Chapitre 49
Sora resta assis quelques minutes à l'intérieur du temple pour réfléchir à la façon dont il allait entreprendre la suite de son entraînement, puis d'un coup une question lui traversa l'esprit. « Mais comment est-ce que Jarek va me retrouver à travers cette forêt en fait ? »
Il y pensa quelques instants avant de finalement se dire que c'était Jarek dont il parlait, donc il avait forcément une idée derrière la tête.
Après quelques instants, il réalisa que cela faisait un petit moment déjà qu'il n'avait pas regardé ses stats, il n'avait pas non plus reçu de messages de Système0 le prévenant d'une quelconque amélioration de stats ou de récupération d'objets. « Système0, utilise Scan de Stats. »
[ Affirmatif. ]
[ FICHE DE STATS ]
[ - Nom : Sora ISOSHI ]
[ - Age : 17 ]
[ - Sexe : Homme ]
[ - État : 100% (100 PV) ]
[ - Niveau : LV.0 ]
[ - EXP : 23/100 ]
[ CAPACITÉS ]
[ - Force : 0.64 ]
[ - Intelligence : 0.63 ]
[ - Agilité : 0.60 ]
[ - Vitesse : 0.56 ]
[ - Vitalité : 0.48 ]
[ - Magie : _ ]
[ - Résistance Magique : 0.22 ]
[ SKILLS ]
[ - La Collection ]
[ - Piercing Teeth ]
[ TITRE ]
[ - Le Grimpeur ]
« Wow, je ne pensais pas que j'allais autant évoluer en si peu de temps, à croire que Jarek avait raison quand il m'a dit que je deviendrais plus fort rapidement. » Dit-il tout en préparant ses affaires.
Sa sacoche était plus légère qu’il ne l’aurait voulu, à vrai dire il n'avait même pas pris soin de regarder ce que Jarek avait mis dedans.
La lumière du jour commençait déjà à se faire rare, dessinant de longues ombres sur le sol froid du temple. Il jeta un dernier regard à la statue de Nymeus, puis tourna les talons.
La porte de pierre s’ouvrit dans un grincement pesant. Un vent tiède chargé de l’odeur humide de la forêt lui fouetta le visage. L’ambiance paisible du temple disparut dès qu’il mit un pied dehors. Le silence des lieux était trompeur. Chaque craquement de branche, chaque bruissement de feuille devenait suspect.
« J'espère ne croiser aucun monstre ce soir. » se dit-il en resserrant la sangle de son sac.
Son combat avec Kael'Zir lui avait laissé quelques séquelles malgré la potion de soin que Jarek et Nerris lui avaient fait boire.
Avançant avec précaution, il progressa pendant de longues minutes, sans croiser âme qui vive. Seuls les cris d’insectes invisibles et le hululement lointain d’un oiseau nocturne accompagnaient sa marche. Il s’arrêtait parfois pour tendre l’oreille, accroupi derrière un tronc, à l’affût du moindre mouvement.
Après avoir franchi un ruisseau à demi asséché, il finit par découvrir un renfoncement de terre au pied d’un arbre aux racines épaisses, formant une sorte d’abri naturel. L’endroit n’était pas idéal, mais il lui offrirait un minimum de protection et une vue dégagée sur les environs.
Il posa sa sacoche à terre, puis s’assit en tailleur. Il fit un rapide état des lieux : aucune lumière, aucun bruit suspect. Le vent s’était calmé. Les étoiles commençaient à poindre à travers les feuillages.
Sora inspira profondément. « Bon… cet endroit devrait être suffisant pour passer la nuit à l'abri des créatures de cette forêt. »
Il avait décidé de se priver de repas pour le reste de la soirée, préférant se reposer le plus rapidement possible pour se lever plus tôt le lendemain matin.
