WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Arsène
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le prince héritier trop complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 18 : Oui, merci de m’avoir prévenu
──────
L’atmosphère était morose dans l’Empire depuis quelque temps.
À vrai dire, nul besoin de se renseigner pour s’en rendre compte.
Les têtes des nobles de l’Alliance de l’Est étaient accrochées aux entrées de leurs domaines.
Le Grand-Duc de l’Est se préparait à être expulsé de l’Empire, son Noyau de mana détruit.
Même les nobles qui passaient leurs journées à rire et à bavarder au cœur de la capitale impériale déambulaient désormais tête basse, comme des morts.
À la moindre erreur, on leur trancherait les genoux sur-le-champ.
Comment auraient-ils pu marcher la tête haute ?
« Je ne peux pas vivre comme ça ! En quoi sommes-nous différents de condamnés à mort qui attendent sagement leur exécution ?! »
Le noble qui avait lancé ces mots mourut peu après.
On découvrit qu’il détournait de l’argent du trésor impérial.
« Nous devons unir nos forces ! Allons-nous mourir sans rien faire ? Ne devrions-nous pas au moins résister ?! »
Le noble qui avait dit cela mourut lui aussi.
Il acceptait des pots-de-vin de la région orientale et empêchait le centre de recevoir des informations de là-bas.
« J’ai à peine le droit de respirer. Est-ce normal de devoir assister à chaque réunion du Conseil d’État en se demandant si l’on va mourir ? »
Le noble qui venait de dire cela survécut.
Il avait poursuivi son intérêt personnel, mais n’avait pas trahi le pays.
Et il avait fait de son mieux dans son travail.
« Hein ? »
Quoi ? On pouvait donc survivre même en poursuivant son intérêt personnel ?
Dès qu’ils s’en rendirent compte, l’atmosphère parmi les nobles du centre changea complètement.
Ils avaient cru que le prince héritier ne leur laissait aucun répit, les pressant sans cesse tout en exigeant d’eux une intégrité absolue.
Mais Son Altesse le prince héritier se montrait remarquablement souple.
« Si vous faites tout votre travail et que vous vous amusez ensuite, qui trouvera à y redire ? »
Bien sûr, il y avait une quantité de travail colossale à abattre.
Dernièrement, le prince héritier avait décrété que tous les citoyens de l’Empire devaient savoir lire et écrire.
En l’apprenant, les nobles sentirent leur statut menacé.
Un monde où tout le monde saurait lire et écrire ?
À quel point cela pouvait-il bouleverser l’équilibre des pouvoirs en place ?
Son Altesse avait même annoncé qu’il comptait activement favoriser les personnes talentueuses.
Il avait également l’intention de faire sortir de l’ombre les Races non humaines vivant cachées.
Et il avait déclaré qu’il fonderait une Académie où toute personne compétente pourrait travailler, quel que soit son statut.
« …Ce n’est pas dangereux, tout ça ? »
« Si souple soit-il, c’est le genre de personne qui purge les nobles en pleine réunion. »
« Est-ce qu’il nous restera une place, plus tard ? On aura beau travailler dur, au bout du compte… »
« Je ne dis pas qu’on devrait rêver de rébellion, mais quand même… Ça sent clairement le danger. »
Naturellement, ceux qui détenaient déjà le pouvoir ne pouvaient s’empêcher d’éprouver un malaise.
De leur point de vue, l’arrivée de nouveaux venus dans le système était extrêmement dangereuse.
Mais leurs inquiétudes furent vite dissipées.
« Ha ha ! Son Altesse le prince héritier a récemment salué mes efforts et m’a offert une bouteille d’alcool d’une valeur exceptionnelle. »
« …Son Altesse distribue aussi des récompenses ? »
« J’en ai été assez surpris moi-même. Il m’a offert cette bouteille et m’a même envoyé une lettre pour s’excuser de ne pas me l’avoir remise en personne, tant les affaires d’État l’accaparaient. »
L’atmosphère bascula dès que le prince héritier se mit à offrir des cadeaux aux nobles qui travaillaient dur.
Le supérieur qu’ils avaient cru effrayant et étouffant reconnaissait en réalité leurs efforts et leur faisait même des cadeaux en récompense ?
Quelle meilleure récompense pouvaient-ils espérer ?
