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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de cette fantasy romantique n’existe plus ◈
Chapitre 6 : Grand ménage (4)
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« Cette fois, l’Église de Romper nous a donc envoyé de l’eau bénite… Pour être honnête, j’en étais si reconnaissante, mais je me demandais si nous pouvions vraiment accepter un tel cadeau. Ils nous l’ont offerte comme un investissement, cela dit… Je me suis rendu compte que nous devions absolument leur rendre la pareille un jour. Le royaume de Macelin doit devenir puissant et leur rendre ce qu’ils nous ont donné. »
« C’est bien Mirne, ça… ! Comment ton cœur peut-il être aussi doux et pur ? »
À cet instant précis, une fine couche de glace se formait dans la salle de conférence de la Table ronde.
Dans sa chambre, le second prince impérial Bedin conversait avec Mirne, la première princesse du royaume de Macelin, grâce à un artefact.
Ils parlaient d’investissements.
Leur conversation avait commencé par des banalités, avant de glisser tout naturellement vers la gouvernance de leurs pays.
Mirne avait en partie orienté les choses dans cette direction.
*Je ne dois surtout pas laisser paraître que je désire obtenir des choses matérielles.*
Le secret, c’était de faire croire à l’autre qu’il comblait naturellement ce qui me manquait.
Pour cela, plutôt que de lui dire directement : « Donne-moi quelque chose »…
« Mais ce n’était pas de l’eau bénite ordinaire… Elle était imprégnée du pouvoir de l’Église. C’était incroyable. »
« Ah bon ? Mais nous aussi, nous avons des choses de ce genre dans l’Empire de Velos ! Enfin, pas de l’eau bénite, mais des élixirs ! »
L’important était d’amener l’autre à en parler le premier.
Évoquer devant l’homme qui lui faisait face la faction d’un autre homme, afin de l’inciter tout naturellement à se comparer à lui.
Puis le laisser proposer de lui-même qu’il pouvait faire quelque chose de semblable pour elle.
Voilà le secret d’une bonne conversation.
« Vraiment ? Ah, je sais que vous avez ce genre de choses. Après tout, c’est le grand Empire de Velos. Celui que le Grand Prophète a fondé… »
« Waouh, Mirne, tu connais aussi l’histoire de notre Empire ? »
« Bien sûr. J’ai toujours trouvé l’Empire de Velos absolument merveilleux. »
Même si l’autre avait mordu à l’hameçon, il aurait été idiot de tirer aussitôt sur la ligne.
Comme à la pêche, il fallait faire avancer et reculer le poisson jusqu’à ce qu’il soit assez proche pour le ramener facilement.
« Hé hé, maintenant que j’y pense, Mirne m’a dit qu’elle voulait découvrir et apprendre beaucoup de choses sur notre Empire. C’est pour ça que je vous ai envoyé tant de gens compétents ! »
« Oui, c’est vrai. Tout le monde fait donc ses bagages… De notre côté, nous préparons soigneusement leur voyage pour qu’ils arrivent sans encombre dans l’Empire de Velos. »
« Des préparatifs ? Il vous en faut ? »
« Ils sont nombreux, après tout. Il faut prendre toutes les précautions nécessaires pour les déplacer. Ce sont des talents précieux. »
« Hmm, le royaume de Macelin doit donc préparer le retour des talents de l’Empire de Velos ? Ça doit être contraignant, avec tout ce monde. Dans ce cas… »
Alors que leur conversation suivait naturellement son cours, Mirne se préparait à soutirer autre chose à l’Empire tandis que le sujet dérivait de nouveau.
*Pourquoi ne répond-il pas tout de suite ?*
Elle trouvait étrange que Bedin ne rebondisse pas aussitôt avec un : « Dans ce cas, nous nous chargerons des préparatifs. »
D’ordinaire, Bedin aurait immédiatement proposé que l’Empire s’occupe des préparatifs, mais…
*Et si mon frère refuse encore aussitôt ?*
Le souvenir de son frère, le prince héritier, en colère, l’empêchait de parler librement.
Pourtant, en y réfléchissant, il avait autorité sur tout ce qui concernait le royaume de Macelin, des investissements à l’envoi de talents.
*Ça ne devrait pas poser de problème si je fais ça, si ? Non, moi aussi, je fais partie de la famille impériale. Où est le problème ?*
Alors qu’il s’apprêtait à proposer nonchalamment que l’Empire de Velos prenne les frais à sa charge…
« Vous ne pouvez pas entrer. »
« C’est l’ordre du prince héritier. Vous prétendez avoir un rang supérieur au sien ? »
« Ce n’est pas ça. Son Altesse le second prince impérial a ordonné qu’on ne laisse entrer personne… »
« Le second prince impérial a-t-il un rang supérieur à celui de Son Altesse le prince héritier ? »
Bam !