Il posa sa tête contre une racine derrière lui et ferma les yeux. Son cœur ralentit peu à peu. Dans cette forêt étrangère, au milieu de créatures imprévisibles et de secrets enfouis, Sora s’endormit sans s’en rendre compte, son esprit encore en alerte, son corps prêt à réagir au moindre danger.
...
Un rayon de lumière lui caressa la joue.
Sora cligna lentement des yeux, encore engourdi. La fraîcheur du matin s’était infiltrée jusqu’à ses os, et il mit un instant à se rappeler où il se trouvait. Les bruits de la forêt s’étaient réveillés avant lui : le chant discret de quelques oiseaux, le craquement lointain de branches, et le bruissement du vent dans les feuilles.
Il se redressa lentement, frottant ses yeux d’une main paresseuse.
« Je suis… toujours en vie. » souffla-t-il, un sourire fatigué aux lèvres.
« J’ai… dormi toute la nuit sans me faire attaquer ? » pensa-t-il en se redressant lentement.
Il posa une main sur sa hanche, puis sur son dos. Encore quelques courbatures, notamment au niveau des épaules, souvenirs tenaces de son affrontement contre Kael’Zir. Il fit craquer doucement sa nuque et ses articulations, puis se leva complètement, frottant ses yeux encore mi-clos.
La terre sous ses pieds était froide, légèrement humide. Il remarqua que de fines gouttelettes de rosée s’étaient formées sur ses vêtements et dans ses cheveux. La racine sur laquelle il s’était appuyé avait laissé une marque sur sa joue.
Il poussa un long soupir, moitié soulagement, moitié fatigue accumulée. « Pour une première nuit en pleine nature, je m’en sors bien. »
Il jeta un coup d’œil à sa sacoche posée non loin de là, contre une pierre plate. À l’intérieur, il trouva ce que Jarek y avait laissé : une ration de viande séchée, un petit pain dur comme de la roche, une gourde d’eau à moitié pleine, et un petit morceau de tissu contenant des feuilles séchées qu’il n’avait pas encore identifiées.
« T’aurais pu m'en laisser un peu plus, quand même… » marmonna-t-il en grignotant la viande à petites bouchées.
Il mâchait lentement, les yeux fixés sur les buissons en face de lui, sans vraiment les regarder. Son esprit vagabondait. Il se demandait si Jarek était toujours sur ses traces ou s’il était déjà ailleurs, à faire autre chose. Après tout, avec lui, impossible de savoir. Il avait toujours un plan… et un temps d’avance.
Sora se força à boire quelques gorgées d’eau, puis rangea soigneusement ses affaires. Il nettoya l’endroit où il avait dormi : effaça les traces de pas, éparpilla les feuilles qu’il avait déplacées et recouvrit même légèrement l’endroit de terre fraîche. Pas question de laisser une piste à une éventuelle créature qui passerait par là.
Avant de partir, il leva les yeux vers la cime des arbres.
Le ciel était dégagé. Quelques nuages flottaient lentement, mais la lumière matinale était claire. Il reconnut assez facilement le chemin qu'il avait pris la veille et savait donc qu'il devait éviter de retourner dans cette direction, au risque de tomber nez à nez avec des monstres attirés par l'Ushi que Jarek avait libéré.
Il examina ensuite le reste de la forêt mais ne trouva rien d'intéressants hormis des arbres et des buissons. C'est donc avec sa sacoche accrochée à son épaule et son épée accrochée à sa taille qu'il repartit dans la même direction que la veille.
Chaque pas était mesuré, attentif. Il s’arrêtait régulièrement, posant une main contre le tronc d’un arbre, écoutant les bruits de la forêt. Une branche qui craque ? Un animal qui fuit ? Le souffle d’un prédateur ? Il ne voulait pas prendre de risques. Sa nuit paisible n’avait fait que renforcer cette volonté de rester discret, d’éviter les confrontations inutiles.
