Chapitre 852
« J’estime toujours qu’il aurait été plus simple que je fonce droit dans le tas pour tous les massacrer, mais c’est vrai que la planche enflammée bleue adore me compliquer la vie, enfin bref », marmonna Alice en s’approchant calmement du camp ennemi, dans un silence absolu.
Tout cet équipement métallique et ces armes auraient normalement dû produire des cliquetis, et les tranchants polis des épées et des lances auraient aussi reflété le clair de lune, révélant ainsi la position d’Alice.
Pour les cliquetis, tout était parfaitement fixé et ne pesait presque rien pour Alice : il n’y avait donc aucune chance que le moindre bruit se fasse entendre. Quant au second problème, les épées étaient dans leurs fourreaux, et la pointe de la lance ainsi que le bouclier fixés dans son dos étaient enveloppés de morceaux de tissu pour empêcher tout reflet.
Quant à toute « l’armure » qu’elle portait, elle se composait d’un grand nombre de plaques métalliques prises en sandwich entre des vestes de cuir, de sorte qu’aucune ne se trouvait à découvert. Les rivets qui maintenaient le tout en place, ainsi que la colle spéciale préparée par Mylene, avaient été recouverts de peinture noire. Dès le départ, Aster avait conçu les brigandines dans l’idée de faire croire à l’ennemi qu’elles étaient « vulnérables » ; elles remplissaient donc parfaitement leur rôle d’armures furtives.
Comme elle avait promis de « bien se tenir » pour améliorer son score et échanger ensuite ses points contre des récompenses, Alice cessa aussi de parler à voix haute après un certain temps.
Après tout, même un humain doté d’une ouïe assez fine, encore améliorée par la baisse de visibilité nocturne, aurait beaucoup de mal à déterminer à qui appartenaient des pas venant de loin. Il était plus probable qu’ils soient ceux d’un animal que d’un humain, surtout à cause des limites invisibles.
En revanche, une voix, c’était différent. Si l’on entendait soudain quelqu’un parler au loin, en pleine nuit, il y avait de fortes chances qu’un ennemi tente de vous jouer un mauvais tour. Bien sûr, il n’était pas impossible qu’un groupe ennemi compte quelqu’un doté d’une ouïe monstrueuse, comme Mira ou la petite fille.
Mais s’ils avaient eu quelqu’un comme ça, ils auraient repéré le grand aigle qui les avait espionnés quelques jours plus tôt. Car, avec un peu d’aide de Fawn, Mina avait mené quelques expériences pour tester l’acuité perceptive des cibles.
C’est ainsi qu’elle avait décidé que certains membres du groupe pourraient s’approcher du camp presque de face dans la pénombre sans se faire remarquer. Bien sûr, tout le monde n’en était pas capable.
Les anciens compagnons de James étaient bel et bien des ordures, mais ils n’étaient pas faibles pour autant et c’étaient aussi des mercenaires aguerris. Ils avaient donc dégagé tout ce qui aurait pu gêner leur vue autour du camp.
Ils avaient ensuite construit deux tours de guet en bois : l’une surveillait le nord et l’est, l’autre le sud et l’ouest. Le camp était assez vaste pour le nombre total de personnes qui y vivaient à l’époque, comme aujourd’hui, mais pas au point d’exiger plus de deux guetteurs à la fois, d’autant qu’une tranchée profonde et large les isolait du terrain alentour.
Sans rire, ces types avaient creusé un fossé assez large pour séparer leur camp du reste du terrain sur une quinzaine de mètres. Ils ne l’avaient pas rempli d’eau, car cela aurait permis aux ennemis de franchir cette distance à la nage, mais ils avaient eu l’intelligence d’aplanir les parois pour rendre la descente et l’escalade difficiles. Ils avaient aussi planté au fond de petits pieux de bois aiguisés et des fragments d’os, bien sûr enduits du poison dont Regina avait parlé à Aster plus tôt.
Si les ennemis descendaient dans la tranchée sans remarquer les pieux, ils se les enfonceraient dans les pieds et seraient empoisonnés. Ceux qui porteraient des chaussures renforcées pourraient éviter les pieux, mais les fragments d’os se briseraient et donneraient l’alerte aux guetteurs. Ce système n’était pas aussi sophistiqué que celui que Mina aurait mis en place dans les mêmes circonstances, mais il n’était pas mauvais.
