Chapitre 20
Ideor fronça ses sourcils ébouriffés et replaça ses lunettes au-dessus de son crâne, semblant tester Sora. « Cependant, gamin, je suis un alchimiste, moi. Pas un marchand ambulant. »
Sora haussa simplement les épaules.
« Justement. Vous connaissez mieux que moi la valeur de cet artefact. Si j'y vais seul, je risque de repartir avec une poignée d'Écus en pensant avoir fait une bonne affaire… alors que je me serais fait avoir. »
Ideor ne répondit pas immédiatement.
Il croisa les bras, observant quelques instants la pierre toujours posée sur son comptoir. Son regard semblait déjà calculer toutes les possibilités qu'offrait un tel objet.
« Ce n'est pas faux… » admit-il finalement. « Tu es encore un débutant. Le premier marchand un peu malin pourrait facilement te convaincre que ton artefact ne vaut presque rien. »
Sora sentit qu'il avait éveillé son intérêt. « Alors ? »
Ideor reporta son attention sur lui. « Qu'est-ce que j'y gagne ? »
Sora avait anticipé cette question. « Si vous arrivez à négocier un échange qui me satisfait… je vous donnerai dix pour cent de sa valeur. »
Le silence retomba dans la boutique.
Puis, lentement…
Un sourire apparut sur le visage ridé d'Ideor. « Dix pour cent d'un véritable artefact… »
Il tapota plusieurs fois le comptoir du bout des doigts avant de laisser échapper un petit rire.
« Tu apprends vite, gamin. Tu sais déjà comment attirer un vieil alchimiste. »
« Alors… c'est oui ? »
Ideor leva un doigt.
« À une condition. »
Sora resta attentif.
« Pendant toute la négociation… tu te tais. »
Le jeune homme cligna des yeux. « Hein ? »
« Tu regardes. Tu écoutes. Tu apprends. Mais tu ne coupes jamais la parole. Un marchand expérimenté cherche toujours la moindre hésitation chez son client. Si tu parles au mauvais moment, tu peux faire perdre plusieurs centaines d'Écus en une seule phrase. »
Sora réfléchit quelques instants avant d'acquiescer. « D'accord. »
« Bien. »
Ideor attrapa alors délicatement la pierre verte avant de la tendre à Sora.
« Reviens demain à l'aube devant ma boutique. »
Sora récupéra soigneusement l'artefact.
« Merci, Ideor. »
« Ne me remercie pas trop vite. Si ce vieux marchand est aussi malin que je le pense… cette journée sera longue. »
Sora esquissa un sourire. « J'ai connu pire. »
Ideor éclata d'un petit rire. « Ça… nous le verrons demain. »
...
En quittant la boutique, Sora sentit la fraîcheur du soir lui caresser le visage.
Le soleil avait presque entièrement disparu derrière les toits de Grimpoint, laissant place à un ciel teinté d'orange et de violet.
Il glissa machinalement la pierre dans sa poche.
« Demain risque d'être une journée intéressante… »
Il reprit tranquillement le chemin de l'Ordre.
...
Lorsqu'il poussa la lourde porte fermée du bâtiment, le hall était presque vide.
La plupart des mercenaires étaient déjà repartis chez eux ou occupaient les quelques tables encore éclairées par les lanternes. Des éclats de rire résonnaient près du fond de la salle où plusieurs vétérans terminaient la journée autour d'une chope de bière.
Derrière le comptoir, une seule personne travaillait encore.
Nerris.
Elle écrivait rapidement dans un énorme registre, sans même lever les yeux lorsque Sora s'approcha.
« Tu rentres seulement de chez Ideor ? »
Sora arqua un sourcil. « Emma t'en a parlé ? »
Cette fois, Nerris releva la tête.
Un sourire amusé étira aussitôt les lèvres.
« Emma ? Pas besoin. »
Elle désigna discrètement les quelques mercenaires installés derrière lui.
« Depuis qu'un petit nouveau a trouvé un artefact sur cet Étage, tout le bâtiment ne parle plus que de ça. »
Sora tourna légèrement la tête.
