Chapitre 860
Les deux combats précédents — ceux de Nerissa et de Camila — avaient eu lieu avant même que Vivian ne commence le sien. Ensuite, Vivian s’était occupée du chef ennemi, que l’on emmenait désormais tranquillement auprès de Mina.
Mais si vous vous en souvenez, la princesse des glaces aux cheveux blancs avait dit quelque chose comme : « Sœur Mina attend qu’on lui amène le dernier membre de leur groupe », avant de laisser les filles de la secte emmener le chef.
Nous ne reviendrons donc pas encore au présent, c’est-à-dire au moment où Vivian venait de terminer son combat. En fait, nous allons remonter encore plus loin que pour les combats de Nerissa et de Camila, jusqu’à l’instant où le chef avait donné ses ordres initiaux : le vice-chef et le trésorier devaient conduire les autres hors du camp. Mais puisque vous venez de voir ces types tenter de récupérer des objets dans les réserves secrètes, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. Voyons donc pourquoi.
Le groupe que le chef avait envoyé en premier comptait sept personnes au total. Alice avait tué les deux sentinelles, puis le troisième gradé avait été dépêché avec une équipe de quatre hommes, composée de deux anciens prisonniers et de deux membres originels du groupe. Quant au chef, il était d’abord resté en arrière pour voir comment les choses tourneraient avant de décider de la suite. Cela faisait huit personnes, ce qui laissait sept membres sur les quinze que comptait le groupe, ceux qui n’avaient pas été « distraits » par la princesse dragonne déchaînée.
Le vice-chef, qui menait trois mercenaires du groupe d’origine, avançait aux côtés du trésorier, lequel conduisait les deux anciens prisonniers restants. À mi-chemin de leur course vers la voie de secours aménagée derrière le camp, ils s’arrêtèrent lorsqu’un des anciens prisonniers lança soudain :
« Hé, on va vraiment partir comme ça ? Prenons au moins quelques armes de plus à l’armurerie avant de nous en aller. »
« Hein ? Le chef nous a déjà donné ses ordres. Il y a des choses dans les abris provisoires qu’on a préparés au cas où il faudrait fuir. Alors ne perdons pas de temps et avançons », répondit l’un des trois mercenaires.
Comme indiqué précédemment, le nouveau groupe n’était pas soudé. La distinction entre les mercenaires et les anciens prisonniers était nette, et les petites frictions occasionnelles d’autrefois avaient laissé place à une situation bien plus tendue, puisqu’ils étaient attaqués. Il y avait de fortes chances que l’ennemi soit venu uniquement pour les mercenaires, car c’étaient eux qui occupaient le camp à l’origine.
« Ça suffit, tous les deux. Ce n’est pas le moment de nous chamailler », intervint le vice-chef. Le trésorier ajouta :
« Les préparatifs du chef sont bons, c’est vrai, mais j’aimerais aussi emporter quelques armes, du matériel et de la nourriture. Il nous en faudra pour survivre après notre fuite. Et si on faisait comme ça : nous resterions tous les deux pour récupérer quelques affaires aussi vite que possible, pendant que nos équipes continueraient jusqu’à l’abri provisoire ? »
Le trésorier proposa cela parce que, vu la tournure des événements, il apercevait une occasion de prendre le pouvoir et voulait récupérer le poison et le couteau en métal cachés dans la réserve secrète près de l’arbre.
« D’accord. Je ne pense pas que le chef se fâchera si nous sommes les seuls à le faire. Vous cinq, ne vous disputez pas en notre absence. Nous sommes déjà attaqués par l’ennemi, alors évitons de nous tirer une balle dans le pied », déclara le vice-chef.
L’idée de prendre la place du chef ne lui avait pas traversé l’esprit, mais il estimait qu’il aurait l’esprit tranquille s’il récupérait le poison et le couteau en métal de la réserve secrète de l’abri désert. Ainsi, il pourrait tenir le trésorier à distance.
Car si le véritable visage du trésorier était un secret, non seulement pour les mercenaires, mais aussi pour ses anciens « coéquipiers » prisonniers, une chose était certaine : il ne se contentait pas d’être trésorier et aurait voulu occuper un véritable poste d’autorité dans la hiérarchie du camp.
