Chapitre 24
Sora hocha doucement la tête, respectant le choix du vieil homme de vivre isolé au cœur de cette montagne.
Il ne comprenait pas totalement cette façon de vivre, mais il pouvait au moins en saisir la raison.
Depuis son arrivée dans la Tour, il avait lui aussi découvert qu'il existait des blessures qu'aucune arme ne pouvait infliger.
Dans un silence paisible, le vieillard remua lentement la soupe qui mijotait au-dessus du foyer.
La flamme faisait danser des ombres orangées sur les murs de bois de la cabane tandis qu'une odeur de légumes et d'herbes sauvages envahissait progressivement la pièce.
Malgré le froid mordant qui régnait dehors, l'intérieur était étonnamment chaleureux.
Pendant quelques instants, aucun des deux ne parla.
Seuls le crépitement du feu et le vent qui sifflait contre les planches de la cabane accompagnaient leurs pensées.
Le vieil homme rompit finalement le silence.
« Dis-moi… »
Il leva les yeux vers Sora.
« Que vient faire un mercenaire dans une région aussi reculée ? »
Pris au dépourvu, Sora hésita quelques secondes.
Révéler les détails de sa mission à un inconnu était-il vraiment une bonne idée ?
Il préféra rester prudent.
« Comme je vous l'ai dit tout à l'heure… je suis ici pour accomplir une mission. »
Le vieillard ne sembla ni déçu ni surpris par cette réponse.
Il attrapa une louche en bois et remplit lentement un bol de soupe fumante avant de le tendre à Sora.
« Fais attention, c'est brûlant. »
Sora le remercia d'un signe de tête avant de souffler doucement sur la surface du liquide.
Le vieil homme reprit calmement :
« Sans vouloir t'offenser… pourquoi est-ce que l'Ordre a envoyé quelqu'un d'aussi chétif dans ces montagnes ? »
Sora avala sa première cuillère au même moment.
La remarque le fit tousser si violemment qu'il manqua de renverser son bol.
« Vous êtes… plutôt direct… »
Le vieillard haussa simplement les épaules.
« À mon âge, tourner autour des mots est une perte de temps. »
Un léger sourire amusé apparut sur les lèvres de Sora.
« Vous n'avez pas totalement tort… Je suis loin d'être le plus fort des mercenaires. Mais la mission que j'ai acceptée ne nécessite normalement pas quelqu'un de beaucoup plus puissant. »
Le vieil homme plissa légèrement les yeux.
Son regard glissa quelques instants vers l'épée posée contre le mur, puis revint sur Sora.
« Ce n'est donc pas une mission dans les galeries souterraines… »
Il croisa les bras, réfléchissant.
Puis son visage sembla légèrement s'éclairer.
« Les Gueulepierres ? »
Sora resta un instant silencieux.
« Comment vous avez deviné ? »
Le vieillard désigna simplement les chaussures du jeune homme.
« Tes bottes. Elles sont couvertes de cette poussière grisâtre qu'on ne trouve que sur le sentier menant aux grottes. Les seuls mercenaires que je vois passer par ici ces derniers temps viennent presque tous pour les Gueulepierres. »
Sora baissa instinctivement les yeux vers ses bottes.
Effectivement, une fine couche de poussière claire les recouvrait encore.
Il esquissa un sourire.
« Je vois… Vous avez l'œil. »
« Quand on vit seul ici depuis aussi longtemps, on apprend à observer ce genre de détails. »
Sora acquiesça.
« Vous avez raison. Je dois éliminer plusieurs Gueulepierres qui se trouvent près de l'entrée d'une grotte. »
À ces mots, le visage du vieillard perdit une partie de sa sérénité.
Il posa lentement son bol sur la table.
« Hum... »
Il resta pensif quelques secondes.
« Les Gueulepierres ne sont pas des adversaires faciles. Elles sont lentes… mais elles compensent largement ce défaut autrement. »
Sora hocha la tête.
« Je m'en doute. »
« Pourtant tu y vas seul. »
« Oui. »
« Tu n'as pas peur ? »
Sora observa quelques instants la soupe fumante dans son bol.
Bien sûr qu'il avait peur.
Depuis son arrivée dans la Tour, il avait déjà frôlé la mort plus d'une fois.
Mais il savait également qu'il n'avait pas vraiment le choix.
Il releva doucement les yeux.
« Si... »
Sa réponse surprit légèrement le vieillard.
« J'ai peur à chaque mission. »
Il marqua une courte pause.
« Mais si j'attends de ne plus avoir peur pour avancer… alors je ne progresserai jamais. »
Le silence retomba.