Effectivement…
Deux hommes débattaient avec animation tandis qu'un troisième semblait jurer qu'un artefact valait une petite fortune.
« Ça circule vite… »
« Plus vite que tu ne l'imagines. »
Sora revint vers elle. « Ils savent que c'est moi ? »
Nerris secoua aussitôt la tête. « Heureusement non. À part Emma, Ideor et moi, personne ne sait que tu possèdes cette pierre. »
Elle marqua une légère pause avant d'ajouter d'un ton plus sérieux. « Et j'aimerais autant que ça reste ainsi. »
Sora sentit son sourire disparaître. « C'est si dangereux que ça ? »
« Un artefact attire toujours les convoitises. Peu importe sa véritable valeur. Certains seraient capables de tuer simplement parce qu'ils pensent qu'il vaut une fortune. »
Le jeune homme resta silencieux.
Il n'avait pas envisagé les choses sous cet angle.
Nerris reprit doucement.
« Pour l'instant, tu as de la chance. Tu es encore un inconnu. Personne ne connaît ton visage ni ton nom. Profites-en. Parce que si tu continues à réussir tes missions… ça ne durera pas. »
Sora acquiesça lentement. « Je ferai attention. »
Puis un léger sourire revint sur son visage. « Enfin… jusqu'à demain. »
Nerris fronça les sourcils. « Pourquoi demain ? »
« Parce que j'ai rendez-vous avec Ideor. Il va m'accompagner négocier l'artefact. »
Le silence dura une seconde.
Puis deux.
Les yeux de Nerris s'agrandirent légèrement.
« Attends… Ideor ? »
« Oui. »
« Tu plaisantes ? »
Sora secoua la tête. « Pas du tout. »
Nerris éclata d'un petit rire. « C'est incroyable… Cet homme refuse presque toujours d'aider les mercenaires lorsqu'il s'agit de vendre leurs trouvailles. Comment as-tu réussi à le convaincre ? »
Sora prit un air faussement innocent. « Disons que je lui ai proposé quelque chose qu'il aime beaucoup. »
« L'argent ? »
« Dix pour cent de la vente. »
Nerris leva les yeux au ciel avant de rire franchement. « Évidemment… Il est incapable de résister à une bonne affaire. »
Sora haussa les épaules. « Je me suis dit que tout le monde y gagnerait. »
« C'est même une excellente idée. »
Elle referma son registre. « Avec Ideor à tes côtés, tu éviteras probablement de te faire arnaquer. Mais prépare-toi aussi à le voir négocier pendant des heures juste pour obtenir quelques Écus de plus. »
« Ça promet… »
« Tu n'imagines même pas. »
Les deux échangèrent un sourire.
Puis Sora sortit quelques pièces de sa poche et les déposa sur le comptoir.
« Je vais aussi prendre une chambre pour cette nuit. »
Nerris compta les Écus. « Huit Écus... »
Elle attrapa une clé suspendue derrière elle. « Tu t'es offert un peu de confort, on dirait. »
Sora esquissa un sourire. « Après avoir dormi plusieurs nuits sur un matelas aussi dur qu'une pierre… je pense l'avoir mérité. »
Nerris éclata doucement de rire. « Je confirme. J'ai déjà essayé ces chambres, quelques années auparavant. Mon dos s'en souvient encore aujourd'hui. »
Elle lui tendit la clé. « Chambre vingt-trois. »
Sora la récupéra avant de se retourner.
Puis il s'arrêta.
« Au fait… »
Nerris releva les yeux.
« Tu pourras prévenir Emma que demain matin je ne serai pas présent à l'entraînement ? »
« Bien sûr. Je lui transmettrai le message. »
« Merci. »
Il la salua d'un signe de la main avant de monter l'escalier en direction de sa chambre.
À cette heure de la soirée, les couloirs de l'Ordre étaient presque silencieux. Les allées, qui quelques heures plus tôt résonnaient des conversations des mercenaires revenant de mission, étaient désormais plongées dans un calme reposant, seulement troublé par le crépitement des torches fixées aux murs.
