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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 27 : Le grand banquet (3)
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Alors que les préparatifs du banquet allaient bon train, je gagnai le Nord pour mieux évaluer la force des barbares.
« Arveda, n’interviens sous aucun prétexte. »
« Oui, Votre Altesse. »
Les monstres magiques, puis les barbares.
Dans la situation actuelle, le Nord aurait du mal à repousser les uns et les autres sans trop de dégâts.
Le bain de sang était inévitable.
Et les pertes qui en résulteraient seraient trop lourdes pour que l’Empire puisse les compenser rapidement.
Si cela arrivait, la plaie ne ferait que s’élargir, et le front nord s’effondrerait.
C’était pourquoi, si je pouvais parler aux barbares, j’avais l’intention de le faire.
Les barbares tentaient de franchir le front nord pour survivre.
Mais si l’Empire leur garantissait d’emblée la sécurité ? S’il les accueillait comme des gens du Nord ?
Et si les barbares comblaient les brèches du front nord ?
On ne pouvait rêver meilleure solution.
Et s’il y avait parmi eux un adversaire exceptionnellement puissant, je voulais libérer toute ma force et la mettre à l’épreuve.
C’était comme conduire une F1 à une centaine de kilomètres à l’heure à peine.
Je voulais la pousser à son rendement maximal et éprouver mes limites.
Je franchis le front nord et poursuivis mon chemin, tout à ces pensées…
« Arrêtez-vous. »
Je n’avais aucune idée de la distance que j’avais parcourue.
Au moment où j’atteignis une forêt où l’on pouvait au moins survivre, une voix retentit à mes oreilles.
« Je pensais que les barbares seraient incapables de communiquer… mais vous parlez une langue que les gens peuvent comprendre. »
« Qu’est-ce que vous avez dit ? »
« Rien. »
En levant les yeux, j’aperçus un garçon qui tenait son arc bandé.
Le Grand Guerrier du Nord pourrait être du genre jeune homme ? Comme c’est un personnage qui évolue, il y a de bonnes chances qu’il soit jeune.
Le problème, c’était que je n’avais toujours pas pris contact avec Mirne. Même si je croisais quelqu’un, je ne pourrais donc pas savoir qui c’était.
Le seul moyen de deviner, c’était de me fier à son apparence, un élément essentiel de la fantasy romantique.
Mais il avait l’air plutôt quelconque ; il ne semblait donc pas destiné à devenir un héros masculin.
« Partez immédiatement ! Vous êtes sur les terres de la Tribu Arghil ! »
« Officiellement, même les régions inexplorées du Nord appartiennent à l’Empire. »
« Je n’en sais rien ! Partez ! Je ne discuterai pas davantage ! Si vous ne partez pas tout de suite, je tire ! »
J’écoutai le garçon, songeur.
Y a-t-il une seule tribu, ou plusieurs ?
S’il y en avait plusieurs, celui qui les unissait deviendrait-il le Grand Guerrier ?
C’était probable.
Pour être appelé Grand Guerrier, il fallait généralement accomplir quelque chose de véritablement extraordinaire.
Unir des tribus qui vivaient séparées suffirait amplement à mériter ce titre.
Et si je transformais toutes ces tribus en gens du Nord ? Le Grand Guerrier du Nord deviendrait-il le Grand-Duc du Nord ?
Les héros masculins de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses étaient remplacés par d’autres sous une forme différente, à moins qu’un nombre suffisant de morts n’ait été accumulé dans le récit.
J’ignorais combien ils étaient, mais une chose était sûre : ce nombre absolu restait généralement le même.
Alors, était-il possible de modifier leur profil sans changer ce nombre ?
En fait, c’est déjà confirmé.
Les mots-clés du Grand-Duc de l’Est avaient changé après qu’il eut perdu à jamais la capacité d’utiliser le mana.
Il n’était même plus le Grand-Duc de l’Est. Il était sans doute l’ancien Grand-Duc de l’Est, à présent.
En y réfléchissant, laisser le Grand Guerrier du Nord garder son titre de Grand Guerrier représenterait une énorme perte.
