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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la romance fantasy n’est plus ◈
Chapitre 24 : Le grand nettoyage (4)
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Officiellement ou non, le Pape de l’Église de Romper n’avait aucun descendant de son sang.
Comment un homme dévoué à Dieu aurait-il pu engendrer des descendants par l’acte charnel de la reproduction ?
Et pourtant, le Pape avait bel et bien un fils.
Cela signifiait qu’il n’avait pas été conçu par un rapport sexuel.
C’était un enfant né du cœur.
Valerian était l’unique enfant du Pape, né du cœur.
Dès son plus jeune âge, il avait montré des dispositions extraordinaires et un talent incroyable pour le pouvoir divin.
À présent, il avait même obtenu le titre de saint.
Mais à quoi bon être appelé saint ?
« Qu’est-ce que tu as bien pu faire pour qu’une lettre pareille nous parvienne ?! »
Il causait toujours des problèmes de ce genre.
Jusqu’ici, le Pape avait à peine pu fermer les yeux sur les ennuis qu’il provoquait. Mais cette fois, c’était d’un tout autre ordre.
L’Empire avait envoyé une lettre qui ne laissait aucun doute sur sa colère ?
Et pas par les voies habituelles, mais par pigeon voyageur ?
Impossible de balayer ça d’un revers de main.
Mais alors…
« Père, tout va bien. Fais-moi confiance. Je peux m’en charger. »
À peine entendit-il la réponse calme de son fils que le Pape faillit exploser de frustration.
L’Empire avait aujourd’hui une image bienveillante, mais quelques générations plus tôt, il avait été véritablement terrifiant.
Tu osais faire des histoires ? Alors meurs.
Tu te rebellais parce que tu ne voulais pas mourir ? Tu mourrais quand même.
Très bien, pars dans un autre pays. Mais tu partiras seul. Tu ne peux rien emporter. Tu refuses ? Meurs.
Comme s’ils avaient voulu éliminer à l’avance tous ceux qui pourraient se rebeller, ils avaient tué quiconque ne témoignait pas d’une loyauté farouche envers l’Empire.
La moindre velléité de défiance, et l’on était exécuté sur-le-champ.
Après cette purge sanglante, les générations s’étaient succédé.
C’est ainsi que l’Empire avait acquis son image actuelle de douceur.
« Comment comptes-tu t’en charger… Attends, t’en charger ? Tu veux dire que tu sais ce qui se passe en ce moment dans l’Empire ? »
« Bien sûr. Comment pourrais-je ne pas le savoir ? »
« Tu le savais et tu ne m’as rien dit ? »
« J’avais l’intention de m’en occuper moi-même. »
Crac, boum !
« Aïe ! Pourquoi tu me donnes un coup de pied tout à coup… ? »
Le Pape était vieux.
Il avait atteint l’âge où deux heures d’étirements étaient nécessaires pour que son corps se délie correctement.
Et pourtant, oubliant les cris de protestation de son corps, il donna aussitôt un coup de pied à son fils.
« Espèce de taré ! Tu n’as pas réussi à t’en charger tout seul, puisqu’une lettre de l’Empire est arrivée jusque dans mes appartements ! Comment peux-tu rester aussi tranquille ?! »
« Tout va vraiment bien. On dirait que la rébellion du Grand-Duc du Nord a échoué, mais nous n’aurons pas d’ennuis. »
« L’Empire exige la vérité. Il réclame même des réparations, et toi, tu prétends que nous n’aurons pas d’ennuis ? »
« Il nous suffit d’obtempérer sur ce point… Rien que sur ce point. Il n’y aura rien d’autre. Ils ne découvriront rien. Ils doivent être furieux à cause de la rébellion, alors nous n’avons qu’à envoyer quelques membres du clergé. »
« Ha. Tu dis ça comme si c’était simple. »
« Ça l’est. Et ça fait aussi partie de mon plan. »
« Ton plan ? »
Un plan, ou je ne sais quelle foutaise.
Le Pape lança à Valerian un regard qui signifiait qu’il n’accorderait pas sa permission sans explications convenables. Le saint poursuivit en haussant les épaules.
« À cause de la rébellion dans le Nord, les troupes y manquent cruellement. On nous soupçonne, alors il faudra envoyer des soldats dans le Nord pour dissiper les soupçons. »
« C’est vrai. L’Empire l’exige… et le problème, c’est que nous ignorons ce qu’il fera si nous refusons. »
« Alors obtempérons. Nous pourrons enfin répandre ouvertement la foi dans l’Empire. »
« Répandre la foi ? »
« Oui. Le Nord est déjà une région où survivre est difficile. Si ceux que nous envoyons y manifestent leur pouvoir divin, à quel point sera-t-il facile d’y répandre la foi ? »
« … »
Le Pape garda le silence.
