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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 28 : Le grand banquet (4)
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Tandis que le prince héritier profitait du banquet.
« Comment pouvons-nous abandonner notre foyer si facilement ?! »
Sur ordre de leur chef, la Tribu Arghil se préparait à quitter les terres où elle vivait depuis si longtemps pour s’installer dans le Nord de l’Empire.
« Tu tiens tant que ça à ne pas quitter ton foyer ? »
Bien sûr, tout le monde n’acceptait pas cette décision.
Il était naturel que des objections surgissent.
« Puisque c’est l’ordre du chef, je ne dirai pas que cela me déplaît. Mais j’ai du mal à y croire. »
On leur demandait d’abandonner leur terre natale, de se soumettre à l’Empire et d’obéir à un « ordre » donné par le prince héritier impérial.
On leur promettait même des titres de noblesse en fonction de leurs exploits, ainsi qu’une vie meilleure que celle qu’ils menaient jusque-là.
Les guerriers arghils ne pouvaient pas prendre ces paroles pour argent comptant.
« J’ai entendu dire que nous serions postés en première ligne et que nous nous battrions pour défendre le front nord. »
« C’est exact. »
« Je comprends l’argument selon lequel nos vies ne seront pas très différentes de celles que nous menions jusque-là, mais… j’ai du mal à croire qu’ils — que le prince héritier — nous protégeront vraiment sous l’égide de l’Empire. »
Après avoir écouté le guerrier, le chef de la Tribu Arghil hocha la tête.
« Je comprends. »
À vrai dire, le chef lui-même avait du mal à y croire.
On les avait traités de barbares, et maintenant, ils étaient censés devenir des gens du Nord et défendre le front.
Le chef ne parvenait pas à se défaire de l’idée qu’on les utiliserait comme de simples outils, avant de s’en débarrasser.
Mais…
« Nous n’avons pas le choix. »
Ce qui ne signifiait pas qu’ils pouvaient refuser l’invitation du prince héritier, qui n’avait rien d’une proposition.
« Le prince héritier nous a laissé le choix : serons-nous ses ennemis ou ses alliés ? »
S’ils devenaient ses alliés, au moins ne perdraient-ils pas la vie à cause de lui.
Le chef pouvait au moins se fier à cela.
Car…
« Si nous devenons ses ennemis… »
Le cadavre de la Grande Bête magique devant eux montrait ce qui les attendait s’ils refusaient d’abandonner leur foyer.
La Grande Bête magique appelée Grand-Pied.
C’était le vieil ennemi de la Tribu Arghil, l’une des calamités du Nord.
Elle dépassait largement les dix mètres et ses pieds étaient si énormes qu’ils en paraissaient absurdes.
D’innombrables guerriers avaient été piétinés à mort sous ces pieds gigantesques.
Combien de fois la Tribu Arghil avait-elle tenté de tuer Grand-Pied ?
À chaque fois, elle avait essuyé une défaite écrasante.
« Pour nous prouver qu’il était digne de confiance… il avait la force d’abattre une Grande Bête magique. »
Cette monstrueuse Grande Bête magique gisait à présent, froide et morte, au centre du campement de la Tribu Arghil.
On avait emporté les pieds de Grand-Pied, sans doute pour en apporter la preuve aux autres tribus, mais cela ne changeait rien au fait que le monstre devant eux était bien Grand-Pied.
« … Tout le monde mourra. Il sait qu’il n’aura aucune conséquence à craindre s’il tue des gens comme nous, qui n’appartenons à personne. »
« … »
Le chef imagina toutes les tribus se rassembler pour s’opposer à l’Empire.
Des tribus dispersées qui s’uniraient pour se retourner contre l’Empire ?
« Non, elles n’auraient même pas besoin d’aller jusqu’à l’Empire. »
Le chef de la Tribu Arghil vit l’avenir où le prince héritier dégainait son épée.
L’avenir des tribus qui avaient préféré mourir plutôt que de faire confiance au prince héritier et de se placer sous son égide.
Quand d’innombrables tribus, galvanisées comme jamais, tenteraient de franchir les lignes de front du Nord…
« Si l’ombre de l’Empire vous déplaît, alors je vous montrerai son soleil. »
Ce serait une mort que personne, dans le Nord, ne pouvait imaginer.