Et sans même tenir compte des trois cents mètres de terrain découvert entre les palissades du camp et la tranchée : même si les ennemis parvenaient à la traverser, ils devraient encore se ruer vers les murs sous une pluie de flèches tirées par les guetteurs, ce qui leur prendrait une vingtaine de secondes, à vue de nez.
En pratique, la seule façon de les surprendre consistait donc à leur tirer des flèches dessus. Mais les murs et les abris étaient là pour ça. Avec la tranchée, les archers devraient tirer à basse altitude sur plus de trois cents mètres, contrairement aux guetteurs des tours, qui pouvaient profiter de la hauteur pour allonger quelque peu la portée de leurs tirs. L’un des avantages de la défense, c’était de pouvoir choisir le terrain sur lequel le combat aurait lieu, et Mina en était parfaitement consciente, puisqu’elle s’en était chargée avec Eris lors de leur affrontement contre l’ours.
Malgré tout cela, ils avaient commis une énorme erreur, contrairement à Mina : ils s’étaient préparés aux situations les plus probables et les plus courantes. Autrement dit, une « anomalie » leur avait complètement échappé, et l’une d’elles se trouvait actuellement à leur porte, au sens propre comme au figuré. Pour comprendre comment elle était arrivée là, revenons quelques secondes en arrière.
Alice avançait tranquillement en suivant un rythme minutieusement calculé, qui coïncidait avec un angle mort créé naturellement par la surveillance approximative des guetteurs. Eh oui, ils effectuaient le dernier tour « sérieux » avant le lever du soleil et, comme nous l’avons déjà dit, ils disposaient d’une tranchée et d’une vue dégagée sur les environs. Lorsqu’elle arriva au bord de la tranchée, elle la franchit d’un bond nonchalant.
Mieux encore, la princesse dragonne sauvage ne se contenta pas de franchir sans peine les quinze mètres de largeur de la tranchée : elle atterrit quinze mètres plus loin, de l’autre côté.
Et elle le fit avec une telle perfection que son atterrissage ne produisit aucun bruit. Bien sûr, c’était parce qu’elle avait amorti le choc avec ses genoux, ce qui aurait fait hurler de douleur une personne normale, compte tenu de la distance et de tout l’équipement métallique qu’Alice portait. Mais pour la princesse dragonne sauvage, ce n’était rien.
Je m’attendais à ce qu’ils aient posé des pieux de bois et des morceaux d’os sur au moins quinze mètres après la tranchée, ou qu’ils en aient creusé une seconde, dissimulée au-delà de la première, comme l’aurait fait l’aînée des trois sœurs rousses. J’ai donc doublé la distance de mon saut. Mais comme je l’ai dit, ces types n’ont rien de spécial. Je devrais pouvoir entrer et tuer tous ceux que je vois pour ne pas perdre de temps…, songea Alice avant de s’élancer à toute vitesse. Elle parcourut en moins de dix secondes les trois cents mètres de terrain découvert entre la palissade du camp et la tranchée.
Tss, c’est tellement pénible de retenir ma force pour ne pas faire de bruit. Si j’étais seule à me battre, ça n’aurait aucune importance qu’ils me repèrent : ils seraient morts avant d’avoir pu réagir, pensa la princesse dragonne sauvage. Une anomalie était arrivée chez l’ennemi et s’appuyait maintenant nonchalamment contre la haute palissade qu’il avait construite pour se défendre.
Du point de vue de Mina, le placement des tours de guet constituait un autre défaut : elles ne leur permettaient pas de voir ce qui se trouvait juste au pied des murs. Ils avaient privilégié la visibilité à longue distance plutôt qu’une vue d’ensemble.
Et nous voilà devant cette scène amusante : Alice, tranquillement assise par terre, attendait le dernier changement de garde, celui qui lui permettrait de passer à l’action au grand jour.
Bien sûr, depuis cet angle, la princesse dragonne sauvage ne voyait rien, mais elle n’en avait pas besoin. Comme nous l’avons déjà dit, ils avaient suivi un rythme parfaitement calculé, et Alice comptait maintenant les secondes dans sa tête.
Regina était restée assez longtemps pour que Fawn puisse mesurer le temps nécessaire au changement de garde et s’assurer qu’il n’y avait pas d’erreur. À leur arrivée, Mina et les filles de la secte avaient vérifié, tout au long de la nuit, que chaque relève durait exactement le même temps. Mina avait ensuite converti cette durée en secondes et en avait donné le total à Alice, qui les comptait à présent.
