Chapitre 2
— Tu n'aurais jamais dû trouver cette pièce.
Styven se retourna brutalement.
Sa mère se tenait dans l'encadrement de la porte.
Elle ne semblait plus être la femme qu'il connaissait.
Son visage était fermé.
Ses yeux étaient fixés sur la clé que Styven tenait dans sa main.
— Maman...
Elle entra dans la pièce.
— Donne-moi cette clé.
Styven recula.
— Pourquoi ?
— Donne-la-moi.
— Non.
Sa mère s'arrêta.
— Styven, je ne plaisante pas.
— Moi non plus.
Le silence devint lourd.
Styven regarda autour de lui.
Des centaines de documents étaient rangés sur les étagères. Des photographies anciennes. Des carnets. Des dossiers portant des dates remontant à plusieurs décennies.
— Tu savais que cette pièce existait.
— Non.
— Ne mens pas.
— Je t'ai dit que je ne savais pas.
— Alors pourquoi as-tu l'air terrifiée ?
Sa mère serra les poings.
— Parce que ta grand-mère était malade.
— Ce n'est pas une réponse.
— C'est la seule que tu as besoin d'entendre.
Styven sentit la colère monter.
— Depuis qu'on est arrivés, tu me mens.
— Je ne te mens pas.
— Tu m'as dit que tu ne savais pas de quoi grand-mère avait peur.
Elle resta silencieuse.
— Et maintenant je découvre cette pièce.
Styven désigna les étagères.
— Tout ça appartenait à grand-mère.
— Oui.
— Alors tu savais.
— Je savais qu'elle gardait des choses.
— Quelles choses ?
— Des choses qui ne te concernent pas.
Styven eut un rire nerveux.
— Ma grand-mère est morte hier ! Et tu me dis que ça ne me concerne pas ?
Sa mère détourna les yeux.
— Tu ne comprends pas.
— Alors explique-moi !
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux te protéger.
Styven serra la clé.
— Me protéger de quoi ?
Sa mère ne répondit pas.
— De quoi ?!
Sa voix résonna dans la pièce.
Sa mère sursauta.
Styven avait les yeux humides, mais cette fois ce n'était pas seulement de la tristesse.
C'était de la colère.
— J'étais là quand on m'a annoncé sa mort. J'ai vu ton visage. Tu savais que quelque chose n'allait pas.
— Styven...
— Et maintenant tu veux me faire croire que tout est normal ?
— Rien n'est normal !
Le cri de sa mère le fit taire.
Elle respirait rapidement.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis elle murmura :
— Tu crois que je ne souffre pas ?
Styven baissa légèrement les yeux.
— Alors pourquoi tu me caches tout ?
— Parce que certaines vérités détruisent les familles.
— Notre famille est déjà détruite.
Cette phrase fit mal.
Styven le vit immédiatement dans les yeux de sa mère.
Mais il continua.
— Grand-mère est morte. Papa est loin. Et maintenant tu me regardes comme si j'étais devenu un problème.
— Je ne te considère pas comme un problème.
— Alors fais-moi confiance.
— Je te fais confiance.
— Non.
Styven secoua la tête.
— Tu me fais confiance seulement tant que je ne pose pas de questions.
Sa mère regarda la vieille enveloppe posée sur le bureau.
Son visage changea.
— Tu l'as ouverte ?
— Non.
— Ne le fais pas.
Styven regarda l'enveloppe.
— Pourquoi ?
— Parce que je te le demande.
— Encore une fois, tu refuses de m'expliquer.
— Parce que je sais ce qui se trouve dedans.
Styven releva brusquement les yeux.
— Donc tu savais !
Sa mère ne répondit pas.
Cette fois, son silence était une réponse.
Styven sentit quelque chose se briser en lui.
— Depuis combien de temps ?
— ...
— Depuis combien de temps tu savais que cette pièce existait ?
Silence.
— Depuis combien de temps tu savais ce que grand-mère préparait ?
— Styven...
— Depuis combien de temps ?!
Sa mère ferma les yeux.
— Depuis avant ta naissance.
Styven resta figé.
Avant sa naissance.
La phrase lui donna froid.
Il regarda les vieux dossiers.
Puis sa mère.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire que tu dois me faire confiance.
— Après tout ce que tu viens de me cacher ?
— Oui.
— Impossible.
Styven prit l'enveloppe.
Sa mère fit immédiatement un pas vers lui.
— Pose ça.
— Non.
— Styven, pose cette enveloppe.
— Je veux savoir.
— Tu ne comprends pas ce que tu fais !
— Alors explique-moi !
Elle s'approcha.
Styven recula.
— Ne me touche pas.
Sa mère s'immobilisa.
Cette phrase lui fit visiblement plus mal que tout le reste.
— Styven...
— Je veux la vérité.
— Tu n'es pas prêt.
— C'est moi qui décide si je suis prêt !
Il déchira l'enveloppe.
Sa mère pâlit.
À l'intérieur se trouvait une lettre.
Une seule.
Styven commença à la lire.
« À mon petit-fils Styven. »
Ses mains tremblèrent.
Sa mère murmura :
— Arrête.
Styven continua.
« Si tu lis cette lettre, c'est que ta mère a échoué à te protéger. »
Il releva lentement les yeux.
Sa mère ne bougeait plus.
Styven retourna à la lettre.
Mais avant qu'il puisse lire la suite...
BANG !
Un bruit violent retentit dans toute la maison.
La lumière s'éteignit.
Styven sursauta.
Sa mère attrapa immédiatement son bras.
— Monte à l'étage.
— Quoi ?
— Maintenant !
— Qu'est-ce qui se passe ?
Un deuxième bruit retentit.
Plus proche.
BANG !
Sa mère regarda vers la porte de la pièce.
Cette fois, Styven vit clairement la peur dans ses yeux.
— Maman...
Elle murmura :
— Elle nous a retrouvés.
— Qui ?
Sa mère ne répondit pas.
Quelque chose gratta lentement l'autre côté de la porte.
Scrrrr...
Styven sentit son sang se glacer.
Sa mère lui prit la main.
— Quoi qu'il arrive, ne lâche pas ma main.
— Maman...
Elle regarda son fils.
— Et surtout...
Son visage était devenu livide.
— Ne regarde pas ce qui se trouve derrière la porte.
Le grattement s'arrêta.
Puis trois coups résonnèrent.
Toc.
Toc.
Toc.
Styven regarda sa mère.
Elle tremblait.
Et pour la première fois de sa vie, il comprit une chose :
sa mère n'avait pas seulement peur de ce qui se trouvait dans cette maison.
Elle avait peur de ce qui connaissait déjà Styven.