« À l’aide ! À l’aide ! »
« Mon corps… Mon corps brûle ! »
« Ah, aaaaaah… ! »
Le chef vit les membres de sa tribu mourir dans d’atroces souffrances.
« Pour survivre, nous devons nous placer sous cette ombre. Et le plus tôt sera le mieux. »
Le chef contempla les membres de la tribu qui faisaient leurs bagages.
Pourvu que les autres tribus comprennent vite, elles aussi, et se placent sous cette ombre.
Le chef pria et pria encore pour que cela arrive.
+++++
Il y avait deux raisons principales pour lesquelles j’avais proposé des fiançailles à Mirne.
La première était de débusquer les héros de « Je suis rassasiée parce que tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses », qui se cachaient quelque part.
« Je n’ai aucune idée du nombre d’hommes avec lesquels elle a joué. »
Pour prendre de meilleures décisions, il fallait savoir exactement qui étaient ses ennemis.
Voilà pourquoi je voulais trouver les hommes qui étaient tombés éperdument amoureux de Mirne.
La méthode : lui proposer publiquement des fiançailles.
Un royaume faible n’oserait pas repousser une telle proposition de la part de l’Empire.
Je voulais en profiter pour repérer plus facilement les poissons qui nageaient dans le bassin de Mirne.
Les hommes qui me fusilleraient du regard quand le prince héritier impérial lui proposerait publiquement des fiançailles seraient forcément les poissons de son bassin.
L’autre raison, c’était qu’il valait mieux garder ses ennemis près de soi.
Au bout du compte, Mirne recevrait le soutien des royaumes voisins et renforcerait le Royaume de Macelin.
Je ne pouvais pas rester les bras croisés, mais je ne pouvais pas non plus ordonner unilatéralement aux autres pays de cesser de l’aider.
J’en avais donc conclu que l’idéal serait de la garder dans le giron de l’Empire.
En réalité, les héros de « Je suis rassasiée parce que tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses » ne soutenaient pas le Royaume de Macelin. Ils soutenaient Mirne.
Dès que Mirne entrerait dans l’Empire, l’histoire de « Je suis rassasiée parce que tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses » serait forcée de prendre un tournant radical.
« Ou bien… se retourneraient-ils contre l’Empire parce que Mirne appartiendrait à quelqu’un d’autre ? »
Le problème, c’était que j’ignorais dans quelle direction les choses évolueraient.
Voilà pourquoi la première raison, et non la seconde, m’avait poussé à sortir la carte des fiançailles publiques.
J’avais tout de même douté que cela fonctionne vraiment.
À l’origine, je voulais mettre Mirne sous pression alors qu’elle se portait parfaitement bien.
Mais j’étais couvert de sang, à présent, alors je pensais que personne n’oserait intervenir.
Et pourtant…
« Leurs regards s’abattent sur moi. »
Ceux qui étaient restés silencieux jusqu’à ce que je parle des fiançailles s’étaient soudain enflammés dès que j’avais attrapé Mirne de force pour l’empêcher de tomber.
Je les sentais m’observer tout en dissimulant leur présence autant que possible.
« Le Saint est sans aucun doute tombé amoureux d’elle. »
Il n’y avait pas que le Saint : les princes de plusieurs royaumes assez puissants m’observaient aussi.
Ils dissimulaient leur présence autant qu’ils le pouvaient, l’air de se retenir à grand-peine.
« Intéressant. »
Même si je ne pouvais pas faire entrer Mirne dans l’Empire immédiatement, mon existence resterait au moins gravée dans l’esprit des hommes qui l’entouraient, chaque fois qu’elle lancerait ses filets à l’avenir.
J’avais semé assez de désordre.
Et je m’étais suffisamment diverti.
Alors que j’y réfléchissais, le cri sonore d’un fou imprudent me vrilla les oreilles.
« Relâchez-la immédiatement ! »
« Te voilà. »
À peine eus-je entendu cette voix que les mots m’échappèrent tout seuls.
Au-delà des deux raisons principales qui m’avaient poussé à proposer publiquement des fiançailles, j’en avais une troisième, que je n’avais pas mentionnée parce que je ne savais pas si elle fonctionnerait vraiment.
« C’était davantage une hypothèse qu’une raison. »
Je m’étais demandé avec curiosité comment le monde protégerait Mirne si sa sécurité était menacée.
