Chapitre 865
« Mmm, j’ai peut-être été un peu trop “traumatisée” par l’entraînement de grande sœur, mais ne vaudrait-il pas mieux laisser la croyance déjà établie se développer jusqu’à ce qu’elle ait un effet sur notre sœur au vent vert, et en profiter pour en instaurer une deuxième, complètement différente, afin de diversifier les choses ? » proposa la sœur du milieu. Elle faisait manifestement preuve d’une grande perspicacité, elle qui, d’ordinaire, ne cherchait pas à voir plus loin que le bout de son nez, en raison de son tempérament franc. Tout ça, c’était grâce au « fouet de l’amour » de Mina.
Aster lui répondit en agitant l’index de la main droite.
« C’est effectivement une idée qui m’a traversé l’esprit au début. Après tout, même si une croyance doit d’abord avoir une cible précise pour être mise en place, il est normal qu’elle se répande avec le temps. Esmeralda pourrait donc bel et bien obtenir une forme lui permettant d’interagir activement avec nous et de participer à nos activités, plus tard, simplement grâce à la croyance déjà instaurée selon laquelle les esprits de la nature existent.
« C’est ce potentiel illimité qui m’a poussé à choisir cette première croyance : elle pourrait donner naissance à d’autres esprits en plus de Nim. Mais je ne pense pas que ça se passera aussi facilement. En général, les croyances mettent du temps à s’enraciner et, surtout, le tableau bleu flamboyant a clairement indiqué qu’en demander trop à une croyance revenait à faire échouer sa mise en place.
« Mais pour que les esprits de la nature soient nos “amis”, il faut bien qu’ils existent. La première croyance sera donc renforcée par la deuxième. Si les choses se passent comme je le pense, le premier esprit à naître sera probablement lié à quelque chose d’essentiel pour le camp, avec quoi les filles interagissent souvent et de la façon la plus amusante ou reposante, comme avec un ami. Par exemple, le lac où Mira et plusieurs autres vont nager chaque jour pour le plaisir », expliqua Aster. La femme-tigre émit un léger grondement, et il ajouta :
« Cela dit, le fait que d’autres esprits apparaissent plus vite que d’habitude ne signifie pas qu’ils nous seront forcément “bénéfiques”. Ce ne sera même pas nécessairement par malveillance, mais simplement à cause d’une différence de perspective. Prenez Nim, par exemple. Elle a passé du temps avec nous et, même si elle ne comprenait manifestement pas le point de vue des humains, elle savait ce qui nous déplaisait et ce qu’elle pouvait ou ne pouvait pas faire.
« Mais elle le sait uniquement parce qu’elle a passé du temps avec nous. Imaginons qu’un esprit de la nature naisse d’une étendue d’eau : de son point de vue, envelopper les êtres vivants d’eau serait une bonne chose, tout comme leur en faire boire. Il pourrait donc tenter de tout recouvrir d’eau, parce que c’est ainsi qu’il concevrait les choses. Mais si ça arrivait, nous serions dans de beaux draps, pas vrai ? Mieux vaut donc établir un lien beaucoup plus personnel entre nous.
« Le mot “amis” sera influencé par la volonté collective du camp. Ainsi, au minimum, ceux qui ne faisaient pas déjà partie du groupe, comme Nim et Esmeralda, sauront instinctivement comment interagir avec nous. Cela ne les mettra pas non plus en danger, car en tant qu’“amies”, elles auront leur libre arbitre et pourront juger si nous méritons ou non leur amitié. Mais ça ne m’inquiète pas », conclut Aster. Lina eut un petit rire.
« Je croyais que tu cherchais à réduire la quantité pour améliorer la qualité, mais tu as préféré miser sur les deux. »
Aster acquiesça.
