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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 76 : Garnison impériale (2)
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Quatre jours s’étaient déjà écoulés depuis qu’Ailoren avait commencé à perdre son temps à contempler l’Arbre-monde, le regard vide.
Ailoren avait repris ses esprits juste avant que Bellon ne descende sous terre pour résoudre le Pacte de Pavan.
Depuis la résolution du Pacte jusqu’à aujourd’hui, alors que les Chevaliers de la Flamme bleue étaient envoyés dans la Grande Forêt, Ailoren n’avait cessé de fixer l’Arbre-monde.
« … Ah. »
« Dire que j’ai chéri une humaine que je n’avais même jamais rencontrée, et que j’ai prévu de lui offrir l’Arbre-monde. »
« C’est vrai. Je savais qu’il y avait quelque chose d’étrange, mais je n’aurais jamais imaginé que c’était la sorcellerie maléfique des humains. »
Seuls les mots changeaient. Tout ce qu’Ailoren disait se ressemblait beaucoup.
Les mêmes questions, les mêmes réponses.
La scène s’était déjà répétée des centaines de fois, pourtant Ailoren posait toujours les mêmes questions et cherchait toujours les mêmes réponses.
« Je n’arrive pas à y croire. J’ai… j’ai essayé d’offrir l’Arbre-monde à une humaine. »
Ailoren ne détestait pas les humains. Il les jugeait simplement inférieurs.
Tout comme les chiens étaient naturellement inférieurs aux humains, Ailoren les considérait selon la même logique.
Et pourtant, il s’était laissé manipuler par ces mêmes humains.
« Et comme si cela ne suffisait pas, l’un d’eux m’a même sauvé. »
« … Ailoren, tu es le plus éminent des Hauts Elfes, et pourtant tu es entré dans une rage folle. D’une certaine façon, c’était inévitable. Après tout, nous ne sommes pas un peuple habitué au combat. »
« Nous nous sommes trop éloignés du combat. Si je me souviens bien, nos lointains ancêtres étaient suffisamment puissants. »
Qu’est-ce qui définissait la force ?
En un sens, les Elfes d’aujourd’hui étaient sans doute bien plus forts que leurs lointains ancêtres.
Pourtant, si ces ancêtres affrontaient les Elfes d’aujourd’hui, ces derniers se feraient massacrer à chaque fois.
À l’époque où le monde sombrait dans le chaos, la cruauté des Elfes et leur aptitude au massacre dépassaient l’imagination.
« … Sommes-nous devenus trop complaisants ? Avons-nous fait confiance au passé et vécu dans l’arrogance, convaincus que personne ne pourrait nous atteindre ? »
Ailoren baissa profondément la tête.
Même s’il avait été contrôlé, il avait failli anéantir toute la race des Elfes de ses propres mains.
Il ne pouvait pas se le pardonner.
Une part de lui voulait expier sa faute envers tous en mourant, mais il ne le pouvait pas.
Il devait rembourser la dette qu’il avait contractée en étant sauvé.
« Comment vas-tu, Ailoren ? »
Alors qu’Ailoren était perdu dans ses pensées, la voix de son bienfaiteur retentit derrière lui.
« … Je salue le Petit Soleil de l’Empire. »
Ailoren se retourna et salua le prince héritier impérial selon l’étiquette de la cour.
« Pas besoin d’être aussi formel. D’après ce que j’ai entendu, quelqu’un de ton rang parmi les Hauts Elfes occupe une position équivalente à la mienne. »
« Même si nos rangs sont équivalents, comment pourrais-je traiter mon bienfaiteur avec désinvolture ? »
« Tu ne considères pas les humains comme une race inférieure ? »
« Le fait que vous m’ayez sauvé n’en reste pas moins vrai. Mes valeurs jusqu’à présent ne peuvent pas changer cette réalité. »
« Bien. »
Depuis qu’il avait appris qu’un humain lui avait lavé le cerveau, Ailoren éprouvait un profond dégoût envers les humains.
Malgré tout, il ne pouvait pas le montrer au prince héritier impérial.
Les Hauts Elfes étaient un peuple noble.
Être noble ne signifiait pas garder la tête haute en toutes circonstances.
Cela signifiait agir et parler avec prudence, dignité et honneur.
Les humains pouvaient le dégoûter, Ailoren résolut de traiter le prince héritier impérial avec tous les égards.
