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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier trop complaisant de la fantasy romantique n’est plus ◈
Chapitre 14 : Une promenade dans l’Est (4)
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Mais, à bien y réfléchir, ce n’était pas si difficile à comprendre.
Pour le dire franchement, l’héroïne de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses, c’était Mirne, et l’intrigue se déroulait principalement au royaume de Macelin.
Quelle importance pouvait bien avoir l’Empire, qui n’était qu’un décor secondaire ?
Je n’avais pas lu le roman jusqu’au bout, mais au fil de l’histoire, Mirne finirait par devoir devenir plus puissante que l’Empire.
Ce serait ridicule de développer l’univers de l’Empire dans les moindres détails.
Quand l’héroïne se dresserait pour tenter de surpasser l’Empire en puissance, l’intrigue serait bien plus commode si celui-ci s’effondrait au moment opportun.
« Construire un Empire puissant, en détaillant tout… Et comment vous comptez le détruire ensuite ? »
Même si une météorite ou des ninjas tombaient soudain du ciel, un Empire à la puissance militaire inégalée résisterait sûrement.
Alors, autant le ruiner de l’intérieur et le laisser pourrir.
Puis, si on y semait des traîtres comme des asticots grouillant sur un cadavre…
Je voyais déjà l’avenir de l’Empire, soigneusement emballé, prêt à être dévoré quand Mirne devrait le vaincre.
« Grâce à vous, j’ai tant de choses à réparer que je ne sais pas comment je pourrai jamais m’acquitter de ma dette. »
« Votre Altesse le prince héritier, cette dame est… de retour ! »
Arveda, la dragonne qui avait fait tomber le marquisat d’une seule Peur du dragon.
Elle se tenait à mes côtés, les yeux aussi brillants et limpides que lors de notre première rencontre.
Sa forme de dragon ne se manifeste que lorsqu’elle utilise ses pouvoirs ?
À la voir, on aurait simplement dit une elfe noire.
Mais pourquoi avait-elle choisi cette apparence pour sa métamorphose ?
« Beau travail. »
« Je vous remercie, Votre Altesse. »
Comme elle ne semblait pas s’en soucier particulièrement, je décidai de laisser tomber.
C’était déjà assez étrange de recevoir des formules de politesse au rabais de la part d’une dragonne.
J’ai aussi envoyé un oiseau messager au chancelier, alors les choses devraient vite rentrer dans l’ordre.
Deux jours tout au plus.
Le problème, c’était que je n’avais aucune idée de la façon dont un territoire privé de son dirigeant fonctionnerait pendant ces deux jours.
En temps normal, un héritier convenable aurait dû prendre la relève.
« Vous les avez tous tués ? »
« Oui. Comme Votre Altesse le prince héritier l’a ordonné, tous ceux qui n’étaient pas innocents ont dû répondre de leurs péchés. »
Il ne restait personne au marquisat de Verda pour leur succéder.
J’aurais pu confier les rênes aux domestiques, qui connaissaient un tant soit peu la situation du marquisat, mais…
Ils doivent être morts, eux aussi.
Ils avaient forcément été de mèche avec le marquis Verda ; mieux valait donc partir du principe qu’ils étaient tous morts.
Autrement dit, le marquisat de Verda n’était plus peuplé que d’habitants affamés.
Si je ne faisais rien, le chaos serait inévitable.
Je devais remettre de l’ordre.
« Je reviens tout de suite. »
« Dans ce cas, cette dame peut-elle rester ici et s’occuper des affaires de Votre Altesse ? »
Cette fois encore, elle s’exprimait avec une politesse irréprochable.
Je marmonnai intérieurement, puis hochai la tête.
J’allais expliquer aux habitants rassemblés comment l’Empire allait changer à partir de maintenant.
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« … Non, mais qu’est-ce que c’est que ça ? »
Les habitants du marquisat de Verda n’arrivaient toujours pas à s’adapter à ce changement si soudain de leur situation.
C’était vrai, ils avaient prié les cieux de les délivrer de leur existence infernale.
« Aussi facilement… ? »
Mais ils n’avaient jamais imaginé que cela arriverait si vite.