Ces types finiront par envahir le Nord.
Mieux valait leur offrir un endroit où vivre et leur confier la garde du front nord.
S’ils devaient de toute façon se battre pour survivre, ne valait-il pas mieux qu’ils affrontent des monstres magiques plutôt que leurs semblables ?
J’en étais là dans mes réflexions.
« La Tribu Arghil vit-elle dans les environs ? »
« Je vous ai dit de partir ! Je vais vraiment tirer, cette fois ! »
« Donc, vous vivez bien dans les environs. »
À l’instant où ses doigts lâchèrent la corde, je pris appui sur le sol.
Je n’avais pas envie de perdre davantage de temps avec un enfant.
Je déployai mes sens et me dirigeai vers l’endroit où je percevais le plus de présences.
« Ils ont au moins installé une palissade rudimentaire. »
Après avoir parcouru une distance convenable, je souris en apercevant la palissade.
Impossible d’appeler ça des remparts ; c’était bel et bien une palissade.
Le lieu semblait organisé dans une certaine mesure, puisque des gardes se tenaient à proximité.
« Qui va là ?! »
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
« Oh, vous m’avez repéré ? Il y a ici pas mal de guerriers capables. »
« U-Un homme ?! »
« Il a volé ! Un homme a volé ! »
« Une invasion ! Nous sommes envahis ! »
Inutile de leur parler, je franchis d’un bond léger la palissade et les gens qui se trouvaient là.
Je n’en tins aucun compte.
Je voulais m’entretenir avec les dirigeants.
Je voulais parler au plus vite à quelqu’un en mesure de décider du sort de la tribu.
Pourquoi devrais-je expliquer qui je suis et à qui je veux parler à une bande de gardes ?
Trouver les dirigeants était facile, d’ailleurs.
Il suffisait de repérer le bâtiment le plus luxueux.
Le chef devait s’y trouver.
Et, comme prévu…
Là.
Parmi les nombreuses habitations qui ressemblaient à des yourtes mongoles, une tente particulièrement ornée attira mon regard.
À peine eus-je atterri devant elle…
« Recevoir la visite d’une personne aussi éminente dans un lieu aussi misérable… J’en suis fort intimidé. »
Une voix s’éleva de l’intérieur, comme si l’on m’y attendait.
« Je sais que ma visite est impolie, mais l’affaire est urgente… J’espère que vous me pardonnerez ce manque de courtoisie. »
« Ha ha, comment pourrais-je ne pas vous pardonner, Soleil de l’Empire ? »
Le rabat de la tente s’ouvrit et un vieil homme en sortit.
Ses yeux étaient entièrement blancs, mais son regard se posa nettement sur moi.
« Je vous en prie, entrez. »
« Êtes-vous le chef de la Tribu Arghil ? »
« Je m’accroche tout juste à cette fonction, où je m’efforce de tirer parti du peu de sagesse qui me reste. »
Il comprenait vite, peut-être parce qu’il était le chef.
Je le suivis à l’intérieur.
Quelque temps plus tard…
« Chef ! »
« Un individu insolent a pénétré dans notre tribu… ! »
Les guerriers de la Tribu Arghil accoururent.
« Tout va bien. Tout va bien, retournez à vos occupations. »
« …M-Mais… »
« S’il avait voulu nous faire du mal, il aurait déjà pu tous nous anéantir. Allez-y. »
« … »
Le chef calma les guerriers avec sang-froid, puis les renvoya.
« Ils vous font profondément confiance. »
« Ces guerriers ne font que suivre docilement ce vieil homme incapable. »
Un bref silence s’installa.
Je ne voyais pas l’intérêt de me présenter ; j’allai droit au but.
« Abandonnez ces terres et devenez des gens du Nord. Vivez en paix sous la protection de l’Empire. »
« J’ai appris que vous aviez récemment perdu une grande partie de vos forces. Il vous faut combler ce manque, n’est-ce pas ? »
« Comment le savez-vous ? »
« C’est un petit don que je possède. »
Ah.
