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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 8 : Projet Bell Hyungwook
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La première chose à laquelle je pensai en me réveillant fut le second prince impérial.
Le second prince impérial était compliqué à bien des égards.
Je réfléchis à la manière de m’occuper de lui.
À vrai dire, le moyen le plus rapide de tout régler aurait été de neutraliser les aides du second prince impérial, mais aussi de démettre Bedin de toutes ses fonctions.
Si je voulais en finir vite, je n’avais qu’à le tuer.
C’était le moyen le plus rapide d’extirper le problème à la racine.
La raison pour laquelle je ne pouvais pas faire ça était simple.
Je ne peux pas offrir gratuitement une occasion de gagner de l’expérience au protagoniste.
Je n’avais aucune intention de lui créer une intrigue de vengeance.
Dans les romans de fantasy romantique, les héros masculins étaient les héroïnes.
Et un personnage du calibre du second prince impérial était une héroïne de premier plan, en lice pour le titre d’épouse principale.
Si je me débarrassais d’un personnage pareil, l’histoire de vengeance du protagoniste contre l’Empire commencerait sur-le-champ.
L’Empire risquerait alors encore davantage de s’effondrer.
Les protagonistes de fantasy romantique naissaient généralement avec un talent absurde.
Ils faisaient preuve d’aptitudes remarquables en magie ou dans le domaine des esprits.
Et lorsqu’ils se retrouvaient en danger de mort, des alliés providentiels affluaient de partout.
Ainsi, je n’avais jamais eu l’intention de tuer le second prince impérial.
À la place…
Je devrais me servir de lui.
Le fait qu’il puisse joindre le protagoniste en privé était une occasion à saisir pour l’Empire.
Le roman, « Je suis rassasiée tant tout le monde me couvre de cadeaux », racontait l’essor d’un pays, porté par les marques d’affection et le soutien que les proches du protagoniste lui témoignaient sans cesse.
Si Mirne demandait un jour de l’aide à l’Empire, je pourrais tourner la situation à notre avantage.
Par exemple…
Si elle nous demande de faire quelque chose que seul l’Empire peut accomplir, comme fouiller des ruines… nous n’aurons qu’à nous les approprier.
Nous pourrions obtenir les renseignements sans leur céder les bénéfices.
Cela pourrait aussi réduire la probabilité de destruction de l’Empire.
Alors que j’étais assis là, plongé dans mes pensées…
Toc, toc, toc.
Quelqu’un frappa à la porte.
« Votre Altesse, c’est le grand général. Puis-je entrer ? »
« Entrez. »
Le grand général entra et me tendit un document d’un geste vif.
S’il me l’apportait ici au lieu de me le remettre dans mon bureau, c’était que l’affaire était urgente.
« Il a été décidé que des chasseurs distincts seraient envoyés à la poursuite des individus restés au Royaume de Macelin après s’être fait passer pour des nobles impériaux. »
« Leurs biens seront confisqués, puis… Il y aura beaucoup de postes vacants. »
En temps normal, ce genre de rapport n’aurait pas relevé de la responsabilité du grand général.
Mais le fait qu’il s’en chargeait constituait un avertissement adressé aux nobles.
La lame de l’Empire intervenait désormais dans les affaires intérieures et choisissait les chairs pourries qu’il fallait trancher.
Une menace féroce leur intimant de ne pas agir à la légère et de se tenir tranquilles.
Hmm. Même si l’Empire compte beaucoup de nobles, en perdre plus de vingt d’un coup laissera un sacré vide.
Même si l’on avait éliminé des nobles de rang égal ou inférieur à celui de comte, ils faisaient tourner des systèmes dont il faudrait désormais s’occuper.
Les remettre en état serait un autre problème.
Pourquoi, dès qu’on réglait un problème, un autre nous explosait-il à la figure ?
Alors que j’y réfléchissais…
« V-Votre Altesse ! Puis-je également vous remettre un r-rapport sur les personnes talentueuses envoyées pour soutenir le Royaume de Macelin ? »
L’officier des Affaires étrangères, qui avait sans doute vu entrer le grand général, demanda à son tour à me présenter son rapport.
« Allez-y. »
Puisque les choses en étaient là, je décidai de tout entendre.
« Eh bien… Vu la nature de l’affaire, le nombre de personnes talentueuses initialement envoyées pour soutenir le Royaume de Macelin ne correspond pas à celui de celles qui doivent rentrer… C’est pourquoi je vous en informe. »
« Il ne correspond pas ? Vous voulez dire qu’elles sont mortes ? »
La révélation qui suivit fut stupéfiante.
