Chapitre 863
En disant à Cayden qu’il gagnerait des mérites auprès de « la famille », le chef ennemi pouvait passer outre les requêtes personnelles de la princesse qui aurait soi-disant envoyé cet « exécuteur » lui soutirer des informations.
Le chef ennemi avait agi ainsi parce qu’il savait que Vivian le détestait personnellement. Il n’était donc pas étonnant que la personne chargée de l’interroger ait reçu pour consigne de le faire souffrir autant que possible. Mais cela pouvait être évité de cette façon : dans ce monde de cultivation, tout le monde voulait monter en grade. Entre s’efforcer d’obéir à une demande personnelle et se contenter d’un signe d’approbation de son supérieur direct, ou en finir très vite et être dûment reconnu par le « président », le choix était évident.
Il faut préciser que seuls le chef et le trésorier avaient eu cette idée. Les autres avaient directement imploré leur pitié au bout d’à peine une minute d’interrogatoire, mais, bien sûr, ils ne l’avaient pas obtenue. Ils étaient toujours vivants, et la mort serait la plus grande clémence que Mina et les autres pourraient leur accorder.
Sur un signe de Mina, Cayden poursuivit alors le « scénario » préparé par l’aînée des trois sœurs, à qui l’on avait confié la direction du groupe d’éclaireurs. Elle en avait élaboré plusieurs versions jusqu’à ce qu’ils atteignent le camp ennemi.
« Ça me va, mais tu as même attendu que je te le demande. Sans parler du fait que je sais que tu viens de m’insulter. Alors, le bâillon retourne dans ta bouche et sur tes oreilles », lança Cayden d’un ton désinvolte.
« Attends, je vais… mmmblrg. » C’était aussi fait exprès : on lui avait d’abord couvert les oreilles, pour laisser à l’ennemi le temps de commencer à parler, mais pas de finir sa phrase. Cayden attendit de nouveau sur le côté : c’était à Mina de frapper encore.
Cette fois, elle visa le nerf ulnaire, qui était plus près de la surface au niveau du coude.
« Mmmmmblrg ! » Cette fois, l’ennemi se mit à « hurler » dès que l’aiguille le toucha, avant même de percer sa peau. D’abord, il voulait que « l’homme » qui le torturait arrête pour pouvoir continuer à parler, puis son cri devint véritable sous l’effet de la douleur.
« Il ne va pas mourir comme ça, hein ? » demanda Cayden. Mina secoua nonchalamment la tête.
« Non. La profondeur à laquelle j’enfonce les aiguilles et la durée pendant laquelle je les laisse en place sont calculées. Ce type peut supporter une profondeur moyenne pendant une minute sans même se pisser dessus. C’est pour ça qu’on a commencé par une faible profondeur et trente secondes seulement », expliqua-t-elle avant d’ajouter :
« À toi. » Mina retira l’aiguille et laissa Cayden faire sa part, comme tout à l’heure.
« N-Nous venons du Quadrant céleste de la Méridienne de Flamme et la secte du Ciel rouge nous a engagés pour soutenir l’héritier qu’elle a envoyé ! » Le chef ennemi se mit à parler si vite qu’il en bégaya au début.
« … » Comme prévu dans le scénario, Cayden attendit une seconde. L’ennemi paniquait clairement, persuadé qu’on allait de nouveau le « faire taire ».
« Continue, à moins que tu veuilles un peu plus de “motivation” pour parler ? » lança Cayden. Le chef ennemi reprit aussitôt son récit.
En gros, c’était la même chose que ce qu’ils avaient appris des deuxième et troisième lieutenants, complétée par les renseignements obtenus auprès du trésorier, mais beaucoup plus détaillée, puisqu’elle venait du point de vue du chef.
Par exemple, le chef en savait davantage sur ce qui comptait, autrement dit sur les hommes de la secte du firmament divin que leur firmament, récemment élevé, avait fini par rejoindre.
Il y avait aussi d’autres détails importants, comme l’existence d’un dompteur d’esprits que le chef était certain d’avoir vu arriver ici. C’étaient les deux seuls renseignements vraiment importants de la liste qu’Aster avait donnée à Mina et que le chef ennemi pouvait contribuer à compléter.
« Ces types ne valent pas grand-chose, mais en grand nombre, ils pourraient tout de même être pénibles si seules ces petites filles ont à s’occuper d’eux. Ajoute ceux des firmaments divins, et ils pourraient représenter une vraie menace pour elles en un contre un », dit Mina, assise sur sa chaise, tandis que Cayden se tenait près du chef ennemi, actuellement « bâillonné ».
