Chapitre 196
Traduction: Moonkissed
Kwon Jay hésita brièvement.
« Pour faire simple, quand hyung est mort, je suis allé à ses funérailles et j’ai vu des mots étranges. »
« Ils te demandaient si tu voulais remonter le temps ? »
« Oui. D’après ce que j’entends maintenant, on dirait que j’étais pas le seul à les avoir vus. »
« C’est ça. Moi, j’ai vu ces mots alors que j’étais inconscient juste après l’accident. »
« Les hyungs les ont peut-être vus eux aussi. »
« Et si on n’avait été que tous les deux ? »
« Il y a quelque chose qui me fait en douter. »
« Quelque chose ? »
« Park Yul-chan hyung était à côté de moi ce jour-là. »
C’était la première fois que je l’apprenais, mais ce n’était pas particulièrement surprenant.
Puisqu’il s’agissait de mes funérailles, tous les anciens membres de Say High avaient dû venir me rendre hommage.
« Et ? »
« Quand ces mots sont apparus, je pense que Park Yul-chan hyung les a vus lui aussi. »
« Park Yul-chan aussi ? »
« Oui. Mais à en juger par son comportement pendant Star Makers, je pense qu’il a choisi NON. »
« Alors toi, t’as choisi OUI ? »
Lorsque je lui posai la question avec surprise, Kwon Jay me fixa.
« Je voulais remonter le temps et empêcher ton accident. Je savais pas que je reviendrais aussi loin dans le passé... Mais finalement, je me suis dit que c’était encore mieux comme ça. »
Je ne sus quoi répondre.
Peu importait à quel point quelqu’un souhaitait désespérément empêcher mon accident, combien de personnes choisiraient réellement de remonter le temps et de retourner dans le passé ?
Au moins, je pouvais comprendre mes hyungs.
Ils n’avaient plus rien à perdre.
Ils avaient facilement pu choisir OUI en pensant qu’ils retourneraient dans le passé, me sauveraient et permettraient à Newstarz de réussir cette fois-ci.
La situation de Kwon Jay était différente.
À cette époque, Kwon Jay était un idol ayant connu un succès extraordinaire.
Son groupe jouissait d’une immense popularité malgré son statut de rookie et, même au sein de celui-ci, Kwon Jay se trouvait tout au sommet.
Il devait abandonner sa jeunesse, sa célébrité, son argent et tous les accomplissements obtenus au prix de ses efforts, puis tout recommencer à zéro.
Comment avait-il pu choisir cette voie ?
Non.
Peut-être avait-il simplement pensé qu’il remonterait de quelques jours, jusqu’à la veille de mon accident.
Même dans ce cas, Kwon Jay se trouvait en pleine tournée de concerts au Japon à ce moment-là.
Il y avait donc peu de chances qu’il puisse revenir à temps pour empêcher mon accident.
« Pourquoi t’as fait ce choix ? Je vaux pas autant que ça. »
Je murmurai ces mots d’un air absent, presque pour moi-même.
Kwon Jay me fixa, puis laissa échapper un petit rire.
« Hyung comprend toujours pas à quel point je t’aime... »
***
Pendant plusieurs jours, une neige exceptionnellement abondante pour la saison tomba sur Tokyo.
Ce spectacle inhabituel avait plongé tout le monde dans une agitation particulière.
Certains se dépêchaient de modifier leurs plans.
D’autres appelaient précipitamment quelque part.
Toute cette agitation autour de moi n’avait aucune importance.
Mon regard restait fixé sur les informations diffusées sur mon téléphone.
Exactement comme la piste d’atterrissage ensevelie sous la neige blanche, mon esprit était vide.
(Avis aux passagers de l’aéroport de Haneda. En raison des fortes chutes de neige, tous les vols à destination de l’aéroport d’Incheon prévus aujourd’hui ont été annulés. Les passagers concernés sont priés d’en prendre note et de prévoir d’autres dispositions.)
