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Traducteur/éditeur : Arsène
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◈ Le prince héritier complaisant de la romance fantasy n’est plus ◈
Chapitre 10 : Ah, vraiment ?
──────
L’Empire de Velos était censé être immense.
Certains racontaient même que de nombreuses régions restaient inexplorées.
On l’avait présenté comme « un pays riche et incroyablement vaste ».
Naturellement, l’empereur ne pouvait pas gouverner seul un territoire aussi étendu.
Les grands-ducs avaient donc fini par apparaître.
« C’était le cadre du roman. »
Le Grand-Duc du Nord, qui régnait sur des montagnes glaciales couvertes de neige, et le Grand-Duc de l’Est, qui naviguait sur la vaste mer.
À vrai dire, c’était assez crédible.
Après tout, les grands-ducs du Nord étaient un cliché courant des romans de fantasy.
Mais…
« Un peu de mesure, quand même… Le prince impérial est un héros, et les grands-ducs aussi ? »
Même pour un cliché, c’était exagéré.
Un prince impérial et deux grands-ducs.
Tous ceux qui avaient le pouvoir d’influencer le sort de l’Empire de Velos étaient des héros.
Jusque-là, je pouvais le comprendre. Que pouvais-je faire contre les sentiments des gens ?
Mais…
« Ça veut dire que l’Empire soutenait un royaume occidental depuis le nord, le centre et l’est… »
Je ne pouvais vraiment pas tolérer que chacun de ces héros tente de céder le pays tout entier.
Oui, maintenant que j’y réfléchissais sérieusement, quelque chose m’avait paru étrange.
Même après avoir annulé toutes les aides en personnel et tous les investissements que le second prince impérial avait accordés, puis exigé que Macelin nous rembourse, la probabilité de destruction n’était pas descendue sous les 70 %.
J’avais soupçonné qu’il se tramait quelque chose.
« Qu’est-ce que le prince héritier a bien pu leur donner pour que même les grands-ducs envoient des oiseaux messagers directement dans sa chambre ? »
On avait accordé le titre de grand-duc à des gens qui s’apprêtaient à vendre le pays.
Au moins, le second prince impérial avait demandé l’accord du prince héritier, même lorsqu’il agissait de son propre chef.
Les Grands-Ducs du Nord et de l’Est étaient probablement les seuls à décider dans leurs territoires ; ils avaient donc dû apporter leur soutien sans même prendre la peine de tâter le terrain.
« Mais comment ces gens sont-ils devenus grands-ducs ? »
D’après le mythe fondateur, le Grand Prophète aurait tout accompli seul.
Comment se faisait-il qu’il y eût deux grands-ducs dans ce pays ? Était-ce simplement parce que le territoire était si vaste ?
« Le Grand Prophète n’a pas l’air du genre à partager le pouvoir juste parce que le pays est immense. »
Quelque chose s’était-il passé lors de la fondation ? Ou bien était-ce simplement ainsi que l’univers de fantasy avait été conçu ?
J’avais beaucoup trop de choses à apprendre.
Je voulais me reposer, au moins aujourd’hui.
« Ouf. »
Après avoir laissé échapper un bref soupir, je déclarai :
« Préparez une réunion du Conseil d’État. »
J’ordonnai au chevalier qui attendait dehors de préparer la réunion.
Je n’aimais pas particulièrement réunir les nobles tous les jours non plus, mais je n’avais pas le choix.
+++++
La réunion du Conseil d’État.
Autrefois, ils se retrouvaient dans la salle de conférence de la Table ronde, riaient et bavardaient autour de rafraîchissements, tout en discutant tranquillement de la situation du pays.
Ils prenaient des nouvelles les uns des autres, puis prétendaient que la réunion n’avait pour seul but que de revoir des visages familiers.
Si un problème important survenait, ils unissaient leurs efforts, en discutaient, puis se séparaient.
C’était une réunion paisible, comme ça.
Et elle n’avait pas lieu très souvent, pour commencer.
Même lorsqu’elle se tenait, l’atmosphère n’avait jamais été tendue.
« Huf… huf… huf… ! »
« M-Monsieur le chancelier… Pourquoi courez-vous aussi vite ? »
« Vous, vous… À ma place, vous ne courriez pas, vous aussi, si un seul mot de travers pouvait vous coûter vos genoux ? »
Le chancelier essuya les gouttes de sueur sur son front et s’assit à la place qui lui était réservée.
Tous les autres ministres étaient déjà installés.
Ils semblaient être arrivés par ordre de préséance, et le chancelier avait tout juste réussi à entrer en dernier.
« Tant que j’arrive avant Son Altesse le prince héritier… »
Son Altesse arrivait toujours à l’heure exacte. Il fallait donc venir en avance, reprendre son souffle et entrer dans la salle en étant prêt.
