Chapitre 147
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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Épisode 21 : Préparatifs pour la Formation du Noyau (5)
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* * *
« Mange doucement. »
Ise s’adressa avec douceur à l’enfant, qui engloutissait à toute vitesse sa soupe de riz dans un coin de la taverne.
Après avoir fini un bol et demi, la fillette se tapota le ventre.
« Tu en veux encore ? »
« Je n’en peux plus… »
« Mange à ta faim. Si tu veux devenir taoïste, tes bras et tes jambes doivent encore pousser d’au moins un pied. »
« Oui, Taoïste. Mais pourquoi faut-il avoir de longs bras et de longues jambes pour devenir taoïste ? »
« Hmm… »
Ise répondit en souriant à cette question candide.
« De nos jours, les taoïstes doivent aussi savoir se battre. »
Quand la fillette eut fini de digérer son repas, Ise appela Bisang, l’aida à monter sur son dos et attacha solidement les sangles autour d’elle.
« Cet oiseau va t’emmener au quartier général. Dis à Buchun, qui viendra t’accueillir, que tu as une Racine spirituelle. »
« Oui, Taoïste. »
La fillette s’inclina profondément devant Ise, puis grimpa avec hésitation sur le dos de Bisang.
Peu après, Bisang déploya largement ses ailes et s’élança dans le ciel.
« Hii ! »
Le cri de l’enfant retentit lorsqu’elle prit soudain une hauteur vertigineuse.
Bisang avançait lentement dans les airs, comme pour lui laisser le temps de s’habituer. Bientôt, le rire joyeux de la fillette descendit du ciel.
C’était une orpheline du comté de Sorok, où on la traitait comme une domestique et où elle subissait des mauvais traitements.
Toute la famille noble qui avait maltraité une enfant de seulement sept ans avait été condamnée à se faire arracher la langue. La fillette avait été secourue puis envoyée au quartier général de l’Ordre des Grands Exorcistes.
*Ça en fait sept.*
Il y avait le garçon qui avait volé à la tire sous les ordres d’un voyou jouant au roi des mendiants, ainsi que les enfants qui mendiaient dans la cité des mortels.
Il n’avait traversé que quatre villages, et pourtant, il avait déjà recueilli sept orphelins.
Le monde était peut-être si chaotique qu’il y avait plus d’enfants en danger qu’il ne pouvait en compter.
Des enfants qui avaient perdu leurs parents dans les suites de la guerre. D’autres vendus pour rembourser des dettes. D’autres encore abandonnés sur la route parce que leur famille voulait une bouche de moins à nourrir.
Leurs histoires étaient différentes, mais chaque village comptait des gens rejetés par les leurs.
*… Ils sont plus nombreux que je ne le pensais.*
Ise chassa ses sombres pensées et s’apprêtait à partir pour le village suivant lorsqu’un Talisman de Message voltigea jusqu’à lui.
Il venait du quartier général.
- Rendez-vous dans le comté d’Ojuk, sur la Montagne Immortelle, et déterminez la cause de l’épidémie.
C’était une mission officielle. Ils semblaient lui avoir confié une tâche à proximité par égard pour lui.
*Une épidémie, hein…*
Les trois grands fléaux dont parlaient les mortels étaient la guerre, la famine et la peste.
Songeant que les mortels menaient vraiment une existence tragique, Ise prit la direction de la Montagne Immortelle, près de la Mer du Sud.
* * *
Quand Ise atteignit le comté d’Ojuk, sur la Montagne Immortelle, la nuit était déjà tombée.
La ville avait été nommée comté d’Ojuk en raison de ses innombrables corbeaux et bambous. Même de loin, un ressentiment vengeur dense en suintait.
Crîîî !
Un son étrange, assez aigu pour percer les oreilles, déferla soudain sur lui.
Il ressemblait à un art sonore démoniaque. Ise fit aussitôt circuler son Qi interne autour de lui.
Les buissons tremblèrent et le sable se dispersa dans les airs.
Ce n’était pas un bruit ordinaire.
C’était un hurlement fantomatique.
Quand trop d’Esprits malins se rassemblaient au même endroit, leur ressentiment vengeur envahissait l’espace lui-même et produisait de tels sons chaque nuit.
Ce hurlement rongeait l’esprit des gens en bonne santé jusqu’à les rendre fous, avant de finir par dévorer une ville entière.
Ise accéléra le pas.
Le poste avancé de la branche locale s’était déjà replié au quartier général.