Lorsqu'il arriva enfin devant sa porte, il introduisit la clé dans la serrure avant de pousser doucement le battant.
La différence avec sa précédente chambre sauta immédiatement aux yeux.
La pièce était presque deux fois plus grande. Un véritable lit occupait le fond de la chambre, recouvert d'une épaisse couverture grise.
Une petite armoire en bois faisait face à une fenêtre entrouverte laissant entrer l'air frais du soir, tandis qu'une table accompagnée d'une unique chaise était installée près du mur.
Mais ce qui attira aussitôt toute son attention se trouvait dans un renfoncement de la pièce.
Une douche.
Ou plutôt… ce qui ressemblait à une douche.
Une large cuve de pierre était encastrée dans le sol et surplombée d'un tuyau métallique relié à un petit réservoir fixé au plafond. Un simple levier semblait permettre de faire couler l'eau.
Sora resta quelques secondes à observer l'installation.
« Je pensais vraiment que j'aurais dû dépenser beaucoup plus d'Écus pour avoir le droit à quelque chose comme ça… »
Un léger sourire apparut sur son visage.
Ce n'était certainement pas aussi moderne que les salles de bains qu'il connaissait sur Terre, mais après plusieurs jours passés à dormir sur des matelas aussi durs que de la roche et à vivre couvert de poussière, de sueurs et de sang séchés, cela lui paraissait presque luxueux.
Il posa son épée près du lit avant de retirer lentement sa chemise.
Au même instant, une odeur particulièrement désagréable monta jusqu'à son nez.
Il s'immobilisa.
Puis approcha instinctivement son vêtement de son visage.
« ... »
Une grimace déforma aussitôt ses traits.
« Ah oui, quand même, ça renifle… »
Il éclata doucement de rire en secouant la tête.
Depuis son arrivée dans la Tour, il avait traversé des plaines interminables, combattu des plantes carnivores, saigné une bonne dizaine de fois, roulé dans la terre à plusieurs reprises… et pourtant, il ne s'était encore jamais lavé.
À force, il avait fini par ne plus remarquer sa propre odeur.
Ses vêtements racontaient à eux seuls son aventure.
Des traces de boue séchée couvraient encore son pantalon.
Du sang brunâtre s'était incrusté sur plusieurs morceaux de tissu.
Sans parler des nombreuses déchirures provoquées par les dents, les ronces ou les lianes des Vignes Enchevêtrées.
« Je comprends mieux pourquoi les gens me regardaient bizarrement… »
Sans perdre une seconde de plus, il retira le reste de ses vêtements, les rinça sommairement dans un seau rempli d'eau avant de les frotter aussi soigneusement qu'il le pouvait avec le morceau de savon posé près de la cuve.
Lorsque ce fut enfin terminé, il actionna le levier.
Un filet d'eau commença à couler au-dessus de lui.
Il glissa lentement sous le jet.
La chaleur n'était pas parfaite, mais l'eau était suffisamment tiède pour délasser ses muscles.
Au premier contact, il ferma instinctivement les yeux.
Toute la fatigue accumulée depuis plusieurs jours sembla soudainement quitter son corps.
Il resta immobile pendant plusieurs longues secondes.
L'eau emportait progressivement la poussière, le sang séché et les dernières traces du combat contre les Vignes Enchevêtrées.
Il passa une main dans ses cheveux, laissant échapper un profond soupir de soulagement.
« Ça fait un bien fou… »
Il n'avait jamais pensé qu'une simple douche puisse lui manquer à ce point.
Lorsqu'il coupa finalement l'eau, sa peau était encore chaude et ses muscles beaucoup moins tendus.
Il s'essuya avec la serviette mise à disposition avant d'enrouler cette dernière autour de sa taille.
Ses vêtements, eux, séchaient tant bien que mal près de la fenêtre.
En les regardant, une évidence s'imposa à lui.
« Il va vraiment falloir que je m'achète une nouvelle tenue… »
Même propres, ils restaient usés de toutes parts.
Les coutures commençaient à céder.
Le tissu était déchiré à plusieurs endroits, causé par plusieurs impacts.
