Chapitre 856
«… » Il fallut quelques secondes à l’ennemi pour comprendre pourquoi on l’avait traité de bon à rien un peu plus tôt.
C’est à cause de ces femmes. Mais pourquoi ? Avant même qu’on leur fasse quoi que ce soit, je me suis assuré d’examiner leurs affaires et j’ai mémorisé des détails comme la couleur de leurs yeux, de leur peau ou de leurs cheveux, ainsi que tout ce qui pouvait indiquer qu’elles étaient liées à des sectes, des familles ou des forces qu’il ne fallait surtout pas offenser. Alors, quel lien cette fille aux cheveux blancs peut-elle bien avoir avec elles ? hurla intérieurement le chef ennemi.
Comme mentionné précédemment, il n’était pas stupide. Avant de donner le feu vert à ses hommes pour qu’ils s’amusent avec les filles qu’ils avaient capturées, lui et son vice-chef avaient enquêté sur leurs origines.
Ils avaient d’abord inspecté les affaires qu’elles portaient sur elles, notamment leurs Anneaux spatiaux et autres accessoires, qui avaient perdu leurs propriétés de cultivation et étaient redevenus de simples objets, du moins dans cet endroit.
Les armes et objets similaires étaient automatiquement envoyés dans les Trésors spirituels respectifs de chaque participant, mais les petites affaires ainsi que les vêtements restaient à découvert. Ils ne fonctionnaient simplement plus comme des Trésors spirituels.
Cela signifiait que le chef et son vice-chef ne pouvaient pas fouiller ces Trésors spirituels, mais ce n’était pas vraiment nécessaire : quiconque venait d’un milieu avec lequel les mercenaires ne voulaient pas avoir d’ennuis portait forcément un symbole distinctif sur ses vêtements ou ses trésors.
Quant à celles qui, comme les Cultivateurs maléfiques, ne transportaient délibérément aucun objet portant de tels symboles, le mercenaire était certain qu’elles ne se seraient pas laissé capturer aussi facilement si elles venaient d’une secte maléfique. Il avait donc écarté cette possibilité d’emblée.
De plus, et c’était même quelque chose que James ignorait, les cinq hommes qui étaient à l’origine les coéquipiers de ces filles les avaient en quelque sorte vendues. En échange de tout ce qu’ils savaient sur elles, afin que le vice-chef soit sûr de ne rien négliger et de ne pas s’en prendre à des personnes qu’il valait mieux éviter, on leur avait promis davantage de nourriture qu’aux filles et le droit de sortir de leurs cages, chacun leur tour, de temps à autre.
Ainsi, le dernier élément qui aurait pu changer le sort de ces pauvres filles fut délibérément détruit par leurs propres coéquipiers. En revanche, si on avait respecté la promesse concernant la nourriture, le vice-chef avait menti au sujet des sorties occasionnelles de prison.
Cette réflexion « approfondie » signifiait aussi que ce n’était pas la première fois que ce groupe de mercenaires — ou, plus exactement, ses dirigeants — se retrouvait dans une situation pareille. Le chef, en particulier, en était à sa dixième mission à la tête d’un groupe.
Il n’arrivait donc pas à croire que ce qui le faisait tant souffrir était une situation qu’il avait déjà affrontée de nombreuses fois.
En voyant l’incrédulité se peindre sur le visage du chef ennemi, Vivian, d’ordinaire si enjouée et détendue, afficha un air dégoûté sur son joli visage… puis piétina la jambe gauche du chef.
« Crac ! » Plus tôt, elle avait sauté pour prendre de l’élan et briser l’os de l’ennemi d’un seul coup, mais cette fois, Vivian ne le fit pas. Au lieu de lui casser net la jambe, elle lui fendit l’os.
« Aïe ! » Cette fois, au lieu de hurler à pleins poumons, le chef ne laissa échapper qu’un bref gémissement de douleur. N’oublions pas que sa constitution renforçait ses jambes et était liée au yang. Il ne pouvait pas guérir un os brisé, mais il souffrait effectivement moins qu’une personne ordinaire pour une blessure aux jambes. C’était aussi l’une des raisons pour lesquelles il ne s’était pas évanoui.
« Je ne connaissais personnellement aucune de ces filles. En fait, personne dans mon groupe n’avait de lien avec elles », dit Vivian, ce qui fit grincer des dents au chef ennemi.