On imagine aisément l’impatience de la princesse dragonne sauvage, obligée de rester assise près de cinquante minutes, jusqu’au moment approximatif où Aster avait congédié tout le monde après que Nim eut pris forme humaine.
Ça ne devrait plus tarder, pensa Alice. Elle en eut la confirmation lorsque son ouïe fine capta quelques voix masculines venant des tours de guet.
« Hé, les vieux, comment ça va ? » lança une première voix, qui semblait jeune.
« Qu’est-ce que tu veux qu’on te dise ? Comme d’habitude, c’est la merde. C’est vraiment pourri de se taper les dernières relèves », répondit une deuxième voix, beaucoup plus âgée.
« Ouais, on ne dort pas correctement et, après être restés éveillés pendant trois putains d’heures, avec le soleil qui va se lever dans une heure tout au plus, impossible de se recoucher, bordel », maugréa une troisième voix, elle aussi plutôt âgée.
« Hé, va te plaindre au capitaine, et tu verras ce qui t’arrivera. Il est de très mauvaise humeur ces derniers temps », se moqua une quatrième voix, plus jeune que les deux précédentes.
« Tss, pourquoi c’est notre faute s’ils ont été punis par ces flammes bleues ? Ils l’avaient bien mérité, après nous avoir enfermés. Et le pire, c’est qu’ils ont vraiment tué ces filles. Putain de mercenaires, incapables de se contrôler. Maintenant, on se fait chier comme des rats morts », lâcha la deuxième voix, celle du vieil homme.
« N’y pense même pas. Tu devrais plutôt les remercier d’avoir essuyé les plâtres pour nous, en quelque sorte. Sinon, tu serais toi aussi un “infirme” comme eux, maintenant », ajouta en plaisantant la troisième voix, qui semblait également âgée.
Oh, à en juger par la distance, ce sont les deux types qui assurent la dernière relève. Parfait. Ils ont l’air d’être de belles ordures, je peux les tuer sans hésiter. Mes récompenses m’attendent~, pensa Alice. Ce qui fit ajouter à la deuxième voix, celle du vieil homme :
« Quoi, il fait plus froid que d’habitude, tout à coup ? »
« Hein ? Ne fais pas semblant d’être malade pour esquiver la garde, encore une fois. On rentre, à plus tard au petit-déjeuner », dit la première voix, celle du jeune homme.
« Demande au vieux Charlie de te faire un câlin, ça te réchauffera peut-être », ajouta en plaisantant la quatrième voix, elle aussi jeune.
Les guetteurs des tours venaient officiellement d’être relevés, mais Alice ne bougea pas tout de suite. Elle devait attendre que les deux autres aient eu le temps de partir pour de bon, ainsi qu’un « signal » du reste du groupe.
Celui-ci arriva sous la forme familière d’une grande silhouette de cheval noir qui s’approchait au loin, en veillant à se faire remarquer par les guetteurs. Il s’agissait bien sûr de Mule.
« Hé, regarde-moi ça, un cheval », dit le premier « paquet de points », comme Alice l’avait baptisé dans sa tête après avoir entendu leur conversation.
« Comme c’est bizarre. On en a vu quelques-uns courir au nord du camp, mais aucun n’était noir. Et c’est moi ou ce cheval est vraiment grand ? » demanda le deuxième « paquet de points ».
« Ouais, c’est peut-être l’un de ces animaux étrangement intelligents qui ont commencé à apparaître après notre libération », répondit le premier.
« Il est seul, en tout cas. Alors, on n’a qu’à… » Avant qu’il puisse finir sa phrase, une silhouette entièrement cuirassée entra dans son champ de vision.
Le casque dissimulait le visage d’Alice, mais la lueur rouge de ses yeux se voyait à travers les ouvertures qui lui permettaient de regarder. Associée à la haute silhouette de la princesse dragonne sauvage, armée jusqu’aux dents et apparue de nulle part aux yeux de l’ennemi, cette vision était… terrifiante. Et ses paroles suivantes n’arrangèrent rien.
« Vous avez l’air d’être des ordures, et vous en avez même la tête. Parfait, vous allez devenir mes récompenses ! » s’exclama avec enthousiasme la princesse dragonne sauvage. Elle bondit vingt mètres dans les airs, fit tournoyer son corps et redescendit la queue la première vers la palissade.
« BOUM ! » Comme si une météorite venait de s’écraser sur le mur, la haute palissade et la barricade de rondins, bien plus basse, furent pulvérisées par l’impact de la queue d’Alice, renforcé par sa vitesse de chute.
