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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la romance fantasy n’existe plus ◈
Chapitre 11 : Une promenade dans l’Est (1)
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Dans les bandes dessinées, il y avait des personnages comme ça.
Des personnages incroyablement compétents, cool et impressionnants, mais trop occupés à sortir et à s’amuser.
En général, ils incarnaient la bonne humeur. Ils confiaient les tâches administratives fastidieuses à des subordonnés tout aussi compétents qu’eux.
Ensuite, ils enchaînaient les excentricités et faisaient rire les gens.
« Des personnages débordant de sens de la justice, francs et rafraîchissants… Un peu idiots, mais profondément humains. »
La clé, c’était que tout ce qu’ils faisaient servait, au bout du compte, une cause plus noble ou aboutissait à un résultat positif.
« Peut-être que c’est parce qu’il a décidé de tout donner à une femme, mais il est juste répugnant. »
Kailen, tel que je le voyais à travers les yeux de Silphiner, n’avait rien à voir avec ce genre de personnage.
« Cela dit, c’est incroyablement utile. »
Silphiner, l’esprit du vent.
Peut-être parce que c’était un esprit auxiliaire qui avait aidé le protagoniste dès le début, son utilité était complètement aberrante.
Il se déplaçait à une vitesse incroyable et pouvait même partager sa vision.
Il était aussi d’une efficacité redoutable.
Même après avoir observé Kailen pendant un bon moment, cela ne m’avait pas du tout fatigué.
Bien sûr, c’était sans doute possible parce que le propriétaire d’origine de ce corps, le prince héritier, possédait une puissance absurde.
« Il est tellement puissant que je ne comprends pas comment quelqu’un doté d’un tel pouvoir a pu se montrer aussi complaisant. »
À quel point fallait-il être gentil et idiot pour regarder l’Empire s’effondrer alors qu’on possédait un tel pouvoir ?
Je n’y comprenais rien, mais ce n’était pas un problème que je pouvais résoudre dans l’immédiat. Je décidai donc de laisser tomber pour l’instant.
« À cette heure, tout le monde devrait avoir fini de se préparer. »
J’estimai avoir assez dormi et sortis du lit.
J’avais demandé à recevoir les rapports dès mon réveil ; l’heure de mon lever marquerait donc la fin du délai.
Pour leur laisser le plus de temps possible, j’avais volontairement traîné un moment au lit.
Quand je jugeai que cela suffisait, j’ouvris la porte.
« Ha ha, j’espère que personne ne souffre à cause de mon avidité. »
« Pas du tout. Comment pourrait-on qualifier cela d’avidité de Votre Altesse ? Nous avons également pris beaucoup de plaisir à travailler. »
« Tant mieux. »
À peine la porte ouverte, je découvris les dignitaires alignés bien sagement contre le mur d’en face.
Chacun de ceux qui avaient assisté la veille à la réunion du Conseil d’État tenait des documents et guettait ma réaction.
Le spectacle me satisfaisait pleinement.
« Je vais les recevoir dans l’ordre. Ha ha, maintenant que j’y pense, le chancelier est en tête de file, malgré son rang élevé. Impressionnant. »
« Une personne occupant un poste aussi élevé ne devrait-elle pas assumer les responsabilités et les devoirs qui en découlent ? Il n’y a pas lieu de me féliciter. »
« Si, absolument. »
Sur ces mots, je lançai un regard à la servante près de moi.
Comprenant le signal, elle tendit les deux mains pour recevoir les documents.
Tac, tac.
Les documents commencèrent à s’empiler dans ses bras.
« À bien y réfléchir, je devrais aussi répondre à la lettre qu’il m’a envoyée directement. »
D’abord, je devais lire ces rapports sur la région orientale.
Ensuite, je rédigerais une réponse convenable.
« Votre Altesse le prince héritier, j’ai tout reçu. »
J’étais perdu dans mes pensées lorsque j’entendis qu’ils avaient fini de me remettre les documents.
« Ah, oui. Les principaux dignitaires ont aussi travaillé dur. Reposez-vous bien aujourd’hui… Je vous garantis qu’il n’y aura pas de réunion du Conseil d’État. »
« Votre bonté est infinie. »
Je congédiai les dignitaires et ordonnai à la servante de transporter les documents dans mon bureau.
« Grand-Duc de l’Est, je vous en prie, gardez au moins un peu de mesure quand vous distribuez vos largesses. »
J’espérais qu’il s’amusait sans dépasser les bornes.
Sinon, s’il faisait l’idiot comme le second prince impérial…
« Tss. »
Dans ce cas, je ne pourrais rien y faire.
