Chapitre 859
La confusion du trésorier venait du fait qu’il n’avait pas remarqué — même si c’était à peine visible — que la jeune fille aux cheveux auburn devant lui avait accès aux pouvoirs d’une cultivatrice. Elle s’en servit pour projeter une fine couche défensive d’énergie spirituelle qui repoussa le poison.
« Putain, merde ! » jura intérieurement le trésorier. Il avait espéré empoisonner son ennemie, trop confiante dans sa capacité à accéder à l’énergie spirituelle, mais la jeune fille aux cheveux auburn était trop prudente.
Le trésorier trouvait lui aussi cela logique : il pensait que si Camila connaissait l’histoire de ces filles, c’était parce que son camp avait capturé quelqu’un et l’avait fait parler. Ce n’était pas si loin de la vérité, puisque James avait effectivement été capturé et interrogé au départ.
Mais le trésorier n’était pas censé être dans le viseur au départ. Camila avait découvert son implication elle-même, parce qu’il avait commis l’erreur de se parler à voix haute alors qu’il avait la « chance » de pouvoir prendre le contrôle des survivants du camp. Autrement dit, cette fois, c’était lui qui avait baissé sa garde.
« Tu veux me tuer alors que je n’ai rien fait à ces femmes, qui m’étaient étrangères, en plus ? Tu te fous de moi ? » cria le trésorier en fouillant ses poches, puis en lançant quatre aiguilles en os de chaque main vers Camila, soit huit au total.
« Crac ! » Camila avança tranquillement sous la pluie d’aiguilles, qui s’écrasèrent sur son brigandin avant de… se briser à l’impact.
*Elle a encore assez d’énergie spirituelle, putain, pour se protéger comme ça !* pesta le trésorier, même s’il avait déjà compris que Camila pouvait accéder à l’énergie spirituelle.
Comme la jeune fille aux cheveux auburn ne volait pas et n’employait pas de technique spirituelle pour le vaincre d’un seul coup, cela signifiait qu’elle devait avoir une limite, ou quelque chose du genre.
Il en arriva à cette conclusion parce que le poison était simplement tombé au sol au lieu de s’accrocher à Camila ou de tacher ses vêtements. Si elle avait utilisé la protection d’énergie spirituelle habituelle, celle dont même les cultivateurs les plus faibles étaient pratiquement constamment entourés, un poison mortel aussi banal aurait rebondi vers lui avec assez de force pour lui briser les os.
« Je ne crois pas que tu puisses faire ça éternellement ! » s’exclama le trésorier en tournant autour de Camila, tout en lui lançant des aiguilles en os les unes après les autres.
« Crac ! » Elles se brisèrent sur son brigandin, au grand déplaisir de l’ennemi. Il avait fabriqué des dizaines d’aiguilles en os, puisqu’il se battait en les lançant, et les avait cachées dans ses poches et d’autres compartiments secrets de ses vêtements. Mais, au bout du compte, elles n’étaient pas inépuisables.
*Pourquoi… Pourquoi sa couche défensive ne faiblit-elle pas après tous ces impacts ?* se demanda-t-il en prenant huit autres aiguilles en os qu’il lança vers la poitrine de Camila.
« Crac ! » Le résultat fut le même : les aiguilles s’effritèrent en touchant Camila, qui ne broncha même pas.
Ce n’était évidemment pas dû à une couche d’énergie spirituelle recouvrant le brigandin de Camila, mais au renforcement de « cuivre », la version mortelle des gouttes de liquide précieux de cuivre, qu’elle avait appliqué à son armure.
En gros, cela doublait les propriétés de tout équipement défensif, y compris celles du cuir des brigandins et l’effet des plaques d’acier amortissant les chocs qui y étaient cousues et collées. Bref, Camila était extrêmement bien protégée en ce moment.
Le mieux, c’était que ce « renforcement de cuivre », comme elle l’appelait, n’alourdissait pas le brigandin et n’en modifiait pas les caractéristiques. Il ne réduisait donc pas sa mobilité en le transformant en une armure rigide, comme on le ferait normalement pour améliorer sa défense.
Cela semblait incroyable, et ça l’était. Même si Camila était actuellement mortelle, elle était une princesse de la lignée Wolfstein, et son talent inné n’était pas à prendre à la légère. En revanche, ce renforcement était temporaire, et les matériaux s’useraient après plusieurs applications. Camila estimait qu’un brigandin comme celui qu’elle portait ne pourrait être renforcé que deux fois avant de devenir « friable ».