« Je ne sais pas comment tu es au courant, mais si tu t’es sentie offensée, je peux te dire qui a fait ça. Je ne les ai pas touchées, alors pourquoi tu t’en prends à moi… Aaaah ! » Cette fois, Vivian brisa complètement la jambe gauche du chef ennemi.
« Ne t’en fais pas, ils mourront tous. Mais toi, tu mérites une fin bien pire. Aster dit toujours qu’un chef est responsable des actes de ses subordonnés. Et puis, c’est toi qui as laissé faire », déclara la fille aux cheveux blancs.
Putain… Elles viennent peut-être d’une de ces forces de folles réservées aux femmes. Si je suis capturé par des tarées pareilles, la mort risque de devenir un luxe. Je devrais peut-être… Les pensées du chef ennemi furent interrompues lorsque Vivian sortit tranquillement un petit récipient de sa poche et lui en jeta le contenu au visage.
« Q-Qu’est-ce que tu m’as fait ? » marmonna le chef ennemi. Il avait perdu toute force dans le corps. La douleur de ses jambes brisées était toujours là et il pouvait parler, mais il ne parvenait pas à rassembler la moindre force ni même à parler fort. Dans son état, il ne pouvait même pas se mordre la langue pour se suicider.
« Cette fois, tu ne pourras pas t’“échapper”, d’aucune façon. Tant que tu respireras, les élixirs de guérison de sœur Mylene pourront te maintenir en vie. Alors, réjouis-toi de ce qui t’attend », dit Vivian d’un ton détaché.
Elle avait administré au chef ennemi un nouveau poison créé par Mylene. C’était un paralysant léger, assez puissant pour affaiblir le corps sans le paralyser complètement, et il avait précisément été conçu pour s’occuper de ces types.
Pourquoi, me demanderez-vous ? D’abord, une personne complètement inconsciente ou paralysée est en réalité plus difficile à transporter qu’une personne éveillée. Le corps d’un être évanoui se relâche et devient pratiquement un poids mort, mais le poison de Mylene empêchait cela.
Dans un état de tension modérée, que la cible le veuille ou non, son corps « coopérait » lorsqu’on la transportait et prenait en charge une partie de son propre poids. En outre, le poison avait d’autres effets très précis : il empêchait d’abord la victime de soulager sa douleur en criant, et, ensuite, il la torturait mentalement par les effets évoqués plus haut.
Après tout, subir quelque chose en restant éveillé, sans pouvoir rien y faire, était pire. La fille aux cheveux roses avait spécialement préparé ce poison pour ce combat.
Et il faisait merveille, à en juger par l’expression horrifiée qui s’était maintenant figée sur le visage du chef ennemi.
Pourquoi tout ça, pour un groupe de femmes qui n’avaient aucun lien avec elles ? Ce sont forcément des folles d’une force réservée aux femmes ! hurla intérieurement l’ennemi. C’était tout ce qu’il pouvait faire pour le moment.
Et si vous vous demandez pourquoi il semblait si déconcerté par la haine manifeste que Vivian lui portait, alors qu’il avait laissé ses hommes faire subir le même sort à des femmes comme elle, il y avait une raison à cela.
On l’avait déjà dit maintes fois, mais dans le monde de la cultivation, il n’était pas rare que des proches parents s’entretuent pour des intérêts personnels. Il en allait de même entre amis, amants — vous voyez le genre.
C’était là la tentation du pouvoir. Avec le temps, les cultivateurs devenaient aussi de moins en moins « humains ». La plupart cessaient les activités ordinaires comme manger et se nourrissaient plutôt de pilules. Ils s’isolaient également pendant des années pour s’entraîner ; rien d’étonnant, donc, à ce qu’ils finissent par se couper du monde.
Ils ne se détachaient pas complètement des choses « ordinaires », car les cultivateurs avaient des compagnons de dao — terme désignant une relation avec un partenaire unique — ou bien des épouses, des amants, des concubines, et ainsi de suite. Sans compter que la cupidité était une chose tout à fait banale, et qu’elle abondait dans le monde de la cultivation.
Mais vous voyez l’idée : imaginez à quel point les cultivateurs se souciaient généralement de la mort d’un inconnu. Encore moins qu’un humain ordinaire en entendant parler aux informations.
À la lumière de tout cela, pour ce mercenaire, la personne étrange était en réalité Vivian, puisque le « châtiment » qu’il subissait lui semblait personnel. Et il l’était, comme le montrèrent les paroles suivantes de Vivian.
