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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de cette romance fantasy n’est plus ◈
Chapitre 13 : Une promenade à l’Est (3)
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Le Marquisat de Verda.
Un carrefour reliant le centre impérial à la région orientale, mais aussi une place forte stratégique.
Tout le personnel que l’Empire envoyait dans la région orientale devait forcément traverser cette ville.
En principe, le Marquisat de Verda aurait donc dû disposer de provisions en abondance pour ses soldats.
Mais les hommes armés de lances en bois ont les joues creuses.
Les soldats devant moi n’avaient pas l’air d’être bien approvisionnés, loin de là.
À en juger par leurs lances et leurs armures en bois, ils ne ressemblaient pas du tout à des soldats de la ville.
On aurait plutôt dit des paysans enrôlés dans un village reculé.
Il y avait un fossé immense entre ce qu’indiquaient les documents et ce que j’avais sous les yeux.
La famille impériale ne faisait déjà pas correctement son travail. Pourquoi ceux qui sont en dessous s’en donneraient-ils la peine ?
La famille impériale était trop occupée à négliger ses devoirs et à distribuer ses biens au pays voisin.
Les nobles qui dépendaient d’elle allaient-ils donc faire leur travail avec zèle ?
Ils devaient se dire que personne ne les surveillerait.
Ils ont détourné les armes destinées aux soldats, ainsi que le métal nécessaire à leur fabrication, pour s’enrichir ?
Le détournement était si évident qu’il n’y avait même pas besoin d’enquêter.
Le Palais impérial, le cœur même de l’Empire, ne fonctionnait pas correctement.
S’ils falsifiaient des documents et les soumettaient, qui s’en apercevrait ? Personne ne viendrait inspecter les lieux.
Le plus difficile, c’était de se lancer. Mais dès qu’ils comprenaient qu’ils ne se feraient pas prendre ?
Après ça, ils pouvaient dormir sur leurs deux oreilles et se goinfrer aux dépens de l’Empire autant qu’ils le voulaient.
« À voir tout ça, je dirais qu’ils s’y adonnent depuis au moins deux ans. »
« C’est exact, Votre Altesse. »
« Cette fois, tu as parlé avec le protocole qui convient. »
« Cette dame fait de son mieux pour s’adapter, Votre Altesse. »
« … »
Je ne savais vraiment pas ce qu’était Arveda.
Je ne connaissais pas non plus grand-chose aux Exécuteurs.
Mais j’ai l’impression que je ne tarderai pas à le découvrir.
Plus tard, je devrais lui demander si je peux simplement l’appeler Noiraude.
Tout en marmonnant pour moi-même, j’entrai lentement dans le Marquisat de Verda avec Arveda.
D’ordinaire, quand des étrangers tentaient de pénétrer sur un territoire, les gardes faisaient au moins semblant de vérifier leur identité.
« Hé ! Vous deux ! Il fait beau, alors pourquoi vous cachez-vous le visage comme ça ? Enfin, c’est votre affaire ! Mettez un peu d’argent dans la boîte et entrez ! »
« … »
Ils n’avaient pas vérifié l’identité de qui que ce soit depuis un bon moment, apparemment.
Un soldat passa simplement la tête hors de son poste et réclama un péage avec aplomb.
Les remparts avaient manifestement besoin de réparations, et les gens postés dessous portaient des armures en bois.
Au milieu de tout ça trônait une boîte qu’on avait visiblement pris soin d’entretenir.
« J’ai entendu dire que l’entraînement des chevaliers avait encore été annulé. »
« Vraiment ? J’espérais voir leurs têtes. Quel dommage. »
« Pourquoi donc voudrais-tu les voir ? »
« Hein ? Comment ça ? Tu te rappelles le pari qu’on a fait la dernière fois, pour savoir s’ils avaient encore grossi ? »
« Ah, oui ! Mais on l’a déjà réglé, non ? On avait tous les deux parié qu’ils grossiraient, alors on avait décidé de l’annuler. »
« C’est vrai, c’est vrai. »
Cling.
« Oh, une pièce de cuivre ? Hé hé, tu as une carrure impressionnante et tu as l’air d’avoir toute une histoire, mais… tu n’as peut-être plus un sou à cause de ça. Bon, tu as payé. »
« Pourquoi tu vérifies une somme aussi dérisoire, tout à coup ? Tu ne gagneras jamais ta vie comme ça. »
« C’est vrai, c’est vrai. Allez-y, entrez. »
En écoutant les gardes discuter, je franchis la porte de la ville avec Arveda.
L’état du territoire qui s’offrit à nous dès notre arrivée ne pouvait être qualifié que de lamentable.
« Ha. »
C’était un lieu de passage entre l’Empire et la région orientale, et pourtant des enfants mal nourris erraient dans les rues.
Je pensais qu’ils rempliraient au moins leurs obligations les plus élémentaires.
Et ces histoires de chevaliers, aussi…
Comment un chevalier pouvait-il grossir ?
