Chapitre 92
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste réticent
Chapitre 92
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Un nouveau printemps (2)
An 0 de l’Ordre des Sentinelles, premier jour de service des nouvelles recrues chevaliers.
Clac. Clac.
Hanna avait beau avancer dans le couloir des Sentinelles, tout lui semblait irréel.
L’Ordre tout entier lui paraissait encore surréaliste, et l’uniforme des Sentinelles qui lui moulait le corps la gênait toujours.
« Suivez-moi. »
« Oui. »
Chaque chevalier de l’an 0 se voyait attribuer un mentor.
Royce et Dare Tan, héritiers de grandes maisons, avaient été confiés à des chevaliers de l’an 5 ou de l’an 6.
« … C’est assez surprenant. Une roturière, passe encore, mais je ne pensais pas que vous iriez jusque-là. »
Hanna avait pour mentor Raynel McQueen, chevalier de l’an 2.
« Voici votre bureau. »
Raynel ouvrit la porte sans chercher à dissimuler son agacement. La pièce était exiguë. Le bureau des chevaliers de l’an 0 pouvait à peine contenir trois ou quatre tables ; il n’y avait qu’un ordinateur et une armoire.
« Hum, messire chevalier. Comment dois-je m’acquitter de mes fonctions… ? »
Raynel était déjà parti.
« … »
Hanna s’assit seule et alluma l’ordinateur.
──「Système de gestion des missions de l’Ordre des Sentinelles」──
Vérification d’identité : Hanna Usar
Chevalier de l’an 0
────
C’était le même système que celui qu’ils avaient utilisé pour leurs simulations à la section d’élite de l’Empire.
Les missions des Sentinelles étaient attribuées par ce système, ou bien choisies directement. La tâche élémentaire confiée à chacun consistait à analyser les résidus activés.
Hanna s’était déjà vu attribuer une affaire.
[ Affaire n° 1039-C-22 : Analyse du site d’une déchaîne de mana dans le district 24 ]
Elle fixa les photos de la scène affichées à l’écran. Des résidus activés s’éparpillaient en traînées fluorescentes désordonnées.
Les yeux de Hanna s’écarquillèrent. C’était l’une de ses matières fortes à la section d’élite de l’Empire, avec une note de A+. Elle s’y attaqua donc avec assurance, mais…
« C’est difficile. »
Alors, voilà à quoi ressemblait le vrai travail sur le terrain ?
Un enchevêtrement de fils de mana. Une scène où l’intention criminelle se mêlait à une déchaîne de mana accidentelle : on était à des lieues des exemples de manuel.
« Ah… euh… »
Elle mobilisa tout ce qu’elle savait et se mit à pianoter.
Tac. Tac.
Tac. Tac.
Lorsqu’elle s’obligea à poursuivre la rédaction, minuit était déjà passé.
« Quoi, déjà ? »
Elle se leva précipitamment et sortit prendre une courte pause.
Puis elle revint à l’aube, se rassit à la même place et fixa les résidus activés jusqu’à sentir sa tête prête à se crisper.
« Waouh… Ça ne va pas. »
Comme elle n’arrivait pas à comprendre comment s’y prendre, elle se rendit au bureau de son mentor, [Raynel].
« Débrouillez-vous. Vous êtes chevalier, non ? »
Ce fut tout ce que Raynel lui répondit avant de la congédier.
« Alors, pourriez-vous au moins jeter un œil à ce que j’ai écrit… »
« Ah, taisez-vous. Allez, ouste. Le temps, c’est de l’argent. »
« … Oui, compris. »
« Bon sang, elle croit que c’est une garderie… »
Hanna n’eut d’autre choix que de retourner à son bureau et de continuer à taper.
Tac. Tac.
Puis minuit passa de nouveau.
Tac. Tac.
Puis minuit passa encore, et encore.
Ainsi, elle acheva son rapport au bout de presque quatre jours.
« … Hmm. »
Hanna contempla l’écran d’un regard vide.
Elle avait réussi à le terminer, mais la dernière partie du rapport, [Avis du chevalier], l’effrayait.
Cette section signifiait que son analyse déterminerait la direction de l’enquête et aurait force de loi.
Et si son avis était erroné ?
Un innocent pouvait être arrêté, ou le véritable coupable s’en tirer.
« Ah… »
Mais elle n’était plus à la section d’élite de l’Empire. Aucun instructeur ne pouvait la conseiller, aucun professeur ne pouvait juger si son rapport était juste ou non.