« Nous venions d’arriver, alors nous n’avons pas pu vous aider. Mais au moins, nous veillerons à ce que ces types paient pour ce qu’ils vous ont fait. Puissiez-vous trouver quelqu’un qui illuminera votre monde dans vos prochaines vies, comme j’ai trouvé le mien », murmura Vivian en versant un liquide vert vif près d’un rocher quelconque. L’herbe négligée et maltraitée qui poussait là reprit vie.
Il faisait toujours nuit. Une faible lueur verte émanait désormais de cette parcelle de terre, que le chef ennemi ne reconnut qu’à cet instant.
C-C’est… ! s’exclama-t-il intérieurement. Oui, c’était là que les corps de ces filles avaient été enterrés. Il n’y avait ni pierre tombale ni aucune marque indiquant l’endroit.
En fait, même le chef ennemi, qui avait ordonné qu’on les enterre loin du camp, ne reconnut pas les lieux. Comment Vivian avait-elle pu les retrouver ? C’était simple.
Les énergies du Yin et du yang étaient très particulières. Même au niveau mortel, elles étaient étroitement liées à bien des choses, notamment aux émotions. Ces filles avaient vécu des horreurs et, après leur mort, leurs cadavres avaient naturellement produit du poison yin. Vivian l’avait facilement remarqué.
Le liquide vert qu’elle avait versé sur le sol était un remède purificateur capable de dissiper le poison cadavérique. Mais il ne faisait pas que le neutraliser : il le transformait aussi en nutriments pour la terre, changeant ainsi, en quelque sorte, la « mort » en « vie ».
Naturellement, Mylene ne l’avait pas créé pour cette occasion précise. Il devait être utilisé dans les tranchées où l’armée de bêtes mortes-vivantes avait été brûlée. Cela dit, la fille aux cheveux roses en avait donné à Vivian lorsqu’elle l’avait vue réfléchir après avoir accepté de participer à cette « mission ».
Au fait, cet élixir s’appelait « Guérir le monde », en hommage au manuel de Vivian et à son sang, qui avaient inspiré Mylene et servi de base à sa création.
« Sœur Mina avait raison : il est facile d’amener les gens, sans qu’ils s’en rendent compte, à suivre des directions qu’ils ont déjà empruntées, sans éveiller leurs soupçons. Je savais déjà que c’était là leur lieu de repos et qu’après avoir dit que c’était assez loin de votre camp, tu étais reparti sans y jeter un second regard. Pourtant, il m’a suffi de t’“attaquer” quelques fois pour te faire courir jusqu’ici », expliqua Vivian, avant d’ajouter :
« Vous pouvez l’emmener. Je parie que sœur Mina attend qu’on lui amène le dernier membre de leur groupe. Puisqu’il est leur chef, ses réponses confirmeront celles des autres. »
« Mmm, merci, sœur Vivian », dirent quelques filles de la secte, qui sortirent de derrière une formation rocheuse toute proche. Les yeux du chef ennemi se rétrécirent alors jusqu’à devenir comme des aiguilles.
En effet, tout ce qui lui était arrivé avait été planifié. Ce n’était pas le vice-chef qui avait pris les objets dans ses cachettes secrètes, mais l’équipe d’avant-garde. Vivian avait été envoyée s’occuper de lui parce que Mina savait qu’ils n’hésiteraient pas à utiliser le poison pour tenter de renverser la situation.
Cette rouquine machiavélique ignorait avec certitude si l’ennemi avait accès aux capacités de sa constitution, mais James en avait parlé dans ses notes. Il y avait aussi écrit que le chef se souciait clairement moins des autres mercenaires que de sa propre vie. James fut le seul à le remarquer, car il était le nouveau venu et avait été moins bien traité que d’habitude, tandis qu’ils entraient dans un endroit aussi particulier pour sa première mission.
Mina était donc certaine que le chef ennemi prendrait la fuite après avoir vu la force écrasante d’Alice et qu’il ne recourrait au poison qu’en étant sûr de pouvoir s’échapper à tout moment, ce qui signifierait qu’il avait accès à sa capacité innée. Elle avait vu juste.
Pour cette raison, Vivian savait déjà qu’il pouvait courir vite lorsqu’il apparut dans la zone où se trouvait le récipient de poison. Et tout ce qui suivit se déroula exactement comme Mina le lui avait décrit.
