Chapitre 91
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 91
──────
Un nouveau printemps
Région méridionale, province d’Hermès.
À sa sortie de l’aéroport, Kairon observa le paysage alentour.
« […] »
Autrefois, le sud de l’Empire n’était que campagne. Des rizières et des champs à perte de vue, des ceintures de céréales s’étendant jusqu’à l’horizon : voilà tout ce qu’on y trouvait. L’urbanisation se limitait aux environs des mines de pierres de mana, des terres désolées où l’on ne s’était installé que pour extraire ces pierres.
« Ça a changé. »
Et voilà qu’au moment même où les pierres de mana, qui avaient jadis fait la renommée du sud, étaient presque épuisées,
un nouveau filon profond avait été découvert dans le district de Rommilton, dans la province d’Hermès.
« […] Oui. C’est bien plus qu’un simple changement. »
« J’ai presque cru qu’on était dans la région centrale. Même l’aéroport est impeccable. »
« Quel revirement. Quel revirement ! »
Les jeunes chevaliers qui l’accompagnaient partageaient leurs impressions. Kairon acquiesça.
Les routes et les trottoirs étaient bien pavés, et le plan du quartier était si précis qu’on aurait dit qu’il avait été tracé à la règle. Boutiques et logements, restaurants et hôpitaux, ainsi que toutes sortes de bâtiments polyvalents s’y mêlaient à deux pas les uns des autres, composant exactement le genre de ville « où il fait bon vivre ».
« Alors, c’est ça, Aternum. »
Kairon tourna les yeux vers la silhouette lointaine de l’usine d’Aternum.
Elle occupait une grande partie d’Hermès. Cette usine militaire remplacerait bientôt Gigantes. On aurait dit que les pulsations et la vigueur de ses machines, qui ne s’arrêtaient jamais, parvenaient jusqu’ici.
« Halte. Contrôle. »
À la sortie de l’aéroport, une unité de sécurité armée leur barra la route.
À Hermès, les contrôles étaient aussi stricts. Des postes de contrôle se dressaient à chaque frontière provinciale, et chaque voyageur devait y présenter ses papiers pour une vérification approfondie.
Hermès était désormais une zone industrielle spécialisée, désignée par la Maison impériale, ainsi qu’un centre névralgique de la production militaire.
En fait, on y était même autorisé à exécuter sommairement les éléments subversifs.
« Oui. C’est confirmé. Bienvenue, chevaliers des Sentinelles. »
Le capitaine de la sécurité les salua avec raideur et leur ouvrit le passage.
« Allons-y. »
Kairon et les chevaliers montèrent dans la voiture et prirent la direction de leur destination.
Après avoir roulé sur des routes lisses, ils arrivèrent devant un bâtiment à l’ancienne, niché dans une forêt lumineuse, à quelque distance de la mine de pierres de mana.
[ Atelier d’architecture ]
Son style était si raffiné et élégant qu’il évoquait une galerie d’art.
Un sourire sec se dessina sur les lèvres de Kairon. Il y avait une raison pour laquelle les nobles du palais étaient si épris de cet endroit.
« Bienvenue. »
Un employé en uniforme les conduisit à l’intérieur. Avec son éclairage tamisé et sa musique classique, le lieu ressemblait davantage à un salon de la noblesse.
« Je viens utiliser ce billet. »
Kairon tendit un « billet de réservation pour cube haut de gamme ». L’employé le prit à deux mains et leur indiqua poliment le chemin.
« Oui, c’est confirmé. Nous allons vous conduire dans une salle VIP. »
Kairon et les chevaliers gagnèrent une pièce privée, à l’écart.
Sur des présentoirs drapés de velours noir, dans des vitrines de verre transparent, étaient exposées « ces choses-là ».
« […] »
« […] »
Les chevaliers les contemplaient, bouche bée. Tous semblaient hébétés tandis qu’ils examinaient les objets.
Des cristaux parfaitement hexaédriques, d’où ondulait une pure lumière bleue. Des cubes de pierre de mana de qualité supérieure, gravés par Sculpture du mana.
« Ces pièces sont fabriquées à la main par des maîtres artisans, à partir de pierres brutes de première qualité. »
« Choisissez-en un chacun. »
À ces mots de Kairon, les chevaliers tendirent des mains tremblantes et prirent chacun un cube.
