Chapitre 748
Le couple d’épéistes passait tranquillement le temps au café du deuxième étage de la boutique du campus, apparemment parce que Han So-mi l’avait exigé avec insistance.
Connaissant Go Hyeon-woo, il aurait évidemment filé au centre d’entraînement dès la fin des partiels.
Mais puisqu’il avait décidé de se reposer, il semblait profiter de ce moment sans se presser. L’atmosphère était plutôt agréable.
À notre approche, ils se tournèrent vers nous en même temps et nous saluèrent de la main.
« Frère Kim, Dang Gyu-ri. »
« Ça fait si longtemps ! »
Nous échangeâmes quelques mots, puis parlâmes brièvement de ce que nous avions fait ces derniers temps.
Ensuite, j’allai droit au but.
« Je vous ai demandé de venir parce que j’avais quelque chose à vous donner. »
Je sortis des élixirs de rang A.
Les yeux écarquillés, ils m’écoutèrent expliquer :
« Vous avez beaucoup travaillé jusqu’ici, sans compter les partiels. Surtout toi, Han So-mi. »
« Hein ? Moi ? »
« Merci de l’avoir accompagné et de t’être entraînée avec lui tout ce temps. »
« Je le fais juste parce que ça me plaît. »
« Je sais. Mais ça ne m’empêche pas de te remercier. Renforcer tes bases t’aidera longtemps, alors prends-le. »
« D’accord ! »
Han So-mi accepta l’élixir sans trop réfléchir.
Elle devait elle aussi sentir qu’elle avait besoin de renforcer ses bases.
Surtout maintenant qu’elle avait quitté le Comité de discipline et perdu son soutien.
Bien sûr, l’élixir n’était qu’une mise en bouche.
Je posai ensuite deux flacons de T.E.B - 002 sur la table.
« Puisque tu reçois déjà des cadeaux, prends aussi ça. »
« … ! »
Ils écarquillèrent de nouveau les yeux.
Go Hyeon-woo fut le premier à reprendre ses esprits. Il examina soigneusement le T.E.B.
« Ce doit être la potion qui fait tant parler d’elle ces derniers temps. »
« Exact. J’ai entendu dire que la version suivante était sortie, alors j’en ai apporté quelques flacons. »
« À mon avis, d’autres en auraient davantage besoin que moi. »
« J’en donnerai aux autres plus tard. Pour l’instant, c’est à vous deux que je les donne. »
« … »
« Il serait temps que tu retentes l’héritage, non ? »
À ces mots, il hocha lentement la tête.
« Ces derniers temps, j’ai l’intuition de plus en plus forte que la fin est proche. »
« Si tu fais monter le rang de quoi que ce soit, je pense que tu t’en rapprocheras. »
« … Je ne peux pas vraiment le contester. Dans ce cas, j’accepte. »
Go Hyeon-woo prit le flacon en souriant avec amertume.
À Han So-mi, je répétai la même chose que tout à l’heure.
« Les bases. »
« Les bases ! »
« Bois ça. »
« D’accord ! »
Les deux échangèrent bientôt un regard, ouvrirent chacun leur flacon de [T.E.B - 002] et le vidèrent d’un trait.
Puis ils gardèrent la bouche fermée et attendirent tranquillement que les effets se fassent sentir.
« … »
« … »
Un moment passa.
Go Hyeon-woo fut le premier à rompre le silence.
Un sourire amer flottait sur ses lèvres.
« Hélas, on dirait que ça a échoué. »
« Mince. »
Les chances étaient plutôt bonnes, mais ça n’avait apparemment pas marché.
En même temps, la 001 avait échoué pour moi aussi.
Go Hyeon-woo poursuivit :
« Cela ne me dérange pas. Si l’on échoue aujourd’hui, on réussira la prochaine fois. N’est-ce pas là le principe même du monde ? »
« C’est vrai aussi. »
On aurait dit les paroles d’un moine éclairé ayant percé tous les secrets de l’existence, mais je ne pus m’empêcher de penser : *Ce n’est pas juste l’illusion du joueur ?*
Inutile de gâcher l’ambiance, alors je gardai ma remarque pour moi.
« Réussite ou échec, je vous suis reconnaissant, frère Kim. Certains n’auraient même pas eu cette chance. »
« C’est la récompense de tes efforts. »
Je répondis comme si de rien n’était.
Go Hyeon-woo s’inclina ensuite avec déférence devant Dang Gyu-ri.
« Je vous suis également toujours reconnaissant, Dang Gyu-ri. »
« … À moi ? »
« Oui. Vous nous guidez de bien des façons. Quand nous descendons dans les étages souterrains, nous vous sommes constamment redevables. »
« C’est vrai, mais… »
« Je veux aussi vous remercier d’être aux côtés de frère Kim. »
« … Euh, d’accord. »
Dang Gyu-ri eut un mouvement du menton, l’air quelque peu gênée.
Mais Go Hyeon-woo n’avait apparemment pas fini de distribuer ses remerciements.
Sa prochaine cible fut Han So-mi.
