WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Arsène
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le prince héritier complaisant de la romance fantasy n’est plus ◈
Chapitre 53 : Attaque de déclaration d’amour (2)
──────
Dans la plupart des genres romantiques, on faisait tout pour retarder le plus possible le moment où le héros et l’héroïne se mettaient ensemble.
C’était tout naturel.
« L’essentiel, c’est le chemin parcouru par le héros et l’héroïne à mesure qu’ils se rapprochent. »
Il fallait que les deux soient officiellement célibataires pour que l’histoire puisse leur imposer toutes sortes d’épreuves.
Pour le dire crûment, qu’est-ce qui se passerait si, une fois en couple, un autre homme ou une autre femme débarquait soudain ?
La polémique autour du NTR éclaterait aussitôt.
C’était tout simplement ainsi que fonctionnaient les histoires de romance pure.
Une règle immuable imposait qu’il n’y ait qu’un seul couple.
Cette contrainte rendait la relation plus séduisante.
Mais elle avait un défaut majeur.
Puisque la fin ne montrerait qu’un seul couple, rien n’obligeait le chemin qui y menait à en faire autant.
On ne rendait pas une relation plus intéressante en y saupoudrant seulement du sucre.
Parfois, on y ajoutait du piment. Parfois, on y versait carrément de la capsaïcine.
Divers personnages faisaient leur apparition au fil du récit.
Et si l’un d’eux franchissait la limite, c’était là que surgissaient des polémiques comme celle du NTR.
« Mais que se passerait-il si on pouvait raccourcir radicalement ce processus ? »
Si l’on pouvait sauter les nombreux épisodes où le protagoniste et les personnages qui l’aimaient découvraient leurs sentiments, se rapprochaient ou s’éloignaient, se méprenaient les uns sur les autres ou trouvaient le salut…
« L’histoire se terminerait vite. »
De ce point de vue, ma déclaration à Mirne pendant le banquet avait été une énorme erreur.
Je n’avais même pas beaucoup compté dans le roman d’origine, et voilà que je déclarais ma flamme à la protagoniste ?
Objectivement, c’était comme si un figurant débarquait tout à coup dans l’histoire.
Ce n’était même pas digne d’une Attaque de déclaration d’amour. Juste un faux pas inutile.
Ça ne pouvait pas égratigner l’histoire, encore moins la perturber.
« Mais toi, Bedin… tu es différent. »
« M-Moi ? Différent ? »
« Bien sûr. Tu es toujours en contact avec Mirne. »
La déclaration du second prince impérial Bedin avait pourtant une portée bien supérieure à la mienne.
Ce n’était pas un figurant, mais un pauvre type qui était resté aux côtés de Mirne pendant les cinquante premiers chapitres.
L’histoire ne s’était compliquée que parce que j’étais intervenu. Sans moi, leur relation aurait forcément été plus avancée qu’elle ne l’était à présent.
« J-Je garde le contact avec Mirne, mais pas souvent. Elle a l’air très occupée ces derniers temps. »
« Tu ne la contactes pas souvent ? À quelle fréquence vous parlez ? »
Mais je fis l’erreur de poser cette question.
« Avant, on se parlait au moins deux fois par heure, mais ces derniers temps, c’est difficile… Maintenant que j’y pense, Mirne m’a dit qu’une fois qu’elle aurait étudié les artefacts, on n’aurait plus besoin de s’écrire des lettres à distance. On pourrait s’envoyer des messages, comme sur une sorte de messagerie ? J’attends ça avec impatience, à vrai dire. C’est pénible de devoir passer des appels vocaux avec les artefacts. »
Dès que Bedin entendit ma question, il se mit à débiter ses paroles comme s’il n’avait attendu que ça.
« … »
Je compris instinctivement qu’il suffirait que je lui donne un conseil pour que cet endroit se transforme en séance de thérapie de couple.
« Bedin, en ce moment même, les chevaliers de l’Empire rognent sur leur sommeil pour éradiquer les mages noirs. »
« … Je vous prie de m’excuser. »
Il croyait être venu ici pour recevoir des conseils amoureux ?
J’avais beaucoup à lui dire, mais je me retins.
« J’ai tout de même appris quelque chose en l’écoutant. »
Mirne avait l’air de vouloir créer une sorte de téléphone et de le distribuer aux hommes avec qui elle flirtait.
Elle était vraiment douée.
Qui aurait cru qu’elle créerait un simple téléphone et chercherait à mettre en place un réseau de communication indépendant, au lieu de compter sur les pigeons voyageurs ou les appels par artefact ?
Si j’ignorais même ça, est-ce que ça voulait dire qu’elle transmettait déjà la technologie de l’Empire à Macelin par écrit ?
« Et malgré tout ça, l’Empire ne s’est sans doute pas effondré tout de suite. Il a continué à tenir bon. »
J’avais envie d’applaudir la solidité des fondations de l’Empire.
Quel genre d’homme était le Grand Prophète, pour avoir bâti un Empire aussi solide ?
« Ça ne sert à rien d’y penser maintenant. »
Assez divagué.
« Déclare-toi à Mirne sans attendre. »
Inutile de tourner autour du pot plus longtemps.
J’allai droit au but.
« P-Pardon ? »
« C’est un ordre impérial. Déclare-toi à Mirne sur-le-champ. Tu lui feras ta déclaration en privé, par artefact, pas en lui proposant publiquement un mariage au nom de l’Empire. »
« Q-Qu’est-ce que… ? »
Bedin cligna des yeux, l’air de ne pas comprendre.
En le voyant, je tournai les yeux vers le grand général.
Clac.
« Hiii ! »
L’éducation qu’il avait reçue jusque-là avait dû être plutôt efficace.
À peine le grand général eut-il sorti les chaînes que Bedin se mit à paniquer.
Même s’il reculait, terrifié, il se redressa aussitôt.
Il continuait à m’appeler « mon frère », mais une seule chaîne suffisait à le remettre dans le droit chemin.
« Fais-le ici et maintenant. »
« M-Mais au moins, pour la déclaration… Est-ce que je pourrais la faire seul quelque part, puis venir vous rendre compte après ? N-Non, ce ne serait pas possible ? Votre Altesse, quoi qu’il en soit, c’est… »
Pour ce qui était de la discipline, il n’y avait rien à redire.
Mais Bedin continuait de rêver d’amour, ce qui montrait qu’il était encore loin d’avoir repris ses esprits.
J’ignorais comment il comptait s’y prendre pour se déclarer.
Mais il était déjà trop tard pour créer une ambiance romantique.
« Grand général, pourquoi entend-on les cris d’une bête dans le Palais impérial ? »
« Je vous prie de m’excuser, Votre Altesse. Je vais faire taire sur-le-champ cette bête hideuse. »
Clac, clac.
À l’instant où les chaînes raclèrent le sol…
« J-Je vais le faire ! Je vais le faire ! »
Les cris de bête qui retentissaient quelques instants plus tôt disparurent, remplacés par la réponse désespérée de Bedin.
C’était quelque chose qu’il aurait dû faire de toute façon, et je me demandai si c’était vraiment la bonne manière de procéder.
Mais Bedin était le seul protagoniste masculin que je pouvais facilement mettre au travail pour l’instant. Je pris donc sur moi.
« En ce moment même, les chevaliers s’occupent des mages noirs… »
Je voulais le lui rappeler encore une fois.
« Je le fais tout de suite ! Je vais la contacter ! »
Mais quand Bedin sortit l’artefact et me regarda d’un air suppliant, je ravala mes paroles.
La méthode était un peu brutale, mais au bout du compte, il restait un petit frère que je tenais fermement dans le creux de ma main.
« … Hum. »
Après avoir sorti l’artefact, Bedin le fixa un instant, l’air absent.
Puis il se mit à contacter Mirne avec aisance.
« D’habitude, ça prend un peu de temps. Il faut que les deux personnes soient devant leur artefact pour que la connexion fonctionne… À l’aube, ça marche bien parce qu’on est tous les deux encore au lit, mais le soir, c’est parfois difficile de répondre quand je suis à table… »
« Je sais. Concentre-toi sur l’artefact. »
« Oui, mon frère. »
Avait-il toujours été aussi bavard ?
« Maintenant que j’y pense, c’était peut-être le cas. »
Depuis ma transmigration, je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de parler avec Bedin.
Il y avait eu trop de choses pourries à éliminer, sans compter plusieurs incidents majeurs.
« Au moins, j’ai parlé avec Bedin. J’ai tellement ignoré la première princesse impériale que je ne connaissais même pas son nom. »
Je pouvais compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où j’avais vraiment discuté avec la première princesse impériale.
Erna Velos.
Nous avions si peu échangé que son nom lui-même me semblait étrange.
Dans le roman d’origine, elle était une faiseuse de troubles tout aussi déchaînée que le second prince impérial.
Pourtant, pour une raison ou une autre, la première princesse impériale se faisait extrêmement discrète.
J’avais reçu un rapport à son sujet, une fois.
Apparemment, elle était occupée à se pomponner avec des produits cosmétiques venus des quatre coins du monde.
Quoi qu’il en soit, le simple fait qu’elle ne bouge pas et ne cause aucun problème suffisait à faire d’elle le meilleur membre de la famille.
Tandis que je laissais filer le temps, perdu dans mes pensées…
« Allô ? »
« Oh, Mirne ! C’est moi ! »
« Prince Bedin ? C’est presque la première fois que vous me contactez à cette heure-ci, alors j’ai tardé à répondre. Je suis désolée. »
« Non, c’est moi qui suis désolé de vous contacter sans vous prévenir. Vous n’avez pas à vous excuser. »
L’appel entre Bedin et Mirne avait enfin commencé.
« Qu’est-ce qui vous est arrivé d’intéressant aujourd’hui pour que vous me contactiez ? Vous disiez être très occupé avec les mages noirs, ces derniers temps… Vous avez peut-être participé à un combat ? »
« N-Non, je… Je n’ai pas encore combattu. Je suis une épée qu’on réserve aux situations les plus dangereuses… On ne peut pas me déployer à la légère, si l’on peut dire. Les mages noirs me prennent peut-être pour cible, après tout. »
La conversation était tout à fait banale.
On aurait dit l’échange de politesses habituel entre un homme et une femme.
Au milieu de la conversation, Bedin fut pris en flagrant délit d’avoir fanfaronné tout à l’heure, et le grand général comme moi dûmes nous retenir de rire.
À part ça, tout était parfaitement normal.
« C’est vrai. Je serais très triste si Votre Altesse était blessé. »
« Vraiment ? Mirne, tu serais très triste si j’étais blessé ? »
« Bien sûr. Mais même si vous vous blessez, ne vous inquiétez plus ! Je vous soignerai aussitôt ! »
À mesure que leur conversation avançait, Mirne lâcha une phrase très préoccupante.
« Comment tu me soignerais ? Avec un esprit ? »
« Non ! Avec mon pouvoir divin ! Je suis devenue une Sainte il n’y a pas longtemps. Il y a plusieurs circonstances, alors tout est compliqué et embrouillé… Mais puisque je suis devenue Sainte, mon pouvoir divin est toujours là ! Je compte m’en servir pour insuffler un vent nouveau au Royaume de Macelin. »
Son pouvoir divin ? Il était toujours là ?
« Romper n’était-il pas mort ? Son pouvoir divin a subsisté alors que le dieu qui voulait prendre le parti de Mirne est mort ? Comment est-ce possible ? »
J’avais bel et bien tué le dieu. Comment la Sainte d’un dieu mort pouvait-elle encore posséder un pouvoir divin ?
Je crus naturellement que c’était impossible, mais, comme on pouvait s’y attendre de la protagoniste, elle avait peut-être trouvé une solution.
J’aurais voulu lui poser la question tout de suite, mais ce n’était malheureusement pas le moment.
« Ça suffit, maintenant. Déclare-toi. »
Je fis comprendre à Bedin ce que je voulais en articulant sans bruit.
« … O-Oh, vraiment ? C’est incroyable… Mais, Mirne, il y a quelque chose que je voudrais te dire. Tu veux bien m’écouter ? »
En me voyant, Bedin prit un air grave et se prépara à se déclarer.
« Pardon ? Bien sûr ! Qu’est-ce qu’on pourrait bien ne pas se dire ? »
Elle réagit avec une innocence absolue, comme si elle ne savait rien du tout.
Je ne l’avais pas remarqué jusque-là, mais maintenant, je le savais.
À peine eus-je vu sa réaction que mon corps la rejeta violemment.
« Ce corps la déteste vraiment. »
Je maîtrisais parfaitement ce corps.
Pourtant, les souvenirs avaient dû susciter un rejet si puissant que mes yeux s’abaissèrent machinalement vers ma taille.
C’était là qu’une épée aurait été suspendue sur un champ de bataille.
« E-Eh bien… »
Même dans ces conditions, l’opération Attaque de déclaration d’amour suivait son cours.
Moi, le grand général, et Bedin, celui qui faisait sa déclaration.
C’était le pire cadre possible pour une déclaration, mais le meilleur pour mener l’opération à bien.
« Déclare-toi tout de suite, Bedin. »
Je n’avais plus besoin de le ménager.
Toi aussi, tu voulais te déclarer et mettre enfin les choses au clair entre vous.
Combien de temps allais-tu continuer à tout lui donner comme un pauvre type ? Kailen, l’ancien Grand-Duc de l’Est, était avec elle au Royaume de Macelin en ce moment même.
Tu allais vraiment te laisser distancer comme ça ?
Je redoublai la pression que je lui avais déjà mise, en articulant chaque mot sans bruit.
« … ! »
Bedin balaya ses hésitations et se lança avec audace.
« J-Je… Je t’aime ! Et si on se mariait ? »
Une déclaration directe qui sautait toutes les étapes compliquées.
Mais c’était justement ce qui pouvait rendre les sentiments derrière ces mots sincères.
Que choisirait Mirne ?
« Le rejetterait-elle ou accepterait-elle ? »
Laquelle de ces réponses allait-elle donner ?
Cette pensée ne dura qu’un instant.
Mirne sortit une parade martiale que je n’aurais jamais imaginée.
« Pardon ? Je suis désolée, je n’ai pas entendu. Je crois que l’artefact vient de tomber en panne. »
Ah.
« Elle fait semblant de ne pas l’avoir entendu. »
Quelqu’un avait trouvé le courage de se déclarer, et elle essayait de balayer ça d’un revers de main en prétendant que la réception était mauvaise.
Si je n’avais pas été là, Bedin ne se serait pas déclaré une deuxième fois.
Il aurait laissé tomber, en se disant qu’il aurait une autre occasion.
Mais…
« Répète-le. »
Je détestais les développements aussi prévisibles.
« J-Je t’aime, Mirne ! »
La deuxième salve de cette double attaque partit aussitôt.
Voyons voir : comment allait-elle esquiver celle-là ?
Et Mirne sortit une autre parade martiale que je n’aurais jamais imaginée.
C’était…
Crac.
« V-Votre Altesse ? Prince Bedin ? »
Crac, crac.
« … »
J’ignorais si elle avait cassé l’artefact ou fait autre chose.
Mais elle mit fin à l’appel en produisant des grésillements qui indiquaient clairement à quiconque écoutait que le signal était déplorable.
« Ha. »
Bon, alors la conclusion ne pouvait pas arriver aussi vite ?
Peu importait.
Je m’y étais préparé.
« Je suppose qu’il est temps de chanter la chanson de Seodong. »
Une fois la déclaration faite, il ne restait plus qu’à répandre la rumeur.
Je ne tins pas compte des dégâts que cette opération ferait à la dignité de Bedin.
Le monde fonctionnait comme ça.
« Jusqu’ici, je me suis laissé utiliser comme un pauvre type. »
Pour une fois, ce serait au second prince impérial de jouer les pauvres types.
Notes :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>