Le vieillard observa longuement le jeune mercenaire avant d'afficher un discret sourire.
« Devenir plus fort… »
Il répéta ces mots comme s'ils appartenaient à une époque lointaine.
« Voilà bien quelque chose que je n'ai jamais réellement cherché. »
Il se leva lentement pour ajouter quelques bûches dans le foyer.
Les flammes gagnèrent aussitôt en intensité.
« Si je m'étais intéressé à la force… je ne serais probablement plus à cet étage aujourd'hui. »
Sora réfléchit quelques instants.
« Pourtant… vivre seul dans cette montagne demande aussi une certaine force. »
Le vieil homme laissa échapper un petit rire rauque.
« Une force différente, peut-être. »
Son regard se perdit quelques secondes dans les flammes.
« Tu sais… la solitude ne pardonne jamais. »
Sa voix était devenue plus basse.
« Au début, elle te fait peur. Puis elle t'apprend à vivre avec toi-même. Et un jour… tu ne sais même plus si c'est elle qui t'a forgé ou si c'est toi qui t'es enfermé volontairement auprès d'elle. »
Sora resta silencieux.
Il ne savait pas quoi répondre.
Ces paroles faisaient étrangement écho à certaines des pensées qui l'avaient traversé depuis son arrivée dans la Tour.
Le vent souffla violemment contre la cabane, faisant légèrement vibrer les vitres.
Le vieillard secoua doucement la tête.
« Enfin... »
Son sourire revint aussitôt.
« Ce n'est pas le genre de discussion qu'un vieil homme devrait imposer à quelqu'un de ton âge. »
Il désigna le bol de Sora du menton.
« Termine de manger pendant que c'est encore chaud. Demain, tu auras besoin de toutes tes forces. »
Sora termina sa soupe en silence.
Elle était simple, mais incroyablement réconfortante.
Chaque cuillère semblait réchauffer un peu plus son corps fatigué par cette longue journée de marche.
Pendant ce temps, le vieil homme se leva et commença à déplacer quelques caisses, repoussant plusieurs outils en bois contre un mur afin de dégager un espace libre.
Il déroula ensuite une vieille couverture en laine sur une épaisse couche de fourrures.
« Ce ne sera pas le grand luxe… »
Il tapota doucement le lit improvisé.
« Mais tu devrais dormir correctement. »
Sora se leva à son tour.
« Merci beaucoup… Pour le repas aussi. »
Le vieillard lui adressa un sourire sincère.
« C'est moi qui te remercie. Les visiteurs sont rares par ici. Ça fait du bien d'entendre une autre voix que le vent de temps en temps. »
Sora inclina respectueusement la tête.
Il posa son épée à côté du lit, retira ses chaussures encore humides, puis s'allongea sous l'épaisse couverture.
Son corps tout entier semblait soudain réaliser à quel point il était épuisé.
Ses paupières devinrent lourdes presque instantanément.
À peine quelques secondes plus tard, sa respiration s'était déjà apaisée.
Le vieil homme jeta un regard attendri vers le jeune mercenaire avant de reprendre silencieusement le rangement de sa cabane.
Dehors, la tempête continuait de souffler.
À l'intérieur, seul le crépitement du feu veillait encore sur le sommeil de Sora.
...
Lorsque Sora ouvrit les yeux, la première chose qu'il ressentit fut la chaleur.
Elle était douce, presque enveloppante, bien différente du froid mordant qui régnait à l'extérieur de la cabane.
Pendant quelques secondes, il resta immobile, encore à moitié plongé dans le sommeil.
Le feu crépitait toujours dans l'âtre, projetant une faible lumière orangée sur les murs de bois.
L'odeur de la soupe de la veille flottait encore dans l'air.
Étrangement, cette simple odeur lui donna le sourire.
Il se redressa lentement, prenant soin de ne faire aucun bruit.
Son regard se dirigea instinctivement vers la petite porte entrouverte donnant sur une seconde pièce.
Un léger ronflement s'en échappait.
Le vieil homme dormait encore.
Sora récupéra délicatement son épée, qu'il accrocha autour de sa taille, puis observa rapidement la cabane.
Son regard s'arrêta sur un petit bureau installé près de la fenêtre.
Quelques feuilles de papier y étaient empilées à côté d'un encrier et d'une plume.
Après une courte hésitation, il s'en approcha.
Il trempa soigneusement la plume dans l'encre avant d'écrire quelques lignes.
"Merci pour votre accueil. Votre soupe était délicieuse. J'espère pouvoir vous rendre la pareille un jour.