À vrai dire, ignorer la lettre de l’Empire était une possibilité.
Ou bien il pouvait feindre de ne pas comprendre, demander de quoi ils parlaient, puis s’indigner qu’on puisse les soupçonner.
Mais…
« L’Empire a des preuves solides. Voilà pourquoi nous n’avons pas le choix : nous devons obtempérer. »
La situation était défavorable au Royaume saint.
Il était évident que son fils avait été impliqué.
Et, en tant que membre du clergé, il ne pouvait pas simplement fermer les yeux.
Mais répandre la foi dans tout ça ?
« Ce n’est pas une mauvaise idée. »
Il y avait tout de même un risque.
L’Empire n’avait rien dit de particulier au sujet des activités religieuses.
Mais était-il vraiment convenable de répandre la foi alors qu’ils envoyaient des gens en guise d’excuses ?
D’un autre côté, la propagation de la foi était l’un des dogmes de l’Église de Romper. Ce n’était donc pas anormal.
Rien n’avait l’air particulièrement forcé.
« … Pour l’instant, fais comme tu l’entends. De toute façon, nous envoyons des gens. »
« Père, tu dois me faire entièrement confiance. »
Dès que le Pape lui donna son accord, Valerian esquissa lentement un sourire.
« Alors le Grand-Duc du Nord est bel et bien mort ? »
Un rival avait disparu.
Mais le montrer ouvertement aurait été amateur.
« Aujourd’hui, je pourrai parler à Mirne de la tristesse que je ressens d’avoir perdu un ami. »
Voilà qui ferait un sujet de conversation parfait.
Valerian se réjouissait déjà à l’idée de parler avec Mirne.
+++++
« Ah, et si ceux qu’ils envoient semblent vouloir répandre la foi, punissez-les sévèrement. »
« Cela ne posera-t-il pas de problème ? »
« Ils vont presque certainement envoyer des gens. Alors, quand ils annonceront leur départ, faites partir une autre lettre au bon moment. »
Au moment précis où les envoyés du Saint Royaume de Romper arriveraient dans le Nord, une lettre serait adressée au Royaume saint.
Elle dirait :
« Si vous êtes venus présenter des réparations, faites-le discrètement. Si vous essayez de répandre la foi, ça se passera mal… Formulez ça comme il faut et envoyez-la. »
« O-oui ! »
Si je leur donnais les grandes lignes, le ministère des Affaires étrangères saurait y mettre les formes.
« Le Nord et la région orientale ont été ravagés par les effusions de sang, et le centre impérial manque lui aussi cruellement de personnel. Recrutez sans restriction de statut les personnes les plus talentueuses. »
« V-Votre Altesse le prince héritier. Pardonnez-moi de le dire, mais si vous faites cela, les nobles déjà en place risquent de protester… »
« Ha ha, vous croyez que je ne veillerai pas sur les nobles ? Ce ne seront que des nominations provisoires. Ne vous inquiétez pas trop. »
« Votre Altesse est d’une grande bonté… »
« Ah, assez de flatteries. Où en est l’Académie ? »
« Nous y consacrons tous nos efforts, mais… »
« Donnez-moi seulement une estimation du délai. »
« Nous estimons qu’il faudra deux ans, Votre Altesse. »
Deux ans, c’était trop long.
Bien sûr, je savais que, pour l’Empire, ce délai restait incroyablement court.
Mais comme j’ignorais pourquoi Mirne voulait fonder une Académie, c’était dommage de perdre deux ans sans rien faire.
« Ça ne veut pas dire que je peux réduire le délai de construction du jour au lendemain. »
En tant que prince héritier, si une montagne me déplaisait en passant, j’avais le pouvoir de dire :
« Cette montagne bloque le soleil. Déplacez-la. »
« Bien, Votre Altesse. »
Mais alors que l’Empire souffrait déjà d’un manque criant de personnel administratif, leur mettre encore plus de pression serait déraisonnable.
« Maintenant que j’y pense, il y avait un Exécuteur qui se servait d’un marteau. »
Je devrais lui demander.
Sur cette pensée…
« La réunion du Conseil d’État est levée. »
Je mis fin à la réunion du Conseil d’État, qui commençait chaque matin comme le petit-déjeuner, et me levai aussitôt.
« J’ai beaucoup trop de choses à faire. »
J’avais bien réglé tous les problèmes urgents, mais, ce faisant, j’avais aussi jeté tous les meubles de la maison.
