Chapitre 749
Pour Dang Gyu-young, Han Gaeul était un peu comme la petite sœur d’une amie.
En temps normal, elle l’aurait trouvée adorable et aurait pris soin d’elle. 𝒇𝒓𝙚𝒆𝔀𝓮𝓫𝒏𝓸𝙫𝓮𝓵.𝓬𝙤𝙢
Mais la situation était plutôt ambiguë, pour l’instant.
Comme elles étaient déguisées en camarade de classe, elles n’avaient d’autre choix que de continuer à jouer la comédie.
Dang Gyu-« ri » répondit donc d’un ton désinvolte.
« Pourquoi ? »
— Je me demandais où tu étais passée. Tu as disparu dès la fin des examens de mi-semestre.
— Il me manquait.
Dans le même temps, elle leva ostensiblement leurs mains entrelacées.
Comme pour montrer quel genre de relation elles entretenaient.
Les regards des élèves de première année se tournèrent tous vers moi.
« … »
« … »
L’atmosphère était tendue.
Mais, sans doute parce qu’elle jugeait impoli de continuer à me dévisager sans dire un mot, Han Gaeul s’inclina la première.
« Bonjour, Senior Kim Ho. Je m’appelle Han Gaeul. »
— Oui. Qui vous a parlé de moi ?
— Ma sœur et Senior Jang Chongmyeong.
Han Gyeoul avait été membre du bureau du Club de magie blanche l’année précédente, et Jang Chongmyeong en avait même été le capitaine.
Il était logique qu’ils soient restés en contact après l’obtention de leur diplôme.
Et, apparemment, ils lui avaient aussi donné quelques tuyaux à mon sujet.
« Je suis curieux, maintenant. Qu’est-ce qu’ils vous ont dit ? »
— Que vous étiez loin d’être un adversaire facile et que je ne devais surtout pas me montrer impolie avec vous.
Ces paroles semblaient destinées aux élèves qui se tenaient derrière elle.
Ils avaient au moins assez de tact pour comprendre : ils tressaillirent, puis se présentèrent à tour de rôle.
Le premier à s’avancer fut un élève qui portait un sabre épais dans le dos.
« C’est un honneur de vous rencontrer, Senior. Je m’appelle Pang Suhan. »
— Et Pang Miryeong, c’est… ?
— Ma cousine.
— Je vois.
Le suivant était un épéiste qui ressemblait à un mélange de Geum Jo-han et de Mo Yong-jun.
Il avait l’allure distinguée propre aux familles prestigieuses, avec une légère pointe d’arrogance.
« Je m’appelle Hwangbo Song. »
— J’ai beaucoup entendu parler de la réputation de la famille Hwangbo.
Tout doux, tout moelleux.
Je refrénai le rire qui me démangeait et me tournai vers le dernier élève.
Il portait un arc dans le dos.
« Bonjour. Je m’appelle Hwang Dalsu. »
— Vous êtes peut-être parent avec Senior Hwang Dambi ?
— C’est ma sœur.
La sœur était une martre, et le petit frère une loutre.
Ils formaient toute une famille de mustélidés, ou quoi ?
Quand je jetai un coup d’œil à Dang Gyu-ri, elle semblait penser la même chose : ses molaires étaient serrées.
Je lançai donc négligemment :
« Hwangbo tout doux, martre, loutre. »
— Arrête, je vais mourir.
Dang Gyu-ri me pinça légèrement le coude.
Ses lèvres tremblaient ; elle avait eu du mal à retenir son rire.
Quoi qu’il en soit, je décidai d’arrêter la plaisanterie après ce premier couplet.
Je regardai Han Gaeul et lui demandai :
« Alors, qu’est-ce qui vous amène ? »
— Je sais que c’est impoli, mais j’aimerais vous parler à tous les deux.
— Je vous écoute.
On aurait dit qu’elle avait quelque chose à nous reprocher.
Si c’était le cas, mieux valait régler le problème tout de suite, tant que tout était posé sur la table.
Après tout, avec le temps, les rancœurs avaient tendance à s’envenimer ou à se déformer.
Han Gaeul nous observa un instant, puis se lança dans ses explications.
« Mon premier combat contre Dang Gyu-ri a eu lieu pendant le Test de placement. »
— Je crois en avoir entendu parler.
— J’ai remporté le combat, mais… certains détails me sont restés en travers de la gorge.
— Lesquels ?
— Elle n’avait pas l’air de ressentir la moindre urgence, même quand je la poussais dans ses retranchements.
« … »
— J’ai eu l’impression qu’elle m’avait laissé gagner, plutôt que de perdre. J’ai aussi regardé ses autres rediffusions, et c’était pareil.
Quand elle gagnait, elle gagnait facilement.
Quand elle perdait, on avait l’impression qu’elle avait simplement laissé l’autre l’emporter.
L’instant d’après, les yeux de Han Gaeul brillèrent.
Comme si elle affirmait qu’il n’y avait qu’une seule vérité.
« Après avoir regardé les examens de mi-semestre, j’en suis arrivée à une conclusion. Elle a du talent, mais elle fait exprès de se comporter ainsi. »
Dang Gyu-ri haussa simplement les épaules, comme si cela ne lui faisait ni chaud ni froid.
