Chapitre 154
Traduction: Moonkissed
« ...Qui a fait ça ? Qui a publié un truc pareil ? »
La salle d’attente sombra dans le silence face à la voix furieuse de Ju Gyeol.
« Toutes ces vidéos étaient sur ma caméra. Ça veut forcément dire que l’un d’entre nous les a publiées, non ? »
« Hyung, calme-toi d’abord. »
« J’ai l’air d’être en état de me calmer ? Quel enfoiré ferait un truc pareil... ? »
Ju Gyeol balaya tout le monde d’un regard acéré.
Avant même que cette atmosphère glaciale ait le temps de se dissiper, les caméras firent irruption.
« Nous allons commencer à filmer la salle d’attente. Ces images seront utilisées plus tard pour le contenu des coulisses, alors ne faites pas attention à nous et comportez-vous naturellement, comme d’habitude. »
Le staff de production afficha un sourire éclatant.
À ces paroles, moi aussi, je souris de toutes mes forces.
Ju Gyeol pinça les lèvres.
Il avait clairement envie de continuer à parler et d’interroger tout le monde, mais avec les caméras qui tournaient, il ne pouvait rien faire.
« ...Très bien. Puisque les caméras sont là, oublions la communauté pour l’instant et concentrons-nous sur la diffusion. »
« Yeon Yi-eun, réponds-moi franchement. Tout ça, c’est toi qui l’as fait, pas vrai ? »
Ju Gyeol me lança un regard féroce.
« Hyung, contrôle bien ton expression. Et si les gens finissaient par croire que tu es vraiment quelqu’un de mauvais ? »
Je prononçai ces mots à voix basse avec une expression assez sérieuse, et Ju Gyeol ricana.
Il semblait avoir plus ou moins compris qui avait déclenché la controverse.
Mais il ne pouvait toujours rien faire.
D’une humeur bien meilleure que d’habitude, je me plongeai pleinement dans le tournage final.
« Vous pensez qu’on aura quoi pour déjeuner aujourd’hui ? »
« Ils vont probablement nous donner des lunch boxes, non ? »
Jin Si-ho vint s’asseoir à côté de moi en répondant.
« Moi, je veux de la viande. Pas toi ? »
« Je veux aussi du gâteau aux fraises. »
Kim Cha-min et Kwon Jay s’assirent en rang à côté de moi et se joignirent à la conversation.
« Moi, je veux du tonkatsu. »
« Yeon Yi-eun aime vraiment le tonkatsu. »
Yun-woo hyung, qui regardait un miroir de l’autre côté de la pièce, semblait nous avoir écoutés.
« Ou du porc sauté épicé ? »
« C’est trop assaisonné. Du blanc de poulet serait mieux pour le déjeuner. »
« Je peux pas monter sur scène après avoir mangé seulement du blanc de poulet. »
Han-bi hyung me regarda comme s’il ne me comprenait absolument pas.
« Ce sera probablement du gimbap... Mais j’aime bien le gimbap aussi. C’est peut-être le dernier repas que je mangerai avec vous... »
Finalement, une petite voix lugubre s’éleva depuis un coin de la pièce.
« Qu’est-ce que tu racontes avec ton dernier repas ? Hyung, on doit débuter ensemble. »
Kwon Jay alla encore plus loin et regarda Seo Jin-hwi.
« Tu comptes débuter tout seul, hyung ? »
« Non, non ! Évidemment que je vais être éliminé... »
Même les trous que Seo Jin-hwi creusait lui-même sous ses pieds me semblaient amusants maintenant.
Était-ce ça, la sérénité de quelqu’un qui connaissait déjà la fin ?
« Mais tu as réussi à régler ton problème avec le bruit des vagues ? » demanda doucement Geum Sae-bin.
« Non. »
« Ça n’a pas marché ? »
« Ouais. Alors je compte simplement monter sur scène avec des bouchons d’oreilles. »
Même après avoir remonté le temps, c’était le seul point qui restait décevant.
Revenir dans le passé ne m’avait donné aucun moyen de gérer ce traumatisme que je n’avais pas réussi à surmonter.