« Eh bien, j’ai dit que nous serions plus “ambitieux” avec la deuxième croyance. Comme sa cible est Esmeralda, elle devrait immédiatement obtenir une forme adaptée pour participer, comme Nim. Elle est déjà notre “amie”, et la croyance fera d’elle un “esprit” de la nature. En fait, comme son existence se rapproche de ce concept depuis le début, je pense que le résultat sera encore un peu plus avancé que pour Nim. »
Bon sang, d’un côté, c’est presque effrayant de constater qu’il réfléchit sans doute encore plus à tout que grande sœur. C’est sûrement pour ça qu’elle ne s’inquiète pas quand elle nous laisse sous sa garde. Mais de l’autre, j’aime bien voir grande sœur prise au dépourvu par lui de temps en temps, pour changer~, songea la sœur du milieu.
Mira elle-même ne put s’empêcher d’applaudir intérieurement la minutie avec laquelle Aster avait tout planifié, dès lors que cela risquait d’affecter les membres du groupe. En tant que chef, il n’avait rien à se reprocher, même aux yeux de cette femme-tigre grincheuse. La princesse à l’éclair violet, toujours si responsable, pouvait en dire autant.
Cela dit, elles remarquèrent toutes les deux le sourire taquin, familier mais incroyablement fugace, qui apparut sur son visage. Elles ne purent s’empêcher de penser :
Il prépare encore un mauvais coup ! s’écrièrent-elles en leur for intérieur. Malheureusement, elles n’avaient aucune idée de ce qui se tramait dans la tête du jeune dragon aux cheveux noirs. Pour entrevoir ses pensées cachées, elles auraient dû s’allier à Mina, Angela et Mylene, dont les cerveaux fonctionnaient à un tout autre niveau que ceux des autres filles du camp.
« Bon, commençons par faire officiellement entrer Esmeralda dans le camp », déclara Aster en le souhaitant. Une place fut alors attribuée à l’esprit du vent. D’où venait-elle, vous demandez-vous ? C’est simple : le tableau bleu flamboyant devait être satisfait du sort réservé à ces déchets de l’ancien camp de James par Alice et les autres. Tous les quinze avaient été comptabilisés pour le privilège de l’armée puissante.
Aster avait donc obtenu une nouvelle place libre et une autre « à moitié ». Et si vous pensez qu’il aurait dû en garder une de côté lors du match officiel, au cas où, rappelez-vous que la précédente dépendait de la décision du tableau bleu flamboyant de faire ou non une exception.
Ce n’était pas un « pari ». Aster savait que le tableau bleu flamboyant aurait tué tous ces types sans hésiter s’il l’avait pu, y compris ceux qui n’avaient pas directement tué les filles, mais avaient quand même posé les mains sur elles. Leur « défaite » lui garantissait donc une place supplémentaire dès le départ. Et même s’il n’avait découvert la fonction des croyances qu’aujourd’hui, il avait déjà envisagé de faire officiellement entrer Esmeralda dans le groupe depuis la route de l’épreuve. Tout s’était simplement mis en place au bon moment.
Cela réglé, Aster tendit la main droite vers Esmeralda et déclara :
« La deuxième croyance du camp sera : “Les esprits de la nature sont nos amis.” Quant à la cible choisie, ce sera Esmeralda. »
À ces mots, les particules brillantes qui étaient apparues lorsque Nim avait obtenu sa Forme spirituelle, et qui flottaient dans l’atmosphère du camp depuis, firent une nouvelle apparition « grandiose ». Cette fois, pourtant, les choses se passèrent autrement.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda une fille de l’Épée noire, qui aidait à faire la vaisselle. C’était à son tour de s’occuper de cette tâche pour le petit-déjeuner, ce matin-là.
« Ouah, elles sont trop jolies~ », s’exclama une fille du Lotus vert, dont l’attention fut attirée vers le ciel par les paroles de la première.
« C’est vrai ! On dirait des particules d’énergie spirituelle, mais les regarder rend heureuse et détendue, comme quand on a du temps libre pour discuter et grignoter avec les autres~ », s’écrièrent plusieurs filles à l’unisson.
