Chapitre 388
Traduction: Moonkissed
« Ah, oui. J’ai bien dit que tout était autorisé tant que ce n’était ni du sable ni une pierre. Très bien. Plancton accepté ! »
La tribu Gratuk poussa des gémissements tandis que notre tribu Narukat éclatait de joie.
« Waouh. Du plancton. »
« Yeon Yi-eun devient vraiment un génie de temps en temps. »
« Comment t’as même pensé au plancton ? »
« Héhéhé. »
C’était une victoire exaltante.
Nous avions enfin obtenu le potager.
Même après la fin du jeu, tout le monde continua à parler de l’affrontement entre le plancton et la fourmi.
« Mais cette fourmi était vraiment minuscule. »
« Elle est petite, mais elle fait peur. J’ai entendu dire que ses morsures faisaient super mal. »
« C’était impressionnant d’avoir pensé à ramener ça aussi, mais le plancton, c’était vraiment autre chose. »
« J’y aurais sincèrement jamais pensé. »
Même Han-bi hyung secouait la tête avec admiration.
« On cuisine encore maintenant ? »
« On devrait. »
« Au lieu de ça, on peut pas tous manger ensemble comme hier ? »
« Moi aussi, j’ai envie de faire ça. »
« On est clairement meilleurs pour vivre ensemble que pour s’affronter. »
« C’est vrai. Franchement, être séparés, c’est ennuyeux, et tout le monde me manque. »
Tous ceux qui m’entouraient hochèrent la tête, entièrement d’accord.
Apparemment, l’équipe de production estima que ça ferait également de bonnes images.
Lorsque nous demandâmes à cuisiner tous ensemble, ils nous donnèrent leur permission.
Nous choisîmes tous le menu, puis nous nous séparâmes : certains partirent chercher des ingrédients tandis que les autres préparaient la vaisselle.
« C’est plus rapide quand on fait tout ensemble. »
Kwon Jay et Geum Sae-bin parlaient tout en allumant le feu.
À côté d’eux, je lavais consciencieusement des coquillages et des bols en noix de coco lorsque j’aperçus Han-bi hyung et Jin Si-ho approcher au loin avec d’énormes fagots de bois sur le dos.
« Je suis impatient parce qu’on a tellement d’ingrédients cette fois. »
Le repas du jour n’était autre que du jjamppong aux fruits de mer.
Depuis que Yun-woo hyung avait repéré d’énormes crevettes vivant sur une autre partie de la plage, nous mourions d’envie d’essayer d’en préparer.
Moi aussi, j’avais très envie d’un bouillon épicé et bien chaud.
Remplis d’enthousiasme, nous commençâmes à préparer les ingrédients.
Nous fîmes dégorger toutes sortes de coquillages ramassés dans la mer pour qu’ils rejettent leur sable, nettoyâmes soigneusement les crabes de toutes tailles et préparâmes les crevettes.
Sur la planche à découper en bois étonnamment convaincante fabriquée par Geum Sae-bin, nous découpâmes les légumes fraîchement récoltés et sortîmes du piment rouge en poudre parmi les nombreux assaisonnements que Han-bi hyung avait apportés.
« Waaaaouh. »
Comme nous n’avions ni wok chinois ni véritable marmite de cuisine, nous préparions jusque-là tous nos plats dans un seul récipient.
Han-bi hyung fit sauter les ingrédients de manière spectaculaire, puis réussit même à leur donner un délicieux goût fumé en les passant au-dessus des flammes sur une grille semblable à celle d’un barbecue.
« Ça sent déjà super bon. »
« C’est vrai. Mais pourquoi il y a quelque chose qui sent autant le beurre ? »
Le coupable était Yun-woo hyung.
Un peu plus loin, il recouvrait les crevettes restantes de beurre, les enfilait sur des brochettes et les faisait griller au-dessus du feu de camp.
Rien que cette vue suffisait à faire déglutir les caméramans.
Je pris une brochette parfaitement grillée et l’agitai devant l’un d’eux.
« T’en veux, pas vrai ? »
Le caméraman hocha lentement la tête, visiblement tenté.
« Fais un échange avec moi. »
À mes paroles, le membre du staff hésita avant d’afficher un sourire embarrassé.
