Chapitre 201
Traduction: Moonkissed
« Qui est là ? »
J’avais clairement entendu quelque chose, mais dès que j’appelai, le bruit s’arrêta brusquement.
« Allez, pourquoi vous me faites ça ? Sérieusement. J’ai peur. »
Je serrai encore plus fort la barre dans mes mains et criai en direction du couloir vide.
Malgré cela, le bruit ne revint pas, si bien que je n’eus d’autre choix que d’avancer lentement.
Le couloir lugubre semblait s’étendre à l’infini.
Des portes portant des numéros comme Chambre 201 et Chambre 202 s’alignaient le long des murs.
À en juger par le sang et les taches qui recouvraient même les portes, j’avais la forte impression qu’il ne fallait surtout pas les ouvrir.
Il y avait forcément d’autres zombies à l’intérieur.
Je décidai donc de n’en ouvrir aucune.
Après avoir tourné au coin du couloir, je découvris un hall assez spacieux.
Un pot contenant une grande plante desséchée était renversé et brisé au sol, tandis qu’un vieux téléviseur et de longs bancs en bois semblables à ceux d’une église étaient éparpillés un peu partout.
« Ça doit être le hall central. »
Comme je m’y attendais, des escaliers montaient et descendaient des deux côtés du hall.
À en juger par les numéros des chambres que j’avais vus plus tôt, je devais me trouver au deuxième étage.
Autrement dit, si je descendais, j’arriverais au premier étage, où les numéros des chambres commençaient par un.
Et si je montais, j’arriverais au troisième, où ils commençaient par trois.
Puisque la mission consistait à s’échapper, je devais probablement descendre au premier étage, non ?
Mais il était impossible que la mission soit aussi simple.
Le premier étage, en contrebas, était entièrement englouti dans les ténèbres.
Peu importe sous quel angle je le regardais, c’était suspect.
Je regardai autour de moi et aperçus opportunément une canette vide.
Je la ramassai et la laissai tomber à travers l’espace entre les barreaux de la rampe.
Clang !
Le bruit assourdissant de la canette heurtant le sol fit se ratatiner mon cœur.
« Graaaah ! Kyaak ! »
Au même instant, les cris des zombies éclatèrent dans l’obscurité du premier étage.
« Je le savais ! »
Exactement comme je m’y attendais.
Le premier étage était un véritable repaire de zombies.
Ça signifiait que je devais plutôt monter au troisième étage.
Une grille métallique bloquait l’entrée du troisième, et le cadenas qui y était accroché indiquait qu’il devait forcément y avoir une clé quelque part dans les environs.
C’est alors que j’entendis de nouveau quelqu’un.
« ...Sunbaenim ? Yi-eun ? »
La voix provenait du troisième étage.
« Oh ! Yi-gyeom. »
Je n’aurais jamais imaginé pouvoir être aussi heureux de voir un membre d’un groupe rival que je rencontrais pour la première fois aujourd’hui.
« Yi-eun ! J’ai cru que j’allais mourir de peur. »
Moon Yi-gyeom parlait depuis l’autre côté des barreaux bloquant l’entrée du troisième étage.
Il avait l’air aussi misérable que moi, comme s’il en avait bavé tout autant.
Ses cheveux étaient complètement ébouriffés et le contour de ses yeux était rouge.
« T’as... pleuré ? »
« Ouais. J’étais dans une sorte de cellule. Tu sais ce qu’il y avait dedans ? »
« Alors toi aussi, tu l’as vu. »
« Toi aussi ? »
« J’ai failli mourir de peur. »
« Des zombies... »
Moon Yi-gyeom et moi nous serrâmes fermement les mains à travers les barreaux.
« Mais c’est quoi, ça ? »
« Au cas où un zombie apparaît. »
« Tu comptes le frapper avec ça ? »
Moon Yi-gyeom fixa avec horreur la barre que je tenais.
« Tu veux que je fasse quoi d’autre ? Mes hyungs m’ont dit de jamais me laisser frapper sans rien faire. »
Moon Yi-gyeom me regarda avec des yeux écarquillés, complètement incrédule.
« T’es vraiment courageux. »
Courageux, mon cul.
J’avais l’impression que j’allais m’évanouir de peur à tout moment.
« Bref, il faut qu’on ouvre cette grille. »
Le cadenas se trouvait de mon côté des barreaux.
Autrement dit, la clé devait être quelque part au deuxième étage.