« Avec cette attitude, tu as déjà dû lire la lettre que je t’ai envoyée. »
« Les forces impériales seront envoyées dans la Grande Forêt, et je dois y rester. Si Mirne se montre, je dois vous en informer immédiatement. C’est bien cela ? »
« Tu as bien compris. »
Le déploiement de l’ordre de chevalerie pour prévenir la guerre n’était qu’un prétexte.
Les Chevaliers de la Flamme bleue s’étaient installés dans la Grande Forêt pour surveiller Mirne.
Désormais, les Chevaliers impériaux prendraient les devants pour sécuriser les endroits où Mirne risquait d’agir.
Ils feraient de ces lieux des territoires impériaux et l’y attendraient.
C’est pourquoi les premières zones à accueillir une garnison impériale seraient celles situées près des royaumes où l’on pensait trouver des Races non humaines.
« Tu peux le faire ? »
« … Pour commencer, je voulais moi aussi la rencontrer. Je suis curieux de savoir quel genre de femme a fait de moi ce que je suis. »
« Même si tu te fais de nouveau laver le cerveau dès que tu la rencontres ? »
« Si cela arrive, pourriez-vous encore me sauver ? Je m’en remets à vous. »
Ailoren répondit à Bellon, puis eut un léger rire, comme s’il se trouvait lui-même ridicule.
« Puisque tu le dis, je suppose qu’il est inévitable que tu te fasses de nouveau laver le cerveau. »
« Je n’y peux rien. Tu es censé éprouver de l’affection pour elle. »
« Ah bon ? »
« Tu ne me demandes pas pourquoi ? »
« Je vais d’abord rencontrer Mirne en pleine possession de mes moyens… puis j’en apprendrai davantage ensuite. Votre Altesse, cela vous embarrasserait, si je l’apprenais maintenant et que je commençais à hésiter, non ? »
Bellon hocha la tête, visiblement très satisfait de la réponse d’Ailoren.
« C’est ça, exactement… Tu es vraiment le candidat idéal pour le poste de jardinier numéro un. »
« Jardinier, dites-vous ? »
« Oui, tu sais, l’Arbre-monde… »
« … »
Ailoren était resté calme en entendant parler de Mirne.
Mais il semblait peu désireux d’entendre la vérité cruelle qui allait suivre et baissa la tête.
« … Votre Altesse, je vous en prie, je vous en prie, préservez la fierté de notre peuple. Vous trouvez vraiment que cela a du sens ? Quoi qu’il en soit… Non, même si cela en a, je ne veux pas en connaître les détails. »
« … »
En voyant Ailoren baisser la tête, Bellon fut en proie à des sentiments contradictoires.
Tu n’aurais pas dû baisser la tête.
S’il s’était plutôt retourné, il n’aurait pas vu les détails.
« Ah. »
Ce qu’Ailoren aperçut en baissant la tête, c’était…
Une racine de l’Arbre-monde enroulée autour de la cheville de Bellon.
Elle ne se contentait pas de l’entourer. Elle s’agrippait à lui si ostensiblement que tout le monde pouvait le voir.
Cela aurait déjà suffi à le choquer, mais Bellon repoussa nonchalamment du pied la racine enroulée autour de sa cheville.
Frémissement.
Les racines de l’Arbre-monde se contorsionnèrent sous les yeux d’Ailoren.
La cruelle vérité qu’il avait voulu ignorer s’imprima enfin dans l’esprit d’Ailoren.
« Votre Altesse, l’Arbre-monde est le symbole de notre peuple, une entité irremplaçable, et il est considéré comme le plus noble… »
« Je comprends. Je comprends, inutile de poursuivre. »
« … Vous devez respecter les Elfes. Nous sommes spécialisés dans les esprits et la magie, vivons longtemps et possédons une grande connaissance de la nature… »
« … »
Contrairement à Ailoren, qui paniquait, l’Arbre-monde agitait ses racines avec enthousiasme.
Floc.
L’Arbre-monde cracha une graine du bout de l’une de ses racines.
Une graine destinée à remplacer l’Arbre-monde qui avait disparu de la Grande Forêt.
Ailoren la ramassa avec précaution, le visage toujours empreint d’émotions contradictoires.