Je m’apprêtais à aller examiner les documents quand…
« Ah. »
Comme si je venais de me rappeler quelque chose, je m’adressai au chevalier de la Garde impériale qui me suivait.
« Au fait, y a-t-il des personnes envoyées des régions du Nord et de l’Est au Palais impérial ? »
Je vérifiais les variables qui auraient pu m’échapper.
« Je vais le vérifier immédiatement. »
« Vérifiez et, s’il y en a, j’aimerais les voir. Ah, et veillez à les amener ici avec douceur. »
« À vos ordres. »
Dès que le chevalier de la Garde impériale m’entendit, il sortit la Cloche du Soleil de sa robe et la fit sonner.
Le nettoyage, c’était toujours comme ça.
On avait beau s’y mettre, ça ne semblait jamais finir.
On se demandait quand ça finirait enfin.
Mais il fallait le faire.
C’était ça, nettoyer.
+++++
« Kailen Marin ! Comment peux-tu négliger tes devoirs de grand-duc et consacrer toute ton énergie à courir les routes et à t’amuser ? »
« Père, je ne m’amuse pas. J’explore la vaste mer. »
« J’ai entendu dire que tu avais pratiquement loué des navires rapides au Royaume de Macelin pour une durée indéterminée. »
« C’est un investissement ! Un investissement dans le Royaume de Macelin ! Comme ça, si quelque chose de précieux y est découvert, nous pourrons l’acquérir les premiers ! »
« Et j’ai aussi entendu dire que tu comptais l’acheter au prix le plus élevé possible ? »
« Les choses précieuses doivent être payées à leur juste valeur. Comme ça, on évite les problèmes par la suite. »
Javiren Marin poussa un profond soupir en regardant son fils.
Lorsque Kailen avait hérité du titre de grand-duc, Javiren avait pensé qu’il ferait rayonner l’avenir de la région orientale plus encore que lui-même.
Mais, à le voir agir, Kailen n’était qu’un enfant qui adorait s’amuser.
« Ce n’est pas comme si je pouvais lui reprendre sa charge, maintenant. »
Il y avait tout de même quelques raisons de se réjouir.
Des dignitaires compétents continuaient de soutenir fermement la région orientale, et son fils avait un talent exceptionnel pour dénicher des artefacts rares.
Comment faisait-il pour trouver aussi facilement des trésors sous la mer et les entreposer dans le coffre-fort ?
On pouvait dire sans exagérer que la région orientale avait continué à prospérer grâce à ce seul talent.
« Au fait, tu veilles toujours à ce que les marchandises destinées à l’Empire soient bien envoyées ? »
« Je n’ai pas pu soutenir correctement le Royaume de Macelin, parce que je n’ai cessé de m’inquiéter de tout ça. Tu sais depuis combien de temps j’ai fait cette promesse à la princesse héritière Mirne… ? »
« Pourquoi te préoccupes-tu autant du Royaume de Macelin, pour commencer ? »
« Parce que j’y vois un potentiel incroyable ! Et puis, réfléchis un peu. Si je finissais par épouser la princesse héritière d’un royaume doté d’un tel potentiel, ce ne serait pas merveilleux ? »
« Ho ho. »
Javiren avait du mal à savoir si ces paroles étaient puériles ou si Kailen pensait réellement à l’avenir de la région orientale.
« Ces derniers temps… je suis bien trop curieux de ce qui se passe dans l’Empire. »
La rumeur disait que le sang coulait dans la capitale.
Sachant cela, son fils pouvait-il vraiment se montrer aussi insouciant ?
Alors…
« Sais-tu ce qui se passe dans la capitale impériale ? »
Javiren mit son fils à l’épreuve.
« J’ai appris qu’ils retiraient tous les soutiens et les investissements du Royaume de Macelin. Je me suis demandé si cela toucherait aussi la région orientale, alors j’ai envoyé un oiseau messager. »
« Tu as envoyé un oiseau messager ? À qui ? »
« Au prince héritier, évidemment. À qui d’autre ? »
Paf.
En entendant la réponse de son fils, Javiren se frappa le front.
Même s’il était grand-duc, Kailen avait contacté directement le prince héritier, qui était désormais presque l’empereur ?
« S’il dit qu’il l’a envoyé, c’est qu’il l’a adressé aux appartements du prince héritier. Bon sang. »
En temps normal, Javiren n’y aurait pas prêté attention.
Mais, vu que l’Empire traversait une période tout sauf ordinaire, comment Kailen pouvait-il agir aussi imprudemment ?
« Cela dit, le grand-duc actuel est mon fils. Ce serait étrange de trop intervenir. »
Javiren aurait voulu se mêler de bien des choses, mais il craignait que cela n’entraîne de mauvaises conséquences et y renonça.
