Chapitre 3
Toc.
Toc.
Toc.
Les trois coups résonnèrent dans la pièce.
Styven n'osait plus respirer.
Sa mère tenait toujours fermement sa main.
Ses doigts tremblaient.
— Maman...
— Chut.
— Qu'est-ce qu'il y a derrière cette porte ?
Elle secoua lentement la tête.
— Ne parle pas.
Styven regarda la porte noire.
Quelques secondes plus tôt, quelque chose grattait encore le bois.
Maintenant...
Plus rien.
Le silence était encore plus inquiétant.
Styven regarda sa mère.
— Tu sais ce que c'est.
— Oui.
— Depuis combien de temps ?
Elle ne répondit pas.
— Maman !
— Pas maintenant.
— Quand alors ?
Elle tourna brusquement la tête vers lui.
— Quand nous serons en sécurité.
— Et comment veux-tu qu'on soit en sécurité si tu refuses de me dire ce qui se passe ?
Sa mère posa un doigt sur ses lèvres.
— Écoute.
Styven se tut.
Au début, il n'entendit rien.
Puis...
Un bruit.
Très faible.
Comme des pas.
De l'autre côté de la porte.
Un pas.
Puis un autre.
Quelque chose marchait dans le couloir.
Mais la porte de la pièce donnait directement sur le couloir.
Styven regarda sa mère.
Elle semblait retenir son souffle.
Les pas s'arrêtèrent.
Puis une voix retentit.
— Styven...
Le garçon sentit son cœur se contracter.
Cette voix...
Il la connaissait.
C'était la voix de sa grand-mère.
— Grand-mère ?
Sa mère lui serra brutalement le bras.
— Non !
Styven la regarda.
— Mais c'est sa voix !
— Ce n'est pas elle.
La voix résonna de nouveau.
— Styven...
Plus faible.
Plus triste.
— Ouvre la porte.
Styven fit instinctivement un pas en avant.
Sa mère le retint.
— Ne fais pas ça.
— Mais c'est elle !
— Ta grand-mère est morte.
Styven resta immobile.
Les mots étaient simples.
Mais ils suffirent à lui rappeler la réalité.
Sa grand-mère était morte.
Alors...
Qui parlait derrière la porte ?
La voix reprit.
— Styven...
Puis elle changea.
Elle devint plus grave.
Plus profonde.
— Tu lui ressembles beaucoup.
Styven recula.
Sa mère devint blanche.
— Non...
Elle attrapa Styven par le bras.
— On part.
— Attends.
— Maintenant !
— La lettre.
Styven regarda le bureau.
La lettre de sa grand-mère était toujours là.
Il se précipita pour la prendre.
Sa mère voulut l'en empêcher.
— Laisse-la !
— Non !
Styven la saisit.
À cet instant, un violent coup frappa la porte.
BANG !
Le bois trembla.
Styven sursauta.
— Qu'est-ce que c'était ?
— Cours !
Sa mère ouvrit une petite porte située derrière les étagères.
Styven ne l'avait jamais remarquée.
— Par ici !
— Tu connaissais cette sortie ?
— Oui.
— Depuis quand ?
— Styven, ce n'est pas le moment !
Ils pénétrèrent dans un passage étroit.
Sa mère referma la porte derrière eux.
Un nouveau choc retentit.
BANG !
Cette fois, le mur entier trembla.
Styven suivit sa mère dans l'obscurité.
Ils descendirent un escalier.
Puis un autre.
La vieille maison possédait quelque chose sous ses fondations.
Quelque chose que Styven n'avait jamais imaginé.
— Où sommes-nous ?
— Dans un ancien tunnel.
— Pourquoi y a-t-il un tunnel sous la maison de grand-mère ?
— Parce qu'elle l'a fait construire.
Styven s'arrêta.
— Quoi ?
Sa mère continua d'avancer.
— Elle savait que cela arriverait.
— Quoi ?
Elle ne répondit pas.
Styven accéléra pour la rejoindre.
— Qu'est-ce qu'elle savait ?
— Que quelqu'un viendrait.
— Qui ?
— Je ne sais pas.
— Tu viens de dire qu'elle savait !
— Je sais ce qu'elle m'a dit. Pas ce que cette chose est devenue.
Styven fronça les sourcils.
— Cette chose ?
Sa mère se retourna.
— Ne pose plus de questions.
— Non.
Elle s'arrêta.
— Quoi ?
— Je ne vais plus obéir sans comprendre.
— Styven...
— Grand-mère est morte.
Sa voix tremblait.
— Tu savais qu'elle avait peur. Tu connaissais cette pièce. Tu connaissais ce tunnel. Et maintenant quelque chose est venu ici en prononçant mon nom.
Il serra la lettre dans sa main.
— Je veux savoir pourquoi.
Sa mère resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Parce que ta grand-mère t'a préparé depuis ta naissance.
Styven sentit son cœur s'arrêter.
— Préparé pour quoi ?
— Je ne sais pas.
— Tu mens encore.
— Non.
Sa mère baissa les yeux.
— C'est justement ce qui me fait peur.
Ils arrivèrent finalement dans une petite salle souterraine.