N’ayant pas d’autre choix, il se dirigea vers le siège administratif afin d’obtenir la coopération du magistrat qui gouvernait la région.
« … Le magistrat du comté s’est enfui ailleurs. »
Le siège administratif ne remplissait déjà plus sa fonction.
Le fonctionnaire responsable du comté s’était enfui, et le bâtiment étrangement désert dégageait une atmosphère sinistre.
Il ne restait qu’un seul greffier, qui n’avait pas l’air en forme.
« Aucun autre fonctionnaire n’a été envoyé ? »
« Qui se porterait volontaire pour venir dans une ville ravagée par la peste… ? »
Le greffier désigna un avis affiché sur l’un des murs du siège administratif.
Il avertissait que le comté d’Ojuk avait été mis en quarantaine et que quiconque tenterait d’en sortir serait exécuté.
Des trous noirs gros comme des pièces s’étaient formés sur la mâchoire du greffier et le dos de ses mains.
Leurs bords étaient devenus pâles et purulents, et la puanteur aigre se sentait même à courte distance.
Chaque fois que le greffier bougeait, du pus jaune suintait des trous.
La plupart des adultes qu’Ise croisait étaient dans le même état.
La peste avait englouti toute la ville.
Les rues étaient désertes, tandis que des gémissements s’échappaient de chaque demeure, dont les portes étaient grandes ouvertes.
Quand Ise scruta l’intérieur avec son Sens divin, il vit dans chaque pièce des gens trempés de sueur froide, la peau criblée de trous comme un rayon de miel.
Certains trous étaient minuscules, pas plus gros qu’un grain de millet. D’autres s’étaient élargis au point qu’on aurait pu y enfoncer un pouce, révélant la chair en dessous.
Des nuées de mouches noircissaient les plafonds.
Tous les adultes étaient tombés malades, mais les enfants, eux, étaient indemnes.
Les garçons de moins de seize ans s’étaient mobilisés, prenant en charge les corvées et se portant volontaires pour soigner les adultes.
Pourtant, leurs petites mains ne pouvaient pas faire grand-chose.
*Une peste le jour, des hurlements fantomatiques la nuit. Les mortels ne peuvent pas gérer ça.*
Il avait une bonne idée de la cause.
Toutefois, les pestes comme les hurlements fantomatiques n’étaient pas sa spécialité.
C’était pour cette raison que le quartier général l’avait envoyé identifier la cause, plutôt que régler le problème.
Autrement dit, il était là pour effectuer les premières recherches.
Il avait compris l’origine générale du mal, mais les habitants ne pouvaient pas se permettre d’attendre que le quartier général traite son rapport.
- Venez au comté d’Ojuk, sur la Montagne Immortelle. Tout de suite.
Il envoya aussitôt des Talismans de Message à Seolryeong, Hong Wonseo et Pi Garam.
Dans le même temps, il recourut à l’Art de la Télékinésie pour rassembler les malades qui semblaient sur le point de rendre leur dernier souffle.
Le comté était assez vaste. Même en tant que cultivateur de l’Établissement de la Fondation, il ne pouvait pas tout faire seul.
« N-nous aussi, on va vous aider, Taoïste. »
Parmi les enfants, un garçon robuste nommé Jeong Uiryong s’avança.
Il avait rassemblé d’autres garçons assez costauds et s’était proposé pour aider.
Ise lui tapota la tête et lui répondit comme pour le féliciter.
« C’est admirable. Pourrais-tu me rendre un service, alors ? »
« Oui. S’il vous plaît, sauvez nos parents et notre village… »
« Je ferai de mon mieux. »
Une lueur claire brilla dans les yeux du garçon.
Il dépassait d’une tête les autres garçons de son âge et transportait avec une assurance impressionnante les malades les plus lourds sur son dos.
On aurait dit que des enfants comme lui avaient tenu bon en s’épaulant dans un village où tous les adultes s’étaient effondrés.
« En attendant l’arrivée d’un taoïste doué pour soigner, rassemblez autant de malades que possible. Videz le siège administratif et les maisons voisines, puis réunissez tout le monde au même endroit. Ne vous épuisez pas. Ne transportez qu’une personne à la fois, en vous y mettant à quatre. »
« Oui, Taoïste ! »
* * *
Après avoir reçu l’appel à l’aide d’Ise, les trois arrivèrent au comté d’Ojuk en moins d’une demi-journée.
Ils remirent d’abord en ordre leurs Robes taoïstes, fort froissées, preuve de leur hâte, puis furent consternés par la gravité de la situation.
