Chapitre 89
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’impérialiste malgré lui
Chapitre 89
──────
La fête (3)
Yukia s’adossa au montant de la fenêtre de la résidence et leva les yeux vers le ciel nocturne d’un noir d’encre.
« Je n’en suis pas certaine. Je ne peux que retracer son passé à partir de ses paroles et de ses actes. »
Le vent froid de la nuit lui effleura la peau, tandis que les paroles d’Entikkan résonnaient à ses oreilles.
« Malgré tout, Maximilian est un noble qui connaît le poids des mots. Il n’a aucune raison de mentir sur une chose pareille… »
Puis Entikkan ajouta :
« L’exploration. Explorer la frontière occidentale de l’Empire fait partie du programme obligatoire des cadets de la section d’élite de l’Empire. C’est aussi la principale source de revenus des guides. »
Pour Yukia, qui avait jadis travaillé comme guide avec son père, c’était évident.
Maintenant qu’elle y pensait, cette saison approchait. Celle où les cadets sur le point d’obtenir leur diplôme de la section d’élite de l’Empire affluaient dans l’ouest impérial.
« J’ai du mal à y croire. »
À la réponse de Yukia, Entikkan eut un rire sans joie.
« Moi aussi. C’est pour ça que tu devrais vérifier le collier que tu dis avoir vu. »
Yukia baissa la tête.
Chaque Yaken avait sa propre manière de « graver ». On pouvait même dire qu’elle était unique.
« La manière de graver. La trace laissée par une lame. Cette marque qui reste sur nous comme une empreinte digitale… tu la reconnaîtrais, n’est-ce pas ? »
Yukia fouilla sa mémoire.
Les mains calleuses de son père qui sculptaient le bois. Des objets façonnés d’un geste qui semblait négligent, mais se révélait précis.
« … »
Elle s’efforça de se rappeler le motif du collier à peine visible qu’elle avait aperçu sur la poitrine de Maximilian.
Pour une raison ou une autre, il ne lui avait pas paru inconnu.
Flap flap.
Une ombre traversa soudain le ciel nocturne et se posa sur le montant de la fenêtre. Un hibou. Une petite lettre était attachée à sa patte.
Yukia ouvrit le message.
[ ◆◆◇◆◆◇◆◇◇◆◆◇◆◆ ]
Elle appliqua mentalement la grille de chiffrement et déchiffra le message.
Le contenu était concis.
C’était un ordre de la Faction révolutionnaire.
* * *
La fête ne s’arrêtait pas, même au cœur de la nuit. Au contraire, elle battait son plein.
L’alcool et les conversations, la danse et les chants pour combler les silences, et toutes sortes de jeux teintés de désir.
Je me détendis un peu et me laissai porter par l’ambiance, puis sortis sur le balcon quand j’en eus assez.
── ! ── ! ─── !
Je regardai par-dessus la balustrade. Quel vacarme.
Un espace sans structure, des gens entremêlés qui dansaient sur une musique qui en méritait à peine le nom. Pourtant, eux et moi étions clairement séparés.
Était-ce donc aussi une question de statut et de classe ?
Après l’effondrement de l’Empire, la nouvelle république qui avait émergé abolit le système des classes, puis le reste du continent lui emboîta bientôt le pas. Malgré tout, un statut « invisible » subsista.
« … »
Je contemplai la vue nocturne de Kanillan en buvant.
Fiiiiiiou…
Le vent de ce pays qui ne tarderait pas à s’effondrer était pur. Dans ce pays, je ne sentais pas la moindre trace d’Izenheim. Cela rendait l’air plus propre.
« Les Izenheim. »
C’était étrange. J’avais croisé toutes sortes de gens en allant et venant de Kanillan, et pourtant je n’avais pas rencontré un seul Izenheim.
Bien sûr, je ne pouvais pas exclure qu’ils se cachent plus profondément, dans des cercles plus privés ou au sommet de la politique et des affaires.
« Pourquoi ? »
Un instant, tandis que l’alcool m’engourdissait, une hypothèse me vint spontanément à l’esprit.
Plus j’y pensais, plus cela me paraissait étrange.
Pourquoi les Izenheim ne se montraient-ils pas du tout à Kanillan ?
Et pourquoi continuaient-ils à s’infiltrer dans l’Empire, quoi qu’il arrive ?
Même quand les persécutions à grande échelle avaient commencé, ces salauds avaient persisté à creuser leurs terriers sous le territoire impérial.
Si ma supposition était juste et que le chef suprême de l’Alliance orientale était un Izenheim, ou leur marionnette, il aurait été bien plus sûr et facile pour eux d’établir leur base principale à l’Est.
« La topographie… »
Soudain, mes pensées s’accrochèrent à ce mot.
« Tu te souviens de ces villes souterraines qu’ils avaient creusées ? On croyait qu’ils s’y rassemblaient pour survivre, mais c’était pour développer une Porte dimensionnelle. Ces démons nous ont dupés. »
Avant ma régression, Edmund avait prononcé ces mots : Porte dimensionnelle.
Une porte permettant d’invoquer des êtres venus d’un autre monde.
La population relativement faible des Izenheim à Kanillan s’expliquait-elle par le fait que ces terres ne leur étaient pas utiles pour leur projet ?
Si l’ouverture d’une Porte dimensionnelle exigeait absolument un territoire impérial, ou une quelconque « chose » impériale que j’ignorais…
« Te voilà. »
Une voix derrière moi coupa court à mes pensées.
C’était Ren. Ses cheveux roux étaient en bataille et son visage empourpré.
« Ça va ? » demanda-t-elle.
« Ah, oui, ça va. »
Elle avait beaucoup bu. Elle tenait peut-être aussi bien l’alcool que Sebestian.