Même si Han Gaeul avait compris qu’elle cachait ses capacités, rien d’autre n’avait été découvert. Elle comptait donc maintenir la comédie jusqu’au bout.
« Et alors ? Il y a des gens qui ont un style comme le mien. »
— Ça peut aller pour l’instant, mais je ne pense pas que ce soit une bonne attitude à long terme. Si vous vous contentez de votre niveau actuel, vous finirez par prendre du retard.
« … »
— Et…
Han Gaeul s’interrompit en me regardant.
Elle semblait encore plus prudente qu’avant.
Apparemment, elle allait enfin aborder la partie « impolie ».
« …J’ai pensé que vous étiez peut-être la raison, Senior. »
— Je vois.
— La romance relève entièrement de la liberté individuelle, mais je ne pense pas qu’elle devrait empiéter sur le reste.
Elle s’excusa ensuite d’être sortie de son rôle et s’inclina de nouveau avec politesse.
Je hochai la tête pour lui montrer que j’avais entendu, et aussi parce que j’étais d’accord dans une certaine mesure.
« Je comprends pourquoi vous le pensez. Qu’aimeriez-vous que nous fassions ? »
— J’aimerais que vous vous reteniez un peu.
Afin que Dang Gyu-ri puisse se concentrer davantage sur les évaluations pratiques.
Comme je comptais l’écouter jusqu’au bout, je l’invitai à poursuivre d’un mouvement du menton.
« Et ? »
— J’aimerais inviter Dang Gyu-ri à rejoindre notre groupe.
Autrement dit, elle voulait qu’ils se tirent mutuellement vers le haut.
Comme le groupe était composé d’élèves prometteurs, elle avait sans doute estimé qu’ils pourraient tous apprendre les uns des autres.
Pourtant, contrairement à ses intentions, les garçons toussotèrent avec gêne ou jetèrent à Dang Gyu-ri des regards embarrassés.
Leur sympathie était évidente, même si elle n’avait rien de lourd ou d’insistant.
Je chuchotai donc à Dang Gyu-ri :
« Il y a au moins cinquante pour cent d’intérêt personnel là-dedans. Ils savent au moins que tu es jolie. »
— Hé hé hé. Puisque tu le sais, traite-moi bien.
Dang Gyu-ri gloussa doucement et me tapa le bras.
Bien sûr, je n’avais pas l’intention de laisser la moindre ouverture.
Je me tournai donc vers Han Gaeul et pris la parole.
« Je vais commencer par m’excuser, moi aussi. »
— …Je vous écoute.
Je désignai Dang Gyu-ri du regard.
« C’est vrai qu’elle cache son niveau. Mais je n’en suis pas la cause. »
— …Puis-je vous demander de préciser ?
— Désolé, mais je préfère garder ça secret pour l’instant.
— …Je comprends.
Si elle s’était trompée de cause, rien ne changerait parce que Dang Gyu-ri ou moi nous retenions.
La première solution n’avait donc plus lieu d’être.
Je passai ensuite les élèves en revue, l’un après l’autre.
« Rejoindre votre groupe n’est pas une mauvaise idée. Vous avez l’air plutôt doués. »
— Alors…
— Mais je la fais déjà progresser moi-même.
— … !
Si nous suivions déjà la voie la plus efficace, pourquoi prendre un détour ?
La deuxième solution n’avait donc plus lieu d’être non plus.
« … »
Han Gaeul garda le silence un moment, l’air plongé dans ses pensées.
Puis elle s’inclina à nouveau avec politesse et déclara :
« Je suis désolée. J’ai parlé trop vite sans connaître les détails de la situation. »
— On ne peut pas tout savoir. Pas avant que quelqu’un nous le dise clairement.
— Mais… si cela ne vous dérange pas, j’aimerais en avoir le cœur net.
— Comment ?
Un esprit de compétition envahit bientôt le visage impassible de Han Gaeul.
Dans cet état, elle fixa Dang Gyu-ri.
« Je veux l’affronter. Avec son vrai niveau, sans rien cacher. »
Autrement dit, elle demandait un duel.
Pang Suhan et Hwangbo tout doux prirent alors la parole avec toute la courtoisie requise.
« Si vous l’autorisez, Senior, j’aimerais moi aussi recevoir vos conseils. Ce que ma cousine m’a raconté était tout simplement extraordinaire. »
— Si celui qui l’entraîne montre son niveau, Han Gaeul et nous autres pourrons aussi en avoir le cœur net.
À cette proposition, je regardai tout le monde un instant, puis répondis sans détour :
« Je n’en ai pas envie. »
— !?
— Nous sommes les seuls à avoir besoin d’en avoir le cœur net. L’avis d’un tiers n’a aucune importance.
— … !
— Je ne vois pas pourquoi il faudrait aller jusqu’à un duel. Ce serait une perte de temps.
Dang Gyu-ri acquiesça d’un mouvement du menton, comme si elle était parfaitement d’accord.