[2 000 000 $]
Deux millions de dollars impériaux. Le prix d’une belle demeure dans la capitale, mais ils avaient sans doute tous économisé pour ce jour.
« C’est vraiment… une œuvre d’art. »
« […] Ah. Mon père disait qu’il en voulait un aussi. »
« Alors, offre-le-lui. »
« Euh… mon père est à la retraite, alors je vais d’abord m’en servir, puis… »
En écoutant ses subordonnés bavarder avec entrain, Kairon songea à cette ville. Il se remémora les rues animées d’Hermès.
Il y avait senti, sous la surface, le contrôle, la discipline et la surveillance, mais jamais il n’avait eu l’impression que tout cela visait à faire du mal aux civils.
« Waouh. Celui-là. Tu ne trouves pas qu’il est plus joli ? »
« Je prends celui-ci. J’aime bien la couleur du cristal. »
« Mais pourquoi leurs couleurs sont-elles toutes différentes ? »
« Chaque pierre de mana a des propriétés différentes. Elles sont d’une pureté exceptionnelle. Au-delà de 97 %, chacune commence à avoir ses particularités… »
Cette province s’appelait Hermès.
Mais c’était clairement la ville de Maximilian. Bientôt, tout le monde le penserait.
Rien que cela suffirait à la faire reconnaître comme la ville la plus prometteuse du sud.
« […] Hé. »
Kairon se tourna brusquement vers l’employé.
« Oui, messire chevalier ? »
« Y a-t-il des terrains habitables dans les environs ? »
Même après avoir liquidé ses actions de Kanillan, il lui restait beaucoup d’argent.
S’il faisait construire un bâtiment à Hermès, il pourrait se rapprocher encore de Maximilian.
« Si possible, j’aimerais acheter quelque chose à tout prix, même s’il ne s’agit que d’une minuscule parcelle restante. »
Son instinct habituel pour sentir le vent politique s’était réveillé.
* * *
Le printemps arriva en mars.
Le Conseil national de soutien de l’Empereur ouvrit ses travaux.
Le Conseil national de soutien était la conférence politique annuelle de l’Empire. Elle marquait le début de l’année et était consacrée à l’adoption et à la révision des lois.
« Nous passons maintenant au projet de loi présenté par messire chevalier Maximilian. »
La grande salle d’assemblée du palais impérial. La salle circulaire, ornée de soie rouge et d’or, était bondée de fonctionnaires impériaux.
Je me tenais au pupitre central.
« Je suis Maximilian von Ebenholtz, de l’Ordre des Sentinelles. »
Je m’inclinai poliment devant l’assemblée.
Sonnet Kandel était assise à une place particulièrement en vue. Je sentais son regard rivé sur moi, mais je fis délibérément comme si je ne le remarquais pas.
« Nobles du palais impérial, ministres qui êtes les piliers de l’Empire, je me tiens aujourd’hui devant vous pour proposer une loi destinée à protéger le patrimoine national de l’Empire. »
En tant que garants de l’Empire, les chevaliers jouissaient d’une vaste autorité. Ils pouvaient également proposer des lois. Bien sûr, leur adoption relevait de l’assemblée des nobles et de l’Empereur.
« Loi spéciale sur la prévention des sorties de capitaux et des transferts de patrimoine national »
Tout résident de l’Empire souhaitant s’installer définitivement à l’étranger se verrait prélever à la source 20 % de ses biens au titre d’une taxe d’émigration. De plus, avant son départ, il devrait convertir l’intégralité de ses biens en certificats convertibles en mana émis par la Banque centrale impériale, moyennant des frais de change fixés à 40 %.
Avant mon retour dans le passé, cette loi avait pris effet de façon encore plus brutale, dès l’été. Que l’Empereur l’ait imaginée lui-même ou qu’il ait suivi les conseils de quelqu’un, les frais de change s’élevaient alors à 70 %.
J’avais tout de même laissé une faille dans cette loi.
« Pour les personnes ayant rendu d’éminents services à l’Empire ou entretenant des relations particulières avec celui-ci, les clauses de gel des avoirs et de frais de change ne s’appliqueront pas si leur dossier est accompagné d’une garantie d’identité fournie par une personne de rang égal ou supérieur à celui de chevalier impérial. »
Inutile d’en parler ici. Si quelqu’un le relevait plus tard, je pourrais alors étouffer l’affaire.