« Ton T-shirt a l’air sympa. Une brochette contre ton T-shirt, ça te va ? Nous, on avait pas le droit d’apporter de vêtements, mais vous devez en avoir emporté plein, pas vrai ? »
Le membre du staff plongea dans une profonde réflexion.
« Je le porterai soigneusement et je te le rendrai propre. T’as juste besoin de me le prêter. »
Nous avions plus ou moins réglé nos problèmes de nourriture et d’abri, mais je commençais à avoir envie de changer de vêtements.
Évidemment, ma seule tenue n’était pas sale puisque je la lavais soigneusement dans le ruisseau tous les matins et tous les soirs.
J’avais simplement envie de porter quelque chose de différent maintenant.
« …D’accord. »
Et voilà comment une brochette de crevettes fut échangée contre un T-shirt propre et sec.
Lorsque j’enfilai mon nouveau haut, Geum Sae-bin me regarda avec envie.
« Oh. Yeon Yi-eun, c’était malin. »
Yun-woo hyung réfléchit un instant, puis enfila plusieurs ingrédients différents sur des brochettes avant de les faire griller.
« Celle-ci, c’est une brochette de patate douce. Celle-là, crabe et oignon vert. Et ça, pomme de terre et carotte. »
« Hmm. La brochette de crevettes restera probablement la plus populaire. »
Nous attribuâmes soigneusement une valeur aux différentes brochettes, puis nous marchâmes droit vers le camp de l’équipe de production.
« Allez, allez ! De délicieuses brochettes assorties sont arrivées ! »
Geum Sae-bin nous avait fabriqué un immense plateau recouvert de brochettes colorées.
De loin, Yun-woo hyung ressemblait vraiment à un marchand ambulant vendant des grillades.
« Combien coûte une brochette ? »
La plus jeune scénariste gloussa.
Comme aucune des caméras principales ne se trouvait dans les environs, les membres du staff sortirent précipitamment leurs téléphones et leurs petits caméscopes pour nous filmer.
« Le prix varie selon les brochettes. Nous déterminerons leur valeur par troc. »
Les membres de l’équipe de production se rassemblèrent autour de nous.
« Je veux échanger ce superbe chapeau de voyage contre une brochette d’aubergine et de crevettes. »
« Ah. La brochette d’aubergine et de crevettes est extrêmement délicieuse. Un simple chapeau, ça risque d’être un peu… »
« C’est vrai. L’aubergine grillée, c’est incroyablement bon ! »
Je jouai avec enthousiasme le rôle du vendeur faisant la promotion de son produit.
« Je savais même pas qu’une aubergine pouvait être aussi juteuse. »
« La richesse du beurre, le jus sucré de l’aubergine et de belles crevettes charnues en parfaite harmonie ! »
« Oh ! Alors vous accepteriez de m’en échanger une contre cet outil multifonction ? »
Oui !
L’objet le plus utile venait d’apparaître.
Un outil multifonction nous serait incroyablement pratique.
« Alors moi, je veux une brochette de pommes de terre. »
« Je prends la patate douce. »
« Il y a aussi une brochette citrouille-ananas. »
« Oubliez les brochettes. Une fois le jjamppong terminé, je pourrai échanger quelque chose contre un bol… ? »
L’équipe de production se rassembla autour de nous comme si elle avait été ensorcelée.
Lorsque nous réussîmes même à vendre toutes les brochettes d’ananas grillé dont j’avais douté que quelqu’un veuille, Yun-woo hyung et moi avions une apparence ridicule.
Il avait deux chapeaux empilés sur la tête, des lunettes de soleil sur le visage et une autre paire accrochée à son haut.
Moi, j’avais une épaisse couverture enroulée autour du corps, d’élégantes sandales suspendues à un bras et du matériel de pêche coincé sous l’autre.
« Notre commerce de brochettes a été un succès total. »
« On devrait vendre le jjamppong aussi ? »
« Kang Han-bi va nous poursuivre avec une spatule à riz. »
Nous repartîmes joyeusement vers notre camp.
Les autres membres poussèrent des exclamations lorsqu’ils nous virent.