Et cela entraîna autre chose encore.
« Y a-t-il encore des gens qui n’ont pas reçu l’alcool offert par Son Altesse ? »
« Hum. Ceux qui n’en ont pas reçu doivent travailler davantage, ou bien il y a peut-être quelque chose de suspect chez eux. »
Ils commencèrent à se diviser en groupes.
Ceux qui avaient reçu de l’alcool du prince héritier et ceux qui n’en avaient pas reçu.
Les premiers redoublèrent d’efforts pour obtenir d’autres cadeaux.
Les autres rognèrent sur leur sommeil, décidés à en recevoir un coûte que coûte.
La bouteille devint même une sorte de marque de distinction.
« Ceux d’entre nous qui ont reçu cette bouteille peuvent se considérer comme nettement différents de ceux qui arriveront plus tard, vous ne trouvez pas ? »
« C’est évident ! Ha ha ha ! »
« Seuls ceux qui ont mal agi sont punis. Je ne sais pas pourquoi nous avions si peur, au départ. »
« Exactement ! C’est précisément ce que je dis ! »
Ah, Son Altesse le prince héritier reconnaissait donc leurs efforts !
Comme par miracle, le supérieur qui leur avait paru si effrayant devint soudain abordable.
Ce n’était pas comme si les nobles du centre n’avaient pas les moyens de s’acheter de l’alcool cher.
Un cadeau offert par quelqu’un disposant d’un pouvoir écrasant avait bien plus d’influence qu’on ne pouvait l’imaginer.
Cette influence se propagea même jusque dans les salons, où les dames ayant reçu ces cadeaux bombaient le torse avec une fierté immense.
« Ah, quel dommage, il y a un alcool dont nous sommes complètement éprises ces derniers temps. »
« Oh là là… Ce ne serait pas celui que Son Altesse le prince héritier vous a récemment offert… ? »
« Si. Une fois qu’on y a goûté, eh bien… difficile de résister à sa saveur raffinée, je suppose. Mon mari l’a rapporté et je voulais que vous puissiez toutes le découvrir. »
Le sentiment de supériorité que procurait le fait d’avoir goûté en premier à l’alcool offert par le prince héritier.
Cela suffisait à déterminer son statut dans un salon.
Bien sûr.
« Hein. »
Le prince héritier n’aurait jamais imaginé qu’un simple cadeau d’alcool provoquerait un tel effet boule de neige.
À chaque réunion du Conseil d’État, tout le monde avait l’air bien trop tendu.
Il avait distribué une bouteille à chacun pour qu’ils viennent dans de meilleures dispositions, mais n’aurait jamais cru que cela aurait un tel effet sur les nobles du centre.
« Je pourrai en tirer parti plus tard. »
À peine cette idée lui traversa-t-elle l’esprit que…
« Votre Altesse, prince héritier. »
« Oh, chancelier. »
« Les personnes que Votre Altesse attendait… celles qui avaient été envoyées au Royaume de Macelin sont de retour. »
« Toutes ? »
Le chancelier annonça au prince héritier une nouvelle réjouissante.
Mais il ajouta :
« Toutes celles qui avaient été envoyées depuis le centre sont rentrées. Celles de la région orientale sont en route, mais nous n’avons aucune nouvelle du Nord. »
« …Aucune nouvelle du Nord ? »
Une précision intéressante accompagnait cette nouvelle.
+++++
« Les personnes envoyées depuis le centre ont beaucoup souffert ; accueillez-les comme il se doit. »
« Bien, Votre Altesse. »
« Veillez également à ce qu’elles se remémorent et rapportent tout ce qu’elles ont vu et entendu durant leur séjour au Royaume de Macelin. »
« J’exécuterai vos ordres. »
Les personnes talentueuses envoyées par le centre pour apporter leur aide gratuitement étaient rentrées.
Je leur ordonnai d’abord de se reposer, sachant que le voyage les avait épuisées.
En même temps, je leur demandai de me transmettre toutes les informations qu’elles avaient recueillies à Macelin.
« Celles qui ont été envoyées depuis la région orientale rapporteront des cadeaux en échange de notre aide. »
Je songeai un instant aux prochaines personnes qui rentreraient.
Celles de la région orientale ne tarderaient pas à se préparer au départ.