Et ce n’étaient pas n’importe quels chevaliers.
Ils étaient affectés à une place forte stratégique reliant le centre impérial à la région orientale.
Ces chevaliers, qui auraient dû être les premiers à intervenir en cas de problème au centre ou dans la région orientale, avaient non seulement grossi, mais étaient aussi devenus le sujet des paris des soldats qui gardaient la porte ?
« … Arveda. »
À quel point cet endroit était-il pourri pour que l’odeur de carnage qui soufflait du Palais impérial n’arrive même pas jusqu’ici ?
« Oui, Votre Altesse. »
« Je comptais voyager incognito et me renseigner sur plusieurs choses, mais ce n’est plus nécessaire. »
« … »
La puanteur immonde des asticots me piquait les narines.
Une odeur infecte que même celle du carnage au Palais impérial ne pouvait masquer.
Malgré le grand ménage que nous avions entrepris au Palais impérial, je compris enfin pourquoi la corruption de la Fenêtre de statut de l’Empire restait au niveau « Catastrophique ».
« Préviens le marquis que je suis arrivé. »
« Dois-je seulement le prévenir, Votre Altesse ? »
« Tue tout le monde, sauf les innocents. »
« Veuillez expliquer à cette dame comment les reconnaître. »
À la question d’Arveda, ma vision s’élargit et j’examinai un à un les visages des affamés.
D’après les rapports, le Marquisat de Verda avait cessé d’envoyer son tribut à un moment donné.
La raison invoquée était : « Pour la prospérité, le bonheur et le bien-être du territoire. »
Bien sûr, le prince héritier l’avait autorisé. Il avait cru ces paroles et ne les avait pas surveillés.
Le résultat de cette confiance se tenait devant moi.
« Ceux qui n’ont rien à manger et qui survivent à peine, sans force. Ce sont eux, les innocents. »
+++++
« Je suis tellement bouleversé par la perspicacité extraordinaire de mon seigneur que je ne sais plus où me mettre ! »
« Ha ha, tu t’appliques encore à me passer de la pommade, aujourd’hui. »
« Vous vous couvrez vraiment le visage d’or. »
« Plus exactement, je le porte. Je me suis fait fabriquer un nouveau masque en or. Qu’en penses-tu ? »
« Vous êtes véritablement le soleil qui illumine cette nation ! »
« Mm. Tu as vraiment l’œil. »
Le marquis de Verda était de très bonne humeur ces derniers temps.
Il avait l’impression que toute la culpabilité qu’il avait autrefois ressentie s’était envolée.
Il s’était jadis inquiété sottement de savoir s’il avait le droit de dépenser l’argent du pays aussi librement.
Mais aujourd’hui, c’était celui qui ne le faisait pas qui passait pour un idiot. Il ne se posait donc plus la moindre question.
L’Empire était puissant, l’autorité impériale était forte, et ainsi de suite.
À vrai dire, tout ça n’avait aucune importance.
Au début, cela l’avait beaucoup effrayé.
Mais quelle surprise ! Dès qu’on regardait sous la surface, tout n’était que façade.
Peu importait la puissance d’une chose : si on ne s’en servait pas, elle ne valait rien.
Il avait obtenu la permission de réduire le tribut, puis celle de ne plus l’envoyer du tout.
Ça veut dire que je n’ai plus à me soucier du centre.
Tant qu’il ne nourrissait pas d’ambitions démesurées, comme celle de devenir empereur, il pouvait vivre sous la protection de l’Empire, rire et profiter de la vie jusqu’à la fin de ses jours.
« Papa ! Je peux m’occuper des salauds qui ont essayé de s’enfuir ? »
« Encore de l’entraînement à l’épée ? Ha ha, bien sûr. Autant que tu veux. »
À quoi bon être le maître d’un pays ?
Tant qu’on pouvait vivre comme un maître, même dans un petit endroit, cela suffisait, non ?
Dès qu’il recevait des armes et des armures de qualité supérieure de l’Empire, il les faisait fondre en lingots.
Ou bien il se contentait d’en gratter l’emblème impérial et les revendait telles quelles à droite et à gauche, empochant l’argent sans lever le petit doigt.
Comme l’Empire fournissait lui-même la marchandise, ce n’était que du bénéfice.
Le seul travail consistait à convertir les armes et les armures en argent.
À ce stade… je devrais peut-être demander de l’argent, tout simplement ?
L’équipement réglementaire impérial se vendait très cher, mais il commençait à trouver même cette tâche fastidieuse.
S’il recevait directement de l’argent, il n’aurait pas à s’embêter.
Moi-même, je trouve que c’est une excellente idée.
S’il recevait de l’argent à la place, sa femme pourrait s’offrir encore plus de luxe.
Il avait entendu dire que toutes sortes de bijoux précieux étaient récemment apparus au Royaume de Macelin.
Il comptait tout acheter, même s’il devait payer le prix fort.
Alors que le marquis de Verda se représentait tout cela avec bonheur,
Tac.