Sora."
Il contempla quelques secondes les quelques mots qu'il venait d'écrire.
Puis il ouvrit discrètement son Inventaire.
Une légère fenêtre translucide apparut devant lui.
Il en sortit plusieurs écus de cuir qu'il déposa soigneusement sur la feuille.
Ce n'était pas grand-chose.
Mais il ne pouvait pas partir sans remercier cet homme qui lui avait offert un repas chaud et un toit pour la nuit.
Après un dernier regard vers la chambre du vieillard, Sora ouvrit doucement la porte.
Une violente rafale glaciale s'engouffra aussitôt dans la cabane.
Il referma rapidement la porte derrière lui.
Le froid le saisit immédiatement.
Sa respiration forma un nuage blanc devant son visage.
Pendant quelques secondes, il resta simplement immobile.
Face à lui…
La montagne semblait avoir changé de visage.
L'aube baignait les sommets d'une lumière dorée, faisant scintiller les immenses étendues enneigées qui dominaient les hauteurs.
Sous les premiers rayons du soleil, la neige ressemblait presque à une mer de cristal.
Sora leva lentement les yeux.
Son souffle se coupa.
« C'est… magnifique… »
C'était la première fois de sa vie qu'il voyait autant de neige.
Sur Terre, il n'avait connu que quelques hivers où quelques flocons disparaissaient dès qu'ils touchaient le sol.
Mais ici…
Les montagnes semblaient entièrement recouvertes d'un manteau blanc.
Pendant un court instant, il oublia complètement pourquoi il était venu.
Il se surprit même à faire quelques pas dans cette direction, comme attiré par ce paysage irréel.
Puis il s'arrêta.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
« Quand cette mission sera terminée… j'irai peut-être voir ça de plus près. »
Il inspira profondément.
L'air glacé emplit ses poumons.
Il était si pur qu'il lui donnait presque l'impression de se réveiller une seconde fois.
Mais très vite, son regard redescendit vers la feuille de mission qu'il sortit de sa poche.
Il la déplia.
Au dos se trouvait une carte dessinée à la main.
Il prit quelques instants pour comparer les reliefs avec ceux qui l'entouraient.
« Si je ne me trompe pas… »
Son doigt suivit le tracé du sentier.
« La grotte devrait être par là… »
Il estima rapidement la distance.
Une trentaine de minutes de marche.
Peut-être un peu moins.
Il replia soigneusement le parchemin.
« Mieux vaut ne pas traîner. »
Le soleil venait seulement de se lever, pourtant, le froid restait mordant.
Chaque minute passée dehors lui faisait perdre un peu plus de chaleur.
Sora ajusta la ceinture retenant son épée avant de s'engager sur le sentier.
Au début, la marche était agréable.
Le chemin serpentait entre quelques pins tordus par le vent, leurs branches recouvertes d'une fine couche de givre.
À chacun de ses pas, le gravier craquait sous ses bottes.
Hormis cela…
Rien.
Le silence était presque total, aucun chant d'oiseau, aucun bruissement de feuilles.
Seulement le souffle du vent.
Plus Sora avançait, plus les arbres devenaient rares, la montagne reprenait progressivement ses droits.
Les rochers remplaçaient peu à peu la végétation, leurs silhouettes grises se dressant de chaque côté du sentier.
Le vent semblait lui aussi changer.
Il soufflait moins fort.
Comme si quelque chose l'empêchait d'atteindre cette partie de la montagne.
Sora fronça légèrement les sourcils.
« Ça c'est étrange… »
Quelques minutes plus tôt, les rafales étaient suffisamment puissantes pour le faire vaciller.
À présent…
L'air était presque immobile.
Cette soudaine absence de bruit lui paraissait bien plus inquiétante que la tempête.
Il ralentit naturellement le pas.
Sa main se posa sur la garde de son épée.
Devant lui, le chemin s'incurvait entre deux immenses falaises rocheuses.
Lorsqu'il les dépassa…
Il s'arrêta.
La grotte.
Elle se dressait enfin devant lui.
Une immense ouverture sombre creusée directement dans la montagne.
L'obscurité semblait s'y accumuler comme une matière vivante.
Même en plein jour, il était impossible d'en distinguer le fond.
Un léger courant d'air froid s'en échappait.
Sora sentit un frisson parcourir son dos.
Il resta quelques instants à observer les alentours.
Selon sa mission…
Les Gueulepierres étaient censées se trouver près de cette entrée.
Pourtant…
Rien.
Pas le moindre mouvement.
Pas le moindre bruit.