Ce nouvel environnement, ce nouveau statut et cette autorité qu’elle détenait pesaient tous sur ses épaules.
Hanna sortit prendre l’air pour se changer les idées.
Dans le salon du hall principal, au premier étage, elle entendit des voix familières.
« L’analyse des résidus activés est difficile par nature. C’est normal que ce soit compliqué. »
C’était Raynel qui parlait, et Royce et Dare Tan qui l’écoutaient.
On aurait dit qu’il leur donnait des conseils.
… C’est mon mentor. À moi, il m’a dit de me débrouiller toute seule.
« Messire chevalier, vous ne pourriez pas nous apprendre deux ou trois trucs ? On n’arrive vraiment pas à comprendre comment faire. On passe nos journées à nous accrocher à ce rapport. »
« Hé, c’est comme ça en l’an 0. Quoi, vous pensiez que vous ne feriez que du terrain ? Vous êtes chevaliers, maintenant. À vous de vous débrouiller. »
« Ah, allez, ancien. S’il vous plaît, juste une fois. »
Royce minauda d’une façon qui ne lui allait pas du tout.
« Hein, morveux. Cela dit, les résidus activés, ce n’est pas vraiment ma spécialité non plus… »
Hanna se servit un café sur l’étagère. Les trois hommes lui jetèrent un regard, puis firent semblant de ne pas la voir et poursuivirent leur conversation.
« La plupart des gens suivent deux cursus à l’université, vous savez ? Les professeurs proposent même des cours réservés aux chevaliers. Vous voulez que je vous fasse une recommandation ? »
« Ah, je déteste vraiment étudier. »
« C’est quand même obligatoire, idiot. Sinon… »
Raynel baissa la voix et chuchota :
« Vous engagez un analyste professionnel et vous le laissez rédiger le rapport à votre place. »
Royce et Dare Tan applaudirent en entendant ça.
« Ah, donc ça se fait. »
« Mais choisissez bien. Il faut quand même que vous compreniez les bases des résidus activés. L’analyse de terrain est quasiment indispensable. »
« Mmm. Ah, alors qui est le meilleur dans l’Ordre, pour ça ? »
« Qu’est-ce que vous allez en faire ? »
« J’irai lui demander~ »
Cette fois, Dare Tan se mit à minauder.
Pour Hanna, c’était absurde. À la section d’élite de l’Empire, ces types ne faisaient que jouer les durs.
« Quels drôles d’oiseaux. Le meilleur, hein… Ah. En ce moment, il y a un type que tout le monde traite quasiment comme un spécialiste. »
Raynel croisa les bras avec un sourire en coin.
« Maximilian. »
Il prononça ce nom comme s’il s’en vantait, comme pour dire : « Je suis proche de lui. »
« … Messire chevalier Maximilian ? »
« Oui. Même du côté de la police, il est connu pour son travail sur les résidus activés. En un an, il a probablement traité plus d’affaires que dix chevaliers ordinaires réunis. »
Dare Tan et Royce parurent impressionnés. Raynel, apparemment contrarié sans raison, ajouta une dernière remarque :
« Enfin, il est riche, alors il paraît qu’il engage des équipes entières d’analystes professionnels. »
Hanna s’éloigna, sa tasse de café à la main.
« Bref, allez le voir si vous en avez le cran. »
« … Non. Jamais. »
« Il fait vraiment peur. On a déjà eu affaire à lui… »
Royce et Dare Tan frissonnèrent.
« … »
En quittant le salon, Hanna sentit soudain la détermination la gagner.
Dans le couloir qui la ramenait à son bureau, elle changea brusquement de direction.
Elle examina le plan des services, accroché au mur.
Le bureau de Maximilian se trouvait au troisième étage.
Elle gravit les escaliers en courant et frappa.
Toc, toc…
« Entrez. »
Au-delà de la porte s’ouvrait une vaste pièce. L’intérieur était raffiné, à l’opposé de son bureau qui ressemblait à un débarras. Un agent administratif assis au comptoir l’accueillit.
« Que puis-je faire pour vous ? »
« Je m’appelle Hanna Usar. Je suis une nouvelle recrue de l’an 0 et j’aimerais demander conseil au messire chevalier Maximilian… »
« Ah, très bien. Un instant. »
L’agent consulta l’emploi du temps et acquiesça.