J’avais donc délibérément créé une situation où quelqu’un interviendrait.
Mirne était objectivement faible ; elle ne pouvait donc pas résister à ma pression.
Si j’usais de mon pouvoir pour la maintenir debout alors qu’elle tentait de s’effondrer…
« Qui interviendrait ? »
Je me demandais si quelqu’un apparaîtrait vraiment pour agir imprudemment dans une situation pareille.
« Comment osez-vous gâcher un banquet impérial ? »
« J-Je ne suis pas celui qui l’a gâché ! C’est vous, prince héritier… ! »
« Le prince héritier, dites-vous ? »
Un homme pareil existait donc vraiment.
Ce n’était encore qu’une hypothèse, mais son éclat m’avait donné une raison de continuer à la mettre à l’épreuve.
« La princesse héritière Mirne était sur le point de s’effondrer ; je me suis contenté de la soutenir. Non seulement vous déformez mes intentions à votre guise, mais vous avez aussi puisé dans votre mana dans la salle de banquet… et vous m’avez manqué de respect. »
L’Empire traversait alors une grave période d’instabilité intérieure.
Les autres royaumes le savaient naturellement eux aussi.
Et pourtant, ils avaient tous assisté au banquet impérial.
Ils voulaient sans doute constater de leurs propres yeux la véritable situation de l’Empire et se faire leur propre opinion.
Or, dans ces circonstances, un homme venait d’apparaître comme s’il attendait l’occasion de défier ouvertement l’Empire.
« Vous ne pouviez pas ignorer ce que signifiait puiser dans votre mana au beau milieu d’un banquet… »
« … »
Ce ne serait pas une bonne idée de continuer à le pousser dans ses retranchements ici.
Il serait absurde que le prince héritier impérial s’attarde personnellement sur chaque faute d’un singe pareil.
Alors…
« Qu’en pensez-vous, vous autres ? »
Je laissai le soin d’en juger aux autres.
Comme s’ils n’attendaient que mon signal.
« Prince héritier du Royaume de Sendra ! Jamais je n’aurais imaginé que vous vous couvririez ainsi de honte ! »
« Vous avez déformé à votre guise les intentions de Son Altesse le prince héritier, et vous avez même puisé dans votre mana… ! »
« Je ne vois pas comment vous comptez réparer cela ! »
« Vous avez gâché toute l’ambiance du banquet ! À quoi pensiez-vous ?! »
Les royaumes les plus faibles se mirent à accabler le prince héritier du Royaume de Sendra de reproches, pressant le pas pour l’accuser.
« … Princesse héritière Mirne, vous allez bien ? »
« O-Oui… J’ai seulement été surprise que Son Altesse le prince héritier me soutienne. Je vais parfaitement bien. Au contraire, je lui suis reconnaissante de m’avoir soutenue. »
Les échanges entre le Saint Valerian du Saint Royaume de Romper et Mirne acculèrent complètement le prince héritier du Royaume de Sendra.
« Je ne sais pas si le monde lui-même l’a traîné de force jusqu’ici, ou si Mirne, cette femme moderne du vingt et unième siècle, est simplement si persuasive. »
Je ne pouvais pas le vérifier sur-le-champ, alors je décidai de laisser la question de côté pour l’instant.
« Ah… Ah… »
En comprenant que tout le monde s’était retourné contre lui, le prince héritier du Royaume de Sendra se mit à trembler de tous ses membres.
Mais il était trop tard.
« J-Je reconnais mon erreur… »
« Vous saviez que c’était une erreur et vous l’avez quand même fait ?! »
« C’est risible que vous ne vous en rendiez compte que maintenant ! Pour qui le Royaume de Sendra se prend-il, à interpréter à sa guise la volonté de l’Empire ?! »
« Vous avez de la chance que Son Altesse le prince héritier ait fait preuve de clémence. Sinon, je vous aurais jugé moi-même ! »
Les membres de la famille royale de chaque royaume, persuadés d’être déjà du côté de l’Empire, s’unirent pour accabler le prince héritier du Royaume de Sendra.
« Je vais les laisser faire un moment, puis je lui demanderai de présenter des excuses sincères. »
Les coffres impériaux étaient vides.
Et voilà qu’un pigeon idéal pour les remplir venait de se présenter.