« Bonjour ? »
Quelqu’un atterrit soudain avec légèreté sur le rebord de la fenêtre et s’adressa à lui.
« Q-Qui êtes-vous ?! »
« Cette dame ? Je ne peux pas vous le dire. »
Même couverte de la tête aux pieds par une robe, la silhouette était manifestement petite et semblait être celle d’une jeune fille.
Quelque chose dépassait du haut de sa tête. Ce ne pouvait tout de même pas être des cornes ; c’était sûrement une coiffure.
À ne regarder que ça, il aurait pu la prendre pour une folle.
Q-Qu’est-ce que c’est que ce regard… ?!
À l’instant où leurs yeux se croisèrent, une pression immense s’abattit sur tout son corps.
Ses pupilles étaient fendues verticalement et ses iris semblaient renfermer des opales.
Plus il la regardait, plus il avait l’impression qu’il allait perdre connaissance.
Et à cet instant précis,
« Comment osez-vous espérer mourir paisiblement ? Même cette dame, aussi peu perspicace soit-elle… sait que Son Altesse ne veut pas que vous mouriez paisiblement. Non, pour tous les gens d’ici… Son Altesse voudrait que tous ceux qui ne sont pas innocents meurent dans la souffrance. »
La jeune fille poursuivit calmement, et le marquis de Verda reprit soudain pleinement ses esprits.
Puis,
Craccc.
« Kyaaaaaaah ! »
La douleur de ses membres arrachés lui traversa soudain le corps entier.
Le grand nettoyage du Marquisat de Verda venait de commencer.
+++++
« … »
Au moment où les cris de douleur provenant de la demeure du marquis parvinrent à mes oreilles, je vis des serviteurs quitter le manoir, l’air hébété.
Les innocents.
Ceux qui n’avaient même pas eu de quoi manger aujourd’hui.
Ceux dont le marquis aurait dû prendre soin.
Ding !
[ Les graines du marquis corrompu ont été complètement arrachées. ]
[ La probabilité de destruction de l’Empire diminue de 0,5 %. ]
[ Probabilité actuelle de destruction de l’Empire : 72,5 % ]
[ Résumé de situation : Il est très probable que l’Empire soit détruit dans les cinq ans. ]
Les messages confirmèrent que le nettoyage s’était déroulé à la perfection.
Éliminer un marquis corrompu n’avait fait baisser la probabilité que de 0,5 %.
Il n’y avait même pas de message indiquant que le destin avait changé ou que la ligne temporelle avait été modifiée.
Je pouvais deviner pourquoi, grosso modo.
Parce qu’il y en a trop, des choses comme ça. Parce que ça ne finira jamais.
Combien de nobles impériaux disparaîtraient avant que j’arrive dans la région orientale ?
Le chancelier va avoir du pain sur la planche.
Cela dit, il s’agissait d’un marquis : sa disparition soudaine aurait forcément des répercussions.
Il fallait les contenir au plus vite pour éviter qu’elles ne prennent une tournure fâcheuse.
Kiiiiik !
Pirande, l’oiseau messager que j’avais emmené par précaution, accourut comme s’il avait compris la situation.
« Toi aussi, tu n’as pas la vie facile. »
Kik.
Comme pour me dire que tout allait bien, Pirande s’envola de nouveau, une lettre attachée à la patte.
En seulement cinq heures de marche dans la région orientale, j’avais proprement éliminé un marquis.
Cinq heures à peine.
« Ha. »
Mais tout n’était pas une mauvaise nouvelle.
On pouvait dire que j’avais fait une trouvaille inattendue.
──── !!!
Une répulsion instinctive, une pression qui écrasait l’âme et une terreur assez puissante pour briser l’esprit envahirent le marquisat.
Je m’étais demandé pourquoi elle parlait si maladroitement avec autant de formalité, mais après avoir découvert sa véritable identité, tout s’expliquait.
Même si elle est plus âgée que moi… elle doit avoir des siècles de plus. Pourquoi est-elle venue dans l’Empire, et pourquoi me parle-t-elle avec autant de formalité ?
Et quand j’appris ce qu’elle était, je fus de nouveau sidéré.
Le second prince impérial a essayé d’envoyer un Exécuteur… non, des Exécuteurs comme elle au Royaume de Macelin ?
J’avais empêché ça, et il y avait cinq Exécuteurs de cette trempe. Pourtant, le pays serait quand même détruit dans les cinq ans ?
Mais qu’est-ce qui se passe dans l’Empire de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses ?
Comment un pays où un dragon pouvait écouter le prince héritier et se promener avec lui pouvait-il être détruit en cinq ans ?
Plus j’en apprenais, plus j’en avais le vertige. En même temps, j’en étais certain.
« Les protagonistes masculins impériaux de Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de m’offrir des choses… ont forcément été créés dans le seul but de détruire l’Empire. »
Plus que jamais, je voulais rencontrer le Grand-Duc de l’Est.
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