Ils ne savaient pas précisément ce qui s’était passé dans la résidence du marquis Verda.
Pourtant, il était évident qu’un événement d’une ampleur considérable avait eu lieu.
Ils avaient vu les soldats et les chevaliers du coin se précipiter dans la résidence du marquis.
Alors que les habitants se rassemblaient peu à peu sur la place, perplexes, des gens aux yeux hagards étaient sortis en répétant sans cesse : « Je suis innocent. »
Puis d’autres, sans tête, avaient surgi en tenant leur propre tête dans leurs mains, avant de se changer en cendres et de disparaître sur place.
Parmi eux se trouvaient tous les membres de la famille du marquis Verda qui les avaient tourmentés.
Et tous ceux qui leur étaient liés avaient subi le même sort.
« A-alors, qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Ils sont tous m-morts, pas vrai ? »
Quelqu’un qui avait vite compris la situation lança la question à la ronde.
Mais personne ne pouvait y répondre.
« O-on devrait piller la résidence du marquis ? Ils sont tous morts, maintenant, non ? »
« Mais si on y va et qu’on m-meurt aussi… ? On pourrait se faire tuer, nous aussi. »
« On ne devrait pas quitter la ville ? Et si une épidémie se propageait ? Un Mage noir a peut-être fait son apparition, ou quelque chose comme ça ! Pas vrai ?! »
« Ceux qui en sont sortis vivants n’ont toujours pas repris leurs esprits. Vous voulez qu’on les abandonne ? Comment pourrait-on faire ça ? »
Piller la résidence du marquis n’était pas une solution convenable non plus.
Qui savait ce qui se trouvait à l’intérieur ? Comment y entrer sans avoir peur ?
Bien sûr, quoi que ce fût, cela n’avait tué que les ordures qui les traitaient comme des jouets.
Mais ils n’avaient qu’une seule vie. Comment auraient-ils pu se rendre là-bas sans hésiter ?
Fuir le territoire ? Ce n’était pas si simple non plus.
Comment pouvaient-ils quitter si facilement le lieu où ils étaient nés et avaient grandi ?
Tandis que les habitants rassemblés sur la place se débattaient avec leur confusion…
Ffff…
Une brise légère traversa la place et attira naturellement tous les regards dans une même direction.
Au bout de ces regards se tenait…
« N’ayez pas peur. »
Le prince héritier avançait lentement vers la place.
Les habitants n’avaient jamais vu un membre de la famille impériale.
Pourtant, ils comprirent instinctivement qu’il était d’un rang bien supérieur au leur.
Conditionnés par des années d’oppression, ils s’abaissèrent autant que possible et plaquèrent le front contre le sol.
« Je ne suis pas venu vous faire de mal. Relevez la tête. »
Même aux paroles du prince héritier, les habitants ne bougèrent pas. Le front toujours contre terre, ils tremblaient de tout leur corps.
Certains avaient cru ces paroles, relevé la tête, puis reçu des coups de fouet.
Le prince héritier ne chercha pas à changer la scène qui se déroulait devant lui.
L’oppression qu’ils avaient subie pèserait bien plus lourd que les quelques mots qu’il prononçait à présent.
Et elle ne disparaîtrait pas parce qu’un membre de la famille impériale, qu’ils n’avaient jamais vu, leur adressait quelques paroles.
Je dois leur montrer que les choses changent. Alors seulement, ils finiront par relever la tête.
L’Empire allait changer.
La pourriture avait pris trop d’ampleur, et chaque fois qu’on la trancherait, la douleur serait immense.
Malgré tout, j’arracherais tout ce mal.
« Les gens de la capitale arriveront dans deux jours au plus tard. »
D’ici là, je vous prie de supporter encore un peu votre inquiétude.
Rien de concret ne pouvait garantir la véracité de ces paroles.
Je craignais que leur donner quelque chose sans raison ne déclenche une nouvelle dispute.
Quand le tigre disparaît de la montagne, la paix ne revient pas pour autant.
Un autre tigre, ou un loup qui retenait son souffle, prend simplement sa place.