Han Gaeul demanda alors :
« Que faudrait-il pour que vous acceptiez de nous accorder un peu de votre temps ? »
— C’est simple. Mettez quelque chose en jeu.
— Qu’entendez-vous exactement par là… ?
— Ça peut être des points ou un élixir. Et puisque vous venez de la Tour de magie de Saphir…
— … ?
— J’aimerais rencontrer votre capitaine.
Je me disais que je devrais rendre visite à la Tour de magie de Saphir au moins une fois, si l’occasion se présentait.
Mais je n’avais presque jamais de contact avec eux et j’étais même proche de la Tour de magie de Rubis, qui était en rivalité avec eux.
Si je débarquais à l’improviste, ils ne seraient sans doute pas particulièrement heureux de me voir.
Passer par l’élève prometteuse qui se tenait devant moi serait déjà mieux.
Han Gaeul prit alors un ton poli, mais ferme.
« Si possible, j’aimerais régler ça à mon niveau. Que voulez-vous au capitaine ? »
— Quelle admirable initiative. Je veux obtenir un grimoire de compétence.
Une partie de mon build reposait sur la branche de glace.
J’avais plusieurs compétences puissantes, dont [Œil de destruction mutuelle (B)], [Tir blanc givré] et [Gel de diamant (B)], mais j’avais encore beaucoup de chemin à parcourir.
Quand je lui expliquai dans les grandes lignes la direction que je voulais prendre, une expression étrange passa sur le visage de Han Gaeul.
Elle fouilla alors dans son inventaire et en sortit un grimoire de compétence.
« C’est ce que vous cherchez ? »
[Grimoire de compétence – Mur de neige (C)]
Ça se trouvait là ?
Je commençais à sentir les limites de [Mur de glace (B)], que j’utilisais depuis longtemps dans mon emplacement de copie.
La compétence ne correspondait pas tout à fait à mon build et je trouvais gênant d’y utiliser une [Épingle fixe]. J’avais donc prévu de la remplacer bientôt.
Par un heureux hasard, Han Gaeul possédait justement l’un de ces remplacements.
« Je crois que c’est trop pour servir de simple mise. »
— Si cela vous convient, Senior, ça me suffit.
— Laissez-moi vous poser encore une question. Pourquoi aller aussi loin ?
À vrai dire, que Dang Gyu-ri fasse les choses à moitié ou se donne à fond ne la regardait pas.
Est-ce que cela valait vraiment la peine de se mêler de ses affaires au point de risquer un précieux grimoire de compétence, alors qu’elle n’avait rien de particulier à y gagner ?
Han Gaeul répondit d’un ton calme :
« Le niveau des meilleurs élèves d’une année reflète celui de toute leur promotion. »
— C’est vrai.
— Si Dang Gyu-ri donne tout avec son vrai niveau, je pense que cette promotion pourra encore progresser.
« … »
— Et plus nous aurons de rivaux avec qui nous entendre, plus tout le monde y gagnera.
Elle était étonnamment passionnée, pour quelqu’un de Saphir.
Sa vision d’ensemble était plutôt large, elle aussi.
Quoi qu’il en soit, si elle-même ne jugeait pas le grimoire de compétence trop précieux pour être mis en jeu, je n’avais aucune raison de refuser.
Il ne restait plus qu’à convaincre Dang Gyu-ri.
Je lui murmurai discrètement à l’oreille :
« Faisons un combat. Contre eux. »
— Je dois rester discrète. Qu’est-ce que tu feras si une ombre surgit au milieu du combat ?
— C’est justement ce que je veux.
« … »
— Grande sœur, achète-moi ça.
— …Hé, c’est de la triche.
Dang Gyu-ri me lança un regard exaspéré.
Elle commença à me tirer la joue, puis se rendit compte qu’on nous observait et se contenta de me donner un petit coup dans le flanc.
Je lui attrapai naturellement la main et reportai mon attention sur Han Gaeul.
« Quel genre de duel voulez-vous ? »
— Dang Gyu-ri peut choisir l’un de nous et l’affronter.
Le but du duel était de révéler son vrai niveau et de leur donner des certitudes.
Han Gaeul n’avait pas forcément besoin d’y participer.
Il suffisait que Dang Gyu-ri batte l’un des élèves prometteurs.
« Pour ce qui est de m’affronter, Senior, je pense qu’il faudra ajuster un peu les règles. »
— À cause de la différence de stats.
— On pourrait faire un [deux contre un], appliquer une [Zone fixe], ajouter une règle d’[Équipement de base]…
— Mettez tout ce que vous voulez.
À ma réponse, comme si de rien n’était, des regards admiratifs apparurent sur les visages des élèves prometteurs.
Ils avaient dû sentir ma confiance.
Il y avait toutefois un détail qui ne me plaisait pas, et je décidai de ne changer que celui-là.
« Est-il vraiment nécessaire d’aller jusqu’à deux combats ? »
— ?
Même s’il y avait une mise en jeu, si on pouvait écourter les choses, autant le faire.
Je jetai un regard à Dang Gyu-ri, puis aux élèves, sans me départir de mon calme.
« Faisons un deux contre quatre, propre et net, et n’en parlons plus. »