Si je les laissais là, la moisissure ne ferait que s’étendre ; je m’en étais donc débarrassé.
À présent, la maison était si vide que la remplir était devenu le problème.
« Ouf. »
Dès la fin de la réunion du Conseil d’État, je retournai dans ma chambre et consultai la récompense obtenue pour avoir réglé la situation dans le Nord.
[ Vous avez parfaitement résolu la situation. ]
[ En récompense, vous avez reçu la « Fenêtre de statut de l’Empire pratique ». ]
[ Vous pourrez désormais gérer l’Empire plus facilement. ]
Fenêtre de statut de l’Empire pratique.
Autrement dit, je pouvais consulter la situation de l’Empire plus facilement qu’avant.
Ding !
[ Fenêtre de statut de l’Empire ]
Affiche la situation actuelle de l’Empire.
Comme il s’agit de la version initiale, les informations disponibles sont limitées.
Administration : excellente
Trésor : insuffisant
Puissance militaire : catastrophique
Diplomatie : catastrophique
Corruption : passable
*Un bouleversement majeur a eu lieu dans la région orientale et dans le Nord.
Par conséquent, des rapports simplifiés sur la région orientale et le Nord seront affichés temporairement.
[ Rapport simplifié sur la région orientale ]
Toutes les régions s’efforcent de revenir rapidement à la normale.
Les efforts du Grand-Duc de l’Est en fonction, Javiren Marin, portent leurs fruits.
Le rétablissement progresse à un rythme remarquable. La région orientale devrait donc bientôt retrouver sa puissance d’antan.
[ Rapport simplifié sur le Nord ]
Toutes les forces subversives récemment actives ont été éliminées.
Le front nord se trouve donc dans une situation très instable.
Si la situation n’est pas réglée rapidement, des bêtes magiques franchiront le front nord.
Estella Nave, connue sous le nom de Baguette du Nord, gère actuellement la situation.
Elle met en œuvre les meilleures mesures possibles et emploie efficacement les mages pour maintenir les lignes de front tant bien que mal.
Une aide est nécessaire au plus vite.
« … ? »
Je restai perplexe dès que je vis la fenêtre de statut.
« Rien n’a changé. »
En quoi était-elle censée être pratique ?
Je décidai d’y réfléchir plus tard.
La fenêtre de statut avait tout de même connu un changement majeur après le nettoyage du Nord.
« La corruption est enfin remontée à passable. »
Elle était au plus bas la première fois que je l’avais consultée.
Au moins, je pouvais dire que j’avais arraché la majeure partie de la gangrène.
« Le trésor et la puissance militaire ont encore baissé, mais ça aussi, ça doit être temporaire. »
Du Nord à la région orientale, en passant par l’Académie, il y avait d’innombrables dépenses à couvrir. Il était donc inévitable que le trésor se vide.
Quant à la puissance militaire, le Grand-Duc du Nord, un Grand Maître, était mort, ainsi que tous les chevaliers Maîtres-épéistes sous ses ordres.
D’une certaine façon, il était normal qu’elle ait diminué.
« La probabilité de destruction est de 80 %, et j’ai aussi obtenu un indice au sujet du Pacte… »
Tout en passant en revue, une à une, les choses que j’avais gagnées, je sortis l’épée que j’avais récupérée après avoir fendu le Grand-Duc du Nord en deux, peu de temps auparavant.
« C’est peut-être parce qu’elle vient du futur, mais elle a l’air nettement plus puissante que les armes d’aujourd’hui. »
On aurait aussi dit qu’elle avait été conçue spécialement pour le Grand-Duc du Nord.
Rien qu’en la tenant, je sentais une énergie glaciale s’en dégager.
« Hmm ? »
Pourtant, en la tenant, je perçus quelque chose que je n’avais encore jamais senti.
Comment décrire cette sensation ? C’était la même que lorsque j’avais détecté un drone sans pilote, autrefois.
« Un esprit ? Cette arme abritait un esprit ? »
Grrr.
L’épée trembla légèrement dès que je prononçai le mot « esprit ».
Je décidai que, plus tard, je ferais fondre l’épée pour n’en extraire que l’esprit.
« J’ai tant de choses à faire, et pourtant, je manque de temps. »
À peine cette pensée me traversa-t-elle l’esprit que, comme si elle l’attendait…
[ La Fenêtre de statut de l’Empire pratique s’active pour répondre à vos préoccupations ! ]
Un message inattendu apparut devant mes yeux.
Ffff !
Puis elle afficha un diagramme semblable à un Arbre technologique.
Non, pas quelque chose qui y ressemblait. C’était bel et bien un Arbre technologique.