« Elles ne sont pas mortes… Il semblerait qu’elles aient demandé la naturalisation au Royaume de Macelin. Comme certaines de ces personnes talentueuses sont devenues citoyennes du Royaume de Macelin, elles n’ont pas été renvoyées… »
« Ha ha ha ! »
Dès que l’officier des Affaires étrangères eut fini de parler, je ne pus retenir mon rire.
Nous leur avions envoyé des gens talentueux pour les aider gratuitement, et l’Empire avait même pourvu à leurs besoins sur place.
Et après les avoir fait trimer jusqu’à l’épuisement, au moment de les rappeler, quoi ? Ils avaient demandé la naturalisation ?
« C’est le second prince impérial qui a donné son approbation finale, n’est-ce pas ? Il a approuvé leur naturalisation ? »
« O-Oui. C’est exact. »
Comment pouvait-on trahir son pays à ce point ?
C’était encore un personnage essentiel, alors je ne m’étais pas trop attaqué à lui lors du grand nettoyage dans la salle des réunions de la Table ronde.
« Je vais devoir changer de plan. »
« …Changer de plan, Votre Altesse ? »
« Oui. Je comptais observer la situation encore un peu avant d’agir, mais il faut s’en occuper dès maintenant. »
À mesure que je comprenais l’étendue de ses agissements insensés, une colère insupportable montait en moi.
Et ce n’était que ce qu’il avait fait récemment.
Si nous fouillions sérieusement dans son passé, toutes sortes d’aberrations finiraient sans doute par remonter à la surface.
Je ne pouvais pas continuer à m’en prendre à ses subalternes chaque fois que ça arrivait.
À ce rythme, je mourrais avant l’heure.
« J’ai une requête à faire au grand général. »
Je n’avais pas prévu de faire ça au départ.
Mais ce n’était pas un idiot ordinaire, alors je devais agir sans tarder.
« Ce n’est pas la peine de demander. Donnez l’ordre. »
« Je crois qu’il faut lancer le projet Bell Hyungwook. »
C’était le deuxième jour depuis ma transmigration.
Voilà le temps qu’il m’avait fallu pour décider de ne plus considérer le second prince impérial comme une personne.
+++++
Royaume de Macelin, chambre de Mirne, la princesse héritière.
La pièce était remplie d’artefacts réservés à la communication.
Parmi tous ces artefacts, celui qui reçut le premier appel était, comme on pouvait s’y attendre, le plus évident.
Dringgg.
« Oh là là, prince Bedin. Vous êtes matinal. »
« Il m’est arrivé quelque chose de triste… J’avais besoin de réconfort, alors je voulais vous appeler. »
« Qu’est-ce qui vous rend si abattu ? »
C’était Bedin, le second prince impérial de l’Empire de Velos.
Il avait tout du héros masculin au tempérament de gros toutou. Un golden retriever, peut-être.
Il avait vraiment les cheveux blonds, alors la comparaison n’était pas tout à fait fausse.
Mon chiot a l’air si morose ces derniers temps.
Il semblait avoir beaucoup souffert de son récent conflit avec le prince héritier.
Il ne se passait jamais rien de pareil avant.
À vrai dire, Mirne était tout aussi déconcertée.
Le prince héritier avait toujours été du genre à satisfaire toutes les demandes du second prince impérial et à en rire.
Elle ne comprenait pas pourquoi il se souciait soudain autant de l’Empire.
À ce stade, l’aide de l’Empire est nécessaire pour que le Royaume puisse se développer plus facilement.
Certes, ils avaient réussi à faire naturaliser plusieurs personnes talentueuses venues de l’Empire.
Même si l’Empire récupérait tout, des personnes talentueuses aux investissements, le Royaume avait assez de marge pour tenir encore quelque temps.
Mais après avoir vu le prince héritier changer si brusquement…
On dirait qu’il ne va pas s’arrêter là… J’ai l’impression qu’il va vraiment tout reprendre. Mais, franchement, c’est impossible, non ? Le prince héritier n’est pas comme ça.
Elle n’avait aucune idée de la façon dont il agirait désormais.
Avant de discuter sérieusement avec Bedin, elle demanda une faveur à Silphiner.
Silphiner, s’il te plaît. Pourrais-tu surveiller le prince héritier d’aussi loin que possible, sans te faire repérer ?
Bien sûr, ne t’inquiète pas !