À partir de maintenant, je participerais à l’élaboration de chaque nouvelle loi scélérate et en proposerais moi-même.
Je dirigerais la lame de l’Empire droit sur sa cible.
À présent, j’en avais le pouvoir. Pas seulement grâce à la maison Ebenholtz, mais aussi grâce à l’autorité que me conférait le nom de Maximilian.
« Qu’en pensez-vous ? »
Je promenai mon regard sur les nobles et posai la question.
Certains semblaient horrifiés par ma radicalité. D’autres paraissaient impressionnés par les profits qu’ils voyaient déjà se profiler.
Ken Steiner, le chancelier compétent de l’Empire, me fixait, les lèvres pincées, tandis que Sonnet Kandel remontait ses lunettes rondes de son majeur.
Pourquoi le majeur, de tous les doigts ?
Clap, clap, clap.
Dans le silence, quelqu’un se mit à applaudir. Tous les regards se tournèrent vers lui.
Le Secrétaire général impérial Kurt von Eus Grossman.
Pour l’heure, il rivalisait avec les autres serviteurs de l’Empereur afin de devenir l’un de ses proches conseillers. Mais, à l’avenir, il abattrait tous ses rivaux politiques et s’élèverait au rang de parfait bras droit.
« Excellent, messire Maximilian. Comme on pouvait s’y attendre du commandant qui a pacifié Gennen. »
Il se leva et applaudit avec enthousiasme.
« Cette loi tombe à point nommé. C’est l’outil idéal pour remplir les coffres de l’Empire et punir les rats qui osent trahir la bienveillance impériale en prenant la fuite. Sa Majesté en sera ravie. »
Après son appui, d’autres nobles commencèrent à applaudir, l’un après l’autre.
J’adressai un léger signe de tête à Kurt.
« Merci. »
Premier jour du Conseil national de soutien de l’Empereur.
Mon projet de loi fut adopté et, cette même semaine, il fut promulgué par décret impérial dans tout l’Empire, en même temps que plusieurs autres lois.
* * *
Bureau de l’Ordre des Sentinelles. Un après-midi somnolent.
J’hésitais entre jeter la plaque de remerciement envoyée par la Maison impériale et la laisser à sa place.
« […] Messire chevalier. »
Un officier administratif entra dans le bureau.
« Nous avons reçu un message urgent du service de l’immigration de l’aéroport impérial numéro trois. »
Il avait l’air légèrement tendu.
« De l’aéroport ? »
« Oui. Le responsable sur place dit qu’ils ont trouvé un document portant votre signature. Ils veulent vérifier s’il s’agit d’un faux. Si c’est le cas, ils comptent procéder immédiatement à une exécution sommaire… »
[…]
Aéroport impérial numéro trois, guichet du contrôle des départs.
Jumein, un Mer qui avait autrefois vendu à Maximilian une entreprise appelée « Aurum Logistics », laissa échapper un souffle anxieux. Derrière lui, sa famille de vingt-trois personnes — sa femme, ses enfants et ses vieux parents compris — restait figée par la peur.
« Vos papiers d’immigration sont en règle. À présent, convertissez tous les biens qu’il vous reste. »
« Q-quoi ? De quoi parlez-vous ? »
Jumein protesta auprès du douanier au guichet.
« La loi dit clairement que je ne dois payer que 20 % de mes biens en taxes, n’est-ce pas ? J’ai déjà versé cette somme aux autorités ! »
Le douanier désigna l’avis affiché au mur.
« Vous ne savez pas lire ? L’exportation de devises impériales est interdite. Alors changez-les. Changez-les ! »
Il désigna du menton le guichet voisin, où une pancarte indiquait : [Bureau agréé d’échange de certificats convertibles en mana impériaux].
« Vous pourrez partir après les avoir converties en certificats de mana émis par la Banque centrale impériale. Les frais de change sont de 40 %. »
« […] »
On lui avait pris 20 % de ses biens au titre de la taxe d’émigration, puis encore 40 % du reste en frais.
À la rigueur, il aurait pu accepter ça.
« M-mais… »
Les mains tremblantes, Jumein sortit une enveloppe glissée entre les pages de son passeport.