« Comment c’est, au troisième ? T’as vu personne d’autre ? »
« Il y avait quelques chambres de patients dans le couloir, mais j’avais trop peur de les ouvrir. »
Je vois.
Le troisième étage semblait avoir une disposition similaire à celle du deuxième.
Pour résumer, je devais chercher la clé au deuxième pendant que Moon Yi-gyeom fouillerait le troisième à la recherche des autres.
Lorsque je lui expliquai mon idée, Moon Yi-gyeom eut l’air au bord des larmes.
« Tu peux pas ouvrir ça d’abord et venir chercher les autres avec moi après ? »
« On a pas le temps pour ça. »
Moon Yi-gyeom baissa la tête, abattu.
« D’accord. Alors retrouvons-nous ici. »
Comprenant qu’il n’y avait pas d’autre choix, Moon Yi-gyeom accepta à contrecœur et repartit dans le couloir du troisième étage.
Je regardai son dos voûté s’éloigner avec inquiétude avant de me retourner moi aussi.
Il était tellement trouillard que je me demandais s’il allait vraiment s’en sortir tout seul.
Mais ce n’était pas le moment de m’inquiéter pour Moon Yi-gyeom.
J’avais déjà largement assez de problèmes de mon côté.
Il y avait clairement des zombies dans les environs.
J’allais vraiment devoir ouvrir toutes les portes des chambres ?
En priant pour que ce ne soit pas nécessaire, je revins sur mes pas.
En observant plus attentivement le couloir, je commençai à remarquer plusieurs choses qui m’avaient échappé auparavant.
La première était les taches qui recouvraient le mur du hall central.
Au premier regard, elles ressemblaient à de simples traces aléatoires.
Mais en les examinant de plus près, elles semblaient former des caractères.
Ce n’était pas du coréen, mais j’arrivais tout de même à comprendre ce qui était écrit.
« 二百一号 »
Chambre 201... ?
Il y avait quelque chose dans la chambre 201 ?
Je me dirigeai vers celle-ci tout en cherchant d’autres indices autour de moi.
Toc, toc, toc.
Par précaution, je frappai à la porte.
Mais sans surprise, personne ne répondit.
À côté de la porte marquée Chambre 201 se trouvait un emplacement mural destiné à afficher le nom du patient hospitalisé.
Le nom inscrit était :
Sato Ayaka (佐藤 彩花).
Elle était japonaise ?
Les caractères tracés sur le mur étaient eux aussi des caractères chinois.
Alors était-ce Sato Ayaka, la patiente occupant cette chambre, qui avait laissé ce message ?
Plus les pièces du puzzle s’emboîtaient, plus mon cœur battait violemment.
Je commençai à me demander s’il n’allait pas réellement exploser.
Mais je me rassurai à voix haute.
« Le cœur humain est plus solide qu’on le pense. »
Si quelque chose comme ça suffisait à faire exploser mon cœur, il aurait probablement éclaté depuis longtemps.
Je me ressaisis calmement et, les mains tremblantes, tournai la poignée de la chambre 201.
Criiic.
Dans un léger grincement, l’intérieur sombre de la chambre 201 se révéla.
Contrairement au couloir dévasté, la chambre était parfaitement propre et bien rangée.
« Madame Ayaka ? Vous êtes là ? »
J’ignorais si elle comprenait le coréen.
Enfin, si elle était déjà devenue un zombie, elle ne comprendrait probablement plus rien du tout.
Quoi qu’il en soit, j’appelai son nom.
Comme prévu, seul le silence me répondit.
Au milieu de ce silence, j’entendis le faible bruit de l’eau qui coulait depuis la salle de bain attenante.
« J’ai l’impression qu’il y a quelque chose dans la salle de bain. »
Je me tins devant la porte étrangement fermée et hésitai pendant un long moment.
Il y avait clairement quelque chose de louche à l’intérieur.
Mais je n’arrivais pas à me résoudre à ouvrir.
« J’ai peur... Il y a sûrement un zombie là-dedans. Pas vrai ? Il y a un zombie, hein ? »
Je n’avais aucune idée de la personne à qui je parlais, mais je continuai à crier dans le vide.
Si je ne faisais pas au moins ça, j’avais l’impression que j’allais mourir de peur.