Il se rendrait ensuite directement à sa cache secrète, et il en aurait une deuxième quelque part dans le camp, marquée d’un signe qui ne détonnait pas et qui l’empêcherait d’oublier son existence… comme cet arbre contre lequel Vivian s’était appuyée plus tôt.
Vivian avait toutefois découvert elle-même l’emplacement exact des cachettes du chef ennemi, car celui-ci avait commis la stupidité de ranger un objet empoisonné près de ses « objets de valeur » en présence de Vivian, une véritable experte en tout ce qui touchait aux substances toxiques.
Bien que le chef ennemi eût dansé dans la main de Mina depuis le tout début, la fille aux cheveux blancs avait reçu carte blanche pour s’occuper de lui, à la seule condition qu’il puisse être interrogé à court terme.
Décider de l’attirer jusqu’à cet endroit précis revenait donc à Vivian. Comme vous pouvez le constater, elle en avait convenu avec Mina, puisque des filles de la secte attendaient déjà à proximité pour placer le chef ennemi en détention.
« P-Pourquoi m’avoir amené ici ? » demanda le chef ennemi, avant que les filles de la secte ne lui couvrent la bouche et les yeux avec des morceaux de tissu et ne le ligotent pour l’emmener. La dernière chose qu’il entendit fut la voix de la fille aux cheveux blancs :
« Je voulais qu’elles voient ce que tu es vraiment : un lâche bon à rien. Mais mieux vaut qu’elles ne voient pas ce qui va t’arriver ensuite. »
Vivian fut en fait la dernière à se battre et mit un terme à la première partie de la mission. Il leur restait encore à soumettre les prisonniers à une « rapide » séance d’interrogatoire et à décider quoi faire de ce camp, mais, pour nous, ce n’était que le deuxième combat.
Voyons maintenant comment les choses en sont arrivées là. Pour cela, il nous faut remonter dans le temps, avant même qu’Alice ne se déchaîne, quelques minutes avant l’apparition de Mule devant la princesse dragonne sauvage — pour la première fois, plus précisément.
À part Alice, qui faisait évidemment diversion, tâche idéale pour elle puisqu’elle ne savait pas se déplacer discrètement et préférait simplement foncer tête baissée, les autres membres de l’équipe d’avant-garde avaient eux aussi quelque chose à faire.
Comme Tiana l’avait dit, c’était une occasion précieuse pour elles d’apprendre. Le groupe avait donc été divisé en quatre. D’abord, Alice formait à elle seule une équipe et était chargée de faire diversion. Ensuite venait l’équipe que nous avons suivie jusqu’ici, chargée de neutraliser les figures dirigeantes du camp ennemi.
Cette équipe se composait bien sûr de Vivian, comme vous l’avez déjà vu, mais aussi de Camila, la fille aux trésors, et, enfin, de Nerissa, la fille aux cheveux bicolores bleus. Vous vous attendiez sans doute à ce que Tiana soit la dernière membre de ce groupe, mais il y avait une raison à son affectation ailleurs.
Quoi qu’il en soit, voyons pour l’instant ce qui s’est passé juste après que Mule a été envoyé vers Alice pour lui donner le signal de se déchaîner.
…
« C’est ici que nous nous séparons. Si vous avez le moindre problème, utilisez vos signaux d’urgence. Bonne chance », dit Camila à Vivian et Nerissa.
Comme Alice, elles s’étaient approchées du camp ennemi, mais par le côté opposé. Quand cette princesse dragonne sauvage passerait à l’action, c’était naturellement vers elle que l’attention se tournerait.
« Mm, bonne chance à toi… » Nerissa fut interrompue par une légère secousse, accompagnée d’un bruit d’explosion assourdissant.
« Boooooum ! » Alice venait de défoncer d’un coup de queue un trou dans le mur défensif du camp.
« Sœur Alice ne déçoit jamais~ », lança Vivian avec amusement. Contrairement à la plupart des filles du groupe, elle s’entendait très bien avec la princesse dragonne sauvage. Elle lui avait même donné de nouvelles idées pour devenir « plus proche » d’Aster. Aux yeux de Vivian, c’était forcément vrai : Alice était déjà proche d’Aster avant de devenir son amante, et elle comptait donc parmi les personnes les plus proches de lui. Sur ce point, Vivian ne se trompait pas… contrairement aux conseils qu’Alice lui avait donnés.
« Hem, nous parlerons de ça plus tard. Pour l’instant, allons-y », dit Camila en franchissant la clôture, suivie de Vivian et Nerissa. Elles se dispersèrent ensuite dans différentes directions.