« Je peux vous fixer un rendez-vous demain à dix heures. »
« … Merci. »
« Il y a toutefois une consigne à respecter. »
L’agent désigna son poignet.
« Vous devrez retirer votre montre avant de rencontrer le messire chevalier. »
« Ah, c’est un souvenir de mon grand-père… »
« Aucune exception. »
L’agent secoua fermement la tête.
« Le messire chevalier déteste les montres. »
« Ah… oui. »
C’était l’un des rares objets de valeur que sa famille roturière s’était transmis de génération en génération.
Hanna effleura sa montre et esquissa un sourire amer.
…
De retour à son bureau, Hanna passa la nuit à relire son rapport.
Parce qu’il y avait peut-être, juste peut-être, une chance que Maximilian le lise vraiment.
Elle analysa, rédigea, effaça, puis recommença son analyse.
Sans qu’elle s’en rende compte, l’heure du rendez-vous arriva : dix heures.
[Maximilian]
Hanna frappa à la porte du bureau de Maximilian, dont le seul nom lui inspirait déjà de l’appréhension.
« Entrez. »
Une voix sèche. Un accent noble.
Hanna entra avec précaution. L’homme blond près de la fenêtre se retourna lentement.
« Hanna Ursa. »
C’est Usar—
Elle ravala les mots qui lui brûlaient les lèvres.
« Que voulez-vous ? »
« Eh bien… je ne suis pas sûre de mon premier rapport sur les résidus activés, alors je suis venue vous demander conseil. »
« Vous n’avez pas de mentor ? »
« Je… »
Hanna entrouvrit les lèvres. Maximilian lui tendit silencieusement la main.
« Ah, oui. »
Elle lui remit le rapport qu’elle avait rédigé pendant la nuit.
Maximilian le prit et tourna une page, puis deux, trois, quatre…
Il le parcourut à toute vitesse. Son expression ne changea pas.
Un instant plus tard, il jeta le rapport sur la table.
« Tout est faux. »
Son cœur se serra.
« Pardon ? »
Il n’avait même pas eu l’air de le lire attentivement.
« Recommencez. Le rapport est trop confus et rempli de spéculations inutiles. On ne peut même pas appeler ça un suivi des motifs dans les résidus. Votre travail ne fera que brouiller l’enquête. »
« … »
Hanna fixa son rapport d’un air absent.
À vrai dire, elle trouvait ça injuste. Elle était aussi en colère.
Il ne l’avait même pas lu correctement, il l’avait à peine parcouru pendant quelques secondes et… Non.
Non, ce n’était pas ça.
Elle n’aurait jamais dû espérer quoi que ce soit.
Je suis seule dans cet Ordre des Sentinelles. Maximilian est comme les autres nobles. Il pense sûrement que je ne suis qu’une roturière, ou que je ne mérite pas ma place ici à cause de Jacob.
« … Oui. Compris. Excusez-moi. »
Elle se retourna pour partir, ravalant sa déception.
« Attendez. »
Maximilian ouvrit un tiroir de son bureau, en sortit plusieurs liasses de documents soigneusement assemblées et les posa sur la table.
[ Affaire n° 1038-A-01 : Analyse des résidus activés de la magie de destruction : Maximilian ]
[ Affaire n° 1038-A-05 : Analyse des motifs de condensation issus d’une lame : Maximilian ]
[ Affaire n° 1038-B-12 : Reconstitution d’une scène de collision entre plusieurs manas : Maximilian ]
[ Affaire n° 1039-C-09 : Suivi à rebours d’un mana atypique : Maximilian ]
[ Affaire n° 1038-A-03 : Analyse des débris d’une explosion de pierre de mana à haute densité : Maximilian ]
[ Affaire n° 1038-B-15 : Distinction entre mana biologique et mana artificiel : Maximilian ]
[ Affaire n° 1039-C-21 : Calcul du décalage temporel des résidus activés : Maximilian ]
[ Affaire n° 1039-S-01 : Expertise médico-légale du mana dans une affaire de meurtre particulière : Maximilian ]
« La difficulté augmente du bas vers le haut. Lisez-les et étudiez-les. »
« Hein ? »
Les yeux de Hanna s’écarquillèrent.
Les dossiers d’analyse des résidus activés étaient en quelque sorte le patrimoine d’un chevalier. On ne les montrait pas à la légère, et encore moins à une nouvelle recrue.