« Je vous suis également reconnaissant, mademoiselle Han. Vous entraîner avec moi ne peut pas toujours être facile ni agréable, et pourtant vous continuez de m’accompagner sans vous plaindre. »
À ce stade, Dang Gyu-ri sembla sentir que quelque chose clochait.
Elle me jeta un coup d’œil, et nous échangeâmes un regard.
Pourquoi s’était-il transformé en automate à remerciements ?
Ça ressemblait à un effet secondaire.
Ah, un effet secondaire.
Apparemment, ils variaient d’une personne à l’autre. Dans le cas de Go Hyeon-woo, il s’agissait d’une « gratitude incontrôlable ».
Quand on y pensait, c’était plutôt pénible. Il avait échoué, et il avait quand même droit à des effets secondaires ?
Je pense que Byeongcheol est en grande partie responsable.
Je suis d’accord. Fixons une date et cognons-lui dessus avec une batte.
Mais, au fond, ce n’est pas si terrible ?
C’est vrai, pour l’instant.
Mais la situation ne semblait pas près de s’améliorer.
Han So-mi, qui était restée silencieuse jusque-là, répondit à Go Hyeon-woo :
« Comment ça, ce n’est pas agréable ? »
Elle avait parlé d’une voix d’une douceur et d’une grâce exquises.
Son expression n’avait rien à voir non plus avec son sourire radieux habituel. Elle affichait plutôt celui, raffiné, d’une jeune dame bien élevée.
Qu’il ait remarqué ou non ce détail, Go Hyeon-woo hocha la tête.
« Par moments, vous sembliez souhaiter que l’entraînement s’arrête. Je me suis demandé si je n’en faisais pas trop. »
« Pas du tout. Je pensais simplement qu’il était important de trouver le juste équilibre. »
« Entre l’entraînement et le repos. Dans ce cas, cette sortie aussi doit en faire partie. »
« Vous avez parfaitement compris. »
« Penser que vous vous souciez autant de moi… Je tiens à vous remercier une fois encore. »
Ils rirent tous deux de bon cœur.
Pendant ce temps, Dang Gyu-ri m’adressa un nouveau regard.
Elle s’est transformée en Soso, hein ?
On dirait bien.
Quel effet secondaire terrifiant…
Mais ce ne serait pas mieux, en fait ?
La 001 avait laissé des souvenirs traumatisants à d’innombrables utilisateurs.
Ça, au moins, c’était assez bénin pour passer pour un incident sans gravité.
Comme je me faisais cette réflexion, Han So-mi — non, Han Soso — nous adressa un sourire doux.
« J’ai oublié de vous le dire tout à l’heure. Pour moi, ça a marché. »
« Voilà une excellente nouvelle. »
« En particulier, le rang d’un de mes arts martiaux fondamentaux a augmenté. Je pourrai mieux soutenir frère Go, maintenant. »
Pourquoi le mot « frère » sortait-il de sa bouche, tout à coup ?
Mais avant que je puisse poser la question, Go Hyeon-woo reprit la parole.
« Au bout du compte, c’est moi qui en profite. Même en vous remerciant autant, frère Kim, je n’ai pas l’impression d’en faire assez. »
« D’accord. Puisque ça s’est passé comme ça, donne-toi à fond. »
« Bien sûr. Comme je viens de le dire, la fin est proche. Je tenterai bientôt l’ultime héritage. »
Le fait qu’il ait employé le mot « ultime » signifiait qu’il était certain de réussir.
Je lui demandai donc :
« Tu penses que ce sera pour quand ? »
« Au plus tard, vers la prochaine semaine de PvP. »
« Donc, une ou deux semaines tout au plus. »
« Mieux vaut rester prudent, mais je compte éviter de faire traîner les choses. Puisque je vous suis reconnaissant, frère Kim, je dois vous rendre la pareille… »
Chaque phrase se terminait par un remerciement. Encore un remerciement. Une gratitude infinie. Une reconnaissance débordante.
À côté de lui, Han So-mi riait doucement et approuvait ses paroles.
Dang Gyu-ri m’adressa alors un autre regard.
Ça dure combien de temps ?
Ça dépend des gens, mais en général, environ une demi-journée.
C’est quand même assez long.
On y va ?
Ouais, je commence à avoir le tournis.
Nous leur avions donné tout ce que nous étions venus leur apporter. Il était donc normal de les laisser seuls et de partir.
De son côté, Dang Gyu-ri semblait vouloir rester seule avec moi.
Nous rangeâmes donc nos affaires et nous levâmes.
« Alors, passez un bon moment et entraînez-vous bien. »
« Merci d’être venu, frère Kim. »
« J’espère que vous passerez un bon moment tous les deux, vous aussi. »
Nous saluâmes une dernière fois Hyeon-woo-le-reconnaissant et Han Soso, puis quittâmes la boutique du campus.
Nous n’avions pas fait trois pas que Dang Gyu-ri passa naturellement un bras autour de mes épaules.
« … »
« … »
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »
« Parce que tu as l’air tout à fait normal, alors que tu as bu la même potion. »
Elle semblait un peu plus entreprenante, mais n’avait ni attitude ni comportement franchement différents de d’habitude.