« Hmm… Il faut effectivement unir nos forces. Cela dit, je ne crois pas que la situation exige quatre cultivateurs du Royaume de Formation du Noyau. »
Seolryeong répondit aussitôt à Hong Wonseo.
« Pourquoi ? Moi, ça me plaît. Ça me rappelle le bon vieux temps. Pas que la situation soit réjouissante, bien sûr… »
« Je croyais que c’était quelque chose de grave. »
« C’est assez grave comme ça. Essaie de penser en taoïste. »
Quand Pi Garam s’y mit à son tour, Hong Wonseo se tut.
« Quand même… c’est grave. »
Seolryeong balaya la ville du regard.
« Le problème le plus urgent, ce sont les hurlements fantomatiques. Tant de gens meurent en même temps que les Esprits malins se multiplient à une vitesse incroyable. Si on laisse la situation s’éterniser, la peste ne sera bientôt plus le problème. Les enfants vont devenir fous. La ville pourrait se transformer en enfer, où ils s’entretueraient. »
À l’avertissement de Seolryeong, Ise donna aussitôt ses ordres.
« Seolryeong, prépare un rite de requiem spirituel. Pi Garam, installe une Barrière de protection pour empêcher les Esprits malins de s’échapper. Hong Wonseo, soigne d’abord les cas les plus urgents et cherche la cause. J’ai rassemblé les malades dans un état critique au siège administratif. »
Ils se séparèrent en deux groupes.
Ise prit la tête du premier, suivi de Hong Wonseo.
Hong Wonseo se couvrit la bouche d’un linge et s’approcha d’un malade dont les plaies laissaient couler du pus.
Sans la moindre hésitation, elle enfonça son doigt dans l’une d’elles.
« Argh… ! »
Le mortel gémit.
Quelque chose remua dans le trou et pressa contre le bout de son doigt.
« Je comprends. Senior, rassemblez tous les ingrédients médicinaux des apothicaireries voisines. »
« D’accord. »
Quand Ise revint avec un tas d’herbes, Hong Wonseo tenait quelque chose entre ses doigts et le leva à hauteur de ses yeux.
C’était un ver.
La créature, dodue et segmentée comme une larve de scarabée, avait le corps parcouru de sillons.
Long comme une phalange, son corps luisait de mucus tandis qu’il se tortillait lentement dans les airs.
À l’une de ses extrémités, une bouche ronde en forme de ventouse se plissait et s’ouvrait sans cesse.
« La cause n’est pas une épidémie. C’est un démon parasite. »
« Un ver transperceur du ciel. »
Hong Wonseo le leva à hauteur de ses yeux. Le démon parasite ouvrit grand la bouche.
Elle pinça le ver entre son pouce et son index. Son corps éclata dans un petit bruit sec.
Un liquide vert sombre éclaboussa le visage de Hong Wonseo.
Sans changer d’expression, elle jeta le ver transperceur du ciel et ajouta : « Vous pourriez m’essuyer ? J’ai les mains prises. »
Elle leva les deux mains, couvertes de sang.
« Vous ne pouvez pas utiliser l’Art du Jet de Flux ? »
« Non. Je n’ai pas de Racine spirituelle de l’eau. »
Ise ajusta la puissance de son Art du Jet de Flux et rinça le visage de Hong Wonseo.
Le jet d’eau la laissa trempée comme une soupe.
« Je n’y pouvais rien. »
« … La prochaine fois, utilisez simplement un linge, s’il vous plaît. »
Hong Wonseo secoua la tête et poursuivit.
« Avec autant de victimes, tout le comté doit déjà être devenu un foyer de reproduction pour les Vers transperceurs du ciel. »
Les Vers transperceurs du ciel s’installaient dans un village et s’y répandaient comme une épidémie, creusant leur chemin dans les corps humains.
Ils s’y nourrissaient de Qi trouble, drainaient la vitalité de leurs hôtes et dévoraient le ressentiment vengeur qu’ils produisaient, les tuant lentement dans d’atroces souffrances.
Puis ils passaient sans hésiter à leur prochain hôte. C’étaient des démons parasites.
Le problème, c’était qu’une fois installés, ils étaient innombrables et se reproduisaient à une vitesse terrifiante. Si on ne les éliminait pas rapidement, ils étaient connus pour dévaster sans peine un village entier.
La raison pour laquelle ils ne s’en prenaient pas aux enfants était simple.
Les jeunes corps contenaient peu du Qi trouble et du ressentiment vengeur dont ces créatures raffolaient.