« Je vais simplement accepter ce traumatisme comme une partie de moi-même. »
Ça revenait pratiquement à abandonner à moitié.
Mais il n’existait réellement aucune autre solution pour l’instant.
Ça pouvait sembler ridicule, mais je savais que continuer à me torturer à cause d’une situation impossible ne ferait que me faire encore plus souffrir.
« Allez, c’est quoi cette réponse ? »
« Même si ça prend du temps, essaie de te faire soigner plus tard... »
Je hochai lentement la tête face à leurs paroles inquiètes.
Quoi qu’il en soit, je n’avais pas d’autre choix pour le moment.
Après qu’un emploi du temps chaotique en eut remplacé un autre jusqu’à n’en plus finir, la diffusion en direct commença enfin.
Nous interprétâmes « Level Up » pour ouvrir le direct.
Je donnai tout ce que j’avais et corrigeai même les parties que j’avais regrettées la fois précédente.
Lorsque la performance se termina, je me sentis étonnamment rafraîchi.
Puis nous nous dépêchâmes de changer de vêtements.
Nous retirâmes nos uniformes scolaires gris et enfilâmes des chemises blanches avec des pantalons noirs ajustés.
Ce ne fut que maintenant que je remarquai à quel point les hyungs semblaient plus matures que d’habitude dans leurs tenues formelles.
Avant de remonter le temps, je n’avais pas eu suffisamment de tranquillité d’esprit pour remarquer ce genre de détails.
Mon stress concernant le bruit des vagues avait atteint son paroxysme, et la peur que Geum Sae-bin soit éliminé m’avait rendu encore plus nerveux.
Mais maintenant que j’étais revenu et que je passais cette journée avec un peu plus de sérénité, je commençais à remarquer une chose après l’autre que j’avais manquée auparavant.
« Mon pantalon est beaucoup trop serré au niveau des cuisses. »
« C’est entièrement à cause des squats. »
« Exactement. C’est pour ça que les idols entraînent généralement pas beaucoup le bas du corps. »
« Mais on avait pas le choix si on voulait survivre. »
« Ça reste mieux que de tomber sur les fesses en pleine scène. »
Par exemple, l’expression mortellement sérieuse de Geum Sae-bin alors qu’il luttait avec son pantalon beaucoup trop serré.
« Est-ce que je vais réussir à bien performer sur une scène en direct... ? »
« Tout ira bien si tu fais simplement ce que tu fais d’habitude. »
« Le plafond va pas soudainement s’effondrer ou quelque chose comme ça, pas vrai ? »
« Ah, dans ce cas, au moins, il ferait chaud. »
Ou Kwon Jay répondant tranquillement aux pensées négatives de Seo Jin-hwi avec des absurdités.
« Chaud... ? »
Et Seo Jin-hwi prenant ces absurdités parfaitement au sérieux.
« Kang Han-bi ! Je t’ai dit de pas manger le mien ! »
« Qu’est-ce que tu racontes avec “le tien” et “le mien” ? »
Ou encore des voix dignes du dortoir résonnant bruyamment dans toute la salle d’attente.
Même en dehors de ça, tout le monde riait et discutait de choses et d’autres.
En écoutant leurs conversations idiotes et joyeuses, une somnolence soudaine m’envahit.
Je m’adossai au canapé.
Peu à peu, les bruits de la salle d’attente s’éloignèrent.
Mes yeux se fermèrent lentement.
Whooosh... !
Le bruit des vagues me parvint depuis très loin.
Tout autour de moi était plongé dans une obscurité totale.
L’odeur salée et poissonneuse de la mer se répandit sous mon nez.
Pourquoi maintenant ?
Je ne comprenais pas.
J’étais pourtant bel et bien dans la salle d’attente.
Alors... c’est un rêve ?
Cette fois, je n’avais même pas écouté le bruit des vagues.
Pourquoi est-ce que je faisais encore ce rêve ?
Le bruit des vagues devint progressivement plus puissant.
C’était un son familier.
Et pourtant, je ne parvenais jamais à m’y habituer.
Lorsque je me retournai, une vague gigantesque déferlait derrière moi, comme toujours.
Non.