En entendant sa réponse, j’envisageai un instant d’exterminer jusqu’au dernier barbare.
À ma connaissance, la Tribu Arghil vivait assez loin du front nord.
Et pourtant, ils savaient ce qui s’y était passé.
Et si chaque tribu avait un don singulier de ce genre et qu’elles s’unissaient toutes contre l’Empire ?
Ne vaudrait-il pas mieux les éliminer avant qu’ils ne deviennent plus puissants ?
Cette pensée ne dura qu’un instant.
« Nous abandonnerons ces terres. Je vous en prie, apaisez votre colère. »
Le chef avait peut-être deviné mes pensées, car il ajouta aussitôt ces mots.
« J’ai appris que vous viviez ici depuis longtemps. »
« Nous savons seulement que nous devons partir si nous voulons vivre plus longtemps. »
« J’aimerais avoir un argument qui facilite aussi la persuasion des autres tribus. »
« Tuer un Grand Monstre magique serait le moyen le plus rapide. À vrai dire, cela suffirait à nous décider à partir sur-le-champ. »
« Un Grand Monstre magique ? »
Rien que le nom était de mauvais augure.
« J’ai entendu dire qu’ils commençaient à s’agiter depuis peu. Les Grands Monstres magiques… n’ont rien à voir avec les monstres magiques ordinaires qui sévissent dans le Nord. »
C’étaient donc les monstres de niveau boss qui parcouraient le Nord.
« Celui qui les tue est reconnu comme Grand Guerrier par toutes les tribus. »
Les Grands Monstres magiques. Les Grands Guerriers.
Je compris alors ce qui se cachait derrière le profil du Grand Guerrier du Nord.
« De plus, les Grands Monstres magiques eux-mêmes fournissent des matériaux d’une valeur exceptionnelle. »
À mesure qu’il m’en disait plus sur les Grands Monstres magiques, je visualisai clairement la suite des événements : le héros masculin, devenu le Grand Guerrier du Nord, tuerait un Grand Monstre magique, obtiendrait une arme de qualité, puis envahirait le front nord avec cette arme.
Le Grand Guerrier du Nord apparaîtra de toute façon, à moins que le système n’annonce un changement.
Autant diminuer à l’avance le nombre de Grands Monstres magiques et lui retirer quelques barreaux de l’échelle.
Mes calculs furent vite faits.
Il reste encore un peu de temps avant le banquet. Et si j’en chassais autant que possible ?
Je tuerais des Grands Monstres magiques, m’en servirais comme preuve et intégrerais toutes les tribus du Nord en tant que gens du Nord.
En même temps, je mettrais mes limites à l’épreuve en tuant ces Grands Monstres magiques.
Avec ces deux objectifs en tête, je me mis en route.
« Cela a pris plus de temps que prévu. Arveda, pouvons-nous rentrer directement dans l’Empire ? »
« J’ai préparé de la Poussière de fée à l’avance, mais il nous faudra un peu de temps. »
« Très bien. Je vous en prie. »
Quand je repris mes esprits, le jour du banquet était arrivé.
Enfin, j’avais demandé à Bedin de se préparer à toute éventualité.
Le banquet se déroulerait sans encombre.
J’arriverais simplement avec un peu de retard.
C’était encore mieux ainsi.
Plus j’arriverai tard, plus j’attirerai l’attention.
Après tout, les protagonistes étaient censés faire une entrée tardive.
+++++
La grande salle de bal.
Le prince héritier était arrivé en retard.
Et il avait prononcé des paroles encore plus stupéfiantes que son arrivée tardive.
Je n’ai aucune idée de ce qu’il a en tête.
À ces mots, Mirne fut prise de confusion.
Des fiançailles ? Il lui proposait des fiançailles après avoir convié des invités de marque de toutes les nations dans la grande salle de bal ?
Le prince héritier de l’Empire à la princesse héritière d’un royaume faible ?
Pourquoi ? Y a-t-il une raison à cela ? L’ai-je séduit ? Quand a-t-il commencé à s’intéresser à moi ? Quand je lui ai envoyé l’Esprit ?