« … Vous pouvez vraiment me les donner ? »
Le visage de Maximilian resta impassible. D’un ton neutre, il se contenta de répondre :
« Si vous êtes venue me voir, c’est que vous aviez vraiment envie d’apprendre. »
« Euh… »
« J’ai apprécié votre volonté de faire des efforts. »
« M-merci… »
Maximilian agita la main pour la congédier.
Encore sous le choc, Hanna s’inclina et rapporta la pile de dossiers à son bureau.
« … »
Elle ouvrit le premier dossier.
« Voyons voir s’il est vraiment aussi bon. »
À vrai dire, elle pensait que son travail ne serait pas si différent du sien. La méthode d’analyse des résidus activés devait être similaire. La seule différence résidait peut-être dans le savoir-faire nécessaire pour organiser les résultats.
Cette idée vola en éclats dès qu’elle lut la première phrase.
──[ Affaire n° 1038-A-01 : Analyse des résidus activés de la magie de destruction : Maximilian ]──
■ Types de résidus activés
· Spectre rouge. Traces de dispersion radiale centrées sur les points d’ignition.
· Viscosité du mana élevée et persistance prolongée des résidus.
■ Analyse des motifs
· Contrairement à une magie explosive classique, la densité du mana au cœur de l’explosion était inférieure à celle de la périphérie.
· Cela suggérait non pas une compression et une détonation en un point, mais une forme d’ignition constrictive, se resserrant de l’extérieur vers l’intérieur.
■ Type de magie déduit des éléments ci-dessus
· « Cage de flammes », ou une magie modifiée de ce type.
■ Reconstitution de la scène
· Le criminel n’a pas déclenché l’incendie avec l’intention directe de tuer la victime…
La magie a d’abord été déployée pour bloquer les voies de fuite, mais la pression thermique engendrée aurait probablement étouffé la victime…
Par conséquent, l’intention de tuer était probablement impulsive. Il était recommandé d’enquêter en priorité sur les rancunes personnelles, comme un conflit amoureux ou une querelle d’argent.
────
« Waouh… »
C’était limpide. Le raisonnement sur le mana était rigoureux et complet, sans le moindre élément superflu. Mais surtout, la qualité de son analyse des résidus activés dépassait tout ce qu’elle aurait pu imaginer.
Maximilian ne considérait pas les résidus de mana comme une surface plane.
Il traitait les innombrables traces de résidus comme des points, déterminait grâce à leur concentration et à leur direction lesquels étaient apparus en premier et lesquels étaient venus ensuite, puis remontait le temps à partir de cette séquence pour reconstituer la scène.
Elle compara son propre dossier à ce rapport, étudia ce modèle de pédagogie parfait et veilla de nouveau toute la nuit.
* * *
… Ce n’était sans doute qu’un ajustement passager.
Un simple problème de Ransom, probablement.
Kanillan, avec ses entreprises modernes et imposantes, finirait sûrement par se relever.
Mais, malgré cet optimisme boursier, les employés des sociétés de valeurs mobilières avaient déjà compris que tout était terminé.
« … Et maintenant ? »
Au sommet d’un gratte-ciel de Kanillan, Dayson, directeur général de Lekiano Securities, demanda d’une voix rauque, les yeux injectés de sang.
« Ils refusent catégoriquement de nous rencontrer. »
Le secrétaire baissa la tête.
« Nous avons proposé jusqu’à cinq fois la valeur nominale, pénalités et indemnités de règlement comprises, mais… »
« Espèce de fils de pute. »
Dayson s’arracha les quelques cheveux qui lui restaient.
Le problème ne concernait pas seulement Lekiano. Merilchi et les autres grandes sociétés de valeurs mobilières et banques de Kanillan se trouvaient toutes dans la même situation.
Des pertes astronomiques sur les produits dérivés à cause du choc Ransom. Et, par-dessus le marché, les indemnités d’assurance à verser à ces cinglés qui avaient parié sur le krach.
« Les autres aussi, hein ? »
« Oui. Merilchi a également essayé de les contacter, sans succès. »
Ebert, ce noble impérial, n’était pas le seul à avoir souscrit ces contrats d’assurance.
Des hyènes au timing parfait. Des salauds qui priaient pour qu’un pays s’effondre.
« … Tenez bon. »
« O-oui ? »
« J’ai dit de tenir bon ! »
Il lança un regard furieux à son secrétaire, les yeux injectés de sang.