En mode « non létal », sans élan préalable, cette jolie queue aux écailles noires pouvait briser des arbres en deux. On imagine donc le résultat lorsqu’Alice l’abattit avec élan et de toutes ses forces.
« Aghhh ! » En tant que mortelle, Alice ne pouvait pas produire une onde de choc capable d’atteindre l’ennemi en brisant le mur du son, comme elle l’aurait normalement fait. En revanche, les débris de terre et de bois projetés par l’impact furent bel et bien envoyés vers l’avant avec une force incroyable. La tour de guet qui faisait directement face à la partie du mur pulvérisée fut frappée de plein fouet et manqua de s’effondrer sur-le-champ.
Mais ce ne fut pas cela qui provoqua le cri de douleur. Des éclats avaient atteint l’homme posté dans la tour : les pierres lui avaient presque entièrement détruit le visage, et un gros morceau de bois irrégulier lui avait transpercé la poitrine. Il était mort avant même de toucher le sol.
« C-Charlie ! » cria l’autre homme, également connu sous le nom de « paquet de points numéro un ». Il sentit de nouveau cette sensation de froid, mais, cette fois, elle était écrasante. Et pour cause : une haute silhouette entièrement cuirassée venait d’atterrir sur la rambarde de la tour où il était posté et le dominait de ses yeux rougeoyants, visibles sous le casque intégral.
« Merde… » Le « paquet de points numéro un » tenta de saisir son couteau en os, se mordant les lèvres pour surmonter sa peur. Mais, avant même d’avoir pu se retourner complètement, une queue écailleuse d’un noir luisant lui arracha la tête.
« Boum. » Le cadavre décapité de l’ennemi tomba au sol la seconde suivante.
Comme Tiana l’avait dit, Alice était un véritable fléau déchaîné sur l’ennemi, d’autant qu’elle ne libérait ni intention meurtrière ni pression de lignée. Elle venait tout juste d’apprendre à maîtriser cette dernière, au cours de ses deux jours d’entraînement avec Aria, la petite fille et le petit wyrm.
Comme la princesse dragonne sauvage était pratiquement incapable d’accomplir sa mission — puisqu’elle devait littéralement tuer des gens avec sa queue pour y parvenir —, elle avait reporté son attention sur autre chose afin de continuer à devenir plus forte. Même si elle ne le montrait pas, elle voyait bien qu’Aria, Espi et Kana ne cessaient de progresser.
Et puisqu’elle était satisfaite de sa queue et que sa lignée était désormais révélée au grand jour, elle avait essayé d’apprendre à la stimuler, pour voir si elle pouvait « geler » ses ennemis comme le faisait le petit wyrm.
Et vu le monstre qu’elle était, Alice avait bien sûr obtenu un succès modeste en seulement deux jours. Elle ne pouvait toutefois pas utiliser la pression proprement dite, contrairement à ceux qui l’avaient acquise grâce aux exploits de cet endroit, comme le Gardien ou Espi. Elle ne pouvait pas non plus l’imiter parfaitement avec son intention meurtrière, comme Aster, qui faisait exception grâce à l’intensité phénoménale de la sienne, conséquence du fait qu’il tuait les gens par annihilation.
Mais Alice étant Alice, elle s’était contentée de forcer le passage et de produire une sensation intimidante en concentrant sa force dans sa queue. Non, contrairement aux apparences, elle n’avait pas utilisé cette technique contre l’ennemi, tout à l’heure.
Le type avait simplement été effrayé par les yeux rouges et froids qu’on apercevait sous le casque de l’ennemie, lesquels ne le considéraient pas le moins du monde comme une personne. Quant au frisson qu’il avait ressenti un peu plus tôt, c’était parce que, depuis qu’Alice avait appris à intimider les autres en concentrant sa force dans sa queue, sa lignée semblait s’éveiller dès qu’elle s’échauffait un peu trop.
Et tout à l’heure, elle pensait aux récompenses qu’elle pourrait obtenir d’Aster. Alors oui, ce type avait ressenti de la peur pendant qu’Alice s’imaginait faire des choses obscènes avec Aster après avoir échangé son cadavre contre une récompense. Sans oublier qu’il avait dû se faire mal pour sortir de sa torpeur : une façon bien triste de mourir, même si elle n’était pas imméritée, vu la conversation qu’ils avaient eue un peu plus tôt.