Et si le Nord avait un tant soit peu de jugeote, il devait déjà s’organiser de son côté.
« Je leur ai personnellement demandé à tous de venir, et pourtant le Nord n’a toujours pas donné signe de vie. »
Je ne savais pas s’ils étaient d’une loyauté farouche envers le Grand-Duc du Nord ou si seuls des fous avaient été envoyés là-bas.
Dans les deux cas, ils semblaient plus enclins à agir sur un ordre du Grand-Duc du Nord que sur le mien, ce qui était d’une insolence incroyable.
Ils ne pouvaient pas ne pas avoir reçu la nouvelle.
Les citoyens de l’Empire juste à côté d’eux étaient déjà en mouvement.
Ce serait ridicule qu’ils ne soient pas au courant.
« Et s’ils ne le savaient vraiment pas ? Et s’ils se trouvaient dans un endroit particulièrement reculé ? »
Même dans ce cas, c’était insolent.
Quand quelque chose était arrivé à Mirne, ils s’étaient empressés d’envoyer des pigeons voyageurs.
Mais quand il avait fallu rapatrier leurs gens, ils étaient restés muets ?
S’ils tenaient tant à préserver cette image silencieuse et stoïque, ils n’auraient pas dû envoyer de pigeons voyageurs au départ.
« Ils n’ont tout simplement pas suivi les changements rapides qui ont secoué l’Empire. »
L’Empire avait connu de profonds bouleversements ces derniers temps.
Pourtant, eux restaient les bras croisés.
« Le rôle du Nord, c’était d’arrêter les créatures magiques qui descendaient du nord, non ? »
Créatures magiques, ou monstres.
C’était du pareil au même.
Certaines ressemblaient à des animaux, tandis que d’autres avaient des formes que je n’avais jamais vues.
Personne ne savait pourquoi tant d’entre elles vivaient dans le Nord, ni pourquoi elles en franchissaient les frontières. On aurait dit que les choses avaient été ainsi dès le commencement.
Sans nous, les créatures magiques détruiraient l’Empire, en commençant par le Nord !
Était-ce pour cela qu’ils se permettaient de faire les fiers, convaincus de pouvoir se montrer aussi inflexibles qu’ils le souhaitaient ?
Cette question m’amena à leur demander, lors de la réunion du Conseil d’État, ce qu’ils savaient du Nord.
« Votre Altesse, le Nord est isolé. »
« Quoi ? »
J’entendis une nouvelle stupéfiante.
« Il y a longtemps, le Grand-Duc du Nord a déclaré qu’il fallait empêcher les informations de quitter le Nord pour pouvoir mieux le défendre… Depuis, le Nord a réduit au minimum ses communications avec l’Empire. »
« Est-ce que je l’ai autorisé ? »
« Le Grand-Duc du Nord était si obstiné que je me souviens que Votre Altesse n’a eu d’autre choix que de fermer les yeux. »
Le Nord était coupé du centre.
« Mais qu’est-ce que ça veut dire ? »
Comment un tel fossé pouvait-il exister au sein d’un même Empire ?
D’après les rapports que j’avais reçus, le centre soutenait régulièrement le Nord.
Alors, le Nord acceptait cette aide et se contentait de garder le silence ?
Et il ne nous envoyait aucune des ressources produites là-bas, ni les sous-produits obtenus en chassant les créatures magiques ?
« Comment cet Empire tient-il encore debout ? C’est quoi, cette organisation ? »
Une foule de pensées compliquées me traversèrent l’esprit.
Malgré tout, je poursuivis la réunion.
Le Nord n’était pas le seul problème à régler.
« Je souhaite que l’Académie soit achevée rapidement. Le retour des personnes talentueuses du centre tombe à point nommé. »
« Puis-je vous demander quelle ampleur Votre Altesse envisage ? »
« Elle devra être sans égale. L’Académie de notre Empire devra être la meilleure du continent. »
Tandis que je traitais les points de l’ordre du jour un à un, une idée ne cessait de grandir en moi.
« Une promenade dans le Nord. »
Grand-Duc du Nord, nous nous reverrons bientôt.
+++++
La nouvelle de la promenade du prince héritier dans le Nord parvint aussitôt aux Exécuteurs.