Alors…
« Moi, Bellon Velos, je vous promets de vous dédommager pour les souffrances que vous avez endurées. »
Pour l’instant, je n’avais que mon nom à leur offrir.
+++++
Une matinée paisible.
« Votre Grâce ! Les nobles de l’Alliance de l’Est sont décimés pour une raison inconnue ! »
« Hein ? »
Kailen fronça profondément les sourcils en entendant son digne serviteur, qui venait d’ouvrir brusquement la porte de sa chambre.
Il dormait paisiblement. Il était censé faire la grasse matinée jusqu’à quatre heures de l’après-midi.
Agacé qu’on l’ait tiré de son doux sommeil, il demanda tout de même :
« … Décimés ? Vous voulez dire qu’ils sont tous morts ? Même leurs héritiers ? Et pour une raison inconnue ? »
« Oui, Votre Grâce. »
« Pourquoi ? »
Il posa ses questions pour comprendre peu à peu la situation.
« La raison… nous est inconnue. »
« Une malédiction ? Ou une épidémie ? »
« Une épidémie est exclue. Nous soupçonnons une malédiction, car seuls des nobles meurent. »
Une malédiction qui ne tuait que des nobles ?
Et qui ne visait que ceux de l’Alliance de l’Est ?
« Ha… Quel péché l’Alliance de l’Est a-t-elle commis… ? »
« Je l’ignore. Nous avons déjà eu du mal à obtenir cette nouvelle. L’un des nôtres passait par là, a entendu des rumeurs et a utilisé un parchemin à usage unique pour nous prévenir. »
« Hmm… Pourquoi seuls les nobles de l’Alliance de l’Est mourraient-ils ? »
En tant que Grand-Duc de l’Est, Kailen Marin feignit de réfléchir à la cause du phénomène.
« Dans une situation pareille, je devrais peut-être demander à Mirne. »
Une excuse parfaite venait de se présenter ; il sortit aussitôt l’artefact qu’il gardait sous son oreiller.
Il avait entendu dire que le second prince impérial n’avait pas réussi à reprendre contact avec Mirne depuis que le prince héritier l’avait puni.
C’était l’occasion rêvée de se rapprocher d’elle sans tarder.
En plus, Mirne était intelligente.
Elle savait peut-être quelque chose sur cette malédiction qui ne tuait que les nobles de l’Alliance de l’Est.
« Depuis quand cela dure-t-il ? »
Pourtant, plutôt que de contacter Mirne tout de suite, il voulait d’abord recueillir quelques informations et se faire féliciter pour son intelligence.
« Nous venons de recevoir le rapport, mais cela aurait commencé il y a environ un jour. C’est aussi pour cette raison que nous pensons à une malédiction. Si dix maisons nobles ont été décimées en moins d’un jour… ce ne peut être qu’une malédiction, non ? »
« Vous n’avez rien entendu comme rumeurs de la part des habitants de la région ? »
Kailen interrogea le serviteur qui s’était précipité jusqu’à lui.
« Ah, je suis venu dès réception du rapport ; je n’ai donc pas pu obtenir d’autres informations. »
« … ? »
Kailen le dévisagea, abasourdi par cette dernière réponse.
Non, si tu travailles, fais-le correctement.
Pourquoi ne faire que la moitié du travail ?
Comme Kailen le regardait d’un air perplexe, le serviteur lui répondit comme s’il n’attendait que ça.
« Ces parchemins de communication à usage unique… Votre Grâce en a utilisé deux cents sur-le-champ à cause d’une affaire de cœur urgente, vous vous souvenez ? Du coup, ceux qui sont remis à nos hommes sur le terrain sont de très mauvaise qualité. Nous n’avons reçu qu’un bref message contenant les informations indispensables. »
« Ah, ah… Hmm, oui, c’est vrai. »
Le Grand-Duc Kailen se tut aux paroles de son serviteur.
Maintenant qu’il y pensait, il s’en souvenait.
C’était il y a exactement trois jours ?
Le jour où il avait pris la mer sans son artefact, il avait eu la flemme de rentrer au domaine et s’était contenté d’utiliser ses parchemins de communication à usage unique.
