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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de ce fantasy romantique n’existe plus ◈
Chapitre 63 : Arbre-monde (3)
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« La Grande Forêt peut ressembler à un ensemble de forêts, mais elle fait en réalité partie de l’Arbre-monde. »
« Toute la Grande Forêt ? »
« Oui. »
À l’entrée de la Grande Forêt, je voyageai avec Pavan et l’écoutai m’expliquer la situation.
« Les arbres et l’herbe de la Grande Forêt ne brûlent pas facilement et sont impossibles à abattre. C’est parce qu’ils font tous partie de l’Arbre-monde. »
« Fascinant. Alors, il va continuer à grandir comme ça ? À s’étendre ? »
« Oui. Les Elfes veulent que leur territoire continue de s’agrandir. »
« Même si cela empiète sur les terres des autres races ? »
« C’est exact. »
Je ne savais pas grand-chose du caractère des Elfes.
Mais leur désir d’étendre la Grande Forêt sans aucune limite m’en apprit assez.
« Ce sont vraiment des oreilles pointues. »
Était-ce l’arrogance propre aux races à la longue espérance de vie ?
Cette mentalité qui consistait à se moquer de tout tant que leurs terres s’agrandissaient était ridicule.
« Le Royaume de Verdantia sera donc lui aussi en danger, un jour. La Grande Forêt finira par l’engloutir. »
« D’après mes prévisions, elle commencera à l’engloutir sérieusement d’ici une centaine d’années. »
« Cent ans, hein. »
Au moins, il tomberait après l’Empire.
Tandis que je regardais les alentours en y pensant, quelque chose me parut étrange.
« Nous sommes à l’entrée de la Grande Forêt, mais je ne sens la présence de personne. Il y a l’air d’y avoir des animaux, par contre. »
Même si la Grande Forêt était dangereuse, je pensais que son entrée devait être suffisamment sûre.
Même moi, qui n’y connaissais rien en herbes, je repérais tout de suite des plantes qui avaient l’air précieuses.
J’avais du mal à comprendre pourquoi il n’y avait pas le moindre herboriste dans un endroit pareil.
« D’après mes recherches, ils font payer un droit d’entrée. »
« Ils font payer ? »
« Oui. Ils n’autorisent les gens à entrer dans la Grande Forêt qu’à une période déterminée… et il semblerait qu’ils aient conclu un accord prévoyant de tuer sur-le-champ tous ceux qui s’y aventureraient en dehors de cette période. »
« Peut-on vraiment appeler ça un accord ? »
« Les Elfes sont lâches. Ils ont dû étudier les forces militaires plus minutieusement que quiconque. Je suppose qu’ils ont commencé à formuler des exigences déraisonnables dès qu’ils ont calculé qu’ils pouvaient vaincre le Royaume de Verdantia sans risque. »
« Ha. »
Ils s’en prenaient à un faible royaume humain, tout simplement parce qu’ils étaient plus forts.
Pourtant, ils étaient si peureux que, dès que quelqu’un semblait pouvoir les tuer, ils prenaient aussitôt la fuite.
« Quelle race ridicule. »
Des brutes lâches qui tenaient à leur propre vie.
C’était à la fois réaliste et absurde.
Fouish, fouish.
Même pendant que nous parlions, le paysage défilait à toute allure autour de nous.
Nous ne pouvions plus avancer aussi vite qu’avant, mais notre allure restait telle que les chevaliers ordinaires n’auraient même pas osé essayer de nous suivre.
« Il nous faudra au moins trois jours. »
« À cause des barrières ? »
« Oui. Les Elfes connaissent parfaitement la magie et les esprits… et leur talent pour la magie de la nature est incroyable. »
J’eus beau entendre que nous avancerions à cette vitesse, je ne pus cacher ma déception à l’idée qu’il nous faudrait au moins trois jours.
Chaque jour comptait désormais, et nous perdions notre temps ainsi.
« Cette manie de se saisir de l’Arbre-monde et de filer est vraiment agaçante. »
Ça me faisait penser aux gobelins chargés de trésors dans les jeux vidéo.
Ces monstres qui ricanaient en s’enfuyant quand on ne parvenait pas à les rattraper dans le temps imparti.
En général, les jeux les rendaient assez faciles à attraper.
Ce monstre, lui, ne semblait pas décidé à se montrer aussi coopératif.
« Rien ne garantit qu’il me donnera le trésor, mais il sait sacrément bien s’enfuir. »
L’Arbre-monde.
Honnêtement, si je pouvais le récupérer, je devais le faire.
Mais si je n’y arrivais pas et qu’il tombait entre les mains de Macelin…
« Alors, je devrais le brûler. »
Au minimum, je devais le détruire.
Plus le Royaume de Macelin prospérait, plus l’Empire risquait de tomber.