« Waouh. Les brochettes se sont vraiment bien vendues. »
« Le commerce, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux. »
Étonnamment, nos quelques jours de vie sur une île déserte avaient parfaitement reproduit la structure de la civilisation humaine.
Nous avions commencé par une société primitive centrée sur la chasse et la cueillette, utilisant principalement de grossiers outils en pierre taillée obtenus en brisant des rochers.
Puis était venue la société agricole, où nous élevions des poules et plantions ou cultivions des récoltes.
Certes, nous avions gagné le potager au lieu de le cultiver nous-mêmes, mais nos outils s’étaient eux aussi améliorés à ce stade, avec des instruments plus raffinés fabriqués en polissant le bois et la pierre.
Ensuite était arrivé le début de la société industrielle, où nous produisions des marchandises en quantité avant de les échanger par troc.
« C’est incroyable. On évolue. »
« Ensuite, ce sera la société de l’information ? »
Les membres trouvèrent cette explication fascinante.
Pendant ce temps, l’odeur du jjamppong se répandait autour du feu de camp.
Même les membres du staff qui travaillaient loin de nous et les guides locaux finirent par s’approcher pour regarder la nourriture.
« Waouh. C’est complètement fou. »
« Vous avez vraiment préparé un vrai jjamppong ? »
Les membres étaient surexcités.
Nous avions consciencieusement pétri de la farine pour fabriquer des nouilles, mais il n’y en avait absolument pas assez pour tout le monde.
Nous ne pûmes en goûter qu’environ une bouchée chacun, ce qui, d’une certaine manière, les rendit encore plus délicieuses.
Heureusement, nous avions beaucoup de riz.
Nous le fîmes cuire dans la grande marmite que nous avions obtenue en échange de nos brochettes grillées.
Le fond brûla légèrement, mais ça semblait le rendre encore meilleur.
« Manger du jjamppong avec du riz légèrement grillé au fond, ça donne l’impression de manger un plat chinois super cher. »
« Ah. Je me sens revivre. »
Comme prévu, Han-bi hyung était la seule chose dont on avait réellement besoin sur une île déserte.
Si quelqu’un me demandait de nouveau ce que j’emporterais sur une île déserte, ma réponse serait définitivement Han-bi hyung.
Après avoir mangé, nous nous amusâmes avec les objets que nous avions obtenus.
Nous pêchâmes, attrapâmes des poissons avec des filets, étalâmes notre literie moelleuse et fîmes même des siestes.
Ce soir-là, au lieu de notre jeu habituel, nous organisâmes une veillée autour du feu.
Nous parlâmes de ce que nous avions ressenti alors que notre séjour dans la jungle de l’île déserte touchait à sa fin et partageâmes les moments qui nous avaient le plus marqués.
Puis nous pensâmes à l’emploi du temps monstrueux qui nous attendait après notre retour.
« Vous savez que notre emploi du temps va être complètement fou une fois qu’on sera rentrés, pas vrai ? »
« J’ai vraiment l’impression qu’on a pu bien se reposer et s’amuser avant de reprendre le travail. »
« C’était une île déserte et une jungle, mais j’ai beaucoup plus aimé que je le pensais. »
« C’était même pas si difficile que ça, pas vrai ? »
« Les paysages étaient tellement beaux et l’air tellement pur que j’ai à peine remarqué les difficultés. »
Tout le monde semblait entièrement satisfait de ce voyage.
Finalement, nous chantâmes une chanson tous ensemble.
L’équipe de production disposa de magnifiques bougies partout sur le sol au milieu de la nuit noire.
Une douce ligne de basse vint se poser sous cette atmosphère romantique.
« S’il te plaît, réponds-moi. Pourquoi le ciel m’a-t-il tourné le dos ? »
Notre chanson de fin était brilliant.
Son style était difficile et subtil, ce qui rendait le fait de la chanter ici, en pleine nature, légèrement intimidant.
Malgré tout, si nous n’étions même pas capables de chanter dans une situation pareille, pouvions-nous réellement nous appeler des chanteurs ?
Nous n’avions pas de retours in-ear, mais j’écoutai ma propre voix aussi attentivement que possible et chantai la première ligne.