Le genre qu’on voyait toujours dans les jeux comme Civilization.
Il comportait d’innombrables catégories.
Les rubriques sur les ressources rares et les capacités technologiques attirèrent aussitôt mon attention.
On aurait dit qu’il y avait là des choses qu’on ne trouvait normalement pas dans un monde de romance fantasy.
« Ingénierie magique ? Engrenages ? Ha, qu’est-ce qu’il y a d’autre que les épées et la magie ? »
Un dragon mécanique géant serait possible ? Mais pourquoi faudrait-il que ce soit possible, au juste ?
J’avais bien des questions, mais la construction de l’univers dépendait de ce que décidait l’auteur.
Pas la peine d’examiner tout ça de trop près.
« Mais elle ne me donne que l’Arbre technologique, sans points à dépenser pour débloquer quoi que ce soit ? »
Est-ce que je recevrais aussi ces points séparément, en récompense ?
Ça valait tout de même mieux que rien, alors je cessai d’y penser.
« Arveda. »
« Oui ! Votre Altesse le prince héritier ! »
J’appelai aussitôt Arveda.
C’était plutôt drôle, en fait.
Il me suffisait de prononcer le nom d’Arveda dans le vide pour qu’elle apparaisse immédiatement.
« L’invocation serait un terme plus juste. »
Enfin.
Je posai à Arveda plusieurs questions sur des choses que j’avais récemment remarquées au sujet des Exécuteurs.
« Quand le Grand-Duc du Nord a appris l’existence des Exécuteurs, il les a pris pour une rumeur venant de l’Empire… Quand l’Empire a-t-il utilisé les Exécuteurs pour la dernière fois ? »
C’était la première chose que je voulais éclaircir au sujet des Exécuteurs.
Pourquoi le Grand-Duc du Nord avait-il eu l’air de les découvrir pour la première fois ?
Il les avait même traités comme s’ils n’étaient qu’une rumeur.
« Souhaitez-vous connaître la dernière fois où cela s’est produit ? »
Mais alors…
« … Tu n’arrives toujours pas à utiliser les formes de politesse, hein ? Laisse tomber. Oui, c’est ce que je veux savoir. »
« Depuis le Grand Prophète, personne n’a jamais donné d’ordre aux Exécuteurs. »
« Quoi ? »
Sa réponse me laissa stupéfait.
Alors personne ne les avait jamais utilisés ?
Alors qu’ils possédaient cinq armes nucléaires vivantes ?
Bien sûr, je comprenais qu’on veuille éviter d’y recourir autant que possible.
La seule possession d’armes nucléaires conférait déjà un immense pouvoir.
Mais les Exécuteurs n’étaient pas des armes à usage unique.
Et pourtant, aucun des empereurs de l’histoire ne les avait utilisés ?
« Pourquoi ? Pour quelle raison ? »
Ils avaient lié des Exécuteurs dont ils ne se serviraient même pas par le Pacte ?
« Alors, le Grand Prophète s’est-il déjà servi des Exécuteurs ? »
« Oui, mais c’était avant ma naissance, je n’en connais donc pas les détails. »
« … »
Donc le Grand Prophète les avait utilisés une fois, avait aimé ça, les avait liés par le Pacte, puis avait laissé les générations futures payer la facture ?
« Comment suis-je censé interpréter ça ? »
Pour l’instant, deux possibilités se présentaient.
1. Le Grand Prophète appréciait vraiment les Exécuteurs ; un contrat à long terme avait donc été conclu.
2. Le Grand Prophète avait lié les Exécuteurs par le Pacte afin de se préparer à l’avenir.
Vu sous cet angle, la seconde possibilité devait être la bonne.
Mais la nature de cet avenir demeurait désespérément floue.
« L’avenir… Serait-ce simplement la destruction de l’Empire ? »
Ou bien autre chose se produirait-il une fois les Exécuteurs entrés à Macelin ?
Les possibilités les plus évidentes étaient un Mage noir et un Roi démon.
Des méchants parfaits pour un univers de fantasy.
Dans ce cas, le plus rapide serait de contacter directement Mirne.
« L’Empire a beau être pourri, ça reste un Empire. Autant tirer parti de ce pouvoir. »
Le nettoyage interne était terminé, et tout rentrait peu à peu dans l’ordre.
« L’Église de Romper prétendait qu’il n’existait qu’un seul dieu, n’est-ce pas ? »
« Oui, c’est exact. »
« Alors… »
Après un instant de réflexion, je pris rapidement ma décision.
« L’Empire devrait organiser un grand banquet. »
Et si je semais un peu le chaos ?
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