« Et puis, Vivian combattait à peu près à moitié de sa force physique contre ce type, qui l’a prise pour une “princesse héritière”. Mais son jugement est de trop bas niveau. Alors, notons que Vivian, avec la moitié de sa force physique et sans utiliser de poison à des fins offensives, atteint pour l’instant le niveau de la royauté divine chez les participants soumis aux restrictions mortelles », ajouta-t-elle.
C’étaient des notes personnelles qu’elle prenait. Vous vous dites peut-être que je n’ai parlé ni de carnet ni de stylo ou de crayon parmi les objets présents dans cette pièce, et c’est parce qu’elle n’en avait pas besoin : elle gardait tous les renseignements en mémoire, puis les transformerait plus tard en rapport écrit avec l’aide d’Angela.
Car il ne faut pas oublier que Mina était si prudente que ses petites sœurs la jugeaient presque paranoïaque. C’était son rôle de grande sœur : elle devait envisager des scénarios qu’on aurait normalement tenus pour « impossibles ». Sans cela, elle ne serait pas une machiavélique manipulatrice, n’est-ce pas ?
Mais Mina ne se résumait pas à cela. Un sourire espiègle apparut sur son joli visage, et ses yeux, presque toujours mi-clos, s’ouvrirent pour une fois tandis qu’elle gloussait toute seule.
« Alors, les “membres de la royauté divine” sont physiquement puissants même en tant que mortels. Mais qu’est-ce que ça fait de ce type qui peut encaisser de plein fouet les attaques d’Alice et de Mira — qui sont sans aucun doute au niveau de véritables “princesses héritières” — en même temps, à mains nues, et qui peut faire fuir les superviseurs grâce à sa technique ? Est-il au niveau d’un “roi divin” sans avoir manifesté son attribut bestial ? Quelle chance qu’un tel monstre, probablement encore plus “paranoïaque” que moi, soit de notre côté. Veille sur nous, notre “chef monstrueux invincible”~ », pensa avec amusement l’aînée des trois sœurs.
Vous comprenez sûrement pourquoi Mina considérait Aster comme un « monstre ». Il avait une résistance à la chaleur aussi élevée que celle d’Iris, mais aussi une résistance au froid comparable à celle d’Aria, de Nerissa ou de Mira. Son endurance dépassait également les limites des mortels. Et s’il ne guérissait pas activement comme Aria, son bras, s’il était tranché, se ressouderait à son corps dès qu’il le presserait contre la plaie, tant sa vitalité était monstrueuse, même en tant que mortel.
Grâce aux élixirs de Mylene, Aster pourrait atteindre une capacité de guérison active semblable à celle d’Aria lorsqu’elle utilisait son pouvoir inné, mais de façon passive, puisque la sienne provenait de son incroyable vitalité. En force physique, il était un peu en retrait par rapport aux plus redoutables du camp, ceux qui frappaient le plus fort, à savoir Alice, Mira et le petit Wyrm. Pourtant, il pouvait encaisser leurs attaques simultanées sans finir en bouillie sanglante.
Il disposait aussi du champ absolu et de l’épée absolue : il ne manquait donc pas non plus de puissance offensive. Sans parler de ses yeux et de ses sens aiguisés, qui rendaient pratiquement impossible toute attaque par surprise.
Mais, du point de vue de Mina, tout cela ne faisait pas de lui un ennemi « invincible ». C’était un monstre, certes, mais avec une préparation minutieuse et les bons alliés, elle pourrait trouver un moyen de le faire au moins battre en retraite.
Ce qui plaçait vraiment Aster à un autre niveau aux yeux de l’aînée des trois sœurs, c’était qu’il ne laissait rien de tout cela lui obscurcir l’esprit : Aster ne sous-estimait jamais personne.
Par exemple, il connaissait déjà les capacités de l’ancien camp de James grâce à Regina et Fawn. Ensuite, pour le groupe d’éclaireurs, il avait choisi une équipe composée de quatre filles dotées de sens particuliers, d’une manipulatrice de génie, d’une protection supplémentaire qui servirait d’alarme, d’une Demoiselle Stellaire, princesse dragonne sauvage, comme plan de secours, et enfin d’Aster lui-même au cas où tout le reste échouerait.
Nerissa, qui percevait le sang des ennemis, Camila, qui détectait leur équipement, Iris, qui sentait la chaleur qu’ils dégageaient, et Tiana, qui percevait leur énergie spirituelle, couvraient ensemble tout le spectre de détection.