L’eau sombre sembla souiller l’atmosphère joyeuse et paisible dans laquelle je baignais quelques instants auparavant.
Mon cœur se mit à battre furieusement.
Sans même envisager une autre possibilité, je recommençai à courir pour sauver ma vie.
Combien de temps est-ce que je vais continuer à fuir comme ça ?
Pourquoi quelque chose qui n’a même pas de forme, qui n’est rien de plus qu’un son, possède autant de pouvoir sur mon cœur ?
Ces pensées se répétèrent sans fin.
Je serrai les dents et laissai échapper de courtes respirations haletantes.
À chaque fois, des gouttelettes glacées éclaboussaient tout mon corps.
Mon passé avait été insupportablement triste.
Mais tout ça était déjà terminé.
Quand j’y pensais, j’avais maintenant à mes côtés des hyungs qui n’étaient pas différents d’une véritable famille.
Alors pourquoi étais-je toujours incapable d’échapper au passé ?
Peut-être était-ce justement parce que je pensais aux hyungs.
Comme si nous nous étions concertés à l’avance, mes deux pieds s’arrêtèrent fermement.
Et maintenant, il n’y avait plus seulement les hyungs.
J’avais également des membres avec lesquels j’allais avancer.
Lorsque je relevai lentement la tête, de nombreuses personnes se tenaient déjà à mes côtés.
Je me retournai pour faire face à la vague.
Une écume violente jaillit dans les airs tandis que l’eau glaciale m’engloutissait.
Ça va aller.
Je peux surmonter tout ça.
Je ne fuirais plus.
La peur n’était qu’une illusion que j’avais moi-même créée.
L’eau entraîna mon corps toujours plus profondément.
J’avais l’impression que ma respiration allait s’arrêter.
Mais ça allait.
Je connaissais ce rêve.
Tout allait bientôt se terminer...
***
Mes yeux s’ouvrirent brusquement.
J’étais dans la salle d’attente.
Des conversations bruyantes résonnaient toujours dans toutes les directions.
Kwon Jay était assis à côté de moi.
Le menton posé sur sa main, il semblait m’observer depuis un moment.
« Hyung, tu es fatigué ? »
Alors que je me redressais lentement, la veste que quelqu’un avait déposée sur mes épaules glissa et tomba doucement.
« Je devais vraiment être épuisé. J’ai même pas remarqué que je m’étais endormi. »
« Tu veux dormir encore un peu ? » demanda Kwon Jay avec un sourire éclatant.
« Non. Cette petite sieste m’a fait du bien. »
« Tant mieux. On va bientôt monter sur scène, alors ça aurait été dommage que tu puisses pas nous regarder. »
C’est vrai.
Leur performance allait déjà commencer.
« Alors pourquoi tu es encore assis ici ? Dépêche-toi d’aller te préparer. »
« Oui. »
Kwon Jay sourit largement, se leva et s’éloigna.
Les membres de l’équipe Friend42 s’agitaient partout en fixant leurs micros.
« Très bien, vous montez sur scène maintenant. »
La performance de l’équipe Friend42 incarnait l’innocence à l’état pur.
Kwon Jay et Kim Cha-min, vêtus de tenues correspondant parfaitement à leur âge, dégageaient une fraîcheur irrésistible.
Kwon Jay affichait un sourire encore plus magnifique que d’habitude et démontrait pleinement ses capacités de main vocalist.
La véritable surprise fut Yun-woo hyung.
Peut-être parce qu’il possédait un Trait, sa performance attirait naturellement le regard.
L’atmosphère pure et douce lui convenait elle aussi parfaitement.
Avec sa grande taille et son uniforme scolaire bien ajusté, il ressemblait exactement au senior cool que tout le monde aurait remarqué au lycée.
Même dans la salle d’attente, les exclamations admiratives ne s’arrêtèrent pas une seule seconde.
La performance se termina parfaitement, sans aucune erreur.
C’était une excellente scène, digne de tout le temps qu’ils avaient consacré aux répétitions.
Les acclamations du public se déversèrent sans fin.
« Très bien. Allons-y nous aussi. »
Enfin, c’était notre tour.