« Tu as l’air de très bonne humeur. »
Ren eut un petit rire et s’accouda à la balustrade, à côté de moi.
« Un jour, tout ça prendra fin, pas vrai ? Aucune fête ne dure éternellement. »
Je continuai à lui lancer des perches.
« Ha ha ha… »
Mais elle n’avait pas l’air disposée à m’écouter.
« On dit que l’Empire se prépare à la guerre. C’est un secret de polichinelle. Kanillan va donc gagner encore plus d’argent, pas vrai ? »
La situation laissait effectivement présager cela. Ren croyait d’autant plus en l’avenir de Kanillan qu’elle le connaissait bien.
Si l’économie de Kanillan s’était maintenue cinq années de plus à ce rythme, elle aurait peut-être pu profiter de la demande en temps de guerre et soumettre économiquement l’Empire.
« … »
Le silence s’installa.
Le vent nocturne passa entre nous.
J’étais un peu inquiet, moi aussi. Et si la commandante Ren accordait une grande importance à l’apparence et finissait par éprouver pour moi une affection digne du destin ?
« Au fait, Sebestian va bien ? » demanda-t-elle.
Cette inquiétude était parfaitement vaine.
La main qui tenait mon verre trembla. À un moment, l’ivresse avait disparu des yeux de Ren. Ses pupilles étaient devenues froides comme des lames, comme si elles me transperçaient de part en part.
« Alors, tu m’avais reconnu dès le début. »
« Oui. »
Elle fit tourner son verre.
« Je me suis demandé si je devais te tuer ou non. Tu ne le sais pas, mais j’en veux terriblement à Sebestian. »
« Si tu avais essayé, je me serais défendu. »
« Contre moi ? Allez, tu as encore du chemin à faire. »
Ren me regarda. Ce n’était pas tout à fait de la moquerie. Étrangement, son regard me parut chaleureux.
« Le commandant qui a pacifié Gennen. Maximilian, chevalier de la maison Ebenholtz. Mais ici, il n’y a pas de chars, gamin. »
« … »
Ce titre m’agaça. À tout prendre, j’étais bien plus âgé qu’elle.
« J’ai entendu dire que la commandante Ren n’avait pas encore la trentaine non plus. Peut-être que vous êtes plus âgée que vous en avez l’air, si vous avez déjà un gamin comme moi. »
Ren plissa les yeux. Ses pupilles se rétrécirent en fentes verticales. Elles ressemblaient à celles d’un chat juste avant la chasse.
Mais elle se détendit rapidement.
« … Une rancune doit viser la bonne personne. Et elle ne doit pas s’étendre à tout le monde. »
Elle soupira et leva les yeux vers le ciel.
« Je garderai ton identité secrète. Je n’ai pas envie de la révéler de toute façon, et si le fils de mon ennemi veut jeter son argent dans une poubelle, je ne vais pas l’en empêcher. »
Sa vengeance ne visait que Sebestian.
« Tant mieux. »
« Malgré tout… non, laisse tomber. »
Ren secoua la tête.
« Buvons un verre. À la gloire de Kanillan. »
Ren me regarda et leva son verre. Je levai le mien à mon tour.
« Si seulement c’était possible. »
Tchin.
Le verre heurta le verre et l’alcool oscilla.
Ren avala son alcool fort avec un sourire détendu. En la regardant, je pensai à l’avenir.
Avant ma régression, Ren, commandante d’Akarius, avait défié Sebestian et était morte après avoir perdu.
Sebestian était ce genre d’homme.
Bien plus que tu ne le crois, Ren, et bien plus que ce continent ne l’imagine…
Un monstre.
Depuis le penthouse de Kanillan, je participai à plusieurs réunions en même temps, par visioconférence.
Cette technologie appelée « visioconférence » était fascinante.
À Kanillan, grâce à des écrans d’argent remplis d’ingénierie du mana, on pouvait regarder quelqu’un en face et parler à des gens situés à des centaines de kilomètres.
« Vous m’entendez ? »
Huit écrans partagés s’affichèrent sur l’écran d’argent. On y voyait douze dirigeants de sociétés de courtage et de banques de Kanillan ayant passé des contrats avec moi.
« … Je vous entends. »
Dès le départ, leurs expressions étaient désagréables. Ils avaient tous l’air arrogants et avides, et me prenaient pour une proie facile.
« Très bien, monsieur Ebert. Commençons par examiner la situation du marché. La volatilité a dépassé le seuil. »
Le premier homme à l’écran, qui mâchonnait un cigare, prit la parole.
« Conformément à la politique de notre société, nous n’avons pas d’autre choix que d’augmenter encore votre marge de dépôt et les frais. Votre position est trop risquée en ce moment. »
« C’est exact. Même chose chez Merilchi. Si vous ne fournissez pas de garanties supplémentaires, nous n’aurons d’autre choix que d’engager une procédure de liquidation forcée. »
« Oui. Ici Lekiano. Nous demandons également une révision des frais d’emprunt. C’est indispensable à notre gestion des risques, nous vous prions donc de bien vouloir comprendre. »
« Si cela vous paraît excessif, vous pouvez toujours vous retirer maintenant. Quant aux procédures en cas de rupture de contrat, nous pouvons nous montrer conciliants… »
Ils parlaient comme bon leur semblait. À côté d’eux, Russell était presque un gentleman. Au moins, il me traitait comme un client VIP au vu des sommes que je dépensais.
« Chut. »
Sans changer d’expression, je portai la main près de ma bouche.
« Je paierai tout. »
Ils hésitèrent.
« Je comprends la volatilité. Puisque Kanillan enregistre de solides gains chaque jour, je peux accepter le risque