« Je vais… Je vais mener ma mission à bien, quoi qu’il arrive. »
Il déposa la graine dans sa paume et la contempla avec le plus grand soin.
+++++
« Ouf… J’ai enfin un peu de répit. »
Mes journées avaient été incroyablement chargées.
J’avais envoyé des propositions de paix aux endroits susceptibles d’accueillir une garnison impériale.
Ensuite, j’avais demandé la permission aux royaumes pour que nos soldats puissent s’y installer sans difficulté.
J’avais vérifié l’état de Pavan, l’avancement de la construction de l’Académie et celui du train à pierres de mana.
Après avoir abattu tout ce travail, j’avais enfin l’impression de pouvoir respirer.
Bien sûr, il restait encore deux Pactes à résoudre.
Et ce n’était pas tant du repos que l’attente de l’arrivée de Mirne dans la Grande Forêt.
Malgré tout, les moments comme celui-ci étaient rares, ce qui les rendait précieux.
Dans le cas de Rumta, les choses avanceront sans doute quand Pavan se réveillera. Gilbat est occupé pour le moment… et je n’ai même jamais parlé au dernier Exécuteur.
Les Pactes avançaient les uns après les autres, il n’y avait donc aucune raison de se presser.
Ce n’était pas comme si je remettais tout à plus tard sous prétexte qu’il restait cinq ans.
Si je continuais à ce rythme, j’avais l’impression que tout finirait par s’arranger.
Crac.
Je m’étirai, soulagé.
« Avant, Arveda était la seule à venir dans ma chambre. Maintenant, ta présence ici me semble naturelle, à toi aussi. »
Je regardai Rowena, la Sainte, assise bien droite dans ma chambre, en train de boire du thé.
La Princesse des Dragons roulait sur mon lit, tandis que la Sainte s’était pratiquement installée pour prendre le thé.
Je ne savais pas quand la chambre du prince héritier impérial était devenue un endroit aussi décontracté.
« Si ma présence vous gêne… je vais partir. »
« Non. Se reposer comme ça, ce n’est pas si mal. Ça me va. »
Ce n’était pas que sa présence me dérangeait.
Au contraire, j’aimais bien avoir du monde autour de moi.
La chambre du prince héritier impérial était immense, de toute façon.
Avec deux ou trois personnes, elle paraissait un peu moins vide.
« Votre Altesse, je… hum. Je peux aussi prier pour vous. »
« Comme ça, tout à coup ? »
« Oui… ! »
Arveda s’adressa à moi, puis jeta un regard à Rowena, qui buvait son thé d’un air gêné.
Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle Arveda faisait autant attention à elle.
« Votre Altesse, les prières de la Sainte restent les meilleures. Si vous me le permettez, j’aimerais venir dans vos appartements chaque matin… et vous accorder une bénédiction quotidienne. »
« … Ça ne te fatiguerait pas ? »
« Ce n’est rien. »
Elle n’avait plus l’air gênée.
Rowena me regarda droit dans les yeux, montrant clairement qu’elle en avait vraiment envie.
En voyant cela, Arveda haussa soudain la voix.
« Votre Altesse, je resterai à vos côtés ! J’apporterai mon lit ! Je dormirai juste à côté de vous ! Protection rapprochée, vingt-quatre heures sur vingt-quatre !!! »
« Attendez, attendez. Moi, le Bâton numéro un, je ne peux pas être exclu d’une conversation pareille ! J’ai observé tranquillement jusqu’ici, mais si c’est une compétition de loyauté… il n’y a aucune raison d’écarter Theo ! »
Theo, qui avait observé la scène en silence, se joignit à cette conversation chaotique.
C’était peut-être ça, la paix au sein d’un Empire qui avait encore environ vingt pour cent de chances d’être détruit d’ici cinq ans.
Alors que je poursuivais cette réflexion et m’apprêtais à faire une sieste, le rapport que j’attendais arriva par l’artefact fabriqué par Theo.
« Votre Altesse ! Ici le commandant des Chevaliers de la Flamme bleue. J’ai un rapport à vous faire ! Une délégation du Royaume de Macelin est arrivée au Royaume de Verdantia ! »
Tu es en retard, Mirne.
Je m’étais déjà emparé de l’Arbre-monde.
Et ce ne serait pas l’Arbre-monde qui t’attendrait, mais des Elfes furieux.
Notes :
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