Car…
« Son Altesse le prince héritier entre. »
Clac, clac, clac, clac.
Si l’on se retrouvait face aux chevaliers de la Garde impériale, qui vous fusillaient du regard, avant d’avoir repris son souffle…
« Hum, huf, kh ! »
On risquait d’avoir le malheur de tousser pendant que Son Altesse avançait lentement.
« Ils ne manqueront pas de faire une erreur. »
Depuis le jour où les genoux des aides du second prince impérial avaient été tranchés dans la salle de conférence de la Table ronde,
la réunion du Conseil d’État n’était plus un moment agréable à passer autour de rafraîchissements.
« Je suis ravi que les hauts fonctionnaires de l’Empire aient tous répondu à cette convocation si soudaine. »
Quand le prince héritier, installé à la place d’honneur, prit la parole avec désinvolture,
« Nous n’avons fait que notre devoir. »
« Répondre à la convocation de Votre Altesse est le devoir d’un sujet. Comment aurions-nous pu refuser ? »
« Suivre la volonté de Votre Altesse est ma vocation. »
Comme s’ils n’attendaient que cela, tous s’empressèrent de saisir l’occasion pour le couvrir d’éloges.
Quels nobles du centre fiers de leur rang ? Quelles lignées aristocratiques se targuant d’une longue histoire ?
« Au bout du compte, tout ça ne signifie rien. »
Au premier mot du prince héritier, ils baissaient la tête et leur longue histoire fondait sans laisser de trace.
Les grands nobles avaient beau se croire puissants, ils restaient des nobles. Un seul mot du prince héritier suffisait à leur faire perdre tout ce qui se trouvait sous leurs genoux, ainsi que leurs titres.
Ils marchaient sur une mince couche de glace.
Alors…
« Je suis touché de vous voir tous m’accueillir si chaleureusement. Laissons là les mondanités. Si je vous ai convoqués aujourd’hui, c’est parce que je souhaite mieux comprendre les agissements des grands-ducs. »
Le chancelier croisa le regard du prince héritier, qui s’était posé sur lui alors que ses paroles s’adressaient à tous.
Gloups.
Fort de ses années d’expérience, il força sa gorge serrée par la tension à s’ouvrir.
Puis il prit lentement la parole.
« Pour commencer par la situation générale… On peut dire que les relations entre le centre, le nord et l’est sont excellentes. Le nord abrite d’innombrables monstres, ainsi que des barbares qui cherchent à l’envahir. Le Grand-Duc du Nord vainc les monstres, repousse les invasions barbares… et fait toujours tout son possible pour obtenir les sous-produits de monstres et les ressources rares que l’on ne trouve qu’au nord. »
« Et l’est ? »
« …Grâce à son vaste domaine maritime, l’est découvre des vestiges cachés et élargit les horizons de l’Empire en échangeant avec d’autres pays et continents. Sa grande mobilité lui permet également de se tenir prêt à servir l’Empire à tout moment. »
« Le nord est donc un rempart solide contre les barbares, tandis que l’est est un œil qui élargit notre champ de vision. »
« Oui, c’est bien cela. »
Le prince héritier réfléchit un instant à ces paroles.
« Un rempart et un œil. »
Ceux qui étaient chargés de ces rôles étaient tombés sous le charme de la princesse héritière d’un autre royaume.
Et ils tentaient de lui offrir tout ce que le pays produisait. C’était un miracle que l’Empire ait tenu aussi longtemps.
« Il ne serait pas étonnant qu’il s’effondre demain. À quel point ont-ils bien pu affaiblir la puissance militaire de l’Empire ? »
Puisqu’il s’agissait d’un pays créé pour « tout donner au royaume de Macelin ».
Ses fondations étaient incroyablement solides.
Si l’héroïne avait été présentée dès le départ comme la princesse d’un pays surpuissant, la voir grandir aurait été moins intéressant.
Le récit semblait vouloir faire de l’Empire un pigeon qui distribuait des ressources pour aider son héroïne à progresser.
« Ça n’arrivera pas. »
L’héroïne de <Je suis rassasiée, tout le monde n’arrête pas de me donner des choses> était censée être une personne moderne qui avait connu une transmigration.
Sa façon d’agir, si caractéristique du vingt-et-unième siècle, séduisait les beaux héros, tous aussi charmants les uns que les autres, qui l’entouraient dans ce monde de romance fantasy. C’était le genre de personnage qui recevait de somptueux cadeaux de leur part et qui, tout gênée, les acceptait.
« Un grand-duc a-t-il récemment négligé ses fonctions ? »
Mais cela allait devenir difficile, désormais.