« Appelez-les tous : banques, agences de crédit, assureurs, entreprises. Dites-leur que si nous coulons, leur argent ne vaudra plus rien non plus. De toute façon, on crèvera tous ensemble ! »
« M-mais la confiance des marchés est déjà… »
« Regardez ! »
Dayson fit pivoter l’écran avec violence. On y voyait la courbe estimée des bénéfices d’Ebert et les coûts qui s’y rattachaient.
« Vous savez avec quel argent ce salaud a acheté ces assurances ? Celui qu’il a gagné en investissant dans les actions de Kanillan. Il a fait fortune ici, puis il s’en est servi pour monter cette combine de malade. »
Il pointa du doigt la valeur actuelle de ses actifs, calculée au cours du marché.
« Ça paraît énorme, hein ? Mais quarante pour cent sont déjà partis en frais. Comment croyez-vous qu’il a couvert ses appels de marge ? Il a emprunté aux banques. Les intérêts lui coûtent aussi. Ce salaud perd du fric à vue d’œil. »
La vitesse à laquelle le marché s’effondrait et celle à laquelle l’argent de ce salaud d’Impérial partait en fumée…
C’était un jeu de celui qui craquerait le premier.
« Lui non plus n’a pas tout son temps. Et alors, s’il a de l’argent ? Quelle somme un seul homme peut-il vraiment posséder ? »
Boum, boum. Il frappa son bureau et cria :
« Alors, tenez bon. Tenez bon, quoi qu’il arrive ! »
C’était une partie de patate chaude.
Particulier, gouvernement ou stupides capitaux étrangers, peu importait. Il fallait seulement refiler cette masse pourrie de créances douteuses à quelqu’un d’autre.
S’ils tenaient jusque-là, cela suffirait.
« Contrôlez aussi les médias. Ne laissez surtout pas baisser la valeur des entreprises. Ces salauds paniqueront les premiers… »
Dayson marmonnait comme s’il cherchait à s’hypnotiser lui-même.
« C’est sûr. C’est sûr… »
Tic. Tic.
La bombe à retardement appelée Kanillan continuait de tourner.
* * *
« … Voilà comment ils s’y prennent. »
Le rapport de Dieter, transmis par le terminal, était posé.
Tout correspondait à l’avenir que j’avais vu et aux difficultés que Dieter avait prévues, dans les moindres détails.
« Ça ira. Inutile d’intervenir. »
De toute façon, j’avais de l’argent à l’infini et, avant même la fin du printemps, Kanillan connaîtrait une série de faillites. D’innombrables sociétés de valeurs mobilières et compagnies d’assurance feraient faillite.
À ce moment-là, je réaliserais des profits astronomiques et rachèterais des entreprises saines pour une bouchée de pain.
« Très bien. Nous procéderons comme prévu. »
« Bien. »
Je mis fin à l’appel.
« … Messire chevalier. »
À cet instant, un agent administratif entra, l’air sombre. Il était chargé de conduire.
« Mon père, en ce moment… »
Il ne parvint pas à finir. Ses lèvres remuaient, laissant échapper des bribes de mots, mais le sens était clair : son père était très malade.
Il arrivait parfois que des imprévus surviennent.
« Ce n’est rien. Partez autant de jours qu’il vous faudra. »
Je sortis de l’argent de mon portefeuille et le lui tendis.
Dans ces moments-là, un supérieur ne pouvait pas faire grand-chose. Il fallait donner de l’argent. Et plus on en donnait, mieux c’était.
« … Merci ! Je serai de retour dans trois, non, deux jours ! »
« Ça suffit. Prenez trois jours de congé. »
« Merci… Snif. »
Puis il s’inclina spontanément. Les larmes aux yeux, il me jura une loyauté éternelle.
« Yukia a appris à conduire ? »
« Oui. Honnêtement, ça me coûte de l’admettre, mais… elle conduit bien mieux que moi. »
« Vraiment ? Tant mieux, alors. »
Un imprévu : Yukia et moi.
Il ne resterait plus que nous deux pour le programme à venir.
… Le père de cet agent administratif avait choisi un moment bien commode pour tomber malade.
Que ce soit la Faction révolutionnaire ou les Izenheim.
Pour une raison ou pour une autre, j’avais l’impression qu’ils allaient justement profiter de ce moment-là pour nous attaquer.
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