Une ampoule était accrochée au plafond.
Sa mère l'alluma.
Styven regarda autour de lui.
Des caisses.
Des armes.
Des vêtements.
Des médicaments.
De vieux équipements électroniques.
Et plusieurs cartes.
Certaines représentaient l'Amérique du Nord.
D'autres...
des endroits que Styven ne reconnaissait pas.
— Pourquoi grand-mère avait tout ça ?
Sa mère resta silencieuse.
Styven s'approcha d'une carte.
Plusieurs villes étaient entourées en rouge.
Northbridge.
Toronto.
Chicago.
New York.
Denver.
Los Angeles.
Et beaucoup d'autres.
À côté de certaines villes étaient inscrits des nombres.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Des lieux où des incidents ont été signalés.
— Quels incidents ?
— Des disparitions.
Styven se retourna.
— Des disparitions ?
Sa mère acquiesça.
— Depuis combien de temps ?
— Des décennies.
Styven sentit un frisson.
— Et personne n'en parle ?
— Parce que la plupart des gens ne savent même pas que ces événements ont eu lieu.
— Pourquoi ?
— Parce que certaines personnes ont tout intérêt à ce que cela reste caché.
Styven observa les cartes.
Il commençait à comprendre que sa grand-mère avait mené une vie complètement différente de celle qu'il imaginait.
La femme qui lui préparait des gâteaux et lui racontait des histoires avait peut-être passé des années à enquêter sur quelque chose de dangereux.
— Pourquoi moi ?
Sa mère le regarda.
— Je ne sais pas.
— Tu dois bien savoir quelque chose.
— Je sais seulement que ta grand-mère voulait que tu sois préparé.
— Préparé à quoi ?
Elle détourna les yeux.
— À survivre.
Styven resta silencieux.
Un bruit retentit au-dessus d'eux.
BANG !
Ils levèrent tous les deux la tête.
De la poussière tomba du plafond.
— Elle a trouvé le passage, murmura sa mère.
Styven sentit son sang se glacer.
— Elle ?
— Oui.
— Tu sais qui c'est ?
Sa mère ne répondit pas.
— Maman.
— Non.
— Réponds-moi.
— Je ne peux pas.
— Pourquoi ?
— Parce que si je te le dis...
Elle s'interrompit.
— Si tu me le dis quoi ?
Elle le regarda droit dans les yeux.
— Tu ne pourras plus revenir à ta vie normale.
Styven resta silencieux.
Une nouvelle secousse fit trembler la pièce.
BANG !
Sa mère ouvrit une caisse.
Elle en sortit un petit objet métallique.
Une sorte de pendentif.
Le symbole du cercle et des trois lignes y était gravé.
Elle le tendit à Styven.
— Prends ça.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Je ne sais pas exactement.
— Tu ne sais pas ?
— Ta grand-mère me l'a donné il y a dix-sept ans.
Styven regarda le pendentif.
— Le jour de ma naissance ?
Elle acquiesça.
— Elle m'a dit de ne jamais te le montrer.
— Alors pourquoi maintenant ?
Sa mère regarda vers le plafond.
— Parce que je crois qu'elle savait que ce jour arriverait.
Styven referma sa main sur le pendentif.
Une sensation étrange traversa son corps.
Un bref instant.
Une chaleur.
Puis plus rien.
— Tu as senti ça ?
Sa mère le regarda.
— Quoi ?
— Rien.
Au-dessus d'eux, le bruit s'arrêta.
Plus aucun choc.
Plus aucun pas.
Rien.
Styven leva les yeux.
— Elle est partie ?
Sa mère secoua la tête.
— Non.
— Comment tu le sais ?
Elle regarda l'obscurité au-dessus d'eux.
— Parce qu'elle attend.
— Elle attend quoi ?
Sa mère ne répondit pas.
Puis une voix traversa le plafond.
Calme.
Claire.
Tout près.
— Styven Noel.
Il se figea.
Sa mère ferma les yeux.
— Ne réponds pas.
La voix reprit.
— Nous savons que tu es là.
Styven regarda sa mère.
— Qui sont-ils ?
Elle posa une main sur son épaule.
— Écoute-moi bien.
Son regard était sérieux.
— À partir de maintenant, tu ne dois faire confiance à personne.
Styven pensa immédiatement à la lettre.
« Même pas ta mère. »
Il regarda sa mère.
Pour la première fois...
il se demanda si cette phrase ne parlait pas seulement d'elle.
Peut-être que sa grand-mère savait qu'un jour Styven devrait choisir qui croire.
Et ce choix pourrait déterminer s'il survivrait.
Au-dessus d'eux, quelque chose frappa doucement le sol.
Toc.
Puis une voix murmura :
— Nous nous reverrons bientôt.
Et le silence revint.
Styven baissa les yeux vers le pendentif.
Le symbole semblait parfaitement ordinaire.
Pourtant, sans qu'il comprenne pourquoi...
il venait de devenir froid.
Très froid.
Et quelque part, dans les profondeurs de son esprit, une pensée étrangère apparut.
Une seule phrase.
« Ne lui fais pas confiance. »