Mina, experte en coups bas, pouvait prévoir les mouvements des ennemis avant qu’ils ne les exécutent avec un minimum de renseignements. La protection supplémentaire consistait en une récompense qui permettait à quelqu’un de subir des dégâts réduits lors d’une attaque mortelle ; Aster s’était choisi lui-même. Ainsi, il saurait aussitôt si quelque chose clochait.
Ensuite venait la première réponse à une situation « anormale » : Alice. La princesse dragonne sauvage ne pouvait pas s’affranchir des restrictions de cet endroit comme Aster, car elle ne possédait pas l’annihilation. Mais ses pouvoirs de Demoiselle Stellaire pouvaient produire le même résultat. Autrement dit, si Alice le souhaitait, elle pouvait utiliser le Corps de parangon, comme à l’extérieur. Il lui manquait cependant la version offensive des secondes d’invincibilité dont Aster disposait, car son Corps de parangon s’était développé différemment. Cela suffisait largement à Alice pour réduire un superviseur en bouillie et protéger le groupe si un gros bonnet comme le tombeau gris apparaissait brièvement.
À ce moment-là, Aster se serait libéré des restrictions et les aurait rejoints, l’épée prête à trancher quelque pauvre salaud. Vous voyez donc que cette sélection en apparence « aléatoire » ne l’était pas du tout : l’équipe disposait de tout ce qu’il fallait pour garantir la sécurité des filles.
Et c’était cette capacité extraordinaire à tout prévoir qui faisait que Mina ne voulait surtout jamais se retrouver à la pointe de cette épée. De plus, plus Aster était « dangereux », mieux c’était : cela signifiait que ses petites sœurs seraient plus en sécurité.
« Bon, finissons-en pour l’instant », dit Mina en se levant. Elle fit signe à Cayden, qui retira cette fois les bâillons des deuxième et troisième lieutenants, ainsi que du trésorier et du chef, tous en même temps.
« Je vous ai déjà dit tout ce que je savais ! » s’écria le troisième lieutenant. Comme indiqué précédemment, Alice l’avait laissé dans un état lamentable ; ce fut donc le premier à parler.
« T-Tu es là, toi aussi ! » réagit le trésorier en entendant la voix du troisième lieutenant.
« Q-Qu’est-ce qui se passe ? » demanda le deuxième lieutenant, tandis que le chef restait silencieux, devinant presque ce qui était arrivé.
« Je vois… Vous vous êtes joués de nous. Depuis le début, nous n’avions aucune chance de nous en sortir vivants », dit le chef.
Mais, alors que le « jeu » était déjà bien avancé, une nouveauté le prit au dépourvu, les braies aux chevilles : Mina fut la première à répondre.
« Oui, désolée de gâcher vos “retrouvailles fatidiques”, mais il est temps de payer pour ce que vous avez fait », lança tranquillement l’aînée des trois sœurs.
« U-Une femme… Il y avait quelqu’un d’autre ici, à part ce salaud », dit le trésorier. Le deuxième lieutenant renchérit :
« Je le savais ! On a été capturés par ces cinglées d’une secte réservée aux femmes ! »
« Non. Je crois que quelqu’un vous l’a déjà dit, mais nous n’avons absolument aucun lien avec ces filles. Grâce à vous, au moins, je sais quels noms inscrire sur leur tombe. »
« Alors pourquoi ? Pourquoi vous en prenez-vous à nous ? Ça n’a aucun putain de sens ! » jura le chef. Il lui restait encore un peu de « cran », car c’était un dur. Mina fit signe à Cayden, qui lui retira le bandeau couvrant les yeux.
Le chef découvrit une beauté aux cheveux roux et aux yeux orange rougeâtre, un peu plus âgée et tout aussi belle que celle qui l’avait roué de coups plus tôt. Elle n’avait toutefois rien de « fragile » ni d’« éthéré ». Il vit ses yeux prendre une teinte grise tandis qu’elle s’approchait, puis elle lui dit :
« Je ne comprends pas pourquoi tu es si surpris. Réfléchis un instant : pourquoi leur avez-vous fait ça, à ces filles ? Parce que vous le pouviez et que vous le vouliez, pas vrai ? Eh bien, le principe est similaire ici. De notre point de vue, vous êtes une plaie et nous sommes plus forts que vous. Alors, nous voulons vous écraser, et nous pouvons le faire sans difficulté. »
« On pourrait croire que des “hommes” adultes comme vous auraient compris que les faibles se font piétiner par les forts dans ce monde. Cette fois, les faibles, c’était vous. Ne me dites pas que vous vous croyiez vraiment “invincibles” ou je ne sais quoi ? » railla Mina, ce qui fit réagir le trésorier.