Il marcha ainsi pendant près d’une heure, progressant lentement mais sûrement. Par moments, la végétation devenait plus dense, forçant Sora à se baisser, à ramper parfois pour passer sous des amas de lianes épaisses. Il s’écorcha les bras à plusieurs reprises, mais préféra ne pas s’arrêter.
Ce n’est qu’en fin de matinée, alors que le soleil s’élevait haut dans le ciel, qu’il finit par trouver entre les nombreux arbres une clairière en pente douce. Le sommet n’était pas très loin. Il pouvait presque sentir une légère brise lui caresser le visage, comme pour l’encourager à le rejoindre.
« Une zone en hauteur, ça peut être utile pour pouvoir me repérer, mais le problème c'est que je vais être à découvert et que des bêtes pourront me repérer. » Pensa-t-il, accroupi, la main posée sur une souche d'arbre.
Il prit une pause de quelques minutes pour y réfléchir et en profita pour boire quelques gorgées d'eau dans sa gourde.
Lorsqu'il se releva, sa décision était prise, Sora se releva et commença à se diriger en direction de la petite colline en face de lui.
Après quelques minutes supplémentaires de marche, il parvint enfin à la lisière de la forêt et commença prudemment l'ascension. Il regarda de part et d'autre de cette clairière et ne trouva aucun monstre à proximité, ce qui le rassura et lui permit de continuer sa marche.
Il grimpa le reste sans s’arrêter, ses jambes en feu, son souffle court.
Quand enfin il atteignit le sommet, il resta figé.
Devant lui s’étendait une vue partielle de la forêt. Des vagues d’arbres à perte de vue, entrecoupées ici et là par de petits ruisseaux brillants, et ce qui semblait être, au loin, un chemin. Fine, presque invisible, mais clairement délimitée.
Ses yeux s’écarquillèrent. « Une chemin… ? Dans cette forêt ? Je pensais que c'était un endroit inhabité, alors qu'est-ce qu'un chemin aussi bien dessiné ferait ici ? »
Il s’assit un instant dans l’herbe haute, reprenant son souffle. Il sentait la sueur perler sur son front, mais il n’y prêta pas attention.
Sora resta là, immobile, les yeux fixés sur la ligne sinueuse qui fendait la canopée plus loin. Le tracé était trop net pour être naturel. Ce n’était pas un sentier façonné par des animaux ou un simple passage dû à l’érosion. Non… il y avait une intention derrière cette voie. Des pierres semblaient même jalonner certaines parties, visibles malgré la distance.
Une drôle de sensation naquit dans son ventre.
« Si c’est un chemin… ça veut dire que quelqu’un vit ici. Ou qu’il y a un lieu à rejoindre. »
Il se pencha en avant, plissant les yeux pour mieux distinguer les détails. Une partie du sentier disparaissait derrière une colline boisée, puis semblait réapparaître plus loin, serpentant doucement jusqu’à l’horizon.
Un courant d’air tiède fit bruisser les herbes autour de lui.
« Mais pourquoi est-ce que ce chemin n’est indiqué sur aucune carte ? Et surtout… pourquoi est-il aussi bien conservé dans une forêt censée être abandonnée et remplie de créatures hostiles ? »
Il se gratta la tête, embêté.
« Jarek ne m’a jamais parlé d’une route. Et pourtant, il semblait bien connaître cet endroit… »
Il resta là encore quelques instants, pesant le pour et le contre. Chaque option avait ses risques. Continuer à avancer à l’aveugle dans la forêt signifiait se heurter à d’éventuels monstres sans jamais savoir où aller. Suivre le chemin, en revanche, signifiait potentiellement rencontrer des gens… ou des pièges.
Mais il y avait aussi autre chose qui le dérangeait.
Ce n’était pas seulement la présence du chemin. C’était l’absence totale de bruits autour. Pas d’oiseaux, pas d’insectes, rien. Comme si la nature elle-même retenait son souffle en regardant cette route.