Comme vous le voyez, ils avaient chacun leurs propres projets en tête. Ils se séparèrent alors du groupe, ce qui les conduisit d’un côté à croiser Nerissa et de l’autre Camila. Vous avez vu comment cela s’est terminé pour eux.
Mais qu’en était-il des cinq autres, trois du groupe de mercenaires d’origine et deux des anciens prisonniers ?
Eh bien, ils ne s’opposèrent pas le moins du monde à l’idée du vice-chef et du trésorier. Ce qui leur plaisait surtout, c’était qu’on ne leur demandait pas, à eux aussi, de rester en arrière : les deux autres s’en chargeaient, ce qui signifiait qu’ils couraient un plus grand risque.
Bien sûr, ils raisonnaient ainsi parce qu’Alice semait un tel chaos qu’ils n’imaginaient pas qu’une seule personne puisse en faire autant. À leurs yeux, tous les ennemis avaient dû charger le camp par l’avant et livraient sûrement un combat acharné contre ceux qui étaient restés sur place.
Malheureusement, le calme précaire qui régnait entre les cinq s’effondra lorsqu’ils atteignirent un point critique de leur trajet, après avoir quitté le camp.
« Hé, qu’est-ce que tu fais ? L’abri à l’est contient le plus de rations séchées, c’est donc le meilleur choix », dit l’un des anciens prisonniers.
« Des conneries. Celui de l’ouest regorge d’armes. Avec ça, on pourra chasser autant d’animaux qu’il nous faudra. C’est le meilleur choix. »
« Ah oui ? Et comment on va chasser si on doit se cacher d’un groupe ennemi pendant au moins les deux prochains jours pour être en sécurité ? Qu’est-ce qu’on va manger en attendant ? Tu vas mâchouiller des couteaux en os comme un imbécile ou quoi ? » rétorqua l’autre ancien prisonnier.
« Vous êtes pitoyables. Si on rationne correctement, la nourriture de l’abri à l’ouest tiendra jusqu’à quatre jours. Et si l’ennemi débarque, vous comptez vous défendre avec quoi ? Un morceau de poisson séché ? » lança un autre mercenaire.
En réalité, les deux camps avaient de bons arguments. Et si vous vous demandez pourquoi ils n’avaient pas simplement préparé assez de provisions et d’armes dans les deux abris, la réponse est simple : ils n’en avaient pas eu la possibilité.
Les mercenaires avaient été affaiblis pendant quelques jours après avoir été punis par la planche aux flammes bleues. Ils n’étaient pas incapables de ramasser de la nourriture et autres choses du genre, mais ils devaient aussi se méfier de leurs nouveaux coéquipiers. Ceux-ci ne pouvaient donc pas s’éloigner du camp longtemps.
En outre, des animaux « anormaux » avaient commencé à apparaître. Pas juste devant leur porte, mais plus loin, où ils leur barraient la route. Les ressources des environs ne suffisaient pas à nourrir tout le groupe, à constituer des réserves au camp et à en répartir davantage entre les deux abris.
Il en allait de même pour les armes : les os qui pouvaient servir à en fabriquer ne suffisaient pas. Le trésorier avait attribué davantage de nourriture à l’abri de l’est, tandis que le vice-chef avait fait réserver plus d’armes à celui de l’ouest. Voilà comment la situation avait dégénéré.
« On n’a pas de temps à perdre avec eux. S’ils veulent aller à l’est, qu’ils y aillent. Nous, on part à l’ouest », trancha le troisième mercenaire du groupe d’origine.
« Sans eux, on aura plus de nourriture qu’avant. Le problème est donc réglé », ajouta un autre mercenaire, et tous trois se ruèrent vers l’ouest.
« Sales bâtards, j’espère que vous allez crever de faim ! » jura l’un des deux anciens prisonniers.
Une autre raison avait motivé le choix des anciens prisonniers : même si on leur donnait assez à manger pour ne pas mourir de faim, ils n’avaient pas de quoi se rassasier, du moins au début. La situation ne s’était améliorée qu’après que certains d’entre eux eurent révélé au vice-chef ce qu’ils savaient au sujet des filles. Mais c’était le trésorier qui avait fait pencher la balance, d’où son choix comme représentant.
Ils avaient donc souffert de la faim récemment et ne voulaient pas revivre ça si tôt. Cela avait influencé leur choix d’abri.