Après une brève altercation, la porte de la chambre du second prince impérial s’ouvrit à la volée.
Défoncer la porte d’un membre de la famille impériale avec une telle violence qu’elle en paraissait menaçante était un crime passible d’exécution immédiate.
Bedin détestait aussi qu’on l’interrompe lorsqu’il parlait avec Mirne.
Et puisque Mirne entendait tout, il haussa délibérément la voix, désireux de lui montrer son côté viril.
« Qui est là ? Qu’est-ce qui vous prend, bon sang… ! »
Mais, dès qu’il vit qui venait d’entrer, son visage se figea.
En privé, il aurait pu l’appeler oncle sans façon.
Mais, selon le protocole officiel, il s’agissait d’un grand maître.
Un surhomme qui n’avait jamais tourné le dos à un combat et avait oublié jusqu’au sens du mot défaite.
Le Grand Général Arkham Velos.
« Son Altesse le prince héritier vous ordonne de vous rendre sur-le-champ dans la salle de conférence de la Table ronde. »
La plus redoutable et la plus grande épée de l’empereur.
Même après la disparition de l’empereur, Arkham était certain de ne pas avoir le talent nécessaire pour gouverner le pays.
Il s’était donc placé au service du prince héritier et avait juré de devenir l’épée qui le protégerait.
En transmettant l’ordre, Arkham détecta dans la chambre une énergie qui n’aurait pas dû s’y trouver.
Tac.
D’un geste désinvolte, il coupa instantanément la communication avec le royaume de Macelin.
« Tout de même, ce n’est pas un peu excessif ?! J’ai ma vie et mes relations ! Vous ne pouvez pas débarquer comme ça… ! »
Il avait d’abord été effrayé, mais il faisait tout de même partie de la famille impériale.
Bedin reprit contenance et se planta avec assurance devant le grand général.
Arkham avait non seulement fait irruption alors qu’il parlait avec Mirne, mais il avait aussi interrompu leur appel sans permission.
Bedin ne pouvait désormais plus montrer à Mirne avec quelle prestance il tenait tête au grand général.
*Je pourrai toujours lui raconter plus tard ce qui s’est passé.*
Même si son frère l’avait convoqué, Bedin aurait au moins dû savoir pourquoi. Selon les explications qu’on lui donnerait, il pourrait décider s’il s’y rendait ou non.
Ce n’était pas normal.
« Des malversations ont été découvertes dans le processus d’investissement au royaume de Macelin. Vous êtes convoqué pour vous en expliquer. »
Les paroles du grand général ne firent qu’accroître l’incrédulité du second prince impérial.
« Non, quand même… Et des malversations dans le processus d’investissement ? Ne me dites pas que vous comptez aussi interrompre les investissements au royaume de Macelin ? Ça n’a aucun sens ! Ces affaires n’étaient-elles pas déjà réglées ? J’en parlerai à mon frère plus tard ! Il n’y a eu aucune malversation dans le processus d’investissement ! Il vaudrait mieux que je lui explique moi-même ! »
Des malversations ?
Comment pouvait-il y avoir des malversations dans un investissement au royaume de Macelin, fait avec des sentiments aussi purs et sincères ?
Il avait même tout vérifié minutieusement. Il ne pouvait pas y avoir de malversations.
« Vous refusez donc. »
Le grand général considéra calmement le mot « refuser », sans se laisser gagner par la colère de Bedin.
*Il va simplement repartir ?*
Mon frère m’aime toujours, après tout.
Rassuré, le second prince impérial attendit que le grand général s’en aille.
« Son Altesse a dit que je pouvais vous assommer. Aurait-il prévu jusqu’à cela ? »
Le grand général poursuivit calmement, les yeux rivés sur le second prince impérial.
« Quoi ? Qu’est-ce que vous vou… »
D’une légère tape, il fit pivoter la tête du second prince impérial avant qu’il ait pu finir sa phrase. Celui-ci perdit connaissance.
+++++
« … C’est injuste ! C’est injuste ! Comment pouvez-vous revenir sur toutes les décisions déjà approuvées par le second prince impérial ?! »
« Vous refusez jusqu’au bout d’admettre vos torts. Vous avez peur que l’accusation devienne vraie dès que vous les reconnaîtrez ? Mais ce n’est plus une accusation. À quoi bon nier ? »
Qu’est-ce que c’était que ça ?