« C’est complètement débile ! Vous allez tous nous tuer pour quelque chose qui n’a rien à voir avec vous. Même les membres des sectes orthodoxes ne feraient pas ça ! » s’écria le trésorier.
Le deuxième lieutenant craignait de mourir bientôt, et le troisième avait à moitié perdu la raison sous les coups d’Alice. La peur les réduisit au silence. Mais le chef, lui… resta figé.
Pourquoi, demandez-vous ? À cause du regard des yeux gris de la femme qui tenait l’aiguille avec laquelle elle lui avait infligé une douleur atroce. Dans les yeux de Mina, il n’y avait qu’une indifférence pure et absolue.
« E-Elle ne nous accorde même pas un regard. Après nous avoir torturés, elle n’éprouve ni plaisir ni colère. Mais qu’est-ce qui ne va pas chez elle ? » s’exclama-t-il intérieurement. Mina ajouta d’un ton détaché :
« Bon, ça, c’est la raison personnelle. Si tu veux une réponse “logique”, c’est tout aussi simple. Vu les “précautions” que vous avez prises avant d’agir, il est évident que vous avez déjà fait subir la même chose à d’autres pauvres filles. Et les ordures comme vous, quand elles commencent, ne s’arrêtent pas. Vous représentez donc un “risque” pour notre camp, où vivent un tas de jolies filles. Il fallait vous éliminer. »
« Que vous ayez ou non posé vos sales pattes sur ces filles, vous étiez déjà morts au moment où nos chemins se sont croisés. Cela dit, en leur honneur, votre fin, qui aurait pu être relativement supportable, sera épouvantable », dit Mina. Le chef perdit alors son sang-froid.
« Va te faire foutre, espèce de cinglée ! Peu importe ce que vous nous faites maintenant, ces flammes bleues nous ont déjà “punis”. Au mieux, vous pourrez tirer quelque chose de ces trois-là ! » dit-il en faisant allusion au fait qu’ils avaient déjà perdu leur bite — enfin, à l’exception du trésorier et des deux autres anciens prisonniers. Mina gloussa.
« Je me demande bien de quoi tu parles. » Elle fit signe à Cayden, qui leur couvrit la bouche tout en leur retirant leurs bandeaux et leurs bouchons d’oreilles. Puis elle ajouta :
« Je ne faisais que vous interroger tout à l’heure. Si je vous torturais vraiment, vous n’auriez pas l’esprit assez clair pour réfléchir aux questions que je vous pose~ » Sur ces mots, et tandis que tous les prisonniers pouvaient la voir, Mina prit une poignée d’aiguilles et les plongea dans les récipients contenant les deux substances déjà mentionnées. L’une, d’un orange éclatant, recouvrit entièrement les aiguilles, qu’elle enfonça jusqu’au fond de leur récipient. L’autre, d’un vert doux, n’en recouvrit que la pointe.
« Voici le poison “Feu fantôme”, une petite concoction que j’ai demandée à notre alchimiste. Il cheminera très lentement le long de vos nerfs et vous infligera d’atroces brûlures de l’intérieur. Normalement, vous mourriez en une minute, mais il a été spécialement conçu pour agir avec cet élixir de “Guérison du monde”. Même le faible le plus lamentable ne mourra pas avant trente minutes. Les gens ordinaires tiendront une heure, et les “durs” survivront deux heures », expliqua-t-elle en commençant à piquer les trois nerfs mentionnés plus tôt, avec deux aiguilles par nerf.
« Mmmmmmmblrg ! » Tous les ennemis poussèrent une multitude de sons étouffés à l’unisson, mais ils ne purent rien faire d’autre que se regarder.
« Là, ça, c’est de la torture. Ah, et mon poison “Feu fantôme” vous empêchera de vous évanouir, alors profitez-en bien », ajouta Mina. Elle ramassa ses affaires puis quitta la pièce sous le regard désespéré des ennemis. Cayden la suivit et scella la grotte en sortant.
…
« Je comptais utiliser ce poison pour adapter complètement mon escrime du serpent fantôme au niveau mortel, mais je n’en ai plus besoin. Autant me débarrasser des réserves restantes. Notre cher chef m’a donné pas mal de travail, alors je devrais pouvoir lui demander de m’accompagner pour une ou deux séances d’entraînement~ », pensa Mina, tandis que ses yeux reprenaient leur teinte orange rougeâtre habituelle. Elle les plissa presque aussitôt pour retrouver son expression souriante de tous les jours.
« Ils vont tous tenir les deux prochaines heures, hein ? » demanda Cayden. Mina lui répondit d’un sourire froid en hochant la tête.