Il convient aussi de préciser que ces deux hommes d’âge mûr qu’Alice venait de massacrer ne portaient pas de brûlures. Enfin, à présent, ils avaient de nombreuses blessures, mais avant, ils n’avaient pas la moindre marque. Ils faisaient donc partie des cinq hommes capturés au départ par l’ancien groupe de James.
Comme Aster l’avait déduit, ils se moquaient non seulement des filles qui avaient fait équipe avec eux, mais certains d’entre eux pensaient comme les types que Blue Sky avait réduits en cendres.
« Hé, c’était quoi, ce bordel ? Un tremblement de terre a détruit le mur ? » La première voix à s’élever du camp ennemi fut celle du jeune homme de tout à l’heure.
Il convient de préciser que tout ce qui précède s’était produit en moins de vingt secondes. Dix autres secondes s’écoulèrent avant que des voix ne s’élèvent des abris en rondins, eux aussi bâtis trop loin des murs, tandis que leurs occupants sortaient voir ce qui se passait.
« Deux dans la poche. Dommage que je n’aie été autorisée à tuer les guetteurs qu’en cas de “nécessité”, mais ça fait quand même un cinquième des cibles de la liste à abattre, alors ce n’est pas si mal », dit Alice d’un ton désinvolte, en passant la main dans son dos et en étirant son cou tout en saisissant une lance.
« Crac ! » Le bras droit d’Alice se tendit. Elle serra si fort le manche de la lance que le bois de haute qualité dont il était fait se fendit. Lors de son précédent combat contre Ryan, Aria avait dû dépasser la limite de sécurité de ses muscles pour fendre le manche de sa lance d’une simple pression, tandis qu’Alice venait apparemment de le faire sans effort.
Ce qui était compréhensible. Aria avait certes acquis une force physique considérable, mais cette capacité reposait sur sa force normale. Elle ne pouvait donc pas rivaliser avec la princesse dragonne sauvage et son corps incroyablement puissant, dont le talent se concentrait entièrement sur la puissance d’attaque. Disons que le niveau maximal actuel d’Aria atteignait à peu près la force faible à moyenne d’Alice. Et cela suffisait déjà à Aria pour se propulser dans les airs et détruire ses ennemis de front, au passage.
« BOUM ! » Telle une étoile filante, Alice lança la lance qu’elle tenait. Elle s’écrasa sur un abri situé à une centaine de mètres de sa position approximative, avec assez de force pour en faire s’effondrer toute la façade sur-le-champ.
« Crac ! » Vous vous demandez pourquoi j’ai dit qu’il se trouvait à une centaine de mètres de la position « approximative » d’Alice ? Eh bien, c’est parce que la tour de guet ne résista pas au contrecoup de son lancer : le support sur lequel se tenaient les guetteurs s’effondra sur place. Alice se trouvait donc désormais au sol, ce qui n’était pas exactement sa position précédente, mais à peu près la même.
« BOUM ! » Une série de détonations retentissantes et de craquements se fit entendre tandis que la princesse dragonne sauvage lançait sans effort les onze autres lances, détruisant à moitié onze autres abris.
Malgré tout cela, elle n’avait pas l’air contente du tout, car Alice savait qu’elle ne gagnerait pas davantage de « points » pour sa récompense : personne ne vivait dans ces abris.
« Il y a des ennemis devant ! Mais qu’est-ce que Charlie et cet autre connard foutent ? » cria la deuxième voix jeune qu’on avait entendue plus tôt.
« Arrêtez de perdre du temps. Vous cinq, allez voir qui nous attaque ; les autres, retournez à vos postes ! » ordonna d’une voix beaucoup plus calme et grave le chef du camp, qui, au lieu de se jeter dans la mêlée, était resté à l’arrière.
« Ah, même si je ne fais que leur briser les membres, le “boss” me rapporterait un paquet de points si je le battais. Dommage qu’ils n’aient envoyé que ces petits poissons », dit Alice en observant le groupe de cinq : deux jeunes hommes qui semblaient tout juste sortis de l’adolescence et ne portaient aucune brûlure, ainsi que trois autres, âgés d’une vingtaine d’années, dont les corps étaient plus ou moins couverts de brûlures.
« Cherchez les autres ennemis… » L’un des trois hommes balafrés, qui semblait diriger le groupe, donnait des instructions quand l’un des jeunes l’interrompit.
« Attendez, regardez ! Ce sont des armes en métal ! » dit-il, et le deuxième jeune homme ajouta :
« Et elles ne se lancent pas. On a affaire à plusieurs ennemis équipés de métal ! »