J’ignorais exactement quel lien unissait les deux.
Mais je savais avec certitude que c’était ainsi que les choses fonctionnaient.
Tandis que je réfléchissais à tout cela, Pavan poursuivit :
« Votre Altesse, si cela prend trois jours, c’est à cause des légères ondulations provoquées par la traversée des barrières. »
« Des légères ondulations ? »
« Oui. Bien sûr, nous ne sommes pas détectés lorsque nous franchissons les barrières menant à l’Arbre-monde. Mais leur traversée provoque de très faibles ondulations. »
« Une seule ondulation ne pose pas de problème, mais si nous franchissons plusieurs barrières à la suite, elles s’amplifient et mettent les Elfes en alerte ? »
« Exactement. C’est pourquoi il faut trois jours pour progresser en trois étapes. »
Pavan s’arrêta après ces mots.
« Nous aurons donc du mal à franchir d’autres barrières aujourd’hui. Le mieux serait de nous reposer ici. »
« D’accord. Nous allons suivre votre conseil. »
La Grande Forêt était absurdement immense et vaste.
Elle ne ressemblait pas à la jungle amazonienne. C’était plutôt comme si des montagnes gigantesques et des forêts s’étaient entassées les unes sur les autres.
À perte de vue, il n’y avait que de la verdure, des arbres et de l’herbe.
Pavan semblait connaître les lieux. Il retira son armure avec adresse et poussa un long soupir.
« Ouf. Si le remède que j’ai préparé avait été plus efficace, nous n’aurions pas eu à faire tout ça. Je vous prie de m’excuser. »
« Vous n’avez pas à vous excuser. »
« Merci de votre compréhension. »
Grand.
Ma première impression de Pavan me revint en mémoire.
Un corps qui mesurait près de trois mètres.
Et une armure à l’aspect grossier qui le recouvrait entièrement.
Pavan avait suivi mon rythme avec tout cet attirail sur le dos.
Quand il posa son plastron, le sol s’affaissa même sous son poids.
« C’est donc ça, la force physique absurde des Géants ? »
Maintenant que j’y pensais, c’était la première fois que je voyais Pavan sans son armure.
« Y a-t-il une raison pour que vous portiez habituellement une armure intégrale comme celle-ci ? »
« Pour ne pas oublier. »
Froufrou.
Pavan répondit ainsi, puis retira son casque.
Un visage pâle apparut. Ses cheveux vert menthe pâle se soulevèrent un instant avant de retomber.
Pavan avait des traits marqués et profonds.
Sa beauté était frappante, soulignée par des lignes nettes et affirmées.
« Mon nom et divers autres renseignements à mon sujet sont inscrits ici. »
Pavan me montra les inscriptions à l’intérieur du casque.
Il y avait réellement toute sa fiche personnelle : son nom, sa date de naissance, ses mensurations, ses goûts et ses passe-temps.
On pouvait presque parler d’un profil complet gravé à l’intérieur du casque.
« … Est-ce parce que vous avez perdu la mémoire ? »
« C’est exact. Plus précisément, je continue à la perdre. »
« Vous continuez à la perdre ? »
« Les Géants… étaient à l’origine une race sage. J’aimerais vous en dire davantage, mais je ne me souviens plus de rien… à cause du Pacte… Je vous prie de m’excuser. »
Après l’avoir entendu, je compris en partie la situation de Pavan.
« C’est pour ça que Pavan avait oublié comment préparer des remèdes ? »
Quand je tournai le regard vers l’intérieur du plastron, je vis qu’il était lui aussi couvert d’inscriptions en tout genre.
« Si je ne l’inscris pas sur l’armure, je l’oublie vite. Même les choses qui me reviennent soudainement à l’esprit disparaissent dès que je reprends mes esprits. »
« Une malédiction de l’oubli ? »
« Si c’était une malédiction, je pourrais la lever comme celle de Lumynix. Mais c’est différent. »
Les Exécuteurs avaient-ils tous leurs propres circonstances ?
« Mais comment le Grand Prophète a-t-il conclu un Pacte avec des gens comme eux ? »
Au moment où je marmonnai cela pour moi-même…
- Le plus rapide aurait simplement été de brûler la Grande Forêt.
- La synergie est devenue incroyable dès que l’Arbre-monde a pris racine à Macelin.
- La possibilité que chaque citoyen puisse conclure un pacte avec un esprit dès la plantation de l’Arbre-monde ?
- Tout le monde ne pouvait pas devenir spirite, mais le simple fait que ce soit possible était absurde.
- C’était pour ça ? C’était pour ça qu’elle ne nous avait pas accueillis ?
- Je voulais demander une nouvelle fois à Mirne pourquoi elle avait refusé l’immigration de nos citoyens impériaux.
- Je voulais lui demander si elle n’aurait pas pu nous accueillir avant que ces terres ne deviennent le Royaume des démons.