Ignorant les inquiétudes de son père, Kailen, le Grand-Duc de l’Est, se dirigea tranquillement vers son bureau.
À son arrivée, il contempla la pile de documents, de taille raisonnable.
« Très bien. Et si nous expédiions ce travail ? »
À cause des remarques de son père, il se résolut à travailler pour la première fois depuis longtemps.
À ces mots, un employé s’avança aussitôt à ses côtés et se mit à énumérer les tâches de la journée.
« Pour commencer, nous devons inspecter soigneusement les marchandises à envoyer à l’Empire. Je crois que c’est la troisième fois que je le répète, mais n’oublions ni les fruits de mer, ni les artefacts récupérés lors de cette expédition dans les Ruines marines, ni le journal de bord, les cartes et les taxes. »
« Hmm, si je le lui demande, le prince héritier pourrait bien en oublier une partie… Il a déjà laissé passer quelques éléments, non ? »
« S’il continue à oublier des choses, les nobles des provinces risquent de prendre le mauvais exemple. Pourquoi les nobles respecteraient-ils des règles qu’un grand-duc lui-même ne suit pas ? »
« C’est vrai, mais… Hmm, j’aimerais soutenir plus sérieusement le Royaume de Macelin. »
Kailen écouta lentement, déjà gagné par l’ennui.
« À propos, les gens envoyés par la capitale impériale sont toujours là, mais ceux que nous avons envoyés de la région orientale y sont encore aussi, non ? »
« Oui, bien sûr. Vous parlez des ouvriers chargés de construire le port. »
« Mhm. Mirne m’a dit qu’elle voulait agrandir le port. »
À la mention du Royaume de Macelin, les lèvres de Kailen s’incurvèrent légèrement.
« J’ai beau les soutenir, on dirait que je n’en fais jamais assez. »
Un royaume qui semblait toujours manquer de quelque chose, quelle que soit l’aide qu’il recevait.
C’était ça, Macelin.
Un petit royaume fragile, et son tendre amour qui s’y trouvait.
Il n’avait toujours pas oublié leur première rencontre, le jour où il s’était rendu lui-même au Royaume de Macelin et avait fait le voyage en bateau.
« Mm… Rien que d’y penser, je suis heureux. »
Tout en se laissant aller à cette douce rêverie, il approuva les documents à contrecœur.
Fracas !
La fenêtre du bureau de Kailen vola soudain en éclats.
Crâââ !
Un oiseau rouge, qui avait l’air féroce au premier regard, se posa sur le rebord de la fenêtre.
« Q-Qu’est-ce que c’est que ça ?! »
L’employé sursauta.
« … C’est l’oiseau messager de Son Altesse le prince héritier. Pirande. »
Le visage figé, Kailen s’approcha lentement de l’oiseau qui avait brisé la fenêtre.
Le prince héritier n’utilisait pas Pirande.
Il était trop violent, trop sauvage et n’avait aucune gentillesse envers les êtres vivants autres que son maître.
« Pourtant, il est incroyablement intelligent, et j’ai entendu dire qu’il n’était même pas fait pour servir d’oiseau messager… »
À l’instant, il le prouvait une fois de plus.
D’un coup de bec, il détacha sans difficulté la lettre nouée à sa patte.
Floc.
Puis il la jeta par terre, comme s’il la recrachait.
Crâââ !
Il poussa un nouveau cri, comme pour afficher sa majesté.
Flap.
Puis, comme s’il avait terminé sa mission, il s’envola en direction de l’Empire.
« Hein. »
Qu’est-ce que cette lettre pouvait bien contenir pour que le prince héritier la fasse porter par Pirande ?
Avec cette question en tête, Kailen déplia la lettre.
« … »
Il était si stupéfait qu’aucun mot ne lui venait.
[À bientôt.]
Pas un mot sur le lieu ou la manière dont ils se retrouveraient.
Seulement une affirmation sèche : ils se verraient bientôt.
« Hein ? À bientôt ? Pourquoi le prince héritier m’envoie-t-il une lettre pareille ? Ça veut dire que je dois aller là-bas, ou qu’il vient ici ? »
Kailen ne parvenait pas à saisir le véritable sens du message.
+++++
Mon bureau était désormais confortable.
« Je l’ai nommé grand-duc. Je n’ai pas séparé tout un pays de l’Empire pour lui dire de se comporter en roi. »
Je laissai échapper un rire sans joie en lisant les rapports d’analyse de la région orientale remis par les dignitaires.
Même grand-duc, il ne pouvait pas se placer au-dessus des lois impériales.