Et certains trous étaient désormais, sûrement, impossibles à réparer.
Il s'approcha de la fenêtre et observa quelques instants les lumières de Grimpoint.
La ville était encore animée malgré la tombée de la nuit. Les tavernes débordaient de conversations, tandis que quelques mercenaires terminaient leurs dernières missions avant la fermeture de l'Ordre.
Demain…
Il rencontrerait de nouveau Ideor.
Et surtout, il tenterait d'échanger cette mystérieuse pierre.
S'il obtenait une somme suffisamment importante, il pourrait probablement acheter de nouveaux vêtements… peut-être même une armure.
Cette simple idée suffit à faire apparaître un léger sourire sur son visage.
Il se laisse ensuite tomber sur le lit.
Contrairement aux précédents, le matelas s'enfonça légèrement sous son poids.
Ses yeux s'ouvrirent en grand. « Oh... »
Ce n'était peut-être pas grand-chose.
Mais par rapport à ces nuits précédentes, c'était presque du luxe.
Il s'allongea complètement, les bras derrière la tête.
Pour la première fois depuis son arrivée dans la Tour, il avait réellement l'impression de pouvoir se reposer.
Son esprit repassa une dernière fois les évènements de la journée.
L'entraînement, les conseils d'Emma, le combat contre les Vignes Enchevêtrées, sa victoire, la pierre, son badge Obsidienne, la rencontre avec Ideor et son rendez-vous demain.
Tout semblait enfin commencer à prendre forme.
Peu à peu, ses paupières devinrent plus lourdes.
Le silence de la chambre finit par l'emporter.
Et, sans même s'en rendre compte, Sora s'endormit profondément, bercé par l'idée que le lendemain serait une nouvelle journée remplie de nouvelles découvertes.
...
Le lendemain matin, Sora ouvrit lentement les yeux.
Pendant quelques secondes, il resta immobile, observant le plafond de sa chambre.
Il avait presque oublié ce que cela faisait de dormir sur un véritable matelas.
Son corps était encore légèrement endolori par l'entraînement et le combat de la veille, mais la fatigue qui l'avait accompagné ces derniers jours semblait avoir presque entièrement disparu.
Il s'étira longuement avant de se redresser.
Les premiers rayons du soleil filtraient à travers les rideaux de la fenêtre, illuminant doucement la pièce.
« Aujourd'hui… »
Son regard glissa instinctivement vers la pierre verte, posée sur le bureau en face de son lit.
« … je vais enfin savoir ce qu'elle vaut. »
Après s'être habillé, il récupéra soigneusement l'artefact avant de quitter sa chambre.
Le hall de l'Ordre était presque vide.
Seuls quelques employés terminaient les préparatifs de la journée pendant que plusieurs mercenaires partaient déjà accomplir leurs premières missions.
Sora déposa la clé sur le comptoir, salua rapidement Nerris, puis prit la direction de la boutique d'Ideor.
L'air du matin était encore frais.
Les rues de Grimpoint s'éveillaient lentement.
Les commerçants installaient leurs étals, les premières odeurs de pain chaud commençaient déjà à se répandre dans les ruelles, tandis que plusieurs artisans ouvraient les lourdes portes de leurs ateliers.
Lorsque Sora arriva devant la boutique de l'alchimiste, celui-ci était déjà présent.
Les bras croisés.
Immobile.
Comme s'il l'attendait depuis longtemps.
En entendant ses pas, Ideor leva lentement les yeux.
« Tu es à l'heure. »
Sora esquissa un léger sourire. « Vous aussi. »
L'alchimiste renifla. « La prochaine fois, sois en avance. Je déteste attendre les gens. »
Il se retourna aussitôt. « Suis-moi. »
Sans ajouter un mot de plus, il commença à marcher dans les rues encore peu fréquentées de Grimpoint.
Pendant plusieurs minutes, aucun des deux ne parla.
Puis Ideor rompit finalement le silence. « Dis-moi… »
Il ne ralentit même pas.