« Laisse tomber. Il y a de fortes chances que les ennemis soient venus pour eux de toute façon. Autant tracer une ligne nette entre leur groupe et le nôtre. Je n’ai pas envie d’être poursuivi par un camp capable de construire et d’utiliser une satanée catapulte alors qu’on est des mortels », dit l’autre ancien prisonnier tandis qu’ils se ruaient vers l’est.
…
À quelques kilomètres de l’endroit où les deux groupes s’étaient séparés, huit filles de la secte, toutes à cheval, attendaient devant deux silhouettes.
« Nous les avons suivis de loin sans perdre leur trace, mais qui aurait cru qu’ils se sépareraient à la dernière seconde ? » fit remarquer une fille aux cheveux bicolores, séparés horizontalement en deux : la partie supérieure était gris foncé, tandis que l’autre était d’un gris pâle et doux. C’était bien sûr Tiana, la fille au corps à constitution énergétique.
« Mm. Je suppose que c’est pour ça que Sœur Mina disait qu’aucun plan ne survit parfaitement au premier contact avec l’ennemi. C’est pour cette raison qu’il est important d’envisager les scénarios les plus probables comme les plus improbables », répondit la fille rousse qui se tenait près de Tiana. C’était bien sûr Iris.
Il convient de préciser que Mina n’avait demandé qu’une seule longue-vue à Aster, pour son propre usage. Eh bien, le jeune dragon aux cheveux noirs était, comme toujours, l’un des rares à pouvoir surprendre la malicieuse aînée des trois sœurs. Aster était donc parvenu à en fabriquer quatre en une seule journée, ce qui était remarquable : c’était une invention nouvelle, et il les avait achevées en quelques heures après un unique essai raté. Autrement dit, il avait construit un prototype et quatre exemplaires pleinement fonctionnels.
Mina avait pourtant emporté les quatre exemplaires fonctionnels sans en donner un à aucune de ces deux-là. On pouvait donc se demander comment elles avaient suivi l’ennemi d’assez loin pour que leur groupe de dix filles à cheval ne se fasse pas repérer.
Certes, l’aube n’avait pas encore éclairé le camp ennemi, mais les chevaux n’étaient pas petits. Et aucune d’elles ne montait un cheval noir, qui se serait mieux camouflé dans l’obscurité. Elles s’étaient donc simplement tenues assez loin pour rester hors du champ de vision des ennemis, qui avançaient parallèlement à elles. Puis, à un certain moment, elles les avaient distancés de loin pour se préparer à les intercepter.
La réponse était simple : Tiana et Iris guidaient ces filles. On avait déjà évoqué certaines capacités innées d’Iris, mais si elle ne faisait que résister aux températures élevées sans exposition directe et possédait un système respiratoire assez robuste pour ne pas souffrir des cendres volcaniques, elle n’aurait pas été l’égale de Nerissa au niveau mortel.
Grâce à son excellent talent pour l’attribut du feu, la fille rousse pouvait aussi voir les différences de température. Oui, elle possédait une vision thermique, une de ses capacités innées dormantes à l’état mortel. Ce qui était amusant, c’est que cela correspondait à sa relation habituelle avec Nerissa : elles se ressemblaient beaucoup tout en étant opposées.
Les embuscades ne marchaient pas contre Nerissa, car elle pouvait anticiper les mouvements de l’ennemi en observant le mouvement de son sang. Elles ne marchaient pas non plus contre Iris, car un ennemi caché ressortait comme le nez au milieu de la figure dans ses jolis yeux rouge orangé.
L’une disposait d’une capacité liée à « l’eau », l’autre au « feu », mais leurs dons remplissaient des fonctions similaires. Ils étaient pourtant opposés à plus d’un titre : la capacité de Nerissa était bien plus adaptée au combat rapproché et aux endroits suffisamment éclairés, comme le camp où brûlaient des feux de camp et où des bougies étaient installées. Iris, elle, était faite pour les longues distances et les grands groupes. Loin du camp, avant le lever du soleil, le groupe ennemi apparaissait comme une tache rouge orangé qui se déplaçait au loin ; c’est ainsi qu’Iris avait guidé les filles sans perdre sa trace.
Bien sûr, Mina ne se contenterait pas d’un plan à un seul niveau. C’est pourquoi elle avait choisi la fille au corps à constitution énergétique pour mener le groupe aux côtés d’Iris.