Nous avons déjà vu comment les choses se sont passées pour Vivian. La suivante sur la liste était Nerissa. Pourquoi ? Parce qu’on lui avait confié le vice-chef. Elle mit donc sa grande mobilité à profit pour foncer vers un abri « quelconque », qui était en réalité vide… jusqu’à ce qu’elle soit arrivée, un instant plus tard.
Précisons qu’entre-temps, douze explosions retentirent dans les environs, en plus de la première. Elles étaient bien sûr dues aux lances qu’Alice lançait depuis son dos.
« Bon sang, qu’est-ce qui se passe ? L’ennemi a amené une catapulte ou quoi ? C’est quoi, toutes ces explosions ? » jura un homme dégingandé en arrivant à l’abri mentionné plus tôt. Il n’y entra qu’après avoir remarqué une petite « éraflure », à peine visible, sur une partie quelconque de la façade.
Nerissa n’entra pas tout de suite. Elle attendit quelques minutes, durant lesquelles ses oreilles affûtées perçurent le bruit de la terre remuée par un petit objet, puis un léger coup contre du bois.
Le voilà. La fille aux cheveux bleus bicolores passa enfin à l’action. Le vice-chef n’était pas stupide non plus : on l’avait envoyé récupérer quelques objets en secret, alors il avait bien sûr fermé la porte de l’abri, pour ne pas être vu et se donner le temps de réagir si un ennemi tentait de le prendre par surprise.
« Boum ! » Lorsque Nerissa défonça la porte d’un coup de pied, dégaina son épée et frappa son ennemi, celui-ci eut le temps de réagir. Sans élégance, il roula au sol et évita la lame de la fille aux cheveux bleus bicolores, qui laissa plutôt une marque sur le sol.
« Crac ! » Une fissure peu profonde apparut, et Nerissa claqua la langue, agacée.
« Sale folle, qui es-tu ? » cria le vice-chef en portant les mains aux deux couteaux en os accrochés à sa taille. C’était une autre raison pour laquelle il avait fermé la porte de l’abri.
Voyez-vous, chaque abri n’avait qu’une seule entrée et sortie. Pourquoi ? Parce que leur conception avait été bâclée, contrairement à celle du camp d’Aster, où, même s’il n’y avait bien qu’une seule porte, des fenêtres pouvaient servir de sorties de secours en cas de besoin.
Mais les abris de cet endroit n’avaient été construits que pour fournir un toit aux membres du camp, rien de plus. En outre, ajouter des fenêtres aurait demandé davantage d’efforts et il aurait fallu les couvrir, ce qui aurait coûté des mérites. Or, ils en étaient dépourvus : la tablette bleue flamboyante avait complètement effacé ceux qu’ils avaient accumulés lorsque le nuage rouge était leur superviseur.
En temps normal, cela aurait rendu le vice-chef prudent à l’idée de fermer la porte, puisqu’il s’agissait de l’unique sortie. Mais c’était un combattant au corps à corps ; de plus, il utilisait deux couteaux, bien sûr enduits de poison. Il était donc parfaitement habitué à se battre dans des espaces restreints, comme l’intérieur de cet abri.
« Hé, tu fais partie de ces idiots qui sont obsédés par l’idée d’utiliser une épée pour une raison stupide ? Dans des espaces aussi étroits, j’ai déjà tué pas mal d’épéistes “talentueux” », lança le vice-chef en fonçant sur Nerissa.
« Humf. » La fille aux cheveux bleus bicolores renifla doucement. Son premier réflexe fut de bondir en arrière pour éviter complètement son adversaire, mais son sens de l’espace lui indiqua qu’elle finirait contre le mur de l’abri.
Ugh, maître avait raison. Quand je me bats au niveau mortel, j’ai tendance à trop « abuser » de ma souplesse. songea Nerissa.
Si elle avait fait irruption dans l’abri pour affronter le vice-chef, plutôt que d’attendre qu’il en sorte, ce n’était pas seulement parce que Mina et Vivian lui avaient dit qu’un poison susceptible de poser problème était enterré ici. Elle voulait aussi mettre à l’épreuve les résultats de son entraînement récent, au cours duquel elle avait dû se concentrer sur l’opposé de son style habituel : réduire sa mobilité au lieu de se mouvoir avec fluidité comme elle le faisait d’ordinaire. Le tout, avec une limite de temps de quelques minutes, bien sûr.