« Qu'espères-tu obtenir de cette négociation ? »
Sora réfléchit quelques instants. « De quoi devenir plus fort. »
« Ça ne veut rien dire. »
« Une armure… peut-être un autre artefact… ou alors de l'argent. »
Ideor secoua lentement la tête. « Mauvaise réponse. »
Sora fronça les sourcils. « Pourquoi ? »
« Parce que tu viens déjà de perdre une partie de la négociation. »
Le jeune homme cligna des yeux. « Comment ça ? On n'est même pas encore arrivés. »
Ideor esquissa un léger sourire. « Justement. Tu ne sais toujours pas exactement ce que tu veux. »
Il leva un doigt.
« Un marchand expérimenté repère ce genre d'hésitation immédiatement. Ensuite, il ne cherche plus à vendre ce qui t'est utile… »
Il leva un deuxième doigt.
« … mais ce dont il veut absolument se débarrasser. »
Sora resta silencieux.
« Avant chaque négociation, tu dois connaître trois choses. »
Il leva un troisième doigt.
« Ce que tu veux. Ce que tu es prêt à accepter. Et surtout… ce que tu refuses catégoriquement. »
Sora grava mentalement chacune de ces phrases dans son esprit.
Quelques rues plus loin, ils arrivèrent finalement dans une enseigne en bois.
Le Comptoir de Grimpoint.
La boutique paraissait modeste de l'extérieur.
Mais lorsqu'ils franchirent la porte, Sora découvrit un intérieur bien plus impressionnant qu'il ne l'avait imaginé.
Des dizaines d'armes étaient soigneusement suspendues aux murs.
Des armures complètes reposaient sur plusieurs mannequins.
Des vitrines renfermaient des bagues, des pendentifs et divers objets mystérieux baignant dans une faible lumière dorée.
Plus loin, plusieurs coffres massifs étaient alignés contre un mur.
Chaque objet semblait avoir une histoire.
Ou un prix particulièrement élevé.
Une petite clochette tinta au-dessus de la porte.
Derrière le comptoir, un homme trapu aux cheveux grisonnants releva aussitôt la tête.
Lorsqu'il aperçut Ideor, un large sourire apparut sur son visage.
« Eh bien… si ce n'est pas l'illustre Ideor ! Notre alchimiste préféré ! »
« Épargne-moi tes flatteries, vieux singe. Elles ne fonctionnaient déjà pas il y a quinze ans. »
Le marchand éclata de rire.
« Toujours aussi aimable. »
Son regard se posa ensuite sur Sora.
Il le détailla de la tête aux pieds.
Ses vêtements, son nouveau badge Obsidienne accroché aux boucles de son pantalon, son épée rangée dans son fourreau.
Puis son sourire s'élargit doucement.
« Et ce jeune homme ? »
« C'est pour lui que je suis ici. »
« Ah… intéressant. »
Sora sortit lentement la pierre verte de sa poche.
Au moment où elle fut déposée sur le comptoir…
La lumière émeraude illumina toute la surface du bois.
Le sourire du marchand disparut.
Et pendant plusieurs secondes… Il ne dit absolument rien.
Il observa la pierre sous tous les angles. La retourna. L'approcha de ses yeux. Puis souffla discrètement entre ses dents.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » murmura le marchand, tendant la main pour prendre l’objet. « C’est un artefact de bonne qualité… Plutôt rare même, il ne provient pas de cette région, non ? »
« En fait si, il vient de cet étage. » répondit Sora. « Je l’ai trouvé récemment lors d'une de mes quêtes pour l'Ordre des Mercenaires. »
Le marchand observa l'artefact de plus près, ses yeux scrutant chaque facette de la pierre lumineuse, fascinés par son éclat.
« Intrigant… » murmura-t-il.
« Ce n'est pas courant de trouver un artefact de cette qualité dans cet étage. Il a une aura particulière. Tu es sûr de vouloir l'échanger ? »
Sora, un peu nerveux sous le regard intense du marchand, afficha un sourire confiant, avant qu'Ideor ne réponde à sa place.