Il en avait fait de telles réserves qu’il s’était dit qu’il n’aurait qu’à en demander d’autres à l’Empire quand il n’en aurait plus.
Maintenant que j’y pense, j’ai oublié de demander à l’Empire de m’en fournir davantage.
S’il demandait telle ou telle chose à son frère, le prince héritier, celui-ci sourirait probablement en la lui procurant, comme d’habitude.
Parvenu à cette conclusion, Kailen déclara :
« Pour l’instant… la situation est grave. »
C’était tout ce qu’il pouvait résumer de la situation, à ce stade.
« … En plus du rapport, nous devons décider quoi faire des postes vacants. Et découvrir la cause de tout cela… »
Le serviteur continua d’insister sur la gravité de la situation.
Il était exaspéré de voir le Grand-Duc toujours assis tranquillement sur son lit.
Ne pouvait-il pas au moins se lever et faire mine de se rendre à son bureau ?
Ou bien est-il simplement en train de se dire que les morts sont déjà morts ?
Mais ne pouvait-il pas au moins leur indiquer quelle direction l’Alliance de l’Est devait prendre ?
Sur cette pensée, le serviteur ajouta précipitamment :
« Les nobles de l’Alliance de l’Est meurent le long d’un axe qui part du centre impérial et se dirige droit vers nous. Par ici. Vers Marinapolis ! »
« L’axe va du centre impérial à Marinapolis ? Il se dirige droit vers ici ? »
À ces mots, le Grand-Duc Kailen se rappela la lettre que le prince héritier lui avait envoyée quelque temps auparavant.
Il avait dit qu’on se verrait bientôt… Non, mais ça n’a rien à voir avec tout ça, si ?
Le fait qu’ils se rencontrent bientôt et la mort des nobles de l’Alliance de l’Est ne semblaient pas avoir grand-chose en commun.
Pourquoi le prince héritier viendrait-il ici en tuant les nobles de l’Alliance de l’Est ?
Kailen aurait juré qu’il ne trouvait pas une seule raison plausible.
« Cela ne se dirige pas directement vers nous, mais nous estimons que cela pourrait atteindre Marinapolis dès aujourd’hui. »
« S’ils ne s’en prennent pas aux habitants et ne visent que les nobles… Je n’ai vraiment aucune idée du genre de malédiction dont il s’agit. Pour commencer, activez tous les artefacts de protection contre les malédictions du trésor, et contactez les prêtres pour leur demander des bénédictions ou je ne sais quoi. »
« Oui ! »
Puisqu’ils ignoraient la nature de cette malédiction, ils n’avaient d’autre choix que d’employer tous les moyens à leur disposition.
Maintenant que j’ai fait tout ce que je pouvais, je peux contacter Mirne, non ?
Après avoir fait tout son possible, il demanderait à la belle, brillante, intelligente et sage Mirne comment régler le problème qui frappait l’est de l’Empire…
On se rapprochera en partageant le même problème, je gérerai mieux les affaires de l’Est, et Mirne en apprendra davantage sur moi…
Il ferait ainsi d’une pierre trois coups.
La conclusion parfaite.
Le Grand-Duc Kailen attendit que son serviteur ait quitté la pièce, puis s’apprêta à utiliser l’artefact pour contacter Mirne.
Fouuuush.
« Hein ? »
Il entendit quelque chose arriver en volant de l’extérieur et tourna la tête dans cette direction.
Quelque chose fonçait sur lui à une vitesse incroyable.
La première chose que Kailen aperçut fut un éclair rouge.
Qu’est-ce que c’est ?
Le temps d’un clignement d’yeux, il vit ensuite…
« Hein ? »
Un genou.
PAF !
« Guh ! »
Le genou de quelqu’un qui avait surgi comme une comète percuta Kailen en plein menton.
Il n’eut pas le temps de protéger son corps avec sa méthode de cultivation et fut projeté contre le mur.
Tap, tap.
La personne qui venait de lui asséner un coup de genou dès leur rencontre, non…
« Quel plaisir de vous voir dans cet état. »
Le prince héritier épousseta les fines particules sur ses vêtements et baissa les yeux vers Kailen.
Kailen et le prince héritier venaient enfin de se retrouver.
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