Elle ne recevrait plus grand-chose de l’Empire.
« Si tu es rassasiée, arrête de manger. »
Pourquoi tenait-elle tant, du début à la fin, à jouer les filles du genre : « Je ne fais que rester là, mais tout le monde me désire et me cherche. Je suis tellement populaire. Moi, je veux juste vivre une vie ordinaire » ?
Je n’arrivais vraiment pas à comprendre. D’accord, on pouvait être comme ça au début, mais n’était-ce pas étrange de garder cette attitude éternellement ?
À la fin, tu ne le faisais pas aussi parce que tu en avais un peu envie ?
Enfin bref.
« …Puis-je vous demander ce que vous entendez par “négliger ses fonctions” ? »
« Il se peut que le rempart du nord et l’œil de l’est manquent à leurs devoirs et cessent de servir l’Empire. »
La première chose à faire, c’était d’écarter les grands-ducs qui s’employaient à détruire le pays.
Le prince héritier fit part de cette intention à la salle de conférence.
Les nobles ouvrirent de grands yeux en comprenant qu’il voulait retirer leurs titres aux grands-ducs.
Retirer à quelqu’un son titre de grand-duc.
C’était d’un tout autre ordre que de retirer leurs titres de noblesse aux aides du second prince impérial.
« Si ça tourne mal, ça pourrait déclencher une guerre… »
« Son Altesse le prince héritier envisage-t-il une guerre… ? Comme ça, tout à coup… ? Pourquoi ? »
Parmi les nobles, trop choqués pour parler correctement, seul le chancelier répondit calmement au prince héritier.
« À l’origine, le titre de grand-duc a été accordé par Sa Majesté l’empereur en raison de l’étendue du pays et des différences entre les conditions au nord, à l’est et au centre… L’objectif était de rendre leur administration plus réaliste. »
« Où voulez-vous en venir ? »
« Par conséquent… si cette administration n’est plus réaliste… je voulais dire que Votre Altesse le prince héritier peut le leur retirer à tout moment. Même s’il devait en résulter des pertes, si tel était votre souhait… »
« Hahahahaha ! »
Le prince héritier éclata de rire aux paroles du chancelier.
Les nobles crurent devenir fous de peur en entendant ce rire.
Car après un tel éclat, les genoux des nobles finissaient toujours sur la table ronde.
Dès que le prince héritier se mit à rire, les chevaliers de la Garde impériale portèrent naturellement la main à la garde de leur épée.
À genoux.
À peine ces mots prononcés, ils ne tiendraient plus debout sur leurs deux jambes.
Pour vivre, il leur fallait ramper.
Pour continuer à marcher librement sur la terre, ils devaient jurer fidélité.
Qu’ils ne se permettent pas d’autres pensées. Qu’ils consacrent le reste de leur vie à Son Altesse le prince héritier.
Qu’ils ne lui déplaisent jamais.
Les nobles du centre, que l’on appelait les piliers de l’Empire, étaient en proie à mille pensées.
« Chancelier, à vous entendre, on croirait que je prépare une guerre. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de pertes ? Vous avez le don de rendre les choses effrayantes. »
« J’ai… j’ai dépassé les bornes. »
« Ha ha, non, non… Vous n’avez pas dépassé les bornes. Le chancelier a simplement envisagé le pire. »
La conversation entre le prince héritier et le chancelier se poursuivit.
Lorsqu’il devint évident qu’ils ne parlaient pas de guerre…
« Ouf. »
« Bien sûr que ce n’est pas une guerre. »
« Pourquoi Son Altesse le prince héritier entrerait-elle soudain en guerre contre les grands-ducs ? »
Les nobles réunis dans la salle de conférence de la Table ronde échangèrent des regards et tentèrent de pousser un soupir de soulagement.
« Je ne peux que remercier Votre Altesse pour sa générosité. »
Jusqu’à ce qu’un noble laisse échapper un souffle qui ressemblait à une toux après avoir entendu les paroles suivantes du prince héritier.
« Des pertes pour retirer un simple titre de grand-duc ? Ils n’ont pas reconnu la bonté de Sa Majesté l’empereur. Si je leur retire ce titre, n’est-il pas normal qu’ils l’acceptent ? »
« Guh-huh-hup ! »
« Ha ha, mes paroles sont-elles si choquantes ? »
« N-Non ! Pas du tout ! Absolument pas ! »
« Bien, bien… J’aimerais confier une mission aux hauts fonctionnaires, les piliers de notre Empire. »
« U-Une mission… ? »
Le prince héritier poursuivit calmement, comme si cela lui était égal.
« Je veux toutes les informations concernant l’est. Commencez par déterminer quels échanges l’est entretient avec le royaume de Macelin et quelle attitude il adopte à son égard… »
Gratte, gratte, gratte.