« En résumé… »
Quelle était la position actuelle de Mirne à mes yeux ?
« Est-ce que je pourrais dire que si je lui donne un coup, de l’argent sort de la poche de ceux qui l’entourent ? »
C’était un véritable arbre à argent.
+++++
Malgré cette interruption grossière, le banquet impérial se poursuivit sans s’arrêter.
C’était tout naturel.
Qu’un simple prince héritier d’un royaume interrompe un banquet impérial n’avait aucun sens.
« Pourquoi le prince héritier m’a-t-il donc proposé des fiançailles… ? »
Le banquet se poursuivait ; Mirne s’était brièvement retirée sur le balcon.
« Heureusement que quelqu’un est intervenu. J’ai failli devoir me prononcer clairement sur ces fiançailles. »
Les autres avaient peut-être vu en lui un homme qui s’était comporté imprudemment, mais pour Mirne, son intervention n’avait été rien de moins qu’un salut.
Si elle avait répondu au prince héritier à cet instant, d’innombrables relations se seraient retrouvées enchevêtrées.
« Ouf. »
Alors qu’elle poussait un soupir de soulagement…
« Pourquoi vous cachez-vous ici, princesse héritière Mirne ? »
Le Saint Valerian s’approcha d’elle.
« Me cacher ? C’est juste que… j’ai parfois besoin de prendre l’air, moi aussi. »
« Ha ha, ce n’est pas parce que la proposition de Son Altesse le prince héritier vous pèse ? »
« … Qui ne se sentirait pas accablée ? Après tout, c’est le prince héritier impérial. »
« La proposition vous tente ? »
« À votre avis ? »
« Répondre à une question par une autre, c’est une mauvaise habitude. »
« Je suis juste en train de faire ma mignonne avec vous, Saint Valerian. »
« … Ça me plaît. »
Ils bavardèrent un moment de choses et d’autres.
Après s’être assurés que personne ne s’était approché d’eux depuis un bon moment…
« Normalement, nous devrions échanger cela par courrier, mais puisque nous nous sommes rencontrés par hasard, autant en parler ici. »
« De quoi s’agit-il ? »
« … Princesse héritière Mirne, je veux que vous deveniez la Sainte. »
Le Saint Valerian aborda le sujet avec précaution.
« Ça y est. »
Mirne comprit enfin qu’elle était entrée dans l’intrigue principale.
C’était un tournant plutôt important.
« Mais pourquoi en parler ici… ? »
Même s’ils étaient seuls sur le balcon, cela lui semblait bien imprudent.
« Ne vous inquiétez pas. J’ai utilisé le pouvoir divin pour que personne ne puisse entendre notre conversation. »
« Ah, je vois. »
Rassurée par les paroles du Saint, elle répondit :
« La Sainte… Comment pourrais-je accepter une fonction aussi prestigieuse, moi qui n’en suis pas digne ? »
Elle commença à préparer le terrain pour faire avancer l’intrigue principale pour de bon.
Pendant ce temps, le prince héritier quitta la salle de banquet sous prétexte qu’il devait se laver du sang.
« La jalousie est une émotion fascinante. Elle pousse les gens à faire des choses qu’ils n’auraient jamais faites autrement. »
Accompagné d’un Exécuteur qui maîtrisait Mystère, il écoutait la conversation entre Mirne et le Saint.
En temps normal, le Saint n’aurait eu aucune raison d’aborder un sujet aussi important sur un balcon.
Mais la proposition de fiançailles du prince héritier avait dû le pousser à vouloir attirer davantage l’attention de Mirne.
C’était pour cela qu’il avait parlé de la Sainte, un sujet bien plus puissant qu’une demande en mariage, afin de détourner l’attention de Mirne vers lui.
« Mirne… Elle va aussi devenir la Sainte ? »
À vrai dire, cela ne m’étonnait pas vraiment.
Obtenir une chose après l’autre, ça faisait simplement partie du rôle de protagoniste.
Mais il y avait une chose à laquelle Bellon, le prince héritier, ne s’était pas attendu.
C’était ceci.
[ Une vilaine existe au sein du Saint Royaume de Romper. ]
« Quoi ? »
C’était un message de l’Anneau de la Vilaine, qui signalait qu’une vilaine existait au sein du Saint Royaume de Romper.
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