« A-alors, qu’est-ce que c’est ? »
C’était un billet séparé que le douanier avait écrit et lui avait remis. Pas un reçu officiel, juste un bout de papier froissé, couvert de chiffres griffonnés au stylo à bille.
[Frais d’urgence et de traitement : 300 000 $]
« Voyons, avec tout cet argent, vous n’avez donc aucun bon sens ? »
Le douanier fronça les sourcils et frappa le comptoir.
« Vous ne voyez pas à quel point on trime ici ? Vous avez profité de tout le confort que l’Empire vous a offert et, maintenant, vous vous enfuyez. Vous pourriez au moins partager un peu avec ceux qui restent. Considérez ça comme un don. Même après avoir payé, il vous en restera largement assez. »
« J-je ne peux pas ! J’ai déjà investi tout mon patrimoine… »
« Putain, vous parlez trop. »
Au signal du douanier, des soldats de la Garde impériale se ruèrent sur lui.
« Vous prétendez désobéir à la loi impériale, espèce de vermine ? »
Une botte militaire le frappa en premier.
Boum.
Jumein gémit et s’effondra au sol. Sa famille tenta d’intervenir, mais les soldats braquèrent leurs fusils sur elle.
« Fouillez-le d’abord. Il a l’air de cacher quelque chose. »
Un garde impérial fouilla brutalement la poche intérieure de Jumein, toujours étendu par terre.
Alors qu’il lui prenait son portefeuille et sa montre, sa main tomba sur une coûteuse enveloppe en parchemin.
« Hein ? Qu’est-ce que c’est ? Un chèque ? »
Le garde impérial l’ouvrit avec empressement et déplia le document qu’elle contenait.
« […] ? »
Son regard s’arrêta d’abord sur le sceau net qui figurait en haut.
Les armoiries de la maison Ebenholtz.
Le texte disait…
« Je reconnais cette personne comme un homme d’affaires ayant contribué à la prospérité de l’Empire. Si sa personne est injustement menacée, les responsables devront en répondre. »
Et, au-dessous, d’une écriture élégante et ferme :
« Maximilian von Albrecht Ebenholtz »
« Euh, peut-être que cette ordure est vraiment un subversif. Un bâtard de Mer avec un faux papier pareil… »
Le garde impérial eut un rire sec et examina le document.
« […] »
Pour un faux, le papier était beaucoup trop luxueux.
Plus encore, l’écriture et la signature elles-mêmes portaient cette aura altivaine propre aux nobles.
« D’abord, d’abord, appelez ce chevalier des Sentinelles. Si c’est un faux, c’est un crime grave. »
« Ah, c’est évidemment un faux. Tuez-le. Falsifier la signature d’un noble, c’est passible d’exécution sommaire. »
Mais on n’était jamais trop prudent.
Si le document était faux, ils pourraient simplement le tuer. Mais s’il y avait ne serait-ce qu’une chance qu’il soit authentique, l’affaire risquait de leur exploser à la figure plus tard.
« Hé, putain, ne le touchez pas encore. C’est écrit Ebenholtz, là. »
Le monstre d’Ebenholtz qui avait écrasé Gennen sous des centaines de chars.
Pour les hommes de basse extraction, Maximilian était terrifiant.
[…]
Quoi qu’il en soit, c’était apparemment là le remue-ménage qui avait éclaté à l’aéroport.
Je leur répondis :
« C’est bien ma signature. Il s’agit d’un document privé que j’ai remis à un homme nommé Jumein. »
« A-alors, c’est bien le cas ? »
La confusion dans la voix qui résonnait à travers le terminal était évidente.
« Cet homme de Mer va bien, maintenant ? »
« O-oui, oui… pour le moment… »
« Au fait, avez-vous lu attentivement la loi qui vient d’entrer en vigueur ? Il devrait y avoir une clause supplémentaire. »
« Ah ! Je vais la lire tout de suite. »
Le silence s’installa un instant.
Peu après, une réponse me parvint, comme s’ils venaient de finir leur lecture.
« […] Je l’ai lue. »
Sa voix était devenue toute petite.
Je souris légèrement et repris :
« L’entreprise qu’il a fondée et qu’il m’a cédée me sera d’une grande aide, à moi comme à l’Empire. J’accorde également une très grande valeur à la bonne foi. C’est une question de dignité et de tenue, qualités dont les nobles impériaux doivent faire preuve. »
Que l’autre soit un Mer ou un foutu chien, respecter ses promesses faisait partie des qualités essentielles d’un noble.