Il se leva lentement, balayant les environs du regard. Aucun mouvement. Aucun signe de vie.
« Bon… Je suppose que rester planté ici ne me mènera nulle part. »
Il ajusta sa sacoche sur son épaule, resserra la ceinture qui retenait son épée, et descendit prudemment la colline en direction du chemin.
À mesure qu’il s’approchait, l’angoisse se fit plus diffuse, remplacée par une étrange curiosité. Il touchait les troncs, écartait les buissons avec soin, et sentait la température légèrement varier. L’air semblait plus humide ici, presque chargé d’une énergie qu’il n’arrivait pas à définir.
Quand il posa enfin un pied sur le chemin, une légère vibration lui parcourut la plante des pieds. Il s’accroupit aussitôt, posant une main sur le sol.
« Ce n’est pas normal… »
Le sol n’était pas entièrement fait de terre. Il y avait des traces de pierre noire, lissée, comme si elle avait été fondue avec soin puis laissée à l’abandon depuis des années. Des symboles à demi effacés apparaissaient ça et là, dissimulés sous la mousse.
Il tendit les doigts vers l’un d’eux. Une forme ovale, entourée de lignes concentriques. Un frisson remonta le long de sa nuque.
Il se releva d’un bond, jetant un regard nerveux autour de lui.
Mais toujours rien.
Il prit une inspiration.
« Ok… Ce n’est peut-être qu’un vieux chemin oublié. Peut-être un vestige d'antan. » tenta-t-il de se convaincre.
Mais au fond, il n’y croyait pas. Quelque chose clochait ici.
Il décida tout de même de s’engager sur le sentier. Il préférait avancer dans une direction tangible plutôt que continuer à errer sans but. Au moins ici, il pourrait poser des repères.
Il marcha longtemps. Le sol était plus stable, les arbres légèrement espacés, comme si la forêt elle-même s’était pliée à la présence de cette route.
Au bout d’une vingtaine de minutes, il entendit un son. Un tic… tac… tic… régulier, étouffé, presque mécanique.
Il s’arrêta net.
Le bruit venait de devant. Faible mais régulier.
Il se baissa, se plaqua contre le sol, et rampa vers un talus à proximité. Il grimpa sur une petite élévation et écarta lentement les fougères devant lui.
Ses yeux s’écarquillèrent.
À une dizaine de mètres, là où le chemin formait un léger tournant, se tenait une silhouette.
Grande. Vêtue d’un manteau sombre aux manches déchirées. Elle portait un masque fendu en deux, ne laissant entrevoir qu’un œil d’un blanc éclatant. Dans sa main droite, elle tenait une sorte de bâton métallique qui claquait sur le sol à chaque pas, produisant ce tic… tac… si étrange.
La créature ne semblait pas humaine. Ou alors… plus tout à fait.
Elle s’arrêta brusquement. Tendant la tête comme pour sentir quelque chose.
Sora retint sa respiration.
Un long silence s’étira.
Puis la chose reprit sa marche, s’éloignant lentement, son bâton frappant de nouveau le sol dans un rythme glaçant.
Sora ne bougea pas. Il attendit. Une minute. Puis deux. Puis cinq.
Quand il fut sûr que le danger était passé, il sortit de sa cachette, haletant.
« Qu’est-ce que c’était que ça… ? »
Il regarda en direction où la chose avait disparu. L’idée de la suivre lui effleura l’esprit, il aurait préféré la chasser aussitôt, mais l'étrange créature suivait le sentier dans la direction que prenait Sora.
Il prit donc sa décision et se remit en marche, cette fois en longeant le chemin depuis les fourrés, plus discret. Le chemin menait quelque part. Et cette chose aussi. Peut-être vers des réponses. Peut-être vers un piège.
Mais il était sûr d'une chose, cette silhouette ou l'endroit vers lequel elle se dirigeait allait lui donner les réponses à ses questions.