C’était normal : elles contemplaient l’énergie née de leur volonté collective autour de la notion d’« amitié ». En un sens, cette énergie ressemblait à l’énergie du Yin ou du yang, puisque ce sont généralement ces deux énergies qui subissent le plus l’influence des émotions. La différence, c’était que les énergies du Yin et du yang étaient en grande partie liées au genre, sauf dans certains cas particuliers, tandis que celle-ci ne l’était pas. Sa seule restriction était qu’elle ne pouvait être produite que par les « membres » du camp concerné.
De plus, comme vous l’avez remarqué, cette fois, ce n’était pas seulement quelques privilégiées qui pouvaient voir ce magnifique spectacle lumineux envahir le ciel : toutes les membres de la secte le voyaient. La quantité et la « puissance » des particules avaient considérablement augmenté, car, comme Aster l’avait prévu, les croyances se renforçaient mutuellement.
À ce propos, toutes les filles de la secte qui se trouvaient dans les environs virent un « pilier » de ces particules scintillantes descendre du ciel et être absorbé par un joli tourbillon vert, grand comme une main, qui flottait près d’Aster. Tous les regards se tournèrent vers la table des chefs : elles savaient qu’il se passait encore quelque chose d’intéressant.
« Fiiiou ! » D’abord minuscule, le tourbillon grandit… énormément. Ce n’était pas une façon de parler : alors qu’il tenait jusque-là dans la paume d’une main, il devint soudain si haut que les filles de la secte n’en voyaient plus le sommet.
Aster, lui, le voyait. Il ricana intérieurement en contemplant la colonne de vent vert de dix kilomètres qui venait d’apparaître. Le terme « tourbillon » est assez général, au passage : il englobe toute colonne de vent en rotation. Les tornades sont les plus grandes et les plus puissantes de ces tourbillons, mais même une tornade du monde mortel n’atteindrait pas la moitié de la taille de celle qui venait d’apparaître au milieu du camp.
C’était de là que venait le sifflement entendu quelques instants plus tôt. Pourtant, malgré l’immensité du tourbillon vert, il ne provoquait aucun remue-ménage. Il créait tout au plus quelques courants d’air qui sifflaient çà et là, mais ils se trouvaient assez haut pour ne pas affecter le camp.
Et ce n’était pas tout : même le sol où se trouvait la « queue » du tourbillon ne subit aucun dégât. En fait, le terrain juste en dessous fit entendre une note claire, semblable au tintement d’une cloche, tandis qu’une couche de jade vert recouvrait une zone de cent mètres. Elle s’éleva ensuite pour former une petite montagne de jade vert parfaitement lisse, parcourue d’un escalier. Celle-ci se dressa à côté de l’arbre de Nim, tandis que le tourbillon se dissipait.
« Il faut reconnaître que tu sais faire une entrée », plaisanta Aster en regardant le sommet de la montagne de jade vert. Des courants de vent vert, doux et visibles, s’écartèrent pour révéler l’esprit élémentaire qui était à l’origine de tout cela.
L’apparence d’Esmeralda n’avait pas changé par rapport au souvenir qu’en gardait Aster. Elle semblait avoir une petite vingtaine d’années et possédait de beaux cheveux vert clair, nuancés de différentes teintes par endroits et ornés d’ailes vertes sur les côtés de la tête. Ses yeux, d’un vert limpide semblable à celui d’une gemme, pouvaient rivaliser avec ceux de Sarina. Elle avait la peau pâle et lisse, était grande et élégamment bâtie, sans rien perdre de son charme ni de son pouvoir de séduction.