Nous tenions des micros fantaisie bon marché, incrustés de fausses pierres précieuses ou conçus pour s’illuminer lorsqu’on appuyait dessus, et pourtant nos expressions étaient plus sérieuses que jamais.
La bande instrumentale était diffusée depuis un téléphone tandis qu’un vent froid soufflait au loin.
Les cris et pépiements des oiseaux se mêlaient bruyamment au son.
En résumé, c’était le chaos.
Le vent était plus fort que ma voix et, chaque fois que j’ouvrais la bouche, j’avais l’impression qu’une poignée de sable venait s’y engouffrer.
Je terminai obstinément ma partie avant de passer le micro.
« Gwaaak ! Gwaaak ! »
Le cri joyeux d’un reptile inconnu retentit soudainement.
Kwon Jay réussit de justesse à chanter sa partie tout en ayant l’air sur le point d’éclater de rire.
Même si je m’agenouille ainsi devant toi
Ne fais pas semblant de ne pas me voir
Entre les rayons de lumière qui se brisent avec clarté
Les souvenirs s’effacent lentement
« Cot-couac ! Cot-couac ! »
Cette fois, c’était une poule.
L’oiseau bruyant éleva la voix comme s’il nous défiait dans une compétition de chant.
« Gwaaak ! Cot-couac ! Croa-croa ! Ssssss ! »
Toutes sortes de sons se mélangèrent, comme si les animaux rejoignaient notre chœur.
Ou peut-être ressemblait-ce plutôt à une sorte d’orchestre complètement absurde.
Nous nous regardâmes rapidement.
Après avoir échangé un accord silencieux, nous levâmes tous nos micros en même temps.
Brilliant, brilliant
Sous la lumière des étoiles disparue
Je t’en prie, empêche cette petite lumière qui est la mienne
De jamais s’éteindre
Brilliant, brilliant
Dans les fissures de mes rêves brisés
Que même les larmes qui s’échappent de moi
Deviennent une lumière qui brille sur moi
Finalement, nous décidâmes qu’il était impossible de chanter chacun notre partie séparément et interprétâmes la chanson tous ensemble.
Nos voix mêlées se répandirent dans la nuit au milieu des cris de toutes sortes d’animaux.
« Waouh… ! »
La bouche du PD s’ouvrit sous l’effet d’une rare et sincère admiration.
Sur ce cœur blessé
La lumière vient se poser
Faisant fondre le désespoir qui s’était durci morceau après morceau
Dans cette nuit vide
Où l’amour et la confiance ont disparu
J’attends d’entendre ta voix
Enfin, la chanson prit fin.
Même après ça, personne ne parla pendant un long moment.
Tout le monde resta simplement plongé dans l’émotion, savourant l’atmosphère et en ressortant aussi lentement que possible.
Les scénaristes, le PD, les autres membres du staff et même les membres de l’équipe locale qui ne comprenaient pas notre langue semblaient tous émus.
« Ah ! »
Le PD finit enfin par parler.
L’atmosphère onirique se brisa et tout le monde revint à ses esprits.
« Ah… ! C’était vraiment bien. Pas vrai ? »
« C’était pratiquement une performance live complètement brute, et pourtant, je sais pas comment, ça sonnait aussi bien. »
« On dit que la voix humaine est le plus bel instrument. »
« C’était magnifique. La chanson est vraiment très belle. »
Leurs compliments sincères me rendirent heureux.
Peu importe le nombre de compliments que nous recevions sur notre nourriture ou le nombre de personnes qui nous disaient que nos brochettes étaient délicieuses, c’était toujours ce moment-là qui me rendait le plus heureux.
Le moment où une chanson que je chantais, une chanson que nous chantions ensemble, touchait le cœur des gens et recevait des compliments sincères.
« Merci. »
Nous nous levâmes et remerciâmes tous les membres du staff.
« Très bien. Le tournage est terminé. À partir de maintenant, vous avez du temps libre. Demain, nous filmerons seulement une courte scène de départ avant que vous quittiez l’île. Il n’y aura plus aucun tournage après ça. »
Tout le monde s’étira et se détendit avec soulagement.
Enfin, nous avions atteint un moment de tranquillité où aucune caméra ne nous observait.