« Yi-eun, tu as besoin de ça, pas vrai ? »
Geum Sae-bin me tendit les bouchons d’oreilles.
« Hmm. »
Pour une raison inconnue, un étrange courage monta en moi.
« Et si j’essayais sans ? J’ai l’impression que je peux y arriver. »
Ce courage n’était pas complètement dépourvu de fondement.
Le résultat de cette compétition avait déjà été décidé.
Dans ce sens, le résultat où je ne commettais aucune erreur majeure sur scène avait lui aussi déjà été déterminé.
Alors peut-être que je pouvais réussir sans bouchons d’oreilles.
C’était une pensée légèrement téméraire.
Malgré tout, je montai sur scène sans les mettre.
« Kyaaaaaaa ! »
Les puissantes acclamations des fans me donnèrent l’impression que ma poitrine s’ouvrait complètement.
D’innombrables regards, plus brillants que des étoiles, étaient tournés vers moi.
Les lumières de la scène étaient encore tamisées.
J’observai attentivement les fans, un par un.
C’étaient les personnes qui me permettaient de respirer.
Ma force.
La puissance qui me poussait à avancer.
Je savais que je n’étais pas censé le faire, mais je levai prudemment une main et leur fis signe.
Les membres du public au premier rang qui le remarquèrent poussèrent des hurlements.
Je me sens vivant.
La fois précédente, j’avais porté des bouchons d’oreilles et n’avais rien entendu.
Ce bref instant passa.
Les lumières de la scène s’allumèrent.
Le rythme de batterie que j’avais entendu d’innombrables fois.
La profonde résonance de la basse.
La douce mélodie qui venait s’y entremêler.
Puis...
Le faible bruit des vagues qui approchaient.
Je bougeai au rythme de la musique.
C’était la partie où je tournais sur moi-même avant de rejoindre le centre.
Un projecteur précis tomba sur moi.
Lorsque je fis un pas en avant, le public déversa une nouvelle vague d’acclamations.
« J’espère pouvoir t’oublier. Mon cœur, brisé en morceaux, est comme de la glace qui fond lorsqu’on la tient entre ses mains. »
Ma voix résonna clairement.
La chorégraphie puissante suivit naturellement.
J’ai réussi.
J’avais franchi cette partie sans me couvrir les oreilles.
Ma prédiction avait été juste.
Ding !
Au milieu de tout ça, une notification de la fenêtre de statut retentit.
『L’anomalie de statut a été supprimée après avoir surmonté votre traumatisme.』
『Une récompense spéciale vous sera accordée pour avoir surmonté votre traumatisme.』
『Toutes les stats passent temporairement au rang SS.』
SS ? Toutes mes stats ?
L’effet sembla s’appliquer immédiatement.
Le monde devant mes yeux devint soudainement plus lumineux.
J’entendais l’accompagnement avec une précision infiniment supérieure.
Je ressentais chaque cellule de mon corps avec une clarté extraordinaire.
Ding !
Il y en a encore ?
『Vos stats seront ajustées aléatoirement en raison de l’immense effet de Maknae Golden Retriever.』
『Rap a augmenté de trois niveaux.』
『Rap B+』
Une augmentation aléatoire de stat.
Par une coïncidence parfaite, elle venait d’augmenter la stat de Rap que j’avais négligée jusqu’à présent.
Ding !
『Puisque toutes les pénalités ont été supprimées, un titre spécial vous sera accordé.』
『Chanceux Imprégné de Venin』
『La protection divine garantit que la bonne fortune vous accompagnera toujours.』
La bonne fortune m’accompagnera toujours...
J’avais envie de vérifier les détails, mais j’étais en pleine performance.
Est-ce que c’est enfin terminé ?
Encore légèrement dépassé, je fermai la fenêtre de statut.
Ding !
Ding !
Ding !
Mais ce n’était pas terminé.
Même après l’avoir fermée, les notifications continuèrent à retentir sans interruption.
Mais qu’est-ce qui se passe ?
La suppression de l’anomalie de statut avait servi de déclencheur, activant les unes après les autres d’autres récompenses qui y étaient organiquement liées.