« Si t’es un zombie, je te frappe. Je t’aurai prévenu. Si un zombie sort, je vais le frapper, alors sors pas. Je t’ai prévenu ! »
Je lançai cet avertissement assez fort pour que même le zombie grand-père couché dans sa tombe tout à l’heure puisse l’entendre, puis mordis ma lèvre desséchée.
Je tournai la poignée de la salle de bain et tirai brusquement la porte.
« Aaaaaah ! »
Au même instant, je levai instinctivement ma barre, fermai les yeux de toutes mes forces et me recroquevillai.
« ...Hein ? »
Pour une raison quelconque, tout resta silencieux autour de moi.
J’ouvris lentement les yeux.
Rien ne se passa.
La salle de bain était aussi propre et bien rangée que la chambre.
La seule chose inhabituelle était le mince filet d’eau qui coulait du robinet du lavabo.
« C’est quoi, ce délire ? J’ai eu peur pour rien. »
J’entrai et examinai le sol.
Un petit carnet reposait sur le carrelage propre.
Un indice ?
Je le ramassai et l’ouvris.
Le nom Sato Ayaka (佐藤 彩花) était inscrit à l’intérieur.
C’était clairement le carnet de Mme Sato, la patiente qui avait occupé cette chambre.
J’étais sur le point de le feuilleter lorsqu’un nouveau bruit retentit.
Boum ! Boum ! Boum !
C’était quoi encore, ce bruit ?
On aurait dit que quelqu’un frappait le sol à répétition avec son pied.
Mais d’où ça venait ?
Il n’y avait rien autour de moi.
Pourtant, le bruit continuait.
Un frisson glacial remonta brutalement le long de ma colonne vertébrale.
Pris d’un horrible pressentiment, je levai lentement la tête.
« AAAAAAAAAH ! »
Quelque chose se trouvait au-dessus des placards muraux.
Ça avait la forme d’une personne allongée de tout son long, solidement ligotée et en train de se débattre.
« AAAAAAAH ! AAH ! UN ZOMBIE ! »
Terrifié au-delà des mots, je hurlai et me précipitai hors de la salle de bain.
Je claquai la porte et me mis à trembler tandis que les coups devenaient de plus en plus forts.
Le zombie attaché au-dessus du placard semblait produire ce bruit en frappant continuellement sa tête contre l’étagère.
Mais quelque chose était étrange.
Attends.
C’était vraiment un zombie ?
Il avait l’air étrangement propre pour un zombie.
Pris de soupçons, j’entrouvris de nouveau la porte et regardai à travers l’interstice.
Il était toujours là, au-dessus du placard.
Beurk.
Il était définitivement toujours là.
Mais je finis enfin par le reconnaître.
« Lee Hoon sunbaenim ?! »
Ce n’était pas un zombie.
C’était Lee Hoon, ligoté des pieds à la tête.
Ma peur disparut instantanément.
Je retournai dans la salle de bain et arrachai le ruban adhésif qui couvrait sa bouche.
« Pouah ! Ah, je suis vivant. Enfin ! Bande de malades de l’équipe de production ! Ça a du sens, ça ?! Où est-ce que vous m’avez attaché, bordel ?! »
Dès que sa bouche fut libérée, Lee Hoon se mit à insulter l’équipe de production.
Difficile de lui en vouloir.
Sérieusement...
Comment avaient-ils seulement eu l’idée d’attacher quelqu’un au-dessus d’un placard ?
« Sunbaenim, ça va ? »
« Non, ça va pas ! Dépêche-toi de me détacher. »
Lee Hoon me répondit sèchement depuis son perchoir.
« Oui, je vais vous détacher tout de suite. »
Le simple fait d’avoir enfin trouvé un compagnon me soulagea énormément.
Je n’étais plus seul.
Puis je remarquai quelque chose de suspect au niveau de la cheville de Lee Hoon.
On aurait dit une tache rouge.
« ...Sunbaenim, vous vous êtes pas fait mordre, pas vrai ? »
« Non ! Ils m’ont traîné ici et attaché avant même que j’enlève mon bandeau. J’ai même pas eu le temps de me faire mordre par un zombie ou quoi que ce soit ! »
« Ah, vraiment ? »
La sincérité de sa voix me rassura pendant un instant.
Puis une pensée me traversa brusquement l’esprit.
Je me figeai.
« Qu’est-ce que tu fais ?! Dépêche-toi de me détacher ! »
« Sunbaenim. »
Je restai immobile et fixai Lee Hoon.