Cela valait aussi bien pour les taxes que pour le tribut qui devait légitimement être envoyé à la capitale impériale.
Il avait usé de pas mal de subterfuges.
Et les bénéfices de ces manigances avaient été envoyés à Macelin.
« Mais à bien y réfléchir, Macelin ne devrait pas avoir besoin d’aide, même à ce niveau. Pourquoi en reçoit-il toujours ? »
Au vu de l’aide dont j’avais entendu parler jusque-là, le Royaume de Macelin aurait dû être bien plus puissant qu’on ne le croyait.
Pourtant, les idiots de l’Empire continuaient d’affirmer que le Royaume de Macelin était faible.
L’idée que Macelin ait pu tromper l’Empire me traversa l’esprit.
« Le plus simple, c’est de supposer qu’ils font semblant d’être faibles. S’ils montraient qu’ils devenaient plus puissants, ils ne recevraient plus d’aide. »
Si, chaque fois qu’ils recevaient quelque chose, ils déclaraient : « Ça va, maintenant. Inutile de nous donner davantage. Nous sommes forts, nous aussi », les gens cesseraient de leur donner quoi que ce soit.
Mais à chaque fois qu’ils obtenaient une chose, un autre problème se présentait, puis encore un autre. Ils continuaient à prendre tout ce qu’ils pouvaient.
S’ils faisaient de leur mieux pour ne pas montrer à quel point l’aide reçue les transformait, c’était tout à fait possible.
« Peut-être qu’ils ne sont jamais rassasiés parce que tout le monde leur donne sans cesse des choses. Peut-être qu’ils n’ont pas l’intention de l’être avant d’avoir obtenu tout ce qu’ils veulent. »
Mirne était une femme vraiment amusante.
Était-ce là le degré de finesse politique qu’elle avait acquis en tant que personne moderne du vingt-et-unième siècle ?
« Enfin, tout ça, c’est fini, de toute façon. »
L’Empire n’avait plus l’intention de donner quoi que ce soit à Macelin.
« J’espère que la lettre est bien arrivée. »
Qui aurait cru que Pirande était un oiseau messager aussi compétent ?
Même si je doutais encore qu’on puisse vraiment le qualifier d’oiseau messager.
Tout en réfléchissant à diverses choses, je vérifiai à quel point la région orientale avait été gérée avec négligence.
« Votre Altesse le prince héritier, conformément à vos ordres, j’ai amené avec douceur les dignitaires envoyés des régions du Nord et de l’Est. »
On frappa à la porte. Je fis signe à la servante de l’ouvrir.
Dès qu’elle s’ouvrit, j’aperçus des dignitaires terrifiés, agenouillés à même le sol.
« Vous les avez vraiment amenés avec douceur. »
« Oui. »
« V-V-V-Votre Altesse, euh, euh, g-g, hhk… »
Les dignitaires qu’on avait amenés ici étaient si terrorisés qu’ils peinaient même à respirer.
Je ne comprenais pas. Tout ce qui se trouvait sous leurs genoux était intact. Pourquoi étaient-ils si effrayés ?
« Les nobles de l’Est manquent-ils de courage ? »
Cette pensée ne fit que passer.
J’allai droit au but.
« D’après les rapports, ceux que vous avez remis diffèrent des chiffres communiqués par les principaux dignitaires de notre Empire. Vos rapports minimisent l’aide apportée au Royaume de Macelin, et le nombre de Ruines marines découvertes lors des explorations est également différent. Même le nombre d’artefacts ne correspond pas… Qui vous a ordonné de faire ça ? »
« J-J’ai commis un crime qui mérite la mort ! »
« Ah, c’est un crime qui mérite la mort, alors ne vous inquiétez pas pour ça. Je m’en assurerai. N’y pensez pas et dites-moi la vérité. »
Bien qu’elle appartînt au même Empire, la région orientale avait planté une paille dans ses ressources et l’avait siphonée en douce.
La situation n’avait dégénéré que parce que personne n’avait soulevé la question.
« C’est le genre de choses que le prince héritier se contentait de laisser passer, parce qu’il était beaucoup trop complaisant. »
Il y avait bien des affaires qu’on pouvait laisser prendre des proportions démesurées si on décidait de les poursuivre sérieusement.
J’avais même appris que la région orientale s’appauvrissait ces derniers temps.
Je devais tout entendre clairement, du début à la fin.
« C-C’est… Ce qui s’est passé, c’est… ! »
Les sangsues terrifiées de l’Est se mirent à parler. Leur récit approchait lentement de sa fin quand je poussai un long soupir et pris ma décision.
« … Appelez les Exécuteurs. »
Il semblait que j’allais devoir faire moi-même un tour dans la région orientale.
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