« Tous ceux qui sont ici vont mourir. »
Hong Wonseo parla d’un ton calme.
« Même si nous tuons les parasites, leur vitalité a déjà été entièrement drainée. Il n’y a aucun moyen de les sauver. Plus de la moitié des mortels de cette ville vont mourir. »
Les Vers transperceurs du ciel avaient massacré les adultes mortels de la ville, et leur ressentiment vengeur avait fait naître les hurlements fantomatiques.
À présent, ces hurlements s’en prenaient aux enfants et prolongeaient le cycle du désastre.
« Malgré tout, nous devons sauver tous ceux que nous pouvons. Êtes-vous capable de les soigner ? »
« Je peux préparer un remède pour leur rendre leur vitalité après l’élimination des parasites, mais il faut encore en supprimer la cause. »
« Ce ne sera pas difficile. C’est pour ça que j’ai appelé Pi Garam. »
« … Faire appel à un précieux maître des formations pour attraper des vers. »
Hong Wonseo secoua lentement la tête, puis se mit à mélanger les ingrédients médicinaux, comme si la chose ne la concernait pas.
Pendant ce temps, Ise appela Pi Garam par télépathie.
« Qu’est-ce qu’il y a ? Je n’ai pas encore fini d’installer la formation. »
« C’est plus urgent. Pouvez-vous mettre en place une formation exterminatrice d’insectes ? »
Pi Garam examina les trous dans le corps des malades et les cadavres des vers, puis hocha la tête.
« Laissez-moi d’abord évaluer la zone à couvrir. »
Ise n’avait pas besoin de tout lui expliquer dans les moindres détails. Chacun savait quoi faire.
Ils en étaient capables parce qu’ils étaient des cultivateurs rompus à l’expérience.
Bientôt, Pi Garam déploya sur une vaste zone une formation complexe dotée de quatre portes.
Tandis qu’Ise observait la scène avec son Sens divin, la formation s’activa et des démons parasites jaillirent sous la peau des mortels, comme des furoncles qui éclataient.
Le spectacle était répugnant. Leur chair tressaillait tandis que les restes écrasés des vers suintaient avec un liquide jaunâtre.
Le dos des mains, la nuque, les mollets. Les bosses qui s’étaient formées sous leur peau éclataient l’une après l’autre, et leurs restes segmentés s’écoulaient mêlés au pus.
Même inconscients, les malades tremblaient.
Le spectacle était atroce, mais il prouvait aussi que les créatures qui dévoraient leurs corps disparaissaient.
Sans maître des formations, ils auraient dû insuffler avec précaution de l’énergie spirituelle dans chaque corps et tuer les parasites un par un, sans blesser les mortels.
Heureusement, ils avaient un maître des formations aussi compétent parmi leurs compagnons.
Crîîî !
À mesure que la nuit avançait, les hurlements fantomatiques retentirent de nouveau.
Au même instant, une lumière éblouissante jaillit du bâton à Clochettes de Sortilège de Seolryeong.
Des formes pâles, semblables à de la brume, s’entremêlaient dans toutes les ruelles du village. Elles s’agitèrent d’un coup, se dressèrent sous la forme de fantômes vengeurs et d’Esprits malins, puis furent attirées vers la lumière.
Poussant de longs cris stridents, elles furent aspirées à l’intérieur.
Ailleurs, Hong Wonseo rendait leur vitalité à ceux qui s’accrochaient encore à la vie, à l’aide de pilules régénératrices qu’elle avait raffinées.
Désormais, chacun s’occupait de sa tâche sans qu’on ait besoin de le lui dire.
C’était un instant qui fit prendre conscience à Ise des progrès de ses compagnons, tandis qu’il ne les avait pas vus grandir.
« Vous avez tous tellement grandi. On dirait que c’était hier que je vous suivais partout en vous essuyant les larmes et la morve. »
« Quand est-ce qu’on a fait ça ? Ne réécris pas l’histoire. »
« Peut-être pas les autres, mais je peux le dire pour toi, Beauté du Tube de Bambou Geuma. »
Dès qu’il évoqua l’époque où ils avaient dix-sept ans, Seolryeong se tut aussitôt.
Les premières mesures étaient toutes terminées.
Il restait cependant un problème.
« Pour venir à bout des Vers transperceurs du ciel, nous devons tuer la reine des vers. Vous le savez tous, n’est-ce pas ? »
Et la reine des vers était probablement enfouie au fond d’un nid souterrain.
Ils devraient y pénétrer eux-mêmes et l’exterminer.
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