Les souvenirs du prince héritier impérial remontèrent soudain à la surface.
Ils révélaient à quel point les effets de l’Arbre-monde étaient démesurés.
Je l’avais plus ou moins deviné, mais le savoir rendait la chose encore plus absurde.
« Le prince héritier impérial n’arrêtait donc pas de supplier Mirne de sauver au moins les citoyens impériaux ? »
Un empire contraint de supplier un simple royaume.
Connaissant l’avenir, il avait dû tout tenter pour sauver ne serait-ce qu’une personne de plus.
« Mais Mirne ne l’a pas écouté. »
Combien de fois avait-il essayé ?
En même temps, je me demandai pourquoi le prince héritier impérial de cette itération n’avait jamais tenté une démarche pareille.
« Le prince héritier impérial de Je suis rassasié parce que tout le monde n’arrête pas de me donner des choses pouvait lui aussi retourner dans le passé. Alors pourquoi était-il si impuissant ? »
Y avait-il une sorte de force coercitive engendrée par le Système qui entourait Mirne ?
Alors que toutes sortes de questions me venaient à l’esprit…
« C’est demain que ces humains dégoûtants viennent chercher des herbes ? »
« Ouais, demain. »
« Qu’est-ce que ça peut faire s’ils n’ont pas quelques herbes ? Ils vivent déjà si peu de temps. Ils n’ont qu’à supporter d’être malades, ou mourir. »
« Je suis d’accord, mais nous avons conclu un accord. On n’y peut rien. »
« Tch. »
J’entendis des voix d’Elfes tout près de nous.
« … ! »
Pavan remit son armure à la hâte.
Je posai moi aussi la main sur la garde de mon épée et me tournai lentement vers la source du bruit.
Deux Elfes se trouvaient là.
Le duo, qui semblait composé d’un homme et d’une femme, apparut juste devant nous.
« Au fait, tu as entendu parler de l’Arbre-monde ? »
« Oh, celui dont Ailoren s’évertue à faire pousser une pousse ? »
« Ouais. Je crois qu’Ailoren a dit qu’il voulait parler aux humains et le leur donner. Un truc comme ça. »
« Quoi ? Allez, même s’il est bizarre, Ailoren n’irait pas jusque-là. C’est quand même un Haut Elfe. Il déteste les autres races plus que quiconque ! »
« Pas vrai ? »
Ils ne nous voyaient pas, alors que nous étions juste devant eux.
Cela montrait à quel point le remède de Pavan était incroyable.
« Une pousse ? »
Ailoren comptait-il séparer une pousse de l’Arbre-monde pour la donner à Macelin ?
« Ailoren n’a même pas encore vraiment rencontré Mirne… et il serait déjà aussi bien disposé envers elle ? »
C’était peut-être aller un peu vite en besogne, alors je laissai cette idée de côté.
Dès que j’entendis le mot « pousse », je changeai mon objectif.
« Prendre l’Arbre-monde, et prendre aussi la pousse. »
Je devais éliminer tout ce qui pourrait créer une variable si cela tombait entre les mains de Macelin.
Je décidai de prendre les deux. À cet instant…
[ La Vilaine reste à l’endroit où elle se trouve. ]
« … ? »
L’Anneau de la Vilaine afficha soudain un étrange message.
« Qu’est-ce que ça veut dire, “reste à l’endroit où elle se trouve” ? »
Je n’eus cette question à l’esprit qu’un instant.
« Plutôt que d’aller directement à l’entrée, je devrais d’abord aller toucher l’Arbre-monde. Parler aux humains va me salir… Je devrais me purifier avant, non ? »
La femme elfe dit cela.
« Hmm, maintenant que tu le dis, tu n’as pas tort. »
L’Elfe hocha la tête et fit demi-tour.
Ils semblaient se diriger tout droit vers l’Arbre-monde.
« On les prend en otage ? Qu’en penses-tu ? »
Je demandai à Pavan si nous devions suivre ces Elfes en secret ou les capturer.
Pavan avait dit que sa race était lâche. Je pensais donc qu’ils abandonneraient leurs compagnons et fuiraient si les choses tournaient mal.
Mais…
Bang !
« Bougez, et je vous tue tous les deux. »
« … »
Avant même que j’aie fini d’y réfléchir, Pavan avait déjà placé une épée contre la gorge de chacun des deux Elfes.
« Votre Altesse, nous avons trouvé un raccourci. »
À ces mots, je compris.
Aussi lâches fussent-ils, ils tenaient profondément à leurs semblables.
Dans ce cas…
« Bien joué. Nous avons maintenant deux moyens de pression. Nous allons pouvoir voir l’Arbre-monde tout de suite. »
Il ne nous restait plus qu’à avoir une conversation amicale.
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