L’annonce d’annulation résonnait dans l’aéroport, mais même elle semblait lointaine.
« ...Aux alentours de onze heures hier soir, Yeon Yi-eun, membre du populaire groupe d’idols Newstarz, est décédé dans un accident de la circulation, plongeant ses fans dans le deuil... »
La voix impersonnelle du présentateur résonnait dans mes écouteurs.
Comme pour me prouver que je n’avais pas mal entendu, une légende apparut au bas de l’écran.
« Yeon Yi-eun du groupe d’idols Newstarz meurt dans un accident de la circulation. »
« Yeon Yi-eun ? »
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
« Mon Dieu... »
Même les murmures des Coréens autour de moi semblaient irréels.
Hyung était mort ?
Les questions se fracassaient dans mon esprit.
La conversation insignifiante que j’avais eue avec lui quelques jours plus tôt était encore parfaitement claire dans ma mémoire.
— Hyung, quand tu déménageras, tu vas vivre tout seul ? Je peux venir te voir ?
— Non.
— Pourquoi ?
— Arrête de penser à t’amuser et prépare correctement ton concert.
— Ah, je le prépare très bien. La pizzeria où on avait mangé avant a une succursale près de chez toi. Je viendrai plus tard, alors offre-moi une pizza.
Je n’avais même pas encore reçu de réponse à ce message.
Et maintenant, hyung était mort.
Je ne pouvais pas y croire.
Je décidai que l’information devait forcément être fausse.
Je cherchai immédiatement un autre article.
Désespéré à l’idée de trouver ne serait-ce qu’une seule explication affirmant que l’annonce de la mort de Yeon Yi-eun était une erreur absurde, je parcourus frénétiquement les communautés et les portails d’actualité.
— Il a eu un accident de la circulation hier soir et a été transporté à l’hôpital, mais il était déjà trop tard.
— Ah, putain. C’est pas possible.
— À ce stade, Newstarz est pas maudit ou quelque chose comme ça ?
— J’avais entendu dire que Yeon Yi-eun allait débuter en solo. Comment un truc pareil peut arriver juste après l’annonce ?
— C’est vrai ? C’est pas une fausse information ?
— C’est tellement triste. J’arrivais pas à y croire, alors j’ai cherché partout 😭😭 Les membres de Newstarz sont eux aussi à l’hôpital maintenant.
— Comment c’est possible ? Il allait parfaitement bien sur BubbleBubble hier matin.
Plus je parcourais les communautés, plus mon espoir s’éteignait, telle une étincelle sous la pluie.
Hyung était vraiment parti.
Il était mort ?
Puis le manager, qui était parti vérifier les horaires des vols, revint.
« Ah, qu’est-ce qu’on va faire ? Jay... »
Apparemment, lui aussi avait appris la nouvelle.
Le manager savait à quel point j’aimais et suivais Yi-eun hyung.
Non.
Peut-être que le pays tout entier le savait.
Il afficha une expression troublée, puis aperçut mon visage silencieux et comprit enfin.
« Jay... Tu l’as appris toi aussi. »
« ... »
Je ne voulais pas répondre.
Si je le reconnaissais à voix haute, j’avais l’impression que j’admettrais que hyung n’existait réellement plus dans ce monde.
Et alors, il quitterait véritablement mes côtés pour toujours.
« ...Jay. »
Faisant semblant de ne pas entendre sa voix grave, j’appelai le numéro de hyung.
« Le téléphone de votre correspondant est éteint... »
Une voix automatisée glaciale résonna dans le combiné.
« Ça n’a aucun sens. »
À tout moment, je m’attendais à ce que cette tonalité lugubre s’interrompe et que sa voix indifférente, légèrement agacée, me réponde.
Bip...
Contrairement à ce que j’espérais, aucune réponse ne vint de l’autre côté.