Contrairement à Nim, qui avait matérialisé un short et un haut sans… rien en dessous ni par-dessus, ce qui lui avait valu une réprimande de la femme-tigre lorsqu’elle avait voulu s’asseoir avec eux pour manger — ses vêtements moulant un peu trop certaines parties de son corps —, Esmeralda portait une tenue bien plus élaborée. Nim, elle, avait désormais mis une simple chemise et une jupe par-dessus son short, ainsi que des sous-vêtements en bonne et due forme.
Elle portait une robe deux pièces verte et blanche, ainsi qu’une armure de jade vert clair sur la poitrine et les côtés de sa jupe. Elle avait également des gants blancs renforcés de jade vert, et ses chaussures étaient protégées de la même façon. Son style rappelait un peu celui de Tiana, mais ses accessoires de jade vert et sa tenue un peu moins ouvertement guerrière lui donnaient une allure bien plus féminine.
« J’ai déjà atténué autant que possible les effets de la transformation initiale. Tu sais, même au niveau mortel, mon tourbillon aurait fait près du double de cette taille, et la montagne de jade aurait été trois fois plus haute. Mais ça aurait trop attiré l’attention, et surtout, ça aurait été trop tentant à escalader pour une certaine petite fille. J’ai donc décidé que ma montagne accompagnerait plutôt l’arbre de Nim », expliqua Esmeralda. Elle sauta du sommet de la montagne de jade, puis descendit lentement et avec élégance jusqu’au sol, près d’Aster et des autres.
Il convient de préciser que des courants doux et verdoyants restèrent en permanence au sommet de la montagne de jade vert, offrant un joli spectacle aux filles de la secte, qui avaient des étoiles dans les yeux en contemplant Esmeralda.
Quelle sœur jolie et élégante ! s’exclamèrent-elles en leur for intérieur. Nim était belle, mais son charme n’était pas du genre élégant. Elle avait l’air d’une grande sœur douce, même si sa personnalité n’avait rien à voir avec cette impression. Fait amusant, Esmeralda, qui avait l’air beaucoup plus « stricte », avait bel et bien le tempérament d’une grande sœur. Il suffisait de voir toutes les précautions qu’elle avait prises pour sa montagne de jade.
Elle avait même construit un véritable escalier pour que les filles n’aient pas à l’escalader et puissent simplement monter quand elles le souhaitaient. Sans compter qu’au niveau du sol, le sommet de la montagne se trouvait à la hauteur de certaines des branches les plus épaisses et les plus larges de l’arbre de Nim, ce qui ajoutait de la « verdure » au paysage. Ce n’était pas seulement joli : les filles qui voulaient se rendre au sommet de l’arbre de Nim pouvaient désormais simplement y accéder à pied.
En parlant de jolies choses, l’apparence d’Esmeralda rendit de nouveau certaines filles suspicieuses à l’égard d’Aster. Il s’empressa de préciser :
« Tu avais déjà une forme humaine, alors cette croyance était préférable à l’autre. Les “amis” peuvent avoir toutes sortes de formes, et tu ressembles donc presque exactement à ce que tu étais avant. »
Esmeralda acquiesça, puis ouvrit et referma plusieurs fois la main.
« Cette forme est un peu différente de ma Forme spirituelle, mais elle a des effets intéressants. »
« Eh bien, on peut maintenant faire un petit détour par le monolithe. Faisons d’abord évaluer ton niveau, puis tu choisiras tes manuels en même temps que Nim. Sinon, ces curieuses vont négliger leurs activités quotidiennes pour attendre de voir ce qu’elles veulent. Il faut se dépêcher », plaisanta-t-il.
Les filles de la secte suivaient toujours de près les évaluations des nouvelles venues, et l’apparence d’Esmeralda les avait aussi captivées. Elles ne partiraient pas avant d’avoir satisfait leur curiosité.
« Mm. » Esmeralda et Nim acquiescèrent et accompagnèrent Aster jusqu’aux monolithes. L’esprit du vent passa la première. Elle posa la main sur le monolithe et fut enveloppée un instant d’une faible lumière bleue, avant qu’un message n’apparaisse aux yeux de tous.
