Chapitre 4
« Ne lui fais pas confiance. »
Styven resta immobile.
La phrase résonnait dans son esprit.
Il regarda sa mère.
Elle se trouvait à quelques mètres de lui, près de l'escalier menant à la surface.
Elle ne semblait rien avoir entendu.
— Maman...
Elle se retourna.
— Quoi ?
Styven hésita.
Il avait envie de lui demander si elle avait entendu la voix.
Mais quelque chose l'arrêta.
La voix lui avait dit de ne pas lui faire confiance.
Pourtant, il ne savait même pas si cette voix était réelle.
Il serra le pendentif dans sa main.
— Rien.
Sa mère l'observa quelques secondes.
— Il faut partir.
— Où ?
— Chez ton oncle.
— Pourquoi ?
— Parce que cette maison n'est plus sûre.
Styven fronça les sourcils.
— Et après ?
— Après, nous quitterons la ville.
— Pour aller où ?
— Je ne sais pas encore.
Styven secoua la tête.
— Non.
Sa mère soupira.
— Quoi encore ?
— Je veux retourner dans la pièce.
— Certainement pas.
— La lettre.
— Oublie cette lettre.
— Pourquoi ?
— Parce qu'elle ne changera rien.
Styven la regarda avec colère.
— Elle parle de moi.
Sa mère resta silencieuse.
— Elle commence par mon nom.
— Je sais.
— Alors je vais la lire.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que ta grand-mère savait des choses qu'elle n'aurait jamais dû savoir.
— Et toi ?
Sa mère ne répondit pas.
— Tu sais aussi quelque chose.
— Oui.
Styven s'immobilisa.
C'était la première fois qu'elle l'admettait clairement.
— Quoi ?
Elle détourna les yeux.
— Je ne peux pas te le dire.
— Tu viens encore de faire ça.
— Faire quoi ?
— Décider que je suis trop jeune pour connaître ma propre histoire.
— Je veux simplement te garder en vie.
— Alors donne-moi une raison de te croire !
Sa mère le fixa.
Pendant plusieurs secondes, aucun des deux ne parla.
Puis elle dit :
— Parce que je suis ta mère.
Styven secoua la tête.
— Ce n'est pas suffisant.
Ces mots firent mal.
Il le vit immédiatement.
Mais il ne s'excusa pas.
Il ne pouvait plus.
Depuis la mort de sa grand-mère, quelque chose avait changé.
Il avait besoin de réponses.
Sa mère remonta seule.
Styven resta quelques minutes dans le sous-sol.
Il regarda les cartes.
Puis les dossiers.
Une idée lui traversa l'esprit.
Il prit une photographie posée sur une table.
Elle représentait plusieurs personnes.
Sa grand-mère se trouvait au centre.
À côté d'elle se tenaient trois hommes et deux femmes.
Tous regardaient l'objectif avec une expression sérieuse.
Styven retourna la photographie.
Une date était inscrite derrière.
1996.
Puis plusieurs noms.
Il reconnut immédiatement celui de sa grand-mère.
Mais un autre nom attira son attention.
Noel, Michael.
Son père.
Styven resta figé.
Son père avait vingt ans sur cette photographie.
Il n'avait jamais entendu parler de cette réunion.
Il retourna rapidement à la surface.
Sa mère se trouvait dans le salon.
Elle préparait leurs affaires.
— Maman.
Elle se retourna.
— Quoi ?
Styven lui montra la photographie.
Son visage se décomposa.
— Où as-tu trouvé ça ?
— Dans la pièce.
— Donne-moi.
— Non.
— Styven.
— Papa était là.
Elle ne répondit pas.
— Pourquoi ?
— Ce n'est pas ce que tu crois.
— Alors explique.
— Je ne peux pas.
Styven éclata de colère.
— Tu ne peux jamais !
Sa mère se figea.
— Chaque fois que je pose une question, tu me dis que tu ne peux pas répondre !
Il jeta la photographie sur la table.
— Grand-mère savait quelque chose. Papa aussi. Et maintenant elle est morte.
Sa mère ferma les yeux.
— Ton père ne devait jamais être impliqué.
— Mais il l'était !
— Il voulait seulement protéger sa famille.
— De quoi ?
Silence.
Styven s'approcha.
— De quoi ?
Sa mère détourna le regard.
— Il y a dix-sept ans, ta grand-mère est venue me voir.
Styven attendit.
— Elle m'a dit que quelque chose avait changé.
— Quoi ?
— Elle ne me l'a jamais expliqué.
— Alors pourquoi tu avais peur ?
Sa mère hésita.
— Parce que le lendemain...
Elle s'arrêta.
— Le lendemain quoi ?
— Tu es né.
Styven resta silencieux.
— Quel rapport ?
— Je ne sais pas.
— Maman.
— Je te jure que je ne sais pas.
— Alors pourquoi tu me caches tout ?
Elle le regarda.
— Parce que ta grand-mère m'a demandé de le faire.
Styven sentit une colère froide monter en lui.
— Elle te l'a demandé ?
— Oui.
— Pourquoi ?
— Elle disait que si tu apprenais certaines choses trop tôt, elles pourraient te trouver.
Styven fronça les sourcils.
— Elles ?
Sa mère ne répondit pas.
— Qui sont « elles » ?