Elle avait demandé à Silphiner, qui avait le potentiel de devenir le roi des esprits du vent, d’observer les agissements du prince héritier.
« …Ces derniers temps, mon frère ne me traite plus comme avant… Qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Est-ce qu’il n’aime pas que je sois si proche du Royaume de Macelin ? »
« Ce n’est pas possible. Pourquoi Votre Altesse n’aimerait-elle pas que vous soyez proche du Royaume de Macelin ? Il n’y a aucune raison à cela. »
« N’est-ce pas ? Alors… euh… À vrai dire, je me demande si quelque chose de grave est arrivé à mon frère dernièrement. Sinon, il n’aurait aucune raison de me traiter ainsi… Bien sûr, je ne peux pas pardonner à mes aides d’avoir commis des malversations dans mon dos, mais je m’inquiète de voir nos échanges avec le Royaume de Macelin changer radicalement à partir de maintenant. »
« Par exemple ? »
« D’abord, je suis triste à l’idée que je ne pourrai peut-être plus discuter chaleureusement avec vous comme aujourd’hui, tout en parlant des affaires de l’État… »
Alors que la conversation entre Bedin et Mirne se poursuivait depuis un moment…
Boum !
« M-Mon oncle ?! »
« C’est un ordre du prince héritier. Tu répondras d’avoir osé décider seul du sort des citoyens impériaux. »
Au même instant, un grand bruit retentit du côté de Bedin. La voix du grand général de l’Empire de Velos passa brièvement par l’artefact, comme la veille.
Clic.
La communication fut coupée.
« …Décider de leur sort ? Ne me dites pas… Il parle des personnes talentueuses naturalisées ? Il compte aussi s’en prendre à elles… ? »
Mais que se passait-il donc ?
L’attitude de l’Empire changeait radicalement d’un jour à l’autre, sans même laisser un mois entre deux événements.
Je vais peut-être devoir contacter plus activement d’autres endroits… Mais est-ce prudent de le faire maintenant ?
Mirne ne parvenait même pas à comprendre correctement la situation.
+++++
Thud !
« Argh ! »
Crac !
Le coup de pied lui frappa l’abdomen et le corps du second prince impérial traversa la fenêtre comme un vieux chiffon miteux.
Depuis son enfance, il avait consommé de coûteux élixirs et bénéficié de la méthode de culture issue de Sol Velos.
Bien qu’il fût tombé du Palais impérial jusqu’au sol sans la moindre défense, le second prince impérial resta conscient et se releva sans blessure.
« Argh… M-Mon oncle… Pourquoi recourir soudain à la violence… ? »
Il s’adressa à son oncle, qui se tenait déjà devant lui.
« Votre Altesse le prince héritier ne tolère plus ton comportement. Je suis donc venu te corriger, en tant que grand général et en tant qu’oncle. »
Grand Général Arkham Velos regarda autour de lui et constata qu’il avait choisi l’endroit idéal.
Le terrain d’entraînement de la famille impériale, où seuls les membres du sang impérial avaient le droit d’entrer.
Ici, il pouvait corriger Bedin sans avoir à s’inquiéter.
« C-Corriger ? De quoi parlez-vous exactement ?! Hier, nous avons pourtant conclu que mes aides étaient responsables de tout le reste, non ? »
« Les supérieurs ont aussi le devoir de gérer leurs subalternes. Pourtant, tu as négligé le tien et tu n’as fait que contacter la princesse du Royaume de Macelin. »
« C-C’est vrai ! Mais… »
« En effet. »
Thud !
Un nouveau coup invisible lui percuta la tête.
Il fit exactement un tour sur lui-même.
Le ciel et le sol échangèrent leurs places, puis son corps retrouva sa posture initiale, comme si personne ne l’avait frappé à la tête.
« …S-Sans prévenir ! Comme ça ! Je suis le second prince impérial ! Vous pouvez traiter un membre de la famille impériale de cette façon ?! »
« Si tu ne faisais pas partie de la famille impériale, la trahison t’aurait valu une exécution immédiate, et cela n’aurait même pas suffi. Le fait que tu ne sois pas mort et que tu ne subisses qu’une punition de cette ampleur est déjà un privilège impérial. »
Crac !
Cette fois, le second prince impérial concentra son regard pour éviter le coup.
Mais le grand général s’était mis au sérieux. Le second prince impérial, qui s’entraînait à moitié tout en courant après l’amour, n’avait aucune chance d’éviter son coup de pied.
Boum !
Dans un bruit de boulet de canon, le second prince impérial s’écrasa contre le mur.