Les nobles se mirent à prendre des notes à toute vitesse, pour ne pas manquer un seul mot du prince héritier.
Ceux qui n’avaient pas apporté de quoi écrire utilisèrent même leur mana pour graver les mots sur leurs vêtements.
Le contraste était saisissant avec les mages arrogants qui prétendaient d’ordinaire ne pas comprendre qu’on puisse utiliser la magie pour des tâches aussi insignifiantes.
« …En particulier, menez chacun dans votre domaine une enquête approfondie pour déterminer si le Grand-Duc de l’Est continue réellement à servir fidèlement l’Empire. »
Quel délai conviendrait ?
Le prince héritier réfléchit un instant à la date limite.
« Je souhaite recevoir un rapport dès mon réveil, demain matin. La réunion est terminée. Ceux qui ont du travail peuvent partir les premiers. »
Il annonça la fin de la réunion ainsi que la date limite.
Grondement.
À ces mots, les nobles se précipitèrent vers les portes de la salle de conférence de la Table ronde, comme s’ils n’attendaient que ça.
« Poussez-vous ! Laissez-moi passer ! »
« Vous n’êtes pas le seul à être débordé ! Moi aussi, j’ai du travail ! »
« Vous n’avez pas vu Monsieur le chancelier partir en courant ? Le temps, c’est de l’or ! De l’or ! »
Le prince héritier les observa avec satisfaction.
« C’est vraiment agréable de constater que notre Empire ne semble compter que des sujets loyaux. On ne peut pas être noble sans loyauté. »
Il livra son commentaire d’un ton désinvolte.
« Ah, maintenant que j’y pense, je voulais vous demander quelques précisions sur le Grand-Duc de l’Est, mais j’ai oublié. Grand général, savez-vous quelque chose ? »
S’ensuivit un bref échange.
« …Hum, je n’en sais pas beaucoup non plus. Je vous prie de m’excuser. »
« Vous n’avez pas à vous excuser. C’est ma faute, je vous ai posé une question inutile. »
« Malgré tout, j’ai entendu dire que l’Affinité spirituelle était extrêmement faible dans l’est. Pour une raison inconnue, il n’y a aucun spirite là-bas, et les esprits restent invisibles à moins de manifester directement leur pouvoir. »
« Ah, vraiment ? »
Le prince héritier se redressa à ces mots.
Un sourire se dessina sur son visage, comme s’il venait d’apprendre quelque chose de très intéressant.
+++++
Au même moment, les nobles du centre de l’Empire s’activaient pour enquêter sur la situation dans l’est.
« Votre Altesse le Grand-Duc ! Votre Altesse le Grand-Duc ! Pourquoi abandonnez-vous votre travail pour repartir à l’aventure ?! »
« Allons, vous êtes capables de vous occuper du travail. Qu’est-ce qu’une personne de plus ou de moins ? »
« Cette personne, c’est le Grand-Duc. Et il est presque temps de préparer les marchandises à envoyer à l’Empire. »
« Ça… Et si on envoyait n’importe quoi ? Le prince héritier comprendra. On a beaucoup de choses à envoyer à Macelin ! Ils traversent une période difficile en ce moment ! »
Kailen Marin, le Grand-Duc de l’Est, rejeta ses cheveux en arrière et contempla la vue sur l’océan au-delà de la fenêtre.
« La mer… Ce serait merveilleux de la regarder avec Mirne, non ? Hein ? Tu ne trouves pas ? »
« …Son Altesse la princesse héritière Mirne aime la mer, en effet, mais ce n’est pas la question. Vous devez vous occuper de votre travail ! »
« Non, non, je n’en ai pas envie. Je veux juste… explorer les ruines sous-marines aujourd’hui ! Si je trouve quelque chose de rare, je le donnerai en secret à Mirne ! »
« Ah… Très bien, je m’occuperai encore du travail d’aujourd’hui comme je l’entends. »
« D’accord, d’accord. Occupe-t’en, puisque tu es si capable. »
Kailen ne s’intéressait pas à l’administration de l’est.
Tout ce qu’il voulait, c’était Mirne. Il voulait conquérir son cœur.
Après s’être rencontrés par hasard, autrefois, ils s’étaient mis à se revoir souvent, comme guidés par le destin, et étaient restés en contact.
Chaque fois qu’il lui offrait un cadeau, elle rougissait en l’acceptant. Elle était d’une adorabilité insoutenable.
« Hmm, une femme comme elle serait parfaite pour devenir ma moitié. »
Tandis que Kailen rêvait d’un avenir radieux aux côtés de Mirne, Silphiner, l’esprit du vent employé comme drone silencieux, le surveillait attentivement.
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