Le fait que personne ne puisse utiliser son énergie spirituelle en ces lieux et que les êtres qui y vivaient n’en possèdent pas — du moins avant l’apparition des mille-pattes — ne rendait pas inutiles les sens aiguisés de Tiana pour tout ce qui touchait à l’énergie.
Les participants n’avaient pas perdu leur énergie spirituelle : ils ne pouvaient simplement pas y accéder, mais elle était toujours là. Ainsi, comme Felicia, sa fille Tiana pouvait sentir la présence de tout ce qui contenait de l’énergie spirituelle.
Mina savait que les anciens membres du groupe de James avaient perdu leur cultivation et que leurs corps ne contenaient donc plus d’énergie spirituelle. Mais les anciens prisonniers qui les avaient rejoints plus tard n’avaient pas subi le même châtiment — même si certains l’auraient franchement mérité. La capacité de détection de Tiana complétait donc celle d’Iris.
Et voilà que se présentait une situation idéale pour chacune de leurs capacités de détection : les ennemis s’étaient séparés en deux groupes.
« Je m’occupe des mercenaires », annonça Iris. Leur groupe était plus important et ses membres ne possédaient pas d’énergie spirituelle ; sa vision thermique lui permettrait donc de ne pas les perdre de vue.
« Je m’occupe des anciens prisonniers », ajouta Tiana. Cela n’avait pas été précisé, mais elles s’entendaient en fait plutôt bien.
Iris était toujours très directe, tandis que Tiana était une fille sérieuse ; aucune des deux ne plaisantait beaucoup, mais pour des raisons différentes. Iris était ainsi de nature, alors que Tiana avait souffert de bien des maux de tête à cause de son frère cadet, une vraie tête brûlée. Elle avait donc endossé le rôle de la responsable.
« Allons-y », dirent Iris et Tiana en remontant chacune sur son cheval, puis en prenant la tête de quatre filles.
Elles voulaient aussi montrer les résultats de leurs entraînements respectifs. Toutes deux étaient plutôt des combattantes solitaires et manquaient d’expérience pour diriger un groupe. Iris n’en avait jamais eu besoin, puisque Mina se chargeait de ce rôle, et son style de combat était aussi direct qu’elle. Quant à Tiana, eh bien, elle n’avait personne à diriger et, avant de rencontrer Aster et les autres, elle n’était proche de personne de sa génération, hormis son frère.
« Hé, vous entendez ça ? » Nous retrouvons maintenant le groupe mené par Iris qui rattrapait les trois mercenaires du groupe d’origine. Le bruit des sabots qui s’approchaient alerta les ennemis.
« Ils sont à cheval, vous vous foutez de nous ? » cria un autre mercenaire.
Puis, au grand désespoir des mercenaires, la meneuse du groupe ennemi qui approchait — une fille rousse — donna un ordre :
« Dispersez-vous et encerclez-les ! » Oui, au lieu d’ordonner à ses troupes de foncer tête baissée sur l’ennemi, comme elle l’aurait fait d’ordinaire, cette Iris si directe choisit la « bonne » stratégie pour quelqu’un qui n’était pas aussi exceptionnelle qu’elle.
Elle tira intelligemment parti de leur mobilité et de leur supériorité numérique pour encercler l’ennemi et lui barrer toute retraite. Pour le mercenaire qui réagit le plus vite — le troisième, qui avait pris l’initiative de se séparer des anciens prisonniers —, c’était la fin.
« Merde ! » jura le troisième mercenaire, qui… lâcha son sac à dos avant de prendre ses jambes à son cou.
Vous voyez, le mercenaire savait bien qu’un mortel ne pouvait pas distancer un cheval. Mais il n’avait pas besoin d’être le plus rapide : il lui suffisait de courir plus vite que ses compagnons, et c’était le cas.
Après tout, il avait remarqué que les ennemis ne braquaient pas leurs armes sur eux en approchant. Au lieu de tous les tuer, ils voulaient donc en capturer au moins un.
Dans ce cas, leur chef devait chercher à faire deux prisonniers plutôt qu’un. Comme vous l’avez peut-être remarqué, ce mercenaire avait bien plus d’expérience que les deux autres, qui restèrent sans voix un instant.