— Je ne sais pas.
— Tu mens.
— Non.
— Tu mens !
Il frappa du poing contre la table.
Sa mère sursauta.
— J'en ai assez !
Sa voix se brisa.
— J'en ai assez de vivre dans le mensonge !
Sa mère resta silencieuse.
Styven avait les larmes aux yeux.
— Je viens de perdre ma grand-mère.
Sa voix tremblait.
— Et maintenant j'ai l'impression de découvrir que toute ma famille m'a menti pendant dix-sept ans.
Sa mère s'approcha.
— Styven...
— Ne me touche pas.
Elle s'arrêta.
— Je suis désolée.
— Alors dis-moi la vérité.
— Je ne peux pas.
Styven ferma les yeux.
Puis il murmura :
— Alors je la découvrirai seul.
Il monta les escaliers.
— Styven !
Il ne se retourna pas.
Une heure plus tard, la maison était silencieuse.
Sa mère dormait probablement.
Styven était assis sur le sol de sa chambre.
Devant lui se trouvaient la photographie, le pendentif et la lettre.
Il relut le début.
« À mon petit-fils Styven. »
Puis il continua.
« Si tu lis cette lettre, c'est que ta mère a échoué à te protéger. »
Il passa à la ligne suivante.
« Je ne peux pas te dire toute la vérité dans cette lettre. Certains secrets doivent être découverts, pas racontés. »
Styven fronça les sourcils.
« Ce que tu dois savoir pour commencer est simple : tu n'es pas comme les autres. »
Il s'arrêta.
Son cœur accéléra.
« Mais ne cherche pas encore à comprendre pourquoi. »
Il continua.
« Le premier signe apparaîtra lorsque tu seras prêt. »
Styven regarda ses mains.
Rien.
Il poursuivit.
« Lorsque cela arrivera, ne prends aucune décision sous l'effet de la peur. »
Une dernière ligne se trouvait au bas de la page.
« Et surtout, ne laisse personne découvrir ce que tu es. »
Styven resta silencieux.
Il relut la phrase.
Encore.
Puis une sensation étrange apparut dans sa poitrine.
Une douleur.
Faible.
Mais réelle.
Styven posa une main sur son torse.
— Aïe...
Le pendentif qu'il avait posé sur son bureau se mit à vibrer.
Styven se redressa.
— Qu'est-ce que...
Le symbole gravé dessus semblait légèrement lumineux.
Très légèrement.
Il prit le pendentif.
La douleur dans sa poitrine augmenta.
Puis diminua.
Une seconde plus tard, tout redevint normal.
Styven regarda la fenêtre.
Le ciel était toujours noir.
Comme chaque nuit.
Rien n'avait changé.
Il se demanda alors ce que sa grand-mère entendait par « le premier signe ».
À plusieurs kilomètres de là, dans une pièce entièrement plongée dans l'obscurité, une personne ouvrit les yeux.
Un écran s'alluma.
Une photographie apparut.
Celle de Styven.
Une voix demanda :
— Il est réveillé ?
Une seconde voix répondit :
— Pas encore.
— Alors pourquoi le signal est-il apparu ?
Silence.
Puis :
— Quelqu'un a dû lui donner le pendentif.
La première personne se leva.
— Qui ?
— Sa mère.
— Impossible.
— Nous avons vérifié.
Un dossier fut posé sur la table.
Sur la couverture figurait un seul nom :
STYVEN NOEL
La personne regarda longuement la photographie.
— Après dix-sept ans...
Elle sourit.
— Enfin.
Styven était toujours dans sa chambre lorsqu'il entendit quelque chose.
Un bruit venant de l'extérieur.
Il se leva.
Il regarda par la fenêtre.
Rien.
Il ouvrit légèrement le rideau.
Une voiture noire était garée devant la maison.
Ses phares étaient éteints.
Styven fronça les sourcils.
La voiture était là depuis combien de temps ?
Il voulut prévenir sa mère.
Puis il vit une silhouette sortir du véhicule.
Un homme.
Il leva les yeux vers la maison.
Directement vers la fenêtre de Styven.
Styven recula immédiatement.
Son téléphone vibra.
Numéro inconnu.
Il hésita.
Puis décrocha.
— Allô ?
Aucune réponse.
— Qui est-ce ?
Un souffle.
Puis une voix.
Une voix qu'il connaissait.
La même voix que dans la ruelle.
— Tu as trouvé la porte.
Styven sentit son sang se glacer.
— Qui êtes-vous ?
— Ce n'est pas la bonne question.
— Alors quelle est la bonne ?
Un silence.
Puis :
— Demande à ta mère pourquoi elle t'a menti sur ta naissance.
L'appel se coupa.
Styven resta immobile.
Ses yeux se tournèrent lentement vers la porte de sa chambre.
Sa mère se tenait de l'autre côté.
Elle avait entendu.
— Maman...
Elle ne répondit pas.
Styven ouvrit la porte.
— Qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
Sa mère était en larmes.
— Styven...
— Pourquoi tu m'as menti sur ma naissance ?
Elle baissa les yeux.
Puis elle murmura quelque chose qui fit disparaître toute colère du visage de Styven.
— Parce que...
Elle prit une profonde inspiration.
— Tu n'étais pas censé naître.