« Arrêtez de mentir. Hyung ferait jamais ça. »
Toutes ces journées frénétiques après les cérémonies de remise de prix de fin d’année, passées à enchaîner les emplois du temps à l’étranger sans même avoir le temps de respirer, me semblèrent soudainement dépourvues de sens.
Tout ça était un rêve, pas vrai ?
Quand j’ouvrirais les yeux, il serait encore tôt le matin, avant même que la journée ne commence.
Je calmerais mon cœur affolé et serais soulagé de découvrir qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar.
Ça devait forcément être ça...
Mais mes larmes, elles, reconnurent la réalité avant moi et commencèrent à couler.
Même alors, refusant toujours d’y croire, je composai encore et encore le numéro auquel personne ne répondrait jamais.
***
« ...Jay, tu peux pas rester assis comme ça éternellement. Il faut que tu manges quelque chose. »
Le manager restait près de moi, incapable de s’éloigner.
Les autres membres, qui avaient appris la nouvelle plus tard, n’arrivaient pas non plus à m’adresser la parole.
Yi-eun hyung n’avait aucun lien personnel avec les membres de mon groupe actuel.
Malgré cela, ils savaient à quel point je tenais à lui.
Sans un mot, ils déposèrent une couverture sur mes épaules avant de s’éloigner pour me laisser de l’espace.
« ...Et l’avion ? Quand est-ce qu’on peut partir ? »
« On vérifie toutes les possibilités, mais cette neige est tellement inhabituelle que la situation est compliquée. »
« Pourquoi maintenant, parmi tous les moments possibles ? »
Si je pouvais atteindre l’endroit où se trouvait hyung, j’avais l’impression que je pourrais sacrifier n’importe quoi.
Cruellement, le ciel ne montrait aucune intention de s’arrêter et continuait de déverser sa neige sur tout ce qui m’entourait.
Alors que j’étais coincé dans le mauvais pays, les funérailles de hyung commencèrent.
J’en suivais les nouvelles à la télévision tout en priant pour pouvoir rentrer en Corée le plus rapidement possible.
Je n’avais pas dormi depuis des heures, mais je ne ressentais aucune fatigue.
Un vide horrible et une profonde mélancolie se répandaient dans tout mon corps comme un poison.
Alors que les heures se consumaient inutilement, j’appris plusieurs choses.
Hyung avait quitté le dortoir pour s’installer dans son propre officetel.
Pour une raison inconnue, il était retourné en direction du dortoir tard cette nuit-là.
Les caméras de surveillance avaient enregistré sa dernière apparition alors qu’il courait précipitamment dans la rue.
Pourquoi hyung courait-il vers le dortoir aussi tard, sans même avoir correctement enfilé son manteau ?
On disait qu’après l’accident, il tenait dans sa main une photographie prise avec les membres de Newstarz.
J’étais une nouvelle fois en train de retourner dans ma tête ces questions que je m’étais déjà posées d’innombrables fois lorsque mon téléphone sonna soudainement.
『Park Yul-chan Hyung』
« ... »
Même après plusieurs sonneries, je n’avais aucune envie de répondre.
Il appelait évidemment parce qu’il avait vu les nouvelles.
« Oui, hyung. »
— Kwon Jay, t’as appris ?
Dès que je décrochai à contrecœur, sa voix, que je n’avais aucune envie d’entendre, retentit.
« ... »
— Hé, qu’est-ce qu’on est censés faire ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
Park Yul-chan avait le culot de prendre un ton inquiet.
Plusieurs heures s’étaient déjà écoulées depuis l’annonce de la nouvelle.
Certains membres de Say High m’avaient contacté dès qu’ils l’avaient apprise.
Et lui ne m’appelait que maintenant, tout en faisant sans honte semblant d’être bouleversé.
— On peut vraiment jamais prévoir ce qui va arriver dans la vie. Comment un truc pareil peut se produire ?