Une fois encore, les Exécuteurs se rassemblèrent au centre, après avoir séjourné dans leurs palais respectifs.
« Bon ! Cette fois, c’est moi qui peux y aller, hein ? »
« …Même si tu es déjà partie la première fois, est-ce vraiment à toi d’y retourner, Arveda ? »
« Hé, boîte de conserve. C’est quoi, ton problème ? Tu veux régler ça ? On va quelque part où il n’y a personne ? »
« Comment se fait-il que tu corriges cette attitude arrogante dès que tu te retrouves devant Son Altesse le prince héritier ? »
« Je sais aussi sauver les apparences, tu sais ? »
La seconde réunion destinée à décider qui l’accompagnerait commença aussitôt.
« Mais pourquoi vous trois, vous vous pointez toujours alors que vous ne dites jamais rien ? »
Arveda tourna son regard vers les trois qui gardaient le silence.
Comme celle qu’on appelait Boîte de conserve semblait bien décidée à partir cette fois, Arveda comptait éliminer les autres concurrents.
À cet instant, la plus imposante des trois silhouettes silencieuses prit la parole.
« Velos se souvient-il du Pacte ? »
La question avait peu de rapport avec le sujet du moment.
Pourtant, les deux autres, qui s’étaient jusque-là tus, réagirent à ces paroles.
« Les descendants de Velos se souviennent-ils du Pacte qu’ils ont conclu avec nous ? »
« Ce n’est pas encore le moment. Mais il viendra. »
Des paroles énigmatiques.
Pourtant, personne ne protesta.
« …Je compte le vérifier cette fois-ci. C’est pour cela que j’irai. »
« Ha ! C’est moi qui pars ! »
« Parmi les Exécuteurs, je suis celle qui est le moins liée par le Pacte. »
« … »
Aux mots de Boîte de conserve, Arveda pinça les lèvres.
Son regard montrait qu’elle n’avait d’autre choix que de le reconnaître.
Voyant cette expression, Boîte de conserve hocha la tête et prit la direction du Palais impérial plutôt que de leur propre palais.
Enfin, le moment était venu de rencontrer le prince héritier, celui dont tout le monde parlait ces derniers temps.
+++++
Je décidai d’emmener moi aussi un Exécuteur lors de cette promenade dans le Nord.
Ce que je devais faire ressemblait à ce que j’avais fait la fois précédente.
Exécuter tous les nobles qui montraient des signes de trahison.
Et découvrir en même temps ce que fabriquait le Grand-Duc du Nord.
« Dommage que le Grand-Duc du Nord n’ait pas une Affinité spirituelle aussi faible que le Grand-Duc de l’Est. »
Si le Grand-Duc du Nord était incapable de voir les esprits, j’aurais envoyé Silphiner.
Mais le climat du Nord était en lui-même extrêmement dangereux pour les esprits.
Et comme le Grand-Duc du Nord était réputé sensible à ce genre de choses, je devais le constater de mes propres yeux.
« Je me réjouis de travailler avec vous. Je m’appelle Bellon. »
« Je m’appelle Pavan. C’est un honneur de vous accompagner. »
Une voix androgyne et une taille qui avoisinait les trois mètres.
La personne était entièrement couverte d’armure, et portait dans le dos une énorme masse, une épée à deux mains et une lance.
On aurait dit une arme de guerre à forme humaine.
Difficile de passer inaperçu dans cette tenue.
« Ce n’est pas vraiment une tenue pour une promenade… »
Cette pensée m’avait à peine traversé l’esprit que Pavan me répondit, comme si la personne avait lu dans mes pensées.
« Aux yeux des autres, j’aurai l’apparence d’une jeune fille tout à fait ordinaire. Ne vous inquiétez pas. »
« D’accord. »
Bon, problème réglé.
À peine étais-je parti pour le Nord, l’esprit tranquille, que…
[L’Anneau de la Vilaine réagit.]
[Une vilaine se trouve dans le Nord.]
[Une rencontre fatidique vous attend.]
L’Anneau de la Vilaine, qui n’avait pas réagi une seule fois depuis que je l’avais reçu, se mit enfin à déverser des messages, comme s’il avait quelque chose à me montrer.
[Une vilaine vous attend plus loin.]
Oui, merci de m’avoir prévenu.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>