« Ce n’est pas ça ! Tout faisait partie du processus d’investissement ! »
« Pendant ce processus, vous avez rénové votre domaine et acquis des terres au royaume de Macelin. »
« Tout cela, c’était pour l’Empire de Velos… ! »
« Alors pourquoi les terres acquises au royaume de Macelin ont-elles été enregistrées à votre nom et non à celui de l’Empire ? Vous avez même revendu à l’Empire de Velos, à des prix exorbitants, les récoltes qui y poussaient. »
« … Je ne les ai pas vendues à des prix exorbitants. J’ai simplement accordé une grande valeur au travail fourni ! »
« Ha ha ha ! Oui ! La valeur du travail ! C’est très drôle ! »
Sa vision était encore trouble, mais les voix qui fusaient autour de lui lui vrillaient les oreilles.
Son dernier souvenir était celui de son refus de répondre à la convocation de son frère, après que son oncle était venu la lui transmettre.
*Qu’est-ce qui s’est passé ?*
Tandis qu’il s’efforçait de reprendre ses esprits, sans y parvenir, le second prince impérial écouta les voix qui fusaient autour de lui.
« Ces histoires amusantes n’en finissent jamais. Qu’avez-vous dit tout à l’heure ? L’Empire de Velos avait financé la construction d’un pont au royaume de Macelin. Il était donc normal que les péages perçus là-bas remplissent les coffres de l’Empire… Qu’avez-vous répondu quand on a découvert qu’ils finissaient dans votre poche ? »
« L-les péages devaient servir entièrement à l’entretien du pont… A-alors j’ai dit que je les gardais temporairement. »
« Exactement ! Vous les gardiez. Mais comment appelle-t-on le fait de garder quelque chose en réserve tout en l’utilisant à sa guise ? »
« … J’ai appelé ça mettre des fonds de côté en fonction des circonstances. »
Un pont au royaume de Macelin ?
Oui, il s’en souvenait parfaitement.
Mirne avait dit qu’un très grand pont serait une bonne chose.
Il se rappelait avoir fait acheminer les ressources et la technologie de l’Empire pour construire un pont impressionnant.
Il avait voulu l’offrir à Mirne sans rien demander en retour.
Mais la gentille Mirne avait dit qu’elle ne pouvait pas accepter un ouvrage construit par l’Empire.
Elle avait expliqué que, puisqu’ils ne pouvaient ni percevoir les péages ni espionner la technologie de l’Empire, ils confieraient entièrement à l’Empire des tâches comme l’entretien du pont.
*Elle m’avait dit : « Laissez-moi m’occuper de tout », et je me souvenais même avoir encouragé les hauts fonctionnaires à faire du bon travail.*
Pourquoi reparlait-on de ça maintenant ?
Son frère avait sûrement tout approuvé à l’époque. Il avait même félicité Bedin d’avoir eu l’idée de construire le pont.
Tandis que les pensées du second prince impérial s’emballaient, sa vue finit par s’éclaircir.
Et la première chose qu’il vit lorsqu’il recouvra la vue, ce fut…
« Pour être honnête, je n’ai aucune envie de discuter avec vous. Je voulais seulement voir comment vous vous comporteriez face à vos crimes. »
« Q-que voulez-vous dire… ? »
« Mais votre attitude, à crier haut et fort que vous êtes innocents alors que vous êtes confrontés à vos crimes, m’est profondément désagréable. Abattez-les. »
« Oui. »
Fschlak !
Les parties des jambes des nobles qui avaient géré avec lui les investissements au royaume de Macelin, des genoux vers le bas, furent projetées dans les airs.
Les morceaux qui auraient dû rester attachés à leurs jambes s’élevèrent au-dessus de la table ronde avant de s’écraser au sol.
Pas une goutte de sang ne gicla. À la place, l’odeur de chair brûlée envahit la pièce.
Sol Velos.
Son aura flamboyante, qui évoquait le soleil, leur avait tranché les jambes et cautérisé les plaies dans le même mouvement.
« Aaargh ! »
« Aaaah ! »
« Votre Altesse le prince héritier ! Votre Altesse ! Comment avez-vous pu ?! Comment avez-vous pu faire ça ?! »
« Aaargh ! »
« J’ai eu tort ! J’ai eu tort ! J’ai eu tort ! »
Les cinq grands nobles qui avaient géré les investissements au royaume de Macelin avec lui roulaient sur le sol en hurlant.
« Grand général, vous voyez ? »
« Oui, je vois. »
« Il faut donc leur couper les jambes pour qu’ils finissent par avouer leur crime… Ha ha, les bêtes ne comprennent qu’après avoir été punies. Comment des nobles de l’Empire de Velos peuvent-ils se comporter de manière aussi honteuse ? »
« Je crois qu’ils ne sont peut-être pas de véritables nobles de l’Empire de Velos. Les nobles de l’Empire de Velos se conduiraient-ils d’une manière aussi honteuse ? »
« Je comprends… Je ne peux qu’admirer la perspicacité du grand général. Quelle sagesse. N’est-ce pas ? »
Clap, clap, clap, clap, clap.
Des applaudissements éclatèrent soudain.
En les entendant, le second prince impérial ne savait plus s’il rêvait ou s’il était éveillé.
Il avait bien repris connaissance, et sa vue était revenue.
*Ce que je vois… est-ce vraiment réel ?*
Les nobles étaient assis autour de la table ronde, la tête basse, comme des morts.
Ses conseillers hurlaient de douleur, leurs jambes ayant disparu en un instant.
Le prince héritier admirait la sagesse du grand général, qui acceptait ses louanges.
Enfin, les Chevaliers de la Garde impériale applaudirent de tout cœur le prince héritier et le grand général.
« Ah… Ah… »
Ce ne fut qu’alors que le second prince impérial comprit où il était assis.
À l’une des extrémités de la table ronde.
À la seule place située en face du prince héritier.
Ses conseillers gisaient autour de lui, les jambes tranchées.
Tous les autres hauts fonctionnaires étaient regroupés du côté de son frère.
Personne n’occupait les sièges près de lui.
Qu’est-ce que cela signifiait ?
*Je ne sais pas. Je ne sais pas.*
S’efforçant de détourner les yeux de la réalité, le second prince impérial ouvrit lentement la bouche.
« M-mon frère… J-je crois qu’il y a eu une erreur dans le processus d’investissement… Je peux tout arranger, d’accord ? Je peux tout arranger… »
C’était inutile. Il n’était pas nécessaire d’aller aussi loin.
Chaque fois qu’il disait pouvoir tout gérer, son frère lui répondait qu’il lui faisait confiance.
Mais maintenant…
« Oui, second prince impérial. C’est précisément pour cela que je remets personnellement les choses en ordre. »
Un regard glacial croisa le sien.
Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu changer ainsi ?
Comme s’il avait décidé, en un instant, de devenir quelqu’un de complètement différent…
Tandis que ses pensées s’embrouillaient, les nobles qui avaient géré les investissements au royaume de Macelin furent emportés par les Chevaliers de la Garde impériale.
Qu’est-ce qui se passait, bon sang ?
+++++
Je regardai le second prince impérial, qui n’avait toujours pas repris ses esprits.
*Mais toi aussi, tu m’as surpris.*
J’abordai aussitôt l’information stupéfiante que le grand général m’avait rapportée.
« Est-il vrai que le second prince impérial possède dans ses appartements un artefact qui lui permet de contacter en privé la première princesse du royaume de Macelin ? »
« Hein ? Euh… Oui, o-oui… C’est exact. J’en ai un et nous avons été en contact. »
Quand je lisais le roman, il n’existait aucun artefact de ce genre.
Ah, jusqu’où leur relation avait-elle progressé ?
Mais il y avait plus important que de savoir où en était l’intrigue du roman.
« Et est-il vrai que vous vous en servez pour discuter non seulement de sujets privés, mais aussi d’affaires publiques ? »
De quoi parlait-il exactement avec la princesse ?
S’ils ne faisaient que discuter de choses personnelles, je pouvais toujours me dire qu’ils l’utilisaient comme les réseaux sociaux du XXIe siècle.
Mais s’ils s’en servaient aussi pour des affaires officielles ?
« Oui ? Oui, m-mais je ne m’en sers qu’en vertu de l’autorité du second prince impérial… »
« Ha. »
Je me demandais comment il vendait le pays.
Il le trahissait donc depuis sa chambre, tout en se coordonnant en temps réel avec l’autre camp ?
« … »
Trop de façons de faire payer le second prince impérial me venaient à l’esprit, et je devais choisir par où commencer.
Mais avant tout, il fallait…
« Second prince impérial, convoquez tous les nobles qui ont traité avec vous les affaires du royaume de Macelin. »
Je devais éliminer toutes les sangsues accrochées à cet idiot et qui profitaient de lui.
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