Dang Gyu-ri aussi devait trouver ça étrange, car elle réfléchit un instant.
Puis, comme si une idée venait de lui traverser l’esprit, elle demanda :
« Et les effets secondaires des autres, à part ces deux-là ? »
« Tu as vu Seo Ye-in pendant les vacances d’hiver, non ? »
« Ouais, je l’ai vue. »
Le premier effet secondaire apparu dans la famille Dang pendant les vacances d’hiver avait été la Malchanceuse hyperactive : rapide, bavarde et travailleuse.
Le deuxième, une paresseuse possessive, terriblement possessive.
« L’effet secondaire de la 001 a mélangé les deux à parts égales pour donner la Malchanceuse hyperactive et possessive. »
« Et les autres ? »
« Hong Yeon-hwa laissait parfois échapper ce qu’elle ressentait vraiment. »
Quand je repensai à ses répliques, à l’époque…
— Ce serait pas bientôt mon tour de picorer ?
— J’ai bien travaillé, hein ?
— Moi aussi, je veux un prix de consolation…
Quant à Song Cheon-hye, elle était devenue un hérisson auquel on avait retiré ses piquants.
Grâce à ça, nous nous étions rapprochées en ayant plusieurs conversations profondes, mais pour elle, ça restait un souvenir extrêmement gênant.
Après m’avoir écouté jusque-là, Dang Gyu-ri laissa échapper un petit « hmm~ », puis déclara :
« Je me demande si ça ne révèle pas la personne que l’on voudrait être au fond de soi. »
« C’est une hypothèse plausible. »
Plus précisément, la personne qu’ils voulaient être au fond d’eux-mêmes, sans jamais avoir osé le devenir.
Seo Ye-in était peut-être influencée par sa lignée, qui la rendait paresseuse et somnolente, mais elle avait peut-être voulu, au fond d’elle, devenir une version d’elle-même travailleuse et perspicace.
Go Hyeon-woo devait sans doute aussi penser qu’il devrait exprimer plus souvent et plus pleinement sa gratitude à son entourage.
Han So-mi, elle, est juste idiote.
— Ce serait méchant de dire ça, non ?
Avec sa personnalité si candide et imprévisible, elle avait peut-être parfois envie d’être une jeune dame raffinée.
Bien sûr, ce n’étaient que des hypothèses.
Il faudrait accumuler d’autres exemples pour pouvoir le prouver.
Et comme les descriptions des 001 et 002 différaient légèrement, leurs effets secondaires seraient sans doute différents eux aussi.
Une autre question me vint alors, et je la posai sans détour.
« Et toi, dans ce cas ? »
« Moi, quoi ? »
« Tu n’as rien que tu souhaites ? Ça n’aurait pas de sens. »
À cette question, Dang Gyu-ri retira son bras de mes épaules et entrelaça naturellement ses doigts aux miens.
Puis elle sourit timidement et répondit :
« Moi, je fais les choses tout de suite. Comme ça. »
En d’autres termes, ce n’était pas qu’elle n’avait pas d’effets secondaires, mais plutôt qu’ils ne se manifestaient pas sous une forme inattendue.
Je hochai la tête. Dang Gyu-ri tira sur ma main.
« Allons nous asseoir là-bas. »
Nous nous installâmes côte à côte sur un banc un peu plus loin et reprîmes notre conversation.
« Byeongcheol nous a interrompus tout à l’heure, mais si tu t’es amusé avec Seo Ye-in, il faut aussi que tu t’amuses avec moi. »
« Bien sûr. »
« La semaine prochaine, tu viens avec moi ? »
« Je comptais déjà réserver. »
Nous avions de nombreuses raisons de descendre dans les étages souterrains pendant cette semaine d’expédition.
Et Dang Gyu-ri était de loin la meilleure guide.
Elle pouvait entrer et sortir des couches les plus profondes sans même se faire repérer.
Quand je lui répondis sans hésiter, Dang Gyu-ri sembla enfin se débarrasser complètement de sa mauvaise humeur.
Elle posa nos mains entrelacées sur ses genoux et se mit à fredonner.
Alors que nous profitions de ce moment paisible, j’aperçus au loin des visages vaguement familiers.
Des premières années.
Les jeunes recrues prometteuses s’étaient regroupées autour de Han Gaeul, la petite sœur de Han Gyeoul.
Peu après, ils semblèrent nous remarquer à leur tour : ils s’arrêtèrent et nous dévisagèrent.
À en juger par l’air qu’ils arboraient, semblable à la dernière fois…
« On dirait qu’ils se méfient toujours. »
« Ils se méfient probablement encore plus qu’avant. »
Il ne s’était rien passé qui puisse dissiper leurs soupçons, dit Dang Gyu-ri en haussant les épaules.
C’est peut-être pour ça que les jeunes recrues prometteuses ne reprirent pas leur chemin à toute vitesse comme la dernière fois.
Elles nous jetèrent quelques regards, semblèrent se concerter, puis s’approchèrent lentement.
Han Gaeul prit la parole en leur nom.
« Dang Gyu-ri. »