Une seule application de « renforcement de cuivre » durait toutefois dix minutes. Or, un ennemi qui nécessitait dix minutes pour que Camila le batte était plutôt rare. C’était donc une excellente capacité, surtout pour un pouvoir qui s’appliquait à des objets extérieurs.
Comme on l’avait vu précédemment, en raison des limitations propres à leur condition mortelle, les matériaux servant de support aux talents innés des membres les plus remarquables du camp perdaient une grande partie de leurs propriétés en quittant leur corps. C’était le cas, par exemple, des écailles du petit wyrm.
Il en allait de même pour les ongles de Mira et d’Alice, ainsi que pour les écailles de sa queue : détachés de leur propriétaire, ils ne produiraient rien qui se rapproche de l’effet qu’ils avaient lorsqu’ils les utilisaient.
Jusqu’ici, les seules exceptions étaient le sang d’Aster et celui de Vivian. Même hors de leur corps, ils ne s’affaiblissaient pas et conservaient leur puissance. Dans le cas de Vivian, il fallait le conserver correctement dans une bouteille hermétiquement fermée. Quant à Aster, comme il était cette « créature fantastique bizarre » aux yeux de Mylene, son sang ne séchait pas et ne perdait rien de ses propriétés, même laissé à l’air libre pendant des jours.
Mais il fallait désormais en ajouter une autre à la liste : les trois sortes d’huile de la fille au trésor. Il n’était même pas nécessaire de les étaler ou de les appliquer ; il suffisait d’en verser quelques gouttes pour que leurs propriétés se répandent d’elles-mêmes dans la cible, en l’occurrence le brigandin. C’était une fonction bien plus avancée que celle de Vera, qui pouvait boire du poison puis le sécréter par les mains.
Et Camila n’était pas limitée à ses mains. Ni nous ni l’ennemi ne l’avions vue toucher son brigandin tout à l’heure, n’est-ce pas ? L’huile de cuivre était sortie de son épaule droite sur son ordre, et le brigandin avait été renforcé avant que le poison ne l’atteigne. Tout s’était déroulé en une fraction de seconde : une capacité parfaitement efficace.
« C’est pas possible ! » hurla le trésorier, qui sortit cette fois un couteau court en os dans sa main droite, tout en gardant dans la gauche l’une de ses trois dernières salves d’aiguilles.
Dans un sifflement, le trésorier lança les aiguilles vers le visage de Camila. Pour la première fois, la jeune fille aux cheveux auburn réagit différemment : elle fit pivoter sa lance pour les bloquer.
« Clang ! » Le tintement métallique produit par deux des aiguilles qui heurtèrent la pointe de la lance de Camila fit sourire intérieurement l’ennemi, qui tournait autour d’elle comme avant.
*Tu n’as plus d’énergie spirituelle, ou tu es sur le point d’en manquer ! T’es morte, salope !* jubila-t-il intérieurement, puis il sortit l’avant-dernière de ses trois salves d’aiguilles et les lança de nouveau vers le visage de Camila, qui les bloqua avec sa lance.
« Je te tiens… ! » Le visage de l’ennemi s’illumina d’excitation tandis qu’il enfonçait son couteau en os, manifestement empoisonné, en direction de Camila. Mais elle tendit l’avant-bras pour intercepter le coup.
« Clang ! » Cette fois, un bruit métallique retentit. Pourquoi ? Parce que l’ennemi avait enfin réussi à faire intervenir les plaques d’acier sous le cuir renforcé. Eh oui : jusque-là, on n’avait vu que la protection du cuir renforcé, et elle avait suffi à faire s’effriter les aiguilles en os au contact du brigandin.
« Crac ! » La partie supérieure du couteau en os se brisa alors sur-le-champ, ne laissant que le manche et les cinq premiers centimètres de la lame.
« Boum ! » Ce ne fut pas tout : à cette distance, Camila frappa tranquillement l’ennemi au ventre avec le pommeau de sa lance. Il tomba à genoux, incapable de respirer, l’impact lui ayant expulsé tout l’air des poumons.
« Kof ! » Le trésorier réussit à tousser et à reprendre péniblement son souffle. Ses yeux devinrent injectés de sang quand il entendit Camila dire d’un ton désinvolte :
« Dommage que nous ayons des questions à te poser, sinon je t’aurais tué moi-même. Cela dit, je suis sûre que Mina va faire en sorte que tu regrettes que ce ne soit pas le cas d’ici peu. »
*C’est un prénom de femme. Celle qui est toute couverte d’armure à l’entrée était aussi une fille, à en juger par sa voix, et elle aussi en est une. Merde, elles font peut-être partie d’une de ces forces réservées aux femmes, et elles sont complètement dingues. C’est pour ça qu’elles m’ont déjà condamné à mort à cause de ce qui est arrivé à ces filles. Je ne peux pas me laisser capturer !* conclut le trésorier.