[Calcul terminé. Résultat : « Parfait », convertible en 500 mérites de grade moyen et 200 mérites de haut grade.]
[Des manuels, objets et missions liés aux entités élémentaires spéciales ont été ajoutés aux monolithes d’échange et de mission.]
« Elle a obtenu le même résultat que grande sœur Mira ! » s’exclamèrent les filles de la secte. Elles en furent surprises, tout comme Aster et les autres chefs.
Pourquoi, vous demandez-vous ? Eh bien, le tableau bleu flamboyant prenait de nombreux éléments en compte pour établir les notes. Or, Esmeralda n’avait rien fait depuis leur entrée par la porte de haut grade.
Son évaluation reposait donc uniquement sur ses capacités au combat actuelles. Ne vous méprenez pas : des filles comme Alice, Mira et le petit wyrm obtiendraient un résultat similaire en se fondant uniquement sur leur force actuelle. Mais elles étaient là depuis une semaine et s’étaient adaptées au niveau mortel. Esmeralda, elle, avait apparemment commencé avec la même maîtrise qu’elles. C’était compréhensible : les dragons et les femmes-tigres des glaces n’existaient pas dans le monde mortel, contrairement aux tourbillons et au jade. Sur ce point, ses bases étaient donc bien plus solides que celles d’Alice, d’Espi et de Mira.
On dirait qu’on a une autre combattante de premier plan dans le groupe. Elle n’est pas limitée par le niveau mortel comme les participantes, et c’est pareil pour Nim, puisqu’elles ont accès à cette énergie. Je me demandais comment elles se battraient. Heureusement, je n’aurai pas besoin d’attendre que Nim s’adapte pour m’en faire une idée, songea Aster.
« Alors, sœur Esmeralda est considérée comme une “entité élémentaire spéciale”. Dans ce cas, comment appelle-t-on sœur Nim, maintenant ? » marmonna Kana. Cela piqua la curiosité du chêne runique bavard, qui posa à son tour la main sur le monolithe.
Nim avait déjà passé son évaluation initiale, mais elle n’avait pas encore touché le monolithe depuis qu’elle avait obtenu cette forme. C’est pourquoi le message suivant n’apparut que maintenant.
[Des manuels, objets et missions liés aux entités botaniques spéciales ont été ajoutés aux monolithes d’échange et de mission.]
Voilà qui répondait à la question de Kana. Cela souleva toutefois une autre interrogation, cette fois dans l’esprit d’Aster.
Dans le monde de la cultivation, il existe des races sans corps physique, des êtres dotés de traits élémentaires ainsi que des formes de vie mi-végétales. Sont-elles elles aussi considérées comme “spéciales”, ou simplement comme élémentaires et botaniques ? se demanda Aster.
Le vieux géant de pierre rencontré lors de la mission dans le royaume d’Esmeralda était un exemple du premier type. Quant à la femme-arbre à forme humaine qui avait essayé de faire croire à Aster qu’elle était Alice, sur la planète natale de Sarina et Kana, elle appartenait au second.
Mais il s’agissait de races normales. Elles n’étaient peut-être pas présentes partout, mais elles n’avaient pas besoin de conditions particulières pour voir le jour. Esmeralda, en revanche, était un esprit élémentaire et, même si les esprits élémentaires pouvaient avoir une descendance en possédant suffisamment de puissance — comme l’existence de Mira l’avait prouvé —, l’esprit du vent vert était de la première génération. Elle était née uniquement de la nature et, de surcroît, avait transformé son concept du vent en celui du vert. C’était ce qui la rendait unique. Même Mira, qui avait un parent esprit élémentaire, n’avait jamais entendu dire qu’une telle chose était possible.