« Vous avez dit qu’ils vous avaient traîné ici et attaché avant même que vous retiriez votre bandeau, pas vrai ? »
« Oui ! C’est ce que je viens de te dire ! Mes bras me tuent, alors dépêche-toi de me détacher. »
« C’est bizarre. »
« Qu’est-ce qui est bizarre, espèce de morveux ? Tu t’es fait arnaquer toute ta vie ou quoi ? »
Lee Hoon éclata d’un rire impuissant, l’air profondément lésé.
Disait-il la vérité ?
Son expression semblait effectivement sincère.
« ...Alors comment vous saviez qu’il y avait des zombies ici ? Moi, je vous ai seulement demandé si vous aviez été mordu. »
« ... »
Lee Hoon tressaillit.
Puis il se figea.
« C’est suspect. Sunbaenim, vous êtes un zombie, pas vrai ? »
« Non, espèce de morveux ! »
« Vous êtes suspect... »
Alors que je reculais lentement, l’incompréhension envahit le visage de Lee Hoon.
« Écoute-moi. Tu m’as demandé si j’avais été mordu, alors évidemment que j’ai pensé aux zombies. Qu’est-ce qu’ils pourraient utiliser d’autre pour un épisode spécial dans un hôpital abandonné, à part des zombies ? »
C’était vraiment ça ?
Il l’avait simplement deviné ?
Maintenant que j’y pensais, quelqu’un avec autant d’expérience des émissions de variété que Lee Hoon pouvait facilement anticiper les intentions de l’équipe de production.
Prévoir des zombies dans un hôpital abandonné n’avait rien de particulièrement difficile.
« Vous êtes quand même suspect. »
« Qu’est-ce que tu racontes ?! Dépêche-toi de me détacher ! Mes bras commencent vraiment à s’engourdir. »
Lee Hoon me supplia avec une expression pitoyable.
« Attendez. »
J’examinai la zone tachée autour de sa cheville.
« Hihihihi ! Hé, pourquoi tu me chatouilles sous le pied ?! »
Lee Hoon se tortilla en riant.
« Restez immobile. »
Je remontai obstinément la jambe de son pantalon jusqu’à pouvoir voir sa peau nue.
« Regardez ! Regardez ça ! »
Exactement comme je le pensais.
Il y avait une blessure sur sa cheville qui ressemblait trait pour trait à une morsure.
« Vous avez été mordu ! Vous avez été mordu, espèce de zombie ! »
Je changeai immédiatement d’attitude et levai ma barre.
Lee Hoon recula d’horreur.
« Aaaah ! Je suis désolé ! Je vais tout te dire ! Je vais tout te dire ! »
« Avouez tout immédiatement ! »
« D’accord, d’accord ! »
Lorsqu’il se rendit sans opposer de résistance, j’abaissai lentement la barre.
« Espèce de petit enfoiré ! Même comme ça, t’allais vraiment me frapper avec ce truc ?! »
« Vous êtes un zombie ! Vous êtes un zombie ! J’ai peur ! »
Comme je lui criais dessus sans céder, Lee Hoon renifla d’incrédulité.
« C’est toi qui fais plus peur que le zombie, espèce de morveux ! »
« Non ! Les zombies font plus peur ! »
Je refusai obstinément de céder.
Lee Hoon finit par laisser échapper un petit rire, comme s’il admettait sa défaite.
« Écoute-moi simplement. Moi aussi, je suis une victime dans cette histoire. »
« Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »
« Je vais tout te raconter. Mais avant ça, tu peux pas me détacher ? Mes bras commencent vraiment à s’engourdir. »
« Non. »
À la place, je ramassai le flexible de douche qui traînait sur le sol et attachai Lee Hoon encore plus solidement.
« Espèce de sale petit monstre. T’as vraiment ni sang ni larmes ? »
« Pas pour les zombies. »
« Je t’ai dit que j’étais pas un zombie. »
« Menteur ! »
Lee Hoon laissa échapper un rire creux, complètement abasourdi.
« Dépêchez-vous de parler. Pourquoi vous êtes comme ça ?! »
« Quand j’ai retiré mon bandeau pour la première fois, j’étais dans une sorte de cellule de prison. »
Cette partie correspondait exactement à ce qui m’était arrivé.
Moon Yi-gyeom avait lui aussi dit avoir commencé dans une cellule.
Peut-être que tout le monde avait commencé le jeu de la même manière.
« Et ensuite ? »