« Effectivement il est prêt à l'échanger, oui. »
Le marchand hocha lentement la tête, apparemment méfiant de la réponse d'Ideor. « Je vois… C'est donc avec toi, Ideor, que je vais devoir marchander. »
Le marchand redressa finalement son regard vers Ideor, un sourire rusé jouant sur ses lèvres.
« Bien, bien… Voyons donc ce que je peux te proposer en échange. »
Il posa l'artefact sur le comptoir et se tourna vers une étagère pleine de trésors, d'armures étincelantes et de fioles mystérieuses, son doigt traçant l’air comme s’il pesait chaque objet à sa disposition.
Mais avant qu'il n'ait le temps de prendre un objet d'échange en main, il se retourna et regarda ses deux interlocuteurs.
« D'ailleurs, que voudrais-tu en échange de cet artefact ? »
Comme tout à l'heure, Ideor répondit à la place de Sora. « Des écus si possible, ou d'autres artéfacts ou encore des armures. »
Le marchand se frotta le menton, réfléchissant un moment.
« Des écus, des armures… Voilà qui est raisonnable. Mais des artefacts, hmm… Cela pourrait être plus intéressant, surtout si l’on considère la rareté de celui-ci. »
Il se tourna de nouveau vers les étagères, ses doigts glissant sur les objets soigneusement rangés.
Sora, tout en observant attentivement, sentit la tension dans l’air.
Chaque mouvement du marchand semblait calculé, comme s’il pesait le moindre geste pour éviter de laisser échapper une bonne occasion.
« Dis-moi, gamin… » commença le marchand en se penchant légèrement vers Sora, un sourire narquois aux lèvres.
« … tu sais vraiment ce que tu tiens entre les mains, là ? Tu ne veux pas échanger cet artefact contre quelques pauvres écus, n'est-ce pas ? Il pourrait t’ouvrir des portes bien plus intéressantes. »
Sora plissa les yeux, se retenant de montrer trop d’intérêt.
« Je suis ouvert à des propositions. Mais j’aimerais quelque chose de vraiment utile. »
« Bien joué, gamin. » marmonna Ideor, appréciant l'attitude prudente de Sora.
« L’art du troc, tu l’as bien compris. »
Le marchand, tout en gardant un œil sur l'artefact, se tourna à nouveau vers les étagères, cette fois avec un air plus calculateur.
« Je pourrais te proposer une armure légère, parfaitement adaptée pour un mercenaire. Ou peut-être des potions d'énergie ou de soins, des choses pratiques pour tes prochaines aventures. »
Sora sembla réfléchir, mais il n’était pas satisfait de la proposition.
« Des armures et des potions, c’est bien, mais je cherche quelque chose d'un peu plus… stratégique, en fait. Quelque chose qui peut m'aider dans mes futurs combats. Peut-être un artefact ou une arme sacrée. »
Le marchand émit un rire étouffé, un éclat de surprise traversant ses yeux.
« Un artefact, hein ? Tu veux vraiment t’aventurer sur ce terrain ? Ces objets sont rares et donc chers. Mais je suis prêt à discuter. »
Ideor, qui semblait amusé par la tournure des événements, observa Sora avec un regard approbateur.
« Pas mal, gamin. Il faut savoir demander ce qu’on veut. Mais attention, n'accepte pas n'importe quoi. Ce vieux singe aime jouer sur la tentation. »
Le marchand ne réagit pas à la moquerie d'Ideor et s'éloigna de l’étagère et s’approcha d’un coffre plus imposant, dont la serrure semblait particulièrement ancienne.
« J’ai justement quelques objets que j’ai récemment acquis. Ils ne sont pas encore sur le marché, mais je pourrais te faire un prix. »
Il ouvrit le coffre et en sortit un petit artefact enveloppé dans un tissu sombre.
Lorsqu’il le déplia, Sora put voir une petite gemme rouge brillante, légèrement pulsante.
Le marchand sourit, comme s’il avait trouvé la perle rare.
« Voilà un artefact intéressant, un Cristal de Lune. Il permet de renforcer la perception et les réflexes. Bien utile pour un combattant comme toi. »