« O-oui, oui. Je vous prie de m’excuser. Je suis profondément désolé. »
« Si vous avez compris, agissez en conséquence. »
« Oui. »
Un peu tard, peut-être, mais Jumein pourrait au moins quitter l’Empire en toute sécurité, à présent.
« Terminé. »
« Oui ! C’est un honneur, messire chevalier… »
Ah, quel vacarme.
Je reposai le terminal.
Puis je passai une main dans mes cheveux.
« Hmm… »
Je poussai un profond soupir et regardai la plaque de remerciement que m’avait envoyée la Maison impériale.
Un objet plaqué d’or et incrusté de pierres de mana, plus avide que beau.
« […] On n’y peut rien. »
On n’y pouvait rien.
Ça se serait produit même sans moi.
Parce que je ne peux pas voir ce qui se passe au sein du palais impérial.
Ebenholtz se tient au sommet de la pyramide, mais le ciel se trouve encore au-dessus.
Le pouvoir nommé Empereur est lointain et immense, comme ce ciel.
Ma limite, c’est le sol.
Le point même où mes deux pieds restent cloués à la terre : voilà ma limite innée.
Pour l’instant, je n’avais d’autre choix que d’agir à ma façon.
[…] À moins de faire tomber ce ciel.
* * *
L’Ordre des Sentinelles était considéré comme le meilleur employeur de l’Empire.
Un statut auquel aspirait chaque jeune de l’Empire, une organisation dont la seule admission suffisait à honorer sa famille. L’épée de l’Empereur et le bouclier de l’Empire, elle incarnait aussi les idéaux et la pureté impériaux.
« Aujourd’hui a lieu cette cérémonie d’intégration des Sentinelles si honorable. »
C’était la deuxième fois que j’y assistais depuis mon retour dans le passé.
Place centrale de la capitale.
« Nous allons à présent procéder à la cérémonie d’intégration des Sentinelles ! »
Le grand-duc Alberich von Stein, commandant de l’Ordre. Proche de la retraite, il débitait le discours final de la cérémonie.
La gloire de l’Empire, l’honneur des chevaliers, la loyauté envers l’Empereur… les mêmes paroles que l’année précédente.
« Waouh, ça fait déjà un an. »
Leon marmonna à côté de moi. J’examinai les visages des nouvelles recrues qui montaient sur l’estrade.
Quarante chevaliers des Sentinelles avaient été sélectionnés pour cette promotion.
Il y en avait encore beaucoup que je devrais moi-même éliminer. Autrement dit, un bon nombre d’entre eux étaient des déchets.
Avant mon retour dans le passé, l’Empire s’était effondré en onze ans. Non, ces onze années avaient été forcées par le chancelier Dieter, donc en réalité, sept ou huit.
C’était un pays qui aurait dû tomber en huit ans.
Ce qui signifiait que le moment était venu pour les talents d’une nation en ruine d’émerger.
Les talents d’une nation en ruine ressemblaient, de façon stupéfiante, à la nation en ruine elle-même.
La direction générale de la section d’élite de l’Empire avait changé, mais même moi, je ne pouvais rien faire pour cette promotion.
« C’est bien cette roturière, non ? »
Leon désigna Hanna. Au moins, ce cas pur comme l’eau de source était rassurant.
« Waouh. Incroyable. Comment une roturière a-t-elle pu entrer chez les Sentinelles ? Je croyais qu’il n’y en aurait pas cette année… Tiana, qu’est-ce qui t’arrive ? »
Assise à côté de nous, Tiana avait l’air au plus mal. Elle posa une main sur sa tempe et baissa la tête.
« Ah… Je suis foutue. Sérieusement. »
« Pourquoi ? »
« J’ai investi environ la moitié de mon salaire annuel dans Kanillan cette année, et le marché commence à dérailler. »
Kanillan.
Maintenant qu’elle en parlait, j’étais curieux, moi aussi.
« Le marché ? »
« Les gens disent que des entreprises s’effondrent. Et les banques ne prêtent plus, paraît-il. Je n’arrête pas d’entendre des rumeurs bizarres. Ces enfoirés m’empêchent de dormir, je n’arrive plus à fermer l’œil… »
Que se passait-il à Kanillan, en ce moment ?
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