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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 4 : L’heure du grand ménage (2)
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« Comment l’administration pouvait-elle être excellente alors que la corruption atteignait des sommets ? »
Si l’Empire savait parfaitement suivre les flux d’argent, mais que la corruption atteignait des sommets…
Cela signifiait que la corruption elle-même était comptabilisée dans ces flux.
Autrement dit, des impôts étaient détournés par des moyens légaux au détriment de l’intérêt national.
« Mais combien de pailles pompaient le trésor pour qu’on en arrive là ? »
L’Empire de Velos était structuré de telle sorte que tout le pouvoir se concentrait entre les mains de l’autorité impériale, sans qu’aucune faction noble digne de ce nom n’existât.
Et pourtant, la corruption sévissait dans un endroit pareil ?
« Ils se sont tous mis d’accord pour se partager le butin au sein de la faction impériale ? »
Tant qu’ils n’avaient pas l’ambition de devenir empereur, la faction impériale devait être le refuge le plus sûr du monde.
Juste sous la lampe.
Sous prétexte de renforcer l’autorité impériale, ils détournaient des impôts.
Et ce n’était pas l’œuvre d’une seule personne. Ils avaient bâti tout le système de cette façon.
Si le trésor restait dans un état moyen, c’était sans doute parce que l’Empire n’avait pas encore perdu sa puissance.
Un vaste territoire où l’on découvrait sans cesse des ressources rares.
Une population immense, et le vaste réservoir de talents qui allait avec.
Un réseau commercial qui dominait les mers, une armée puissante, la culture la plus avancée…
Malgré une corruption à son paroxysme, tous ces facteurs avaient permis à l’Empire de rester solide.
Et cela, même si le second prince impérial dansait au-dessus de tout en fracassant ses piliers à coups de masse.
« Les fondations de cet Empire sont complètement absurdes. »
Quand je n’avais lu que le roman, j’avais pensé qu’une fois le second prince impérial écarté et l’empereur retrouvé, l’Empire reviendrait rapidement à la normale.
Maintenant que j’avais vu les choses de l’intérieur, les problèmes étaient si graves que je ne savais même pas par où commencer.
Au moins, je n’étais pas coincé dans un poste subalterne.
L’empereur ayant disparu pour une raison inconnue, c’était moi, le prince héritier, qui dirigeais de fait le pays.
Si je prenais les choses en main, je pourrais sans doute régler les problèmes rapidement.
« Il y a beaucoup de problèmes, mais je ne peux pas remettre à plus tard la lutte contre la corruption. »
En temps normal, j’aurais étudié l’histoire pour identifier clairement l’ennemi.
J’aurais fouillé dans les souvenirs du prince héritier à la recherche de renseignements supplémentaires.
Mais pour l’instant, je devais déraciner sans attendre tout ce qui faisait pourrir l’Empire.
Pour cela, il me fallait d’abord comprendre comment l’argent disparaissait.
J’en avais déjà une vague idée.
« Ils ont dû planter leurs pailles dans les poches de ce salaud de second prince impérial. »
Franchement, quoi de plus simple ?
Quand il avait annoncé qu’il enverrait diverses ressources au Royaume de Macelin, leur transport avait forcément coûté de l’argent.
Il suffisait de gonfler un peu ces frais pour que les sommes grimpent en flèche. Difficile de faire plus simple pour s’en mettre plein les poches.
Ce dont j’avais le plus besoin, là, tout de suite, c’était…
« … la liste des investissements que j’ai demandée tout à l’heure au responsable des Affaires étrangères. »
À l’origine, j’avais prévu de l’examiner seul et de découvrir quelles sottises le second prince impérial avait commises.
Mais si les autres y avaient presque certainement mis leur nez eux aussi…
« Je ne peux pas examiner ça tout seul. »
Je m’adressai au chevalier qui attendait devant ma chambre.
« Une réunion du Conseil d’État aura lieu demain matin. Prévenez tout le monde qu’aucune absence ne sera tolérée et que toute personne qui ne se présentera pas sera sévèrement punie. »
« Oui, Votre Altesse ! »
Voyons la tête de ces salauds qui ont accepté des pots-de-vin.
++++++
Dayrent, le chevalier chargé de garder les appartements du prince héritier.
Dès qu’il reçut l’ordre du prince héritier, il passa à l’action.
Il était extrêmement tard pour aller prévenir les nobles.
Mais les chevaliers ne remettaient pas les ordres en question.
Pour accomplir son devoir avec le plus grand soin et le plus d’efficacité possible, il se dirigea non pas vers les résidences des nobles, mais vers les quartiers des Chevaliers de la Garde impériale.
« Qui va là ? »
Dès qu’il approcha des quartiers des Chevaliers de la Garde impériale, une voix grave et tranchante lui parvint aux oreilles.
Sans même briller au clair de lune, une pointe de flèche acérée menaçait sa vie, comme si le moindre pas de plus allait lui percer le crâne.
« Dayrent, affecté aujourd’hui à la garde des appartements de Son Altesse le prince héritier. »
« Les gardes des appartements travaillent généralement par deux. Vous devriez être à votre poste. Pourquoi l’avez-vous abandonné pour venir ici ? »
« Son Altesse le prince héritier a ordonné que les nobles soient informés d’une réunion du Conseil d’État demain matin — ou plutôt, ce matin. »
« Alors, transmettez-leur vous-même le message. Pourquoi êtes-vous venu ici ? »
Leur échange était si rigide et glacial qu’on aurait difficilement cru qu’ils appartenaient au même ordre.
La tension semblait impossible à dissiper.
« Son Altesse a également ordonné qu’on prévienne les absents qu’ils seront sévèrement punis. »
À la réponse de Dayrent…
« … Vous voulez dire que le jour pourrait venir où Son Altesse le prince héritier punira quelqu’un sévèrement ? »
« Oui. »
« Je salue votre jugement. Vous êtes venu au bon endroit. »
« Merci. »
La tension se brisa en un instant.
Frouitch.
La sentinelle abaissa son arc et sortit une clochette de son uniforme.
Ding.
Elle insuffla du mana dans la clochette, puis la frappa légèrement du doigt…
Un son inaudible pour le commun des mortels parcourut les quartiers des Chevaliers de la Garde impériale.
Un sifflement que seules les personnes entraînées pouvaient entendre.
Au son de la clochette, tous les chevaliers apparurent en un clin d’œil derrière la sentinelle, en armes.
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi sonner la Cloche du Soleil à l’aube ? Tout le monde dormait. »
« Il doit bien y avoir une raison de sonner la Cloche du Soleil, mais laquelle ? »
« Ah, je dormais si bien… Dans mon rêve, je batifolais avec une femme d’une beauté incroyable. »
« Vix, une beauté incroyable, c’est un luxe bien trop grand pour ta tronche, on dirait qu’elle a été râpée. Même en rêve, tu ne le mérites pas. »
« Espèce d’ordure ! »
Ricanements.
La Cloche du Soleil avait rassemblé les chevaliers, mais ce genre d’appel était en réalité courant.
Il leur arrivait de la sonner sans raison, simplement pour s’assurer que tout le monde restait prêt et discipliné.
Bien qu’ils se fussent rassemblés, tous étaient détendus.
Alors, le chevalier qui tenait l’arc prit la parole d’un ton calme.
« Son Altesse le prince héritier a donné un ordre. Il compte tenir une réunion du Conseil d’État demain matin. Prévenez donc tous les nobles qui doivent y assister… »
Jusque-là, on aurait pu lire « Et alors ? » sur le front de chacun.
Ils avaient réveillé tous les Chevaliers de la Garde impériale à l’aube pour convoquer quelques nobles ? Pourquoi ?
Au moment où ces questions allaient surgir…
« … et prévenez-les que toute absence sera sévèrement punie. »
À ces mots, les bavardages sur les rêves s’interrompirent net.
Aussi brusquement que la vie d’un condamné au pied de la potence.
Puis le chevalier à l’arc poursuivit comme si cela allait de soi.
« Pour la première fois de sa vie, Son Altesse le prince héritier a menacé de punir sévèrement les contrevenants. Qui prend cela à la légère prend l’Empire de Velos à la légère, et c’est de la trahison. »
« Trahison ! »
« Prévenez le grand général ! Le prince héritier, qui n’a cessé de sourire jusqu’à présent, a enfin tiré son épée ! Il est temps d’infliger une douleur cuisante à ceux qui croyaient que la lumière du soleil resterait toujours douce ! »
Du grand général aux Chevaliers de la Garde impériale, aucun d’entre eux ne participait à l’administration, à la politique ou à la diplomatie.
La seule chose qui leur importait, c’était de protéger l’Empire.
C’était pour cela qu’ils étaient restés immobiles tandis que ceux qui faisaient pourrir l’Empire sévissaient sans entrave.
Les provisions se dégradaient de jour en jour et la qualité des armes baissait.
Les jours de paie étaient reportés de façon irrégulière, et les dossiers n’étaient pas traités à temps.
Ils avaient tout enduré.
Ils n’avaient reçu aucun ordre.
Le prince héritier était ainsi fait.
Il n’aimait pas donner d’ordres.
Il n’en donnait jamais et se contentait de sourire avec bienveillance.
Les Chevaliers de la Garde impériale appréciaient leur seigneur, mais certains éprouvaient aussi des regrets.
Si seulement le prince héritier laissait paraître ne serait-ce qu’un peu de la force dissimulée derrière son sourire, ceux qui dévoraient l’Empire n’oseraient plus piper mot.
« Enfin… enfin… ! »
Bien sûr, le prince héritier n’avait pas ordonné de punir qui que ce soit sur-le-champ.
Il leur avait simplement demandé de prévenir les absents qu’ils seraient sévèrement punis.
Mais quand même…
« Son Altesse le prince héritier a enfin tiré son épée. »
Les Chevaliers de la Garde impériale le savaient.
Ce n’était que le début.
Désormais, ils devaient aiguiser leurs lames.
Ce n’était que le premier pas.
Voilà pourquoi ils ne pouvaient pas prendre la chose à la légère.
« Je montrerai à ces nobles arrogants que l’épée de l’Empire n’a pas rouillé. »
À cette heure indue, avant l’aube…
« M-Mais quelle heure est-il ? Comment osez-vous venir dans mes appartements à une heure pareille ?! »
« C’est un ordre de Son Altesse le prince héritier. Est-ce ainsi que vous devez accueillir un ordre ? »
Crac !
« Q-Qu’est-ce que vous faites ?! »
« Un chevalier de la Garde impériale tente d’entrer dans cette résidence sur ordre de Son Altesse le prince héritier, et vous avez essayé de l’en empêcher. Je vous ai simplement puni pour cela. Croyez-vous que j’aie eu tort ? »
« Hi ! »
L’épée de l’Empire était en marche.
Bien sûr, le prince héritier ignorait que les Chevaliers de la Garde impériale s’agitaient ainsi.
« … Je n’arrive pas à dormir sans smartphone. »
+++++
« Qu’est-ce que c’était que ce vacarme à l’aube ? »
« Si telle est la volonté de Son Altesse le prince héritier, quelle importance ? Ce qui compte, c’est que Son Altesse l’ait permis. »
« Je dis seulement que c’était soudain. Ce n’était encore jamais arrivé, alors j’ai forcément été surpris. »
« Son Altesse le prince héritier a brusquement changé depuis avant-hier… »
« Hein, mais c’est presque la première fois que tout le monde est réuni pour une réunion du Conseil d’État, non ? »
« Il n’a jamais donné un tel ordre auparavant. »
« De quoi peut-il bien vouloir nous parler en nous réunissant tous ? »
La salle de conférence de la Table ronde était bruyante.
Les nobles exprimaient leur mécontentement à propos de deux choses : les chevaliers qui avaient fait irruption à l’aube et leur convocation à la première heure du matin.
Et en plus, même après l’heure à laquelle ils avaient été convoqués…
Le prince héritier n’était nulle part en vue, pas même l’ombre d’une silhouette.
« On nous a ordonné de venir, mais celui qui nous a convoqués… »
« Il réveille tout le monde à l’aube et nous fait attendre. Franchement… »
À mesure que le mécontentement des nobles grandissait…
Boum !
Les portes de la salle de conférence de la Table ronde s’ouvrirent à la volée.
Clac, clac, clac, clac.
Des chevaliers commencèrent à entrer dans la salle de conférence de la Table ronde, un à un.
« Q-Quoi ? Que se passe-t-il ?! »
« Pourquoi des chevaliers armés entrent-ils dans la salle de conférence de la Table ronde ? »
« Comment peuvent-ils pénétrer dans le palais impérial armés de la sorte ?! »
Les nobles, stupéfaits par une scène qu’ils n’avaient jamais vécue, tentèrent de retenir les chevaliers à grands renforts de protestations.
Mais les chevaliers ne leur accordèrent pas même un regard et continuèrent d’entrer dans la salle de conférence de la Table ronde.
Clac, clac, clac.
Comme si on leur avait attribué ces places dès le départ, ils se postèrent derrière les nobles assis dans la salle.
« C-C’est une menace manifeste ! »
« Que signifie tout cela ?! Qui a manigancé ce coup ?! Son Altesse le prince héritier ne ferait jamais… ! »
Alors que les nobles continuaient de protester…
« Silence. Son Altesse le prince héritier arrive. »
Le grand général, qui avait fermé la marche après l’entrée des chevaliers, s’avança. Sa seule présence écrasa l’atmosphère en un instant.
Lorsque le silence se fut installé dans la salle, le grand général s’écarta d’un pas.
Dans l’espace ainsi dégagé…
Frouitch.
Le prince héritier s’avança et marcha lentement vers le siège d’honneur de la salle de conférence de la Table ronde.
Le grand général le suivit.
Le prince héritier, qui affichait toujours un sourire, avait désormais un visage d’une froideur terrifiante.
Avant même que les nobles, pour qui toute cette situation était inédite, ne comprennent ce qui se passait…
Flac.
Le prince héritier éparpilla sur la table les documents concernant les investissements dans le Royaume de Macelin, qu’il avait examinés ce matin-là.
« Merci d’être tous venus si tôt. »
Il prit place.
« Bien. La réunion du Conseil d’État peut commencer. »
À peine eut-il fini de parler…
Boum !
Les portes de la salle de conférence de la Table ronde se refermèrent hermétiquement.
« … »
Certains nobles comprirent parfaitement ce que cela signifiait, et leurs visages commencèrent à se décomposer.
« Qui s’est occupé des investissements dans le Royaume de Macelin ? »
Le prince héritier Bellon annonça officiellement le début du grand ménage.
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