Seulement des dizaines de gros rochers dispersés autour de la grotte.
Il s'accroupit instinctivement derrière un bloc de pierre situé à une quarantaine de mètres de l'entrée.
Sa respiration ralentit.
Ses yeux parcoururent méthodiquement chaque recoin du paysage.
Les falaises, le sol, les parois, les rochers.
Il prit son temps pour vraiment tout inspecter.
Une minute.
Puis deux.
Toujours rien.
« Est-ce que je me suis trompé d'endroit ? »
Il sortit de nouveau la carte.
Non, c'était bien ici. Il en était sûr.
Il inspira profondément, fermant les yeux un instant pour calmer les battements frénétiques de son cœur.
« Allez, c’est maintenant ou jamais. » Murmura-t-il.
Avançant prudemment, il arriva aux abords de la grotte.
Un léger courant d'air semblait provenir du fond de la grotte.
Plus il essayait d'observer l'obscurité se trouvant devant lui, plus il avait l'impression de ne rien pouvoir discerner.
Sora décida donc de continuer à s'en approcher lentement.
Le son de ses pas résonnait légèrement, malgré ses efforts pour rester silencieux.
Il s’immobilisa soudain, lorsqu'il arriva à l'entrée de la grotte. Il prit quelques instants pour inspecter de plus près chaque rocher se trouvant devant lui, tout en restant suffisamment loin pour ne pas se faire surprendre.
Ne remarquant rien d'étrange, il avança de quelques mètres, jusqu'à ce qu'un craquement derrière lui le fasse pivoter brusquement.
Des crocs gris, aussi longs qu'un doigt, jaillirent de l’ombre, et Sora n’eut que le temps de lever son épée pour parer.
La créature, massive et menaçante, s’arrêta à quelques centimètres de son visage, son corps couvert de plaques rocheuses. Ses yeux brillaient d’une lueur jaune inquiétante.
« Pour un premier contact… Elles ne plaisantent pas. » Pensa-t-il en serrant les dents.
Il recula de quelques pas et remarqua que trois autres plantes venaient de se montrer au même moment.
Alors qu'il était certain d'avoir observé de simples rochers, il s'aperçut qu'en fait tous les rochers qui se tenaient au niveau de l'entrée de la grotte étaient en fait des Gueulepierres.
Alors qu'il tentait de se concentrer pour trouver une stratégie lui permettant d'éliminer toutes ces plantes, les quatre créatures ouvrirent simultanément leur immense gueule.
Une faible lumière grise apparut au fond de leur gorge.
« Hein... ? »
L'instant d'après…
une pluie de pierres jaillit dans sa direction.
« Quoi ?! »
Sora plongea immédiatement sur le côté.
Les projectiles s'écrasèrent contre le sol dans une succession d'explosions rocheuses.
Plusieurs éclats vinrent heurter sa jambe.
Une pierre plus grosse se plante dans sa cuisse gauche.
« Agh... ! »
Il roula plusieurs fois sur le sol avant de se relever difficilement.
Une douleur cuisante irradiait déjà dans toute sa jambe.
Il serra les dents.
« Système0, est-ce qu'il s'agit d'un skill ? »
[ Affirmatif ]
Un léger sourire nerveux apparut sur son visage, malgré la douleur.
« Fais chier… Dans ce cas, utilise Catalogue Du Collectionneur. »
[ Affirmatif ]
[ CATALOGUE DU COLLECTIONNEUR ]
[ - Nom : Gueulepierre ] [ – Âge : 10 Mois ] [ – État : 100 % (86 PV ) ]
[CAPACITÉS] [ - Force : 0.28 ] [ - Intelligence : _ ] [ - Agilité : _ ] [ - Vitesse : 0.17 ] [ - Vitalité : 0.42 ] [ - Magie : 0.48 ] [ Résistance Magique : 0.31 ]
[ SKILL ]
[ - Tir Rocailleux ]
Au moment même où les informations apparaissaient, une seconde salve traversa déjà les airs?
Sora se força à rester concentré.
Il bondit sur le côté.
Puis une seconde fois.
Les projectiles s'écrasaient tout autour de lui, projetant poussière et éclats de pierre.
Mais cette fois, aucun ne le toucha.
Il retrouva son équilibre quelques mètres plus loin.
« Tir Rocailleux.…» Son regard resta fixé sur le nom du Skill. « J'aimerais vraiment pouvoir obtenir celui-là.…»
La fenêtre disparut lentement.
Les quatre créatures en face de lui continuaient d'avancer.
Sora prit une profonde inspiration.
C'est alors qu'il sentit ses doigts se crisper autour du manche de son épée.