Cela dit, il avait, au sens propre comme au figuré, plus de couilles que le chef du camp : il n’était pas handicapé par le ciel bleu, et, au lieu de songer à se suicider pour échapper aux souffrances, il porta la main à sa taille, où reposait un petit objet enveloppé dans du tissu. C’était sa dernière arme, mais aussi son atout maître.
« Je ne suis pas si facile à avoir, putain de salope… » cria le trésorier en frappant avec le petit couteau de métal de cinq centimètres, enveloppé dans du tissu, qu’il avait dissimulé sur lui avec le poison utilisé plus tôt.
« Clang ! » Des étincelles jaillirent au son des métaux qui s’entrechoquaient, lorsque le couteau de métal de cinq centimètres heurta quelque chose.
« Non… Impossible… Aaaah ! » hurla le trésorier. Le début de son cri était dû à la surprise. Vous vous demandez pourquoi ? Si le couteau de métal avait été arrêté par le brigandin de Camila, dont on avait déjà vu qu’il contenait des plaques de métal, l’ennemi n’aurait pas eu l’air d’avoir vu un fantôme. Il aurait désespéré, certes, parce que sa dernière attaque avait échoué, mais il n’aurait pas été aussi stupéfait.
Non, ce qui le fit pâlir et brouilla sa vue, au point qu’il faillit s’évanouir sous le choc, c’était que Camila avait arrêté son couteau de métal avec… le couteau en os brisé qui lui avait échappé des mains lorsque la lance de Camila l’avait frappé au ventre et mis à genoux.
La fille au trésor l’avait ramassé et avait utilisé cette arme instable et brisée non seulement pour arrêter le couteau de métal de son ennemi, mais aussi pour trancher sa lame métallique de plein fouet, avant de lui ouvrir une large plaie, bien que peu profonde, dans la poitrine. Ce fut cela qui provoqua la seconde partie du cri, un hurlement de douleur, tandis qu’il tombait à la renverse.
En chutant, l’ennemi aperçut un éclat argenté sur la lame incomplète du couteau en os brisé et jura intérieurement.
*Elle avait encore assez d’énergie spirituelle pour l’appliquer à une arme plutôt qu’à son armure, merde !* se dit-il. Camila, qui aurait presque pu lire dans ses pensées, lui répondit alors :
« On dirait que tu attribues à l’énergie spirituelle tout ce que tu ne comprends pas, et tu te prétends forgeron ? Une arme en acier ordinaire forgée par Aster aurait pu trancher cette merde de couteau en métal aussi facilement que le couteau en os, et sans aucune aide. Pourtant, à tes yeux, une arme de niveau mortel ne pourrait pas le faire. Minable. »
L’ennemi n’obtint aucune explication, mais vous, si : c’était le « renforcement d’argent ». En d’autres termes, Camila avait appliqué l’huile d’argent sur le couteau en os. Elle avait ainsi rendu le tranchant assez dur et affûté pour bloquer un couteau en métal, puis en trancher la lame.
Camila avait tout de même un peu « triché », car elle avait également appliqué l’huile de cuivre au couteau en os afin d’en renforcer la solidité. Ce n’était pas sa faute : le couteau avait pratiquement été détruit tout à l’heure. Avec le seul renforcement d’argent, la lame aurait tenu, mais le manche se serait brisé sur-le-champ.
Contrairement au renforcement de cuivre, qui améliorait tous les aspects de l’équipement visé, mais uniquement sur le plan défensif, le renforcement d’argent s’appliquait à des parties beaucoup plus précises : les tranchants, les bords, les pointes et autres éléments du même genre. Bref, les parties des armes conçues pour accroître les dégâts qu’elles infligeaient : coupures, contusions, perforations, et ainsi de suite.
L’huile d’argent n’avait donc aucun effet sur les autres propriétés de l’équipement. En contrepartie, son effet ne doublait pas comme avec le renforcement de cuivre : il triplait. Une épée dont les tranchants avaient été renforcés à l’argent était ainsi trois fois plus aiguisée qu’avant, sans perdre en solidité. L’effet était toutefois plus court — cinq minutes environ —, mais le renforcement d’argent usait moins l’équipement que celui de cuivre. Une arme ordinaire pouvait le supporter quatre fois avant de ne plus tenir le coup. Au bout du compte, elle pouvait donc être utilisée aussi longtemps avec l’un qu’avec l’autre.