Passer, disons, d’un esprit de l’eau au concept de mer à un esprit de l’eau au concept de pluie était possible. En fait, un esprit de l’eau pouvait développer plusieurs formes et en intégrer plusieurs, mais toujours dans les limites de son élément d’origine : la mer et la pluie restaient toutes deux de l’eau.
Esmeralda, en revanche, avait accompli quelque chose d’aussi extravagant que de passer de l’élément du vent à celui de la terre. En adoptant le concept du « vert », elle avait dépassé les limites élémentaires. Il était donc possible que ce soit cela qui la rende « spéciale ».
Quant au chêne runique bavard, elle appartenait à une race rare d’arbres spirituels, et sa naissance avait été exceptionnelle. Elle descendait d’un membre de cette race, mais était née incomplète, avant d’être exposée à une énergie yang d’échelle galactique. Les autres membres de sa race pouvaient certes manipuler l’énergie yang, mais c’était grâce à leur talent runique, qui leur permettait de manier différentes sortes d’énergie, qu’elles leur soient apparentées ou non.
Nim, en revanche, possédait une constitution de type yang tout en conservant le talent évoqué plus haut. En bref, elle était unique parmi les siennes.
« Pour tes manuels, je te recommande la même chose qu’aux autres : ne choisis pas selon le grade, le nom, ni même l’aperçu du contenu. Suis ton instinct. Mais d’abord, laisse-moi voir quelles options de profession tu as obtenues », dit Aster.
Une autre situation « spéciale » se présenta : contrairement aux autres, elles n’avaient que deux choix, une profession axée sur le combat et une autre plus généraliste. Mais toutes deux étaient spécialement conçues pour elles et tenaient compte de leur statut de détentrices d’une croyance.
Esmeralda avait obtenu « Maître du ciel et de la terre », qui semblait désigner la profession généraliste. Mais pas du tout : elle était principalement axée sur le combat. Et ce n’était pas tout. D’après l’aperçu des manuels d’attaque, de déplacement et de défense qu’Esmeralda pouvait consulter, ceux-ci contenaient non seulement des méthodes du niveau mortel, mais aussi des connaissances sur l’utilisation de l’énergie produite par les croyances du camp !
C’était précisément ce que presque toutes les participantes rêveraient d’obtenir. Bien sûr, il était sans doute extrêmement improbable qu’elles l’apprennent en observant, mais rien ne les empêchait d’essayer.
Quant à l’autre profession d’Esmeralda, qui retint aussitôt davantage son attention que la précédente, elle s’appelait « Souveraine verte ».
« Eh bien, on dirait qu’il n’y a pas de suspense », plaisanta Aster. Esmeralda feignit l’ignorance et choisit la seconde option, puis il la laissa tranquillement parcourir les manuels de sa profession pour qu’elle prenne elle-même sa décision.
« Voici mes options, alpha », dit le chêne runique bavard. Elle appelait encore parfois Aster « alpha », mais cela pourrait se corriger au fil des jours à venir.
Ses deux professions étaient « Maître de l’esprit de l’arbre céleste » et « Forêt vivante immortelle des légendes ». La première était axée sur le combat, tandis que la seconde était plus généraliste. Cette fois, le choix n’était pas aussi « facile » que pour Esmeralda, car les deux professions semblaient convenir au chêne runique bavard.
Voyant que Nim n’arrivait pas à se décider, Aster posa la main sur sa tête et lui dit :
« Je ne t’ai pas emmenée, toi et Esmeralda, pour vous faire “combattre”. Choisis la profession qui te semble la meilleure. Si c’est une profession principalement axée sur le combat, très bien. Si ce n’est pas le cas, ça ne pose pas de problème non plus. »
Les yeux du chêne runique bavard brillèrent un instant, puis elle hocha la tête.
« Mm, merci pour le conseil, alpha… Aster », dit-elle. À mi-chemin, elle avait cessé de l’appeler alpha pour prononcer son nom, ce qui amusa beaucoup le jeune dragon aux cheveux noirs.