« Ce putain de lâche ! » jurèrent les deux autres mercenaires. À leurs yeux, ils avaient encore une chance de l’emporter dans un combat à trois contre cinq, d’autant plus que le fuyard était un combattant redoutable et leur supérieur. Mais avec leur meilleur combattant qui prenait la fuite, ils savaient qu’ils étaient fichus, malgré toute leur expérience.
« Sœur Iris, on va les surveiller, alors ne t’inquiète pas et poursuis celui-là », lança une fille de la secte, aussitôt appuyée par une autre :
« Oui, amuse-toi bien pour nous aussi ! »
Iris était déjà une Grande sœur martiale admirée par les filles de la secte. Et après les avoir si habilement guidées dans ces lieux mal éclairés, elle les faisait maintenant briller d’admiration.
Alors voilà le « bénéfice » d’une bonne direction… Je comprends pourquoi Aster fait toujours de son mieux pour prendre soin de nous, songea la rousse en hochant la tête.
« Mm. Je vous laisse le reste », dit Iris en indiquant à son cheval de partir dans la direction où l’homme s’était enfui.
À ce propos, le mercenaire était rapide, mais, comme on l’a vu, il savait qu’il ne pourrait pas distancer un cheval. Même en utilisant ses anciens coéquipiers comme appâts, il savait qu’on le poursuivrait. Alors pourquoi s’embêter à fuir si cela semblait désespéré ?
Eh bien, parce qu’un autre élément entrait en jeu : le terrain. À quelques centaines de mètres de l’endroit où ils s’étaient séparés se trouvait… une rivière.
La voilà. Ces imbéciles croyaient vraiment que notre chef aménagerait un abri où l’on ne pourrait que se cacher ou mourir ? Bien sûr que non. Si la situation tournait mal, on pouvait tous sauter dans la rivière pour fuir, songea-t-il en voyant la rive apparaître devant lui.
On entendait le courant depuis le loin, signe qu’il était assez fort. Il permettait de se déplacer en suivant la rivière, mais pas au point de noyer un mercenaire.
Mais alors qu’il s’apprêtait à sauter dans l’eau, le mercenaire vit quelques « troncs » flotter à la surface. Puis ils bougèrent et sortirent de l’eau.
« C’est quoi, ce bordel ? » cria le mercenaire en voyant surgir du fleuve les grands serpents. Ils avaient vérifié les lieux à plusieurs reprises et étaient certains qu’il n’y avait rien de plus gros que des poissons d’un mètre, qui n’étaient pas agressifs.
« Ssssss ! » C’étaient bien sûr des anacondas. Mina leur avait ordonné de patrouiller dans la rivière, et Tiana comme Iris le savaient : cela faisait partie de l’encerclement préparé par la malicieuse aînée des trois sœurs.
Bien sûr, Mina connaissait l’existence de leurs abris. Ils n’existaient pas encore à l’époque où James faisait partie du groupe : leur chef les avait imaginés après leur punition par la planche aux flammes bleues. Pendant qu’elle les espionnait, Regina les avait vus transporter des affaires vers ces abris.
C’est pourquoi la rivière qui traversait la grotte servant d’abri à l’ouest avait toujours été dans le collimateur de Mina.
« Je ne prétendrai pas qu’il est impossible d’échapper aux plans de Sœur Mina, mais il faut être bien plus malin et plus fort que ça pour seulement avoir une chance », dit la fille rousse, qui venait d’arriver près de la rive.
Le vétéran mercenaire n’avait désormais plus aucune échappatoire. S’il sautait dans la rivière, ces serpents le noieraient sans mal. Après tout, il n’avait aucune chance face à eux dans leur terrain de chasse naturel.
Merde ! Il fallait que je tombe sur un groupe avec un putain de dompteur d’esprits ou un truc du genre ! jura intérieurement le mercenaire en décrochant la lance fixée dans son dos, dont la pointe était faite d’os.
« Je te croyais plus malin. Mais tu t’es séparé de ton groupe et tu m’as poursuivie tout seul ? Ça simplifie les choses, je n’ai qu’à… Aïe ! »
« Crac ! » Iris bondit tranquillement de son cheval et fonça sur l’ennemi, interrompant le mercenaire en plein milieu de sa phrase. Elle frappa sa lance de son épée et la brisa net, sous le choc de quoi il retomba sur les fesses.
« Tu comptais me tuer et me voler mon cheval pour t’enfuir, c’est ça ? » demanda la fille rousse.