En même temps, elle s’efforçait d’analyser la situation.
Qu’est-ce que l’Empire pouvait bien gagner à lui proposer des fiançailles ?
Y a-t-il quoi que ce soit à y gagner ? Une telle chose existe-t-elle seulement ?
Récemment, l’Empire de Velos avait interrompu toute l’aide qu’il apportait au Royaume de Macelin.
Non content d’avoir cessé son soutien, il avait aussi traité tous les accords commerciaux qui les liaient comme s’ils n’avaient jamais existé.
Sur le plan diplomatique, c’était comme si l’Empire avait unilatéralement effacé ses relations avec le Royaume de Macelin.
C’était pourquoi Mirne pensait que l’Empire considérait Macelin comme un pays neutre, au mieux, ou hostile, au pire.
Et voilà qu’il lui proposait des fiançailles ?
Comment suis-je censée réagir ?
Si elle le repoussait immédiatement, l’Empire pourrait s’en servir comme prétexte pour exercer des pressions sur le Royaume de Macelin.
Ce serait facile. En cherchant bien, on pouvait toujours trouver quelque chose à reprocher ; et si quelqu’un voulait un prétexte, il pouvait en inventer autant qu’il le souhaitait.
Mais réagir favorablement à cette demande en elle-même serait tout aussi étrange.
Le principe de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses, c’était qu’elle ne finissait avec un héros masculin qu’à la toute, toute fin.
Jusque-là, l’essentiel était d’entretenir une ambiguïté romantique avec tout le monde.
Mais se fiancer au prince héritier maintenant ?
Cela n’avait aucun sens.
C’était absolument impossible.
Bien sûr, le Royaume de Macelin ne ferait pas un mauvais choix en se plaçant sous la protection de l’Empire.
Mais…
Le prince héritier est une cible impossible à conquérir. Si je finis avec quelqu’un d’inaccessible… qu’est-ce qui va se passer ? Non, peut-on seulement dire que j’ai fini avec quelqu’un ? C’est beaucoup trop forcé.
La situation du royaume et celle de Mirne étaient différentes.
Du point de vue de Mirne, mieux valait suivre le cours du roman original.
Accepter posait problème. Refuser aussi.
Incapable de choisir, Mirne observa le visage du prince héritier.
Un frisson lui parcourut l’échine.
Quel est ce regard…
Il n’y avait pas la moindre trace d’émotion à son égard.
Et, en même temps, elle comprit.
Les fiançailles n’étaient pas son véritable objectif. Qu’elle accepte ou refuse lui était égal.
Un geste en apparence désinvolte avait déclenché une tempête, et elle n’était qu’une chandelle face à elle.
C’est… le prince héritier qui a changé… ?
La peur de voir l’histoire se dérouler autrement que prévu.
Ce regard indifférent qui, pour la première fois de sa vie, la traitait comme si elle ne valait rien.
Ces deux choses réunies écrasèrent l’esprit de Mirne.
« H-Hiiii… »
À bout, Mirne perdit jusqu’à la force de rester debout et s’effondra.
Non, plus précisément, elle tenta de s’effondrer.
« Vous devriez répondre avant de vous écrouler. Est-ce ainsi que le Royaume de Macelin se comporte lors des réceptions ? »
Serrement.
Une force retint Mirne alors qu’elle tombait.
« Kh… kh… »
Une pression d’une force qu’elle n’avait encore jamais ressentie.
Au moment où Mirne laissa échapper un gémissement de douleur…
« Prince héritier ! »
Dans la grande salle de bal.
« Comment pouvez-vous traiter quelqu’un de cette façon ?! »
Sans autorisation.
« Relâchez-la immédiatement ! »
Quelqu’un se mit à dégager une présence féroce.
À cet instant, Mirne vit l’expression du prince héritier.
« … ! »
Le regard d’une bête qui venait de trouver sa proie.
Le prince héritier prit la parole en observant celui qui osait libérer son mana dans la salle de banquet impériale.
« Je t’ai trouvé. »
Un sourire sombre se dessina sur les lèvres du prince héritier.
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