ce n'était plus seulement une épée.
C'était le souvenir de quelqu'un.
Je m'inclinai légèrement.
« Je vous promets d'en prendre soin. »
Elle retrouva son sourire habituel.
« Ramenez-la-moi entière. »
Je regardai l'épée.
« Je ferai de mon mieux. »
Puis une idée me traversa immédiatement l'esprit.
« Ah... »
Je tournai discrètement la tête.
« Système0. »
[ Affirmatif ]
« Tu peux analyser cette épée ? »
[ Le Grimpeur Souhaite-T-Il Utiliser La Capacité : Scan Des Équipements ? ]
[ Accepter / Refuser ]
« Accepter. »
Une nouvelle fenêtre translucide apparut devant mes yeux.
[ SCAN DE L'ÉQUIPEMENT ]
[ - Type : Épée ] [ - Nom : Marc's Striker ] [ - État : Usée ] [ - Niveau : LV.6 ]
[ CAPACITÉS ] [ - Force : + 0.15 ] [ - Agilité : + 0.05 ]
[ SKILLS ] [ - Big Cutting Edge ]
Mes yeux s'agrandirent.
« Sérieusement... »
Même une arme possédait des statistiques.
Je serrai un peu plus la poignée.
« Système0. »
[ Affirmatif ]
« Affiche mes statistiques. »
Une seconde fenêtre apparut.
[ FICHE DE STATS ]
[ - Nom : Sora ISOSHI ] [ - Âge : 17 ] [ - Sexe : Homme ] [ - État : 89% (89 PV) ] [ - Niveau : LV.0 ] [ - EXP : 2 / 100 ]
[ CAPACITÉS ] [ - Force : 0.55 ] [ - Intelligence : 0.6 ] [ - Agilité : 0.55 ] [ - Vitesse : 0.45 ] [ - Vitalité : 0.21 ] [ - Magie : _ ] [ - Résistance Magique : 0.10 ]
[ SKILLS ] [ - La Collection ]
[ TITRE ] [ - Le Grimpeur ]
Je ne pus retenir un sourire.
« Ça a vraiment augmenté mes statistiques... »
Je regardai ensuite la ligne du skill de l'arme.
Big Cutting Edge
« C'est quoi exactement ? »
[ Le Grimpeur Devra Découvrir Les Effets De Ce Skill Par Lui-Même ]
Je poussai un soupir.
« Évidemment... »
Système0 adorait me laisser découvrir les choses au pire moment possible.
Je rangeai finalement les fenêtres.
Puis levai lentement les yeux vers les vingt Assassin's Nettle.
L'épée reposait désormais dans ma main droite.
Je pris une profonde inspiration.
« Bon... »
Les plantes continuaient de claquer lentement leurs mâchoires.
Comme si elles m'attendaient.
Je souris malgré moi.
« À nous deux. »
Et cette fois...
C'était à mon tour d'entrer dans leur jardin.