« Oui. Je suis un peu vieux jeu, alors j’ai suivi sans m’en rendre compte la règle du “jamais deux sans trois”. Imagine leurs têtes quand ils ne mourront pas au bout d’une demi-heure, puis quand ça se reproduira au bout d’une heure. Je parie qu’aucun ne croira qu’il va mourir au bout de deux heures. Ce n’est pas pareil : je les ai manipulés pour qu’ils gardent “espoir” de survivre, avant de les laisser mourir sans savoir comment. Ces filles, elles, n’ont jamais cédé et, jusqu’au bout, elles se sont jetées devant leurs amies pour encaisser les coups de poing et de pied de ces salauds. C’est ça qui les a tuées », dit-elle.
« Alors c’est ça, Mina quand elle est vraiment en colère… Franchement, j’espère ne plus jamais avoir à voir ça. » Cayden suivit en silence l’aînée des trois sœurs.
Il avait lui aussi entendu toute l’histoire, dans les moindres détails. À vrai dire, il avait mal jugé Mina, qui n’avait pas réagi le moins du monde, alors que lui bouillonnait de rage en l’écoutant. Mais il comprenait maintenant que la colère de Mina était bien plus terrifiante.
En fait, s’ils ne pouvaient pas rester ici plus de deux heures pendant que le groupe se reposait et fouillait le camp pour récupérer les possessions des ennemis, notamment leurs manuels, Mina les aurait gardés dans cet état pendant au moins une journée. Elle aurait même utilisé tous ses stratagèmes pour contenter Alice et l’empêcher de pousser le groupe à retourner au camp en hâte. Mais c’était comme ça.
Vous avez sûrement remarqué que personne de l’ancien groupe de James ne reviendrait au camp de la secte avec Mina et les autres. Même les anciens prisonniers qui n’avaient pas touché à ces filles n’étaient pas innocents : ils avaient eux aussi commis des actes similaires par le passé. « Cayden » les avait forcés à tout avouer. Ce n’était pas difficile, puisqu’à leurs yeux, c’était un homme, et non une femme, qui les torturait. Eh oui, ils avaient dansé au creux de la main de Mina comme des clowns du début à la fin, comme on pouvait s’y attendre d’une machiavélique manipulatrice.
« Grande sœur Mina est de retour », dit Vivian en voyant Mina sortir de la partie la plus profonde de la grotte avec Cayden, qui se dirigea vers Sandra.
« C’est fini ? » demanda Tiana. Mina acquiesça, puis fouilla dans un sac à dos à la recherche d’un repas qu’elle ferait réchauffer au feu de camp pour déjeuner. Comme vous le voyez, les événements précédents ne lui avaient pas du tout retourné l’estomac. Après tout, le processus avait été plutôt « propre » : elle n’avait rien ouvert.
« C’est fini. Après le petit-déjeuner, nous fouillerons leur camp, puis je reviendrai les réduire en cendres. Ensuite, nous rentrerons au camp », annonça Mina en s’asseyant pour manger.
Elle ne commettrait pas l’erreur de débutant de partir sans s’assurer que les ennemis étaient bel et bien morts. Avant de quitter les lieux, elle mettrait le feu à leurs corps ; ce n’est qu’ensuite qu’elle considérerait leur mission terminée.
« Mm~ » Les filles de la secte, ainsi qu’Iris et Nerissa, qui s’étaient entraînées dehors plus tôt avant de revenir, acquiescèrent à l’unisson et continuèrent leur petit-déjeuner.
« Un groupe de jeunes filles heureuses qui mangent sans se soucier du monde… Voilà qui rend sûrement un repas encore meilleur que d’habitude. » Mina conserva son sourire apparemment permanent. Il s’élargit encore quand un message bleu apparut devant elle.
…
En parlant de petit-déjeuner, celui du camp s’achevait à peu près au même moment. Aster finissait le dernier morceau de fruit que la petite fille assise sur ses genoux lui avait tendu quand un message apparut devant ses yeux.
[Un camp ennemi a été entièrement anéanti par le groupe d’éclaireurs. Comme il s’agissait d’une rencontre non officielle, aucune récompense directe ne peut être accordée. Toutefois, à titre de requête personnelle, si vous rapportez leur monolithe, nous pourrons discuter de récompenses supplémentaires.]
« Oh, elles ont fini plus tard que je ne le pensais… Ça veut dire qu’Alice va être particulièrement difficile à satisfaire, cette fois », pensa Aster avec humour, en grimaçant intérieurement. Ce qu’il ignorait, c’était qu’un tas de filles allaient réclamer des récompenses cette fois-ci, même si Alice serait sans aucun doute dans une catégorie à part.