En le regardant, le grand général sembla se souvenir de quelque chose et sortit une chaîne de sa robe.
À cet instant, sa conversation avec le prince héritier lui revint naturellement en mémoire.
« À partir de maintenant, il faudra corriger régulièrement le second prince impérial. Au moins une heure par jour. De la violence — non, une correction qui ne lui apprendra pas à encaisser les coups. »
« À quelle fréquence dois-je le faire ? Qu’est-ce que vous entendez par régulièrement ? »
« Je veux qu’il se taise de lui-même dès qu’il verra ça. Son corps doit s’en souvenir. »
« …Ce ne serait pas une chaîne ? »
« Si. Chaque fois que vous le frappez — non, le corrigez — veuillez sortir la chaîne. Vous n’avez pas besoin de le frapper avec. C’est plutôt un… signal, je suppose. Quand le grand général montrera la chaîne, la correction commencera. Quelque chose comme ça. »
« Oh… Je comprends. Mais pourquoi appeler ça le projet Bell Hyungwook ? »
« Parce que ce nom vient d’une personne digne d’un grand respect, une autorité qui remet dans le droit chemin les gens qui se comportent… mal. »
« Compris. »
Le projet Bell Hyungwook.
Jusqu’à ce que son corps retienne qu’apercevoir la chaîne signifiait qu’il allait être corrigé.
Chaque jour, pendant environ une heure, le grand général le corrigerait à la fois en grand général et en oncle, avec le souhait sincère que son neveu tourne bien.
Et puis…
« Pour le moment, le second prince impérial, Bedin, ne pourra plus intervenir d’aucune manière dans les affaires impériales. »
« Q-Quoi ? C-Comment… Non, cette autorité m’appartient ! »
« C’est une autorité accordée par Votre Altesse le prince héritier… Quoi qu’il en soit, je ne vous demande pas votre avis. Je vous en informe. »
Enfin, le plan empêcherait totalement le second prince impérial de se mêler des affaires de l’Empire pendant cette période.
Ces derniers temps, il n’y avait pas de guerre, seulement la paix.
Le grand général avait cru qu’il finirait peu à peu mis sur la touche, simple vieillard à observer les maux qui rongeaient la nation.
C’est agréable. Je peux faire tomber des nobles corrompus avec un tel entrain, et corriger mon neveu en prime.
Pour la première fois depuis très longtemps, il se sentit revivre.
+++++
Bam ! Clac ! Boum ! Crac !
Les corrections du grand général n’avaient rien à voir avec celles des gens ordinaires.
Jambes en l’air ! Frouf, frouf, frouf !
Tends les paumes ! Redresse-les, sinon tu vas cogner l’os ! Clac, clac, clac !
C’était loin d’être aussi simple.
Si l’on comparait ça au football, ce serait plutôt comme si le second prince impérial lui-même était le ballon.
Qu’est-ce qu’il peut bien entendre de si amusant pendant qu’on le corrige, pour tourner comme ça sans arrêt ?
Qu’est-ce qui pouvait bien être si drôle ?
Tandis que je regardais…
Dringgg.
Je touchai l’artefact soigneusement posé sur le lit du second prince impérial.
Inutile de me demander comment le mettre en communication avec le Royaume de Macelin.
À l’instant où je le touchai, il se mit à sonner tout seul.
Clic.
Mon interlocutrice décrocha.
« Allô ? Bedin ? Pourquoi m’appelez-vous soudain à cette heure-ci ? »
La voix appartenait à Mirne, la princesse héritière du Royaume de Macelin.
Au départ, je n’avais pas prévu de passer cet appel maintenant.
Pour l’instant, je comptais me concentrer sur la stabilisation des affaires intérieures.
Mais…
« Princesse Mirne, vous avez fait quelque chose de très intéressant. »
« …Votre Altesse le prince héritier ? »
« Vous avez dû bien peu tenir compte de l’Affinité spirituelle du prince héritier de l’Empire de Velos pour tenter un tour pareil. »
Je ne m’attendais pas à une première offensive aussi directe.
« Kiiii ! »
Dès que je resserrai la main, quelque chose de translucide poussa un cri de douleur.
Même un esprit ne pouvait supporter la douleur brûlante de Sol Velos.
« S-Silphiner ?! »
« C’est donc ainsi que s’appelle cet esprit… Enfin, ce n’est pas important. Vous êtes prête à payer pour ce petit tour, n’est-ce pas ? »
Hé, tu me prends toujours pour un bon à rien ?
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