Ses mains commençaient à blanchir.
Le froid.
Depuis le début du combat, il n'y avait plus prêté attention, mais sans s'en rendre compte, Sora commençait à grelotter de plus en plus.
En même temps, il était toujours habillé avec ses habits qu'il avait sur Terre en plein mois de Mai, où les températures peuvent dépasser les 20°C.
Sauf que sur cette montagne, la température ne devait pas dépasser les 5°C et avec le vent qui soufflait, le ressenti se rapprochait dangereusement de 0°C.
Sora savait que s'il ne se dépêchait pas de terminer cette mission, la situation risquait d'empirer de plus en plus.
« Si ça s'éternise... Je vais finir par ne plus pouvoir tenir mon épée correctement. »
Les Gueulepierres ouvrirent une nouvelle fois leur gueule.
Une troisième salve arrive.
Sora esquiva les premiers projectiles, mais n'eut le temps de se relever que d'autres cailloux se dirigeaient déjà sur lui.
Et sans même l'avoir aperçu, un éclat de pierre vint frapper violemment son épaule.
Il vacilla.
Une seconde pierre lui entaille légèrement le bras.
La douleur, bien que présente, était encore supportable.
Le froid, lui, devenait bien plus inquiétant.
« Je dois en finir rapidement... »
Il inspira profondément et ferma les yeux.
Puis sentit cette chaleur familière apparaître dans son bras droit.
Comme à chaque utilisation... une agréable sensation parcourut progressivement tout son corps.
Cette fois, elle semblait presque miraculeuse.
La chaleur se répandait jusque dans ses doigts engourdis.
Ses tremblements diminuèrent immédiatement.
Un léger soupir lui échappa.
« Putain... ça fait du bien... »
Les quatre monstres continuaient pourtant d'avancer.
Ils réduisaient progressivement la distance.
Sora ouvrit les yeux.
Son regard se posa sur la Gueulepierre qui l'avait attaqué en premier.
« Si j'en élimine une, leur pression diminuera. » Pensa-t-il, concentré sur son bras.
Il raffermit une dernière fois sa prise sur son épée.
« Big Cutting Edge. »
Une intense lumière blanche enveloppa instantanément sa lame.
L'énergie se concentra quelques instants.
Puis...
Il donna un puissant coup horizontal.
Une immense lame d'énergie blanche traversa l'air dans un sifflement aigu.
Elle percuta de plein fouet la première Gueulepierre.
BOOM !
Une explosion de poussière envahit immédiatement toute la zone.
Des morceaux de roche furent projetés dans toutes les directions.
Sora n'eut même pas le temps de voir le résultat.
Une violente douleur explosa dans son ventre.
« Gah... ! »
Un projectile venait de s'y planter.
Le souffle coupé, il tomba sur un genou au sol.
Il baissa lentement les yeux.
Un morceau de roche dépassait de plusieurs centimètres de son abdomen.
Le sang commençait déjà à imbiber son tee-shirt blanc.
Sa respiration devint irrégulière.
Sans réfléchir davantage, il attrapa la pierre d'une main.
Puis tira d'un coup sec.
« AAAAAH... ! »
Le projectile quitta sa chair dans une gerbe de sang.
Il plaqua immédiatement sa main contre la blessure.
La douleur était atroce.
Mais il ne pouvait pas rester immobile.
Devant lui...
La poussière commençait à retomber.
Une silhouette rocheuse apparut progressivement.
Puis une deuxième.
Puis une troisième.
Sora sentit son estomac se nouer.
Une seule Gueulepierre était étendue au sol, son corps profondément fendu par Big Cutting Edge.
Les trois autres...
N'avaient presque rien.
L'une d'elles ouvrit lentement sa gueule.
Une nouvelle lumière grise apparut au fond de sa gorge.
Sora inspira difficilement.
Son souffle forma un léger nuage blanc.
Le froid, le sang, la fatigue, les blessures.
Tout commençait à s'accumuler beaucoup trop vite.
« Je ne peux pas continuer comme ça... »
Son regard passa rapidement d'une Gueulepierre à l'autre.
Elles restaient groupées.
Elles alternaient leurs tirs pour ne jamais lui laisser une seconde de répit.
Malgré ses entraînements avec Emma, il n'était pas suffisamment préparé pour affronter plusieurs ennemis en même temps.
Il commençait clairement à perdre le contrôle de la situation.
Ses pensées s'embrouillèrent, l'épuisement se faisant de plus en plus lourd.
Mais, petit à petit...
Une idée commença à germer dans son esprit.