« Je sais. »
— J’imagine qu’on devrait y aller, pas vrai ? Je suis déjà tellement occupé que j’en peux plus. Pourquoi ça devait arriver ce mois-ci ? Ha...
Je raccrochai sans répondre à son long soupir.
Je n’avais pas l’énergie d’écouter les conneries de Park Yul-chan.
Hyung était mort, et la seule chose qu’il trouvait à dire, c’était quoi ?
Qu’il était déjà occupé et qu’il fallait que ça arrive précisément maintenant ?
J’avais toujours su que c’était un connard, mais un nouveau dégoût me fit grincer des dents.
Pendant ce temps, les informations diffusaient des interviews de différentes personnes venues aux funérailles après avoir appris la mort de hyung.
Jin Xu baissait la tête en pleurant.
Kim Cha-min se tenait à côté de lui avec une expression dévastée.
Jin Si-ho restait immobile dans un coin plongé dans l’ombre, avec le même visage impassible que toujours.
C’étaient les membres de notre Say High.
Même si le groupe s’était dissous, ils avaient tout de même passé deux années ensemble.
À l’exception de Park Yul-chan et de moi, tout le monde semblait déjà s’être rendu aux funérailles.
L’anxiété me serra la poitrine.
À ce rythme, est-ce que j’allais même manquer le dernier voyage de hyung ?
L’écran montra ensuite les membres de Newstarz en train de sangloter.
Ki Yun-woo hyung s’était effondré en avant, secoué par ses pleurs, tandis que Kang Han-bi hyung affichait une expression tout aussi dévastée.
Ils ne ressemblaient absolument pas aux membres d’un groupe prétendument ravagé par des rumeurs de conflits.
Qui pourrait les voir dans cet état et oser remettre en question leur lien ?
J’avais de la peine pour eux.
Et pourtant, en même temps, j’éprouvais une rancœur irrationnelle envers ces hyungs avec lesquels je n’avais aucun lien.
Si ça avait été moi...
Si j’avais été l’un des membres originels de Yeon Yi-eun hyung...
Ou au moins, si Say High ne s’était jamais séparé et que nous étions restés ensemble...
Je n’aurais jamais laissé hyung quitter ce monde tout seul.
Hyung portait déjà tellement de blessures.
Je ne l’aurais pas laissé quitter le dortoir seul dans une solitude pareille.
Si ça avait été moi, j’aurais pu le rendre plus heureux...
***
J’arrivai à la salle funéraire le lendemain.
La plupart des personnes venues présenter leurs condoléances semblaient déjà être passées.
Malgré cela, la salle était encore animée.
Lorsque j’entrai, des murmures s’élevèrent de toutes parts.
Au-delà de la foule...
Hyung était là.
Son visage souriait avec éclat à l’intérieur d’un cadre rigide, complètement inconscient de ce qui se passait en moi.
D’une certaine manière, ça ne ressemblait pas à hyung.
Hyung ne me sourirait jamais comme ça.
« ...Hyung. »
Je voulais m’excuser d’être arrivé en retard, mais je ne parvins pas à continuer.
Lorsque mes larmes finirent par se libérer, mes épaules se mirent à trembler violemment.
Ce ne fut qu’à cet instant que la peur me submergea.
Hyung n’existait réellement plus dans ce monde.
Même lorsque notre groupe s’était séparé et que hyung et moi étions retournés dans des groupes différents, je n’avais jamais ressenti une douleur pareille.
Ma poitrine, déjà suffisamment vide pour que le vent puisse la traverser, semblait désormais remplie de sable brûlant qui m’étouffait.
Je ne pourrais plus jamais revoir son visage.
Je ne pourrais plus jamais entendre sa voix.
Ses chansons, son rire...
Plus rien ne pourrait jamais m’atteindre.
Cette magnifique personne deviendrait une poignée de cendres et disparaîtrait de ce monde.
Toutes mes forces m’abandonnèrent.
Je m’effondrai sur le sol et l’appelai.
« Hyung... »