« Tu peux te moquer de moi autant que tu veux, salope. À la fin, tu n’obtiendras pas ce que tu veux… » L’ennemi, qui ricanait après avoir été tailladé par le couteau en os — lequel était, si vous l’aviez oublié, empoisonné —, s’interrompit lorsqu’il reçut le contenu d’une petite bouteille en plein visage, que Camila lui lança.
« Qu’est-ce que tu m’as fait ? » Le trésorier tenta de se jeter sur Camila, mais il n’avait plus aucune force et ne pouvait même pas hausser la voix. Vous connaissez déjà ces symptômes : Vivian lui avait administré le même poison qu’au chef.
« Juste une petite mesure de sécurité pour t’empêcher de “t’échapper”. Quant à ce poison minable, ne t’inquiète pas : nous avons dans notre camp la princesse de tout ce qui touche aux toxines. Tu as plus de chances de mourir frappé par la foudre que de succomber à un empoisonnement, là, tout de suite », répondit Camila en nettoyant le champ de bataille. Elle referma le récipient en bois, l’attacha au corps du trésorier, à moitié paralysé, puis le saisit par le col et se dirigea vers l’endroit où Vivian était postée.
Au début, le trésorier avait essayé de supplier qu’on lui laisse la vie. Puis, à mi-chemin, lorsqu’il tenta de recourir aux insultes pour pousser Camila à le tuer, elle lui bâillonna la bouche avec un morceau de tissu et une corde.
« Tais-toi, garde ta voix pour plus tard. Tu as beaucoup de souffrance à rattraper pour tout ce que tu as fait subir à ces filles », dit nonchalamment la fille au trésor. À vrai dire, le trésorier commençait à l’agacer, car elle réfléchissait en ce moment à quelque chose de vraiment important.
*Avec ça, je vais enfin pouvoir avancer dans ma mission unique et, quand je l’aurai terminée, je pourrai demander une récompense à Aster~* songea tendrement Camila.
Elle avait déjà déclenché sa mission unique, avant même Mylene et Eris, mais elle ne parvenait pas à la faire progresser comme les autres. C’était parce qu’elle devait aider à « renforcer » des équipements pour la mener à bien.
Elle avait compris qu’il fallait aider les forgerons dans leur travail. Mais quand elle l’avait fait, en secret bien sûr, pour surprendre Aster, cela n’avait pas fonctionné.
Camila n’était pas forgeronne et n’avait aucune expérience du forgeage. Pourtant, elle savait instinctivement manier des matériaux comme le minerai de fer. Même lorsqu’elle avait demandé conseil à Blair, celui-ci lui avait dit sans détour que son aide était effectivement précieuse. Elle comprit donc que le problème devait venir d’ailleurs.
Et ce mystère venait d’être résolu : elle avait récemment appris à utiliser la partie active de son talent inné. Bien sûr, elle n’était pas devenue immédiatement douée et efficace dès qu’elle avait pu s’en servir, puisqu’elle le faisait pour la première fois à un niveau mortel.
Il lui avait donc fallu deux jours pour acquérir une maîtrise convenable des deux types de renforcement. Ensuite, elle avait pu utiliser l’autre capacité correspondant à la dernière teinte d’huile : la dorée. Elle s’était entraînée en secret parce qu’elle aimait qu’Aster la gâte en récompense et que, contrairement à son ancienne timidité excessive, elle souhaitait désormais activement partager des moments intimes avec son petit ami.
Bien sûr, leur intimité restait plutôt innocente. Mais cela montrait combien la fille au trésor avait changé en mieux grâce à ses expériences récentes, comme si elle traversait une période « dorée » de croissance.
À ce propos, l’ennemi n’avait pas l’esprit à s’inquiéter d’autre chose que des horribles tortures qui l’attendaient. Il le comprenait à cause de l’effet du poison qu’on lui avait administré : on lui donnerait précisément un antidote pour le poison avec lequel il avait espéré mettre fin à ses jours.
Après tout, c’était un forgeron de la secte maléfique et, même si ce n’était ni par plaisir ni pour s’amuser, il avait délibérément fait souffrir certains de ses « matériaux » afin de leur donner les propriétés dont il avait besoin pour fabriquer ses équipements. Il savait donc ce qui l’attendait… ou plutôt, il le croyait, car il n’avait pas rencontré une certaine fille rousse maléfique. Mais, pour en revenir à lui, son désespoir l’empêcha de remarquer la faible lueur dorée apparue sur le brigandin de Camila.
C’était la « restauration dorée ». Comme son nom l’indiquait, son effet différait de ceux des renforcements de cuivre et d’argent : cette capacité permettait à Camila de réparer la cible. En fait, « restaurer » était un terme plus juste que « réparer », car Camila l’avait testée sur une pièce d’acier qu’elle avait délibérément coupée en deux pour pouvoir l’utiliser séparément.
Lorsqu’elle avait utilisé la « restauration dorée » dessus, les deux morceaux s’étaient soudés sans laisser la moindre trace de leur séparation : aucune marque de contrainte, aucune trace de soudure, rien. C’était comme si le temps lui-même avait été remonté sur cette pièce d’acier.
Je sais que cela ne ressemble absolument pas à un effet de niveau mortel, mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, certains matériaux mortels peuvent en réalité se réparer sans être « vivants », contrairement aux os humains, par exemple.
Le graphène, un matériau composé d’atomes de carbone pur organisés d’une certaine manière, peut se réparer de lui-même. Et si cela ne vous semble pas déjà incroyable, le graphène est deux cents fois plus résistant que de l’acier à haute résistance, à quantité égale. Pour vous donner une idée, une feuille de graphène pesant moins qu’une moustache de chat pourrait supporter le poids d’un chat — et nous parlons d’un matériau mortel.
Camila elle-même ne comprenait pas encore entièrement les principes à l’origine de ses talents innés. Sans compter qu’elle savait qu’il lui restait trois autres applications, qu’elle ne pouvait pas encore utiliser et qui se manifesteraient lorsqu’elle serait prête à éveiller le trait de sa lignée.
Mais, pour l’instant, la fille au trésor devait utiliser ses capacités de renforcement sur de nombreux équipements afin d’accomplir sa mission unique. Heureusement, elle n’avait pas besoin d’être un fardeau pour les filles du pic des forgerons ni pour Aster, puisqu’elle pouvait les restaurer et leur rendre leur état neuf après usage.
De plus, Camila venait de devenir une « ressource stratégique », car elle pouvait stocker son huile hors de son corps pour que d’autres puissent l’utiliser au besoin. Cela leur serait peut-être moins facile qu’à elle, puisqu’elle n’avait qu’à toucher l’objet, mais elle était véritablement un trésor dans tous les sens du terme.
« Hmm ? » En parlant de filles qui étaient de vrais trésors, une certaine jeune fille aux cheveux blancs vit Camila accourir vers elle au moment où elle allait remettre le couvercle sur le grand récipient contenant le poison, qu’elle venait de transformer en une grande quantité d’antidote. Elle regarda la jeune fille aux cheveux auburn d’un air perplexe.
« Grande sœur Camila, il s’est passé quelque chose ? » demanda Vivian. Selon le plan de Mina, Nerissa et Camila devaient affronter leurs adversaires respectifs avant elle. Elle s’attendait donc à ce qu’elles aient fini et soient en route vers le lieu convenu avec leurs captifs.
« Ce type a essayé de “s’échapper” en mettant du poison sur sa blessure, alors je suis venue chercher un antidote », répondit Camila en désignant l’ennemi.
« Ah, pas de problème. Voyons… C’était le même poison que dans ce grand récipient, alors inutile de préparer un antidote plus puissant. Tu lui as aussi administré le poison que sœur Mylene a préparé, celui qui paralyse à moitié les ennemis pour qu’on puisse les maîtriser plus facilement, n’est-ce pas ? Comme ça, il ne sera pas éliminé par inadvertance non plus », dit la jeune fille aux cheveux blancs en versant quelques gouttes d’antidote aqueux, légèrement blanchâtre, dans la blessure de l’ennemi. Un liquide noirâtre en jaillit, expulsé par son corps avec un peu de sang.
« Maintenant, il ne mourra pas. Je lui en ai donné juste assez pour que ce ne soit pas mortel, mais sa blessure va lui faire bien plus mal à partir de maintenant », dit Vivian.
« Mmpgh… » Pour prouver qu’elle avait raison, le trésorier poussa un son étouffé de douleur et se tordit le visage.
« Bien fait pour lui. Écoute… » Camila raconta à Vivian la vérité sur le trésorier, ce qui ne fit que durcir l’expression de la jeune fille aux cheveux blancs. Puis la fille au trésor prit congé et s’en alla. Vous savez ce qui s’est passé ensuite.