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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’existe plus ◈
Chapitre 5 : Grand ménage (3)
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Pour être honnête.
Je ne m’attendais pas à ce que les Chevaliers de la Garde impériale jouent un rôle aussi actif.
Ce n’était pas moi qui avais eu l’idée d’entrer dans la salle de conférence de la Table ronde avec les chevaliers.
Je ne m’étais pas non plus attendu à les voir se rendre à l’aube dans les demeures des nobles pour les avertir.
Je ne savais pas que l’expression « informez-les qu’ils seront sévèrement punis » avait autant de poids.
L’empereur avait disparu, et l’impératrice avait choisi de ne pas s’impliquer activement dans la gestion de l’État.
Dans ces circonstances, l’autorité du prince héritier était plus grande que je ne l’avais imaginé.
C’était peut-être parce qu’avant de devenir le prince héritier impérial dans un monde de fantasy romantique, j’avais vécu au vingt et unième siècle.
Le nombre de personnes qui obéissaient au moindre de mes mots et l’ampleur de leurs actions dépassaient tout ce à quoi je m’étais attendu.
Alors, j’ai un rang encore supérieur à celui d’un commandant de division militaire.
J’occupais un poste où, si je disais que cette montagne ne me plaisait pas, elle pouvait avoir disparu dès le lendemain.
Et le prince héritier était encore au-dessus de ça.
Pour le dire de façon un peu extrême, c’était un pouvoir de mort instantanée.
Si je me promenais dans la rue en disant : « Tu vas mourir », j’étais en mesure de faire exécuter quelqu’un sur-le-champ, en général.
Malgré tout, je ne trouvais pas la situation actuelle excessive.
La corruption avait atteint son paroxysme, et ceux qui l’avaient laissée prendre de telles proportions étaient réunis ici.
Des ordures qui jouaient avec l’argent du pays.
L’ambiance était parfaite pour faire le ménage.
Ah, mais c’était un peu dommage que j’aie commencé par les vouvoyer.
Lors de notre première rencontre, je leur avais parlé de haut, puis j’étais passé au vouvoiement dans une situation pareille.
Et s’ils pensaient que j’étais nerveux ? Je ne l’étais pas.
Ce serait embêtant qu’ils me prennent de haut.
La prochaine fois, je devrais recommencer à les tutoyer sans attendre.
+++++
L’officier des Affaires étrangères était terrifié au point de croire sa vie en danger.
Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
L’officier des Affaires étrangères fixait d’un air absent la liste des investissements qu’il avait préparée en veillant toute la nuit. Elle était maintenant éparpillée sur la table ronde.
C’était donc pour ça que Son Altesse m’avait demandé de la préparer ?
Il ne l’aurait jamais imaginé.
Il pensait que le prince héritier voulait simplement examiner une nouvelle fois la liste des investissements.
Il n’avait pas la moindre idée que le prince héritier comptait démasquer les responsables et les punir sévèrement.
Les actes du prince héritier étaient si éloignés de son image habituelle que l’officier des Affaires étrangères en resta paralysé de peur.
Ses épaules étaient crispées par la tension. Il était si raide qu’avaler sa salive lui semblait dangereux ; cela suffisait à montrer à quel point la situation était grave.
… Son Altesse a-t-elle amené tous les Chevaliers de la Garde impériale ? Peut-être pas tous… Oui, pas tous… Mais ça reste un problème.
Les Chevaliers de la Garde impériale avaient pour tâche de protéger la famille impériale au plus près.
Ils ne manquaient certainement pas de talent.
Non, pour le dire franchement, tous les membres des Chevaliers de la Garde impériale avaient atteint le rang de maître.
Des maîtres épéistes, des maîtres archers, des mages.
Chacun d’eux était un combattant d’une puissance absurde, capable à lui seul d’accroître directement la force militaire d’un pays.
Et maintenant, ces gens se tenaient en silence derrière eux, en armure complète, à observer la scène ?
Qu’y avait-il de plus terrifiant ?
Même si l’officier des Affaires étrangères n’avait commis aucun acte de corruption, il avait l’impression que sa vie était directement menacée.
Les chevaliers derrière nous pourraient libérer un peu d’aura et découper ce château comme du tofu.
Un chevalier de ce genre se tenait derrière chaque noble présent à la réunion de la Table ronde.
Comme s’ils comptaient transformer les lieux en site d’exécution.
Leur présence était insupportablement terrifiante.
Une telle chose ne s’était jamais produite lors d’une réunion du Conseil d’État.
L’atmosphère était si inhabituelle que l’officier des Affaires étrangères avait du mal à faire sortir le moindre son de sa gorge.
Puis la situation empira encore.
« Qui s’est occupé de l’investissement dans le Royaume de Macelin ? »
Le prince héritier s’exprima sur un ton que l’officier des Affaires étrangères ne lui avait jamais entendu prendre, ce qui ne fit qu’accentuer sa peur.
L’atmosphère était au moins restée supportable tant que le prince héritier leur parlait gentiment en les tutoyant.
Mais à présent, le prince héritier affichait une expression sévère et les vouvoyait. On aurait dit qu’il comptait tout régler aujourd’hui.
Et cette fin… serait la mort des nobles corrompus.
L’officier des Affaires étrangères tourna péniblement son cou rouillé pour regarder à côté de lui.
Normalement, l’officier des Affaires étrangères aurait dû participer aux investissements à l’étranger.
Pour une raison ou une autre, le second prince impérial et ses proches s’étaient pourtant occupés de toutes les questions liées aux investissements.
L’officier des Affaires étrangères lui-même ignorait comment les choses avançaient et n’avait reçu aucun rapport.
L’investissement dans le Royaume de Macelin, en particulier, avait été mené dans un tel secret qu’il n’avait vu les documents concernés pour la première fois qu’après que le prince héritier avait ordonné qu’on les lui apporte.
« Pas un mot de votre part, pas un seul… J’ai déjà identifié tous les actes de corruption liés à ces investissements. Vous pensez vraiment que garder le silence dissimulera vos crimes ? »
Le prince héritier s’était remis à les tutoyer.
Les nobles décidèrent que ce changement abrupt de ton signifiait que le prince héritier avait épuisé sa clémence.
Juste une fois… Sa clémence s’est épuisée après une seule chance ?
Son Altesse n’a jamais agi ainsi. À quel point doit-il être furieux ?
Qu’ont-ils donc fait pour se rendre coupables de corruption…
Alors que les rouages des esprits des nobles se mettaient à tourner à toute vitesse dans la salle de conférence de la Table ronde, le prince héritier lança négligemment :
« Grand général, j’ignorais que la salle de conférence de la Table ronde était devenue un endroit où l’on se dérobe aux regards. »
« N’avez-vous pas entendu Son Altesse le prince héritier ? »
Le grand général prit tranquillement le relais du prince héritier, laissant sentir sa présence.
Les nobles avaient peut-être gagné en puissance en se régalant de mets raffinés et en héritant des techniques secrètes de cultivation de leur famille, mais contrairement à eux, le grand général était un véritable combattant, fort d’une vaste expérience du champ de bataille.
Sous cette pression acérée, les regards furtifs des nobles se figèrent.
« L-l’administration de l’investissement… Si j’ai bien compris, elle était assurée par le second prince impérial et ses proches. »
« Vous ne répondez jamais quand je vous pose gentiment une question, mais dès que j’insiste, les mots vous viennent. Ne me donnez pas l’impression de parler à des animaux. »
Après avoir lancé, sans se départir de son calme, des paroles qui sonnaient comme un ultime avertissement, le prince héritier demanda :
« Alors, qui sont ses proches ? »
Le prince héritier balaya la table ronde du regard, décidé à identifier ceux qui s’étaient alliés à ce fou amoureux pour remplir leurs poches.
« V-Votre Altesse le prince héritier… Pardonnez mon audace, mais je tiens à préciser que les investissements n’ont posé aucun problème et qu’il n’y a eu absolument aucune corruption. »
« C-c’est exact. Il avait déjà été établi que les gains personnels réalisés pendant le processus d’investissement ne posaient pas problème, et Son Altesse le second prince impérial l’avait lui-même garanti… Il serait donc difficile de parler de corruption. »
« Les gains personnels dont parle Votre Altesse ont servi de lubrifiant pour faciliter le processus d’investissement. Ils ont également contribué à améliorer nos relations diplomatiques avec le Royaume de Macelin. »
« L’investissement dans le Royaume de Macelin peut sembler, à l’heure actuelle, revenir à jeter notre argent dans un gouffre sans fond. Mais Son Altesse le second prince impérial a estimé qu’il apporterait d’énormes bénéfices au pays à long terme. »
« E-et… Votre Altesse le prince héritier l’a finalement approuvé, ce qui nous a menés à la situation actuelle. Comment pourrait-on alors parler de corruption à des fins personnelles ? Il faut conclure qu’il n’y a eu aucun problème. »
Avant même que le prince héritier ait pu poser les yeux sur eux, les nobles terrifiés se mirent à parler tous en même temps.
Ils s’étendirent longuement, mais tout se résumait à une seule conclusion.
Nous sommes innocents. Nous n’avons fait que suivre les ordres du second prince impérial, et vous avez fini par donner votre accord, vous aussi. Alors, pourquoi nous le reprocher ?
Les proches du second prince impérial savaient qu’un jour pareil pouvait arriver et avaient préparé leurs réponses dans une certaine mesure.
Même si je ne pensais pas que cela se passerait comme ça.
Il nous a mis une telle pression dès le début que je n’arrivais plus à réfléchir.
Quoi qu’il en soit, il devrait avoir du mal à trouver quelque chose à redire là-dessus.
Faire un problème d’une affaire menée dans les règles de l’administration ?
Pour les nobles qui avaient géré l’investissement dans le Royaume de Macelin, c’était extrêmement difficile.
Remettre ces procédures en question revenait à contester des lois déjà établies.
Et il était absurde de régler une affaire pareille ici.
En outre, si cela devenait un problème, le second prince impérial, qui avait proposé l’investissement au départ, porterait lui aussi la responsabilité du crime.
Le prince héritier, connu pour chérir tendrement le second prince impérial, allait-il le tenir pour responsable ?
Cela paraît possible ?
C’est absolument impossible.
Il a peut-être voulu nous effrayer pour nous faire avouer, mais nous ne céderons pas si facilement.
Pourquoi ne pas avoir convoqué le second prince impérial, sinon ? Il doit chercher à régler cette affaire tout en le protégeant autant que possible.
Tant que nous resterons sous la protection du second prince impérial, le prince héritier ne pourra jamais nous punir. Et de toute façon, le prince héritier n’a même pas le droit de nous punir.
Les procédures administratives n’avaient posé aucun problème, donc rien ne pouvait être qualifié d’illégal.
Ils n’avaient donc commis aucun crime, et cette réunion se terminerait sans incident.
Les proches du second prince impérial, qui étaient également les nobles chargés de gérer l’investissement dans le Royaume de Macelin, parvinrent ensemble à cette conclusion.
Ce faisant, ils oublièrent un détail capital.
Et ce détail, c’était ceci :
« Vous cherchez à me faire la leçon alors que je vous ai dit que j’allais faire de cette affaire un problème. »
Le prince héritier était au-dessus des lois.
+++++
Honnêtement, j’avais l’intention de les laisser s’en tirer s’ils présentaient des excuses sincères.
Les tuer me semblait excessif. Je comptais confisquer leurs richesses, les faire travailler sans les payer et leur faire rendre jusqu’au dernier pot-de-vin qu’ils avaient empoché.
Ha.
Mais les voilà qui rougissaient de colère et clamaient haut et fort leur innocence. C’était trop rageant pour que je leur pardonne.
Ils avaient même invoqué le second prince impérial et tenté de se placer au-dessus de moi en s’appuyant sur le caractère de l’ancien prince héritier.
« Vous êtes incroyablement arrogants. »
Pensaient-ils vraiment que le second prince impérial pourrait les mettre à l’abri dans une situation pareille ?
Apparemment, oui, car les nobles chargés des investissements semblaient toujours aussi calmes tandis que je continuais de parler.
Leurs regards, auparavant terrifiés au point de croire leur vie en danger, avaient disparu.
À présent, ils se comportaient comme s’ils étaient tranquillement installés chez eux et que l’affaire était déjà réglée.
Alors…
« Grand général, allez chercher le second prince impérial sans attendre. Il a pris l’investissement dans le Royaume de Macelin comme prétexte pour se ménager une occasion de s’enrichir. »
« Oui, Votre Altesse. »
« Et s’il refuse ou résiste, peu m’importe que vous le mettiez hors de combat. »
« Merci. »
Je ressentis le besoin de le leur montrer directement.
De leur montrer à quel point la corde à laquelle ils s’accrochaient était fine et facile à rompre.
« Je vous ai témoigné de la clémence et j’ai tenté à plusieurs reprises de vous offrir une chance, et pourtant… »
Certains de ceux qui quitteraient cette pièce aujourd’hui allaient…
« Dès que je sortirai d’ici… »
Tout perdre et disparaître.
« Vous ne serez plus des nobles de l’Empire de Velos. »
Notes :
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