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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 39 : Candidate au titre de Sainte (4)
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J’avais une bonne raison de ne pas suivre le voyage de la candidate au titre de Sainte, qui se rendait du Royaume saint au sud de l’Empire.
« Le Nord devrait être prioritaire pour la pose des voies ferrées. »
« Bien, Votre Altesse. »
C’était très simple, en réalité.
« Où devrions-nous installer l’Académie ? »
« J’hésite entre le nord-ouest et le nord-est. Qu’en pensez-vous ? »
« Votre Altesse, je pense que le nord-ouest conviendrait, car… »
J’étais débordé.
Il fallait s’occuper au plus vite des voies ferrées et de l’Académie.
Je devais aussi trouver de nouvelles façons d’utiliser la Tour des Mages, qui flottait dans le ciel.
Il y avait également les problèmes de fiscalité, l’installation des barbares du Nord, et bien d’autres choses.
En bref, j’avais trop de dossiers à gérer.
Je m’occupais des affaires intérieures en parcourant les souvenirs de l’ancien prince héritier, mais, peut-être parce que je ne l’étais pas au fond de moi, j’avais énormément de mal à tout gérer efficacement.
Au moins, beaucoup de gens compétents m’aident. Sinon, ça aurait vraiment pu tourner au désastre.
Avec tout ce qui se passait, je ne pouvais pas suivre en plus le voyage de la candidate au titre de Sainte.
Pour être honnête, même si j’avais un mauvais pressentiment, je me demandais si une chose pareille pouvait vraiment arriver.
Et pourtant, c’est bel et bien arrivé.
La frontière entre le sud de l’Empire et le Royaume saint.
Cette bande de terre ambiguë.
L’Empire l’appelait « terre de personne », tandis que le Royaume saint la nommait « chemin de pèlerinage ».
Je n’aurais jamais imaginé qu’ils y causeraient des problèmes.
J’avais l’impression qu’on m’arrachait la chair, mais je pensais n’avoir d’autre choix que de rester les bras croisés.
Qui aurait cru qu’ils auraient une idée aussi simpliste que de détruire ce qu’ils ne pouvaient pas avoir ?
« Ça suffit. »
« Votre Altesse ? »
« Je vais m’occuper du reste, dans le Sud. »
Curieux de savoir à quel point ils étaient sûrs d’eux pour tenter une telle chose, je me levai aussitôt.
C’était regrettable, mais les affaires intérieures devraient attendre.
À présent, l’heure du jugement avait sonné.
+++++
« … Du feu. »
À ces mots, tout le monde se tourna dans cette direction.
Les épées qui s’apprêtaient à prendre des vies s’immobilisèrent sur-le-champ.
« … Qu’est-ce que c’est ? »
Les Chevaliers saints — non, les bandits — fixèrent les flammes d’un air déconcerté.
Au milieu du désert brûlait un immense brasier, qui n’aurait jamais dû s’y trouver, imposant sa présence à tous.
Les bandits comprirent instinctivement qu’ils ne pourraient rien faire d’autre tant qu’ils ne se seraient pas occupés du brasier.
Sans hésiter, ils se dirigèrent vers lui.
Pour punir ceux qui entravaient la volonté de Dieu.
Mais lorsqu’ils atteignirent les flammes, ce qui les accueillit fut…
« Aaaah ! »
« Mon corps ! Mon corps ! »
« Le feu ! Les flammes sur mon corps ne s’éteignent pas ! »
« Au secours ! Je vous en prie, sauvez-moi ! »
« Romper ! Ô Romper, veille sur nous, je t’en prie ! »
C’était l’enfer sur terre.
Les fiers soldats du Royaume saint se roulaient par terre, s’efforçant désespérément d’éteindre les flammes.
Ceux qui n’avaient pas pris feu n’osaient pas s’approcher du brasier qui brûlait au milieu du désert.
Ceux qui avaient le courage de foncer n’importe où pour punir le mal tremblaient désormais comme des enfants, se mordant les lèvres de toutes leurs forces pour ne pas se recroqueviller.
Au centre de tout cela se tenait l’homme qui avait créé cette atmosphère.
« Comment peut-il y avoir une bande de bandits sur un chemin appelé le chemin de pèlerinage du Royaume saint ? »
L’homme aux cheveux blonds et aux yeux rouges était assis sur un tas de cadavres de Chevaliers saints.
« … Je suis désolée, Votre Altesse le prince héritier. »
« Pourquoi vous excuser ? C’est arrivé hors du Royaume saint. »
En entendant les paroles de la candidate au titre de Sainte, Rowena, les yeux des bandits s’écarquillèrent.
Le prince héritier ? Le prince héritier de l’Empire était venu jusqu’ici pour aider une candidate au titre de Sainte ?
Des questions se bousculèrent dans leur esprit face à cette situation incompréhensible.
« Depuis quand… »
Ces questions qui les submergeaient leur échappèrent.
« C’est donc ça qui préoccupe un bandit ? Comme c’est peu crédible. »
À la réponse du prince héritier, les bandits comprirent leur erreur.
En même temps, ils se rendirent compte que la situation avait pris une tournure catastrophique.
On bat en retraite ?
Même si leur identité était dévoilée, il n’y avait aucune preuve matérielle irréfutable.
Même si quelqu’un les dénonçait ouvertement, ils pourraient rétorquer que la chaleur du désert avait troublé sa vue.
Se battre contre lui serait de la folie.
La fuite était leur meilleure option.
Tant que le prince héritier serait là, ils ne pourraient rien faire de plus.
Pour aller jusqu’au bout, ils devraient recourir au pouvoir divin.
Mais dès qu’ils le feraient, ils ne pourraient plus prétendre ne rien savoir.
Les bandits encore relativement indemnes échangèrent un regard et s’apprêtèrent à fuir.
« Vous remuez les yeux bien trop bruyamment pour de simples bandits, comme si vous n’en étiez pas à votre premier coup. »
Fouuush !
Une traînée de feu jaillit en ligne droite et réduisit en cendres tout ce qui se trouvait sous les genoux des bandits.
Malgré la présence de nombreux civils à proximité, il maîtrisa les flammes avec une telle précision qu’elles ne brûlèrent que les jambes des bandits, sous les genoux.
La plus stupéfaite à cette vue ne fut pas l’un des bandits, mais Rowena.
J’avais entendu dire qu’il avait récemment mené une purge. Je pensais donc qu’il avait un tempérament impitoyable.
En observant le prince héritier, elle comprit à quel point elle s’était trompée.
En apprenant ce qui s’était passé du Nord jusqu’à la région orientale, elle l’avait cru destructeur.
Pourtant, il était plus bienveillant que quiconque.
Il protégeait sans réserve ceux qui se trouvaient sous son aile.
Je devrais m’excuser plus tard… d’avoir pensé de telles choses.
Elle se sentait idiote d’avoir jugé le prince héritier sur des rumeurs sans l’avoir rencontré.
Pendant ce temps, ceux dont les jambes avaient été brûlées se roulaient par terre, puis commencèrent à ramper désespérément loin du prince héritier.
« Guh… haaah ! »
« Les chevaliers du Nord mangent de la terre. Ceux du Sud, eux, mangent du sable ? »
Non, je ne devrais pas les appeler des chevaliers. « Bandits » leur convient mieux.
Le prince héritier se leva lentement en les observant.
« Vous ne repartirez pas vivants. »
Il révéla aux bandits qui mangeaient du sable ce qui les attendait.
« Même si vous retournez chez vous, seules vos têtes y arriveront. Et la version officielle sera que le prince héritier a exterminé des bandits sur le chemin de pèlerinage du Royaume saint. »
« C-C’est impossible. C-C’est impossible… »
« Vous croyez que le Royaume saint vous protégera ? Ceux qui ont préféré se poignarder plutôt que de me céder quoi que ce soit, ils vous protégeraient ? »
Les paroles du prince héritier plongèrent les bandits dans le désespoir.
L’idée que le Royaume saint ne les protégerait pas s’enracina dans leur esprit.
« Oui. Si vous avez voulu vous en prendre à ce qui m’appartient, vous devriez avoir cette expression. »
Dès que le prince héritier eut terminé, tous les bandits se changèrent en cendres et disparurent.
Grâce à une puissance de feu écrasante, il élimina en un instant tout ce qui avait menacé le groupe de la candidate au titre de Sainte, ne laissant derrière lui que leurs têtes.
« Merci infiniment, Votre Altesse le prince héritier. »
Dès que Rowena comprit que la situation était réglée, elle s’agenouilla aussitôt.
« Je vous prie aussi de m’excuser. Je vous ai jugé et mal compris à ma guise, en me fiant seulement aux rumeurs. »
« Cela ne me dérange pas, relevez-vous. Comment celle qui devra guider tant de gens peut-elle s’agenouiller aussi facilement ? »
« Comment pourrais-je ne pas m’agenouiller devant celui qui deviendra notre refuge ? »
En parlant, Rowena croisa le regard du prince héritier.
Des cheveux blonds et des yeux rouges.
Les traits physiques qui, disait-on, n’appartenaient qu’à la famille impériale de l’Empire s’offrirent aux yeux de Rowena.
« Une candidate au titre de Sainte me fixe avec tant d’insistance que je ne sais plus quoi faire. Mon visage vous plaît ? »
« N-Non. Je suis désolée. C’était impoli de ma part… »
« Non, je vous ai demandé s’il vous plaisait. »
« … Oui. »
« J’ai pratiquement dû vous arracher le compliment, mais merci. »
Un instant, Rowena se demanda s’il avait toujours fait aussi chaud dans le désert.
« L’Empire vous enverra une escorte. Il y a tant de bandits par ici. Mais que diable fait le Royaume saint ? »
« … Votre Altesse, je suis désolée. »
« Je ne disais pas ça pour recevoir des excuses. »
D’autres auraient dû présenter leurs excuses, mais seule une personne qui n’y était pour rien baissait la tête.
Tout en poursuivant, le prince héritier esquissa un léger sourire.
La candidate au titre de Sainte savait que ce sourire n’était pas sincère.
Il souriait alors que la situation n’avait absolument rien d’amusant.
C’était sans doute parce que tant de gens l’observaient.
Le prince héritier semblait parfaitement conscient que l’expression d’un puissant personnage, qui venait d’effacer toute menace imprévue, pouvait changer l’atmosphère.
Quel homme bienveillant.
Rowena se glissa discrètement derrière le prince héritier et admira librement son dos.
À cet instant précis, il prit la parole.
« Au fait, je ne sais pas comment vous appeler. Dois-je vous appeler “candidate au titre de Sainte” ? »
« Ce titre n’a plus aucune importance. Vous pouvez simplement m’appeler Rowena. »
« Très bien, Rowena. Je comptais vous en parler au centre impérial, mais puisque nous nous sommes rencontrés plus tôt que prévu, permettez-moi de vous poser une question. »
Le prince héritier sourit largement et plongea son regard dans celui de Rowena.
« Accepteriez-vous de devenir la Sainte de l’Empire ? »
Il avait posé la question avec tant de désinvolture que Rowena lâcha : « Pardon ? »
Pour la première fois de sa vie, Rowena afficha un air absent.
+++++
Crac !
« Q-Qu’est-ce que c’était ? »
Crîîî !
Quand la verrière du plafond du Grand Temple se brisa, tout le monde sursauta.
Le verre aurait été assez choquant en se brisant tout seul, mais il venait de voler en éclats alors que le Pape priait ?
Était-ce une attaque ?
Un assaillant avait-il pu s’approcher sans qu’ils s’en aperçoivent ?
« Protégez Sa Sainteté le Pape ! »
« Nous sommes attaqués ! »
Les prêtres et les chevaliers se précipitèrent vers le Pape pour l’évacuer.
Le Pape s’apprêtait à quitter la grande salle de prière du Grand Temple quand…
Badaboum !
Un gros paquet tomba bruyamment à travers le trou dans le plafond fracassé.
Le paquet rouge semblait rempli de quelque chose et, lorsqu’il heurta le sol, il produisit un bruit mouillé.
Ce bruit était sinistre. Avant que quiconque ait pu deviner ce que c’était, le Pape prit la parole.
« T-Tout le monde, sortez. »
Seul le Pape comprit ce que c’était et, horrifié, ordonna à tous ceux qui se trouvaient dans la salle de prière de sortir.
« M-Mais nous ignorons ce que c’est. Comment pourrions-nous abandonner Votre Sainteté… »
« J’ai dit de sortir, tout de suite ! »
Comme s’il ne voulait surtout pas que quelqu’un d’autre découvre l’identité du paquet, le Pape haussa la voix — ce qui ne lui ressemblait guère — et congédia tout le monde.
Crîîî !
Après s’en être assuré, un oiseau se manifesta avant de s’envoler, comme pour se moquer d’eux.
Le Pape savait de quel oiseau il s’agissait.
Il dégageait une majesté telle qu’on aurait pu croire à la renaissance d’un phénix.
Ce ne serait pas l’oiseau messager du prince héritier ?
Personne ne l’avait remarqué ?
L’oiseau messager pouvait-il se rendre invisible de lui-même ?
De nombreuses questions lui vinrent à l’esprit, mais ce n’était pas le moment de s’en préoccuper.
« Halet… halet… »
Les mains tremblantes, le Pape dénoua le tissu rouge et révéla une vérité que personne n’aurait voulu voir.
« … ! »
Ils n’étaient pas les troupes les plus prestigieuses du Royaume saint.
Pour autant, ils n’étaient pas incapables d’accomplir leur mission.
Pour parer à toute éventualité, ils avaient envoyé un ordre entier de chevaliers.
Pourtant, seules leurs têtes étaient revenues au Royaume saint.
Et elles avaient été livrées par l’oiseau messager du prince héritier.
Le message était clair.
Ne tentez rien d’insensé.
S’il les avait laissés tranquilles, ce n’était pas parce qu’il en était incapable.
« S-Seigneur Romper… »
Incapable de regarder plus longtemps les têtes écrasées, le Pape enveloppa de nouveau le paquet à la hâte.
Il invoqua son dieu et parvint à peine à raffermir ses jambes vacillantes.
« Père ! »
« … Valerian, te voilà ? »
Lorsqu’il eut repris ses esprits, il vit son fils entrer par la porte.
Même sans avoir regardé à l’intérieur du paquet, Valerian comprit aussitôt de quoi il s’agissait.
« C’est l’œuvre du prince héritier ? »
Son expression se durcit instantanément.
Pourtant, aux paroles de Valerian, le visage du Pape se détendit.
« Tu crois que cela ressemble à l’œuvre du prince héritier ? »
« Alors, ce n’est pas lui ? »
« C’est nous… C’est nous qui avons provoqué ça, Valerian. »
Rien ne nous obligeait à en arriver là.
Comment le prince héritier aurait-il pu nous pousser à agir de la sorte ?
Valerian savait-il que nous avions nous-mêmes créé cette situation, mais avait-il quand même choisi de fermer les yeux ?
Le Pape aurait voulu le lui demander.
Mais sachant qu’il se trouvait dans la même position, il se tut.
À quoi bon enseigner si l’on ne peut pas comprendre les choses par soi-même ?
« … »
Sans un mot, le Pape tourna le dos à Valerian, ramassa le paquet contenant les têtes des Chevaliers saints et s’en alla.
Valerian resta seul dans la salle de prière.
Prince héritier…
Pour la première fois de sa vie, Valerian éprouva une émotion qu’il n’avait jamais ressentie.
Cette émotion s’appelait…
… Le prince héritier était-il vraiment aussi puissant ? Est-ce que… est-ce que je croyais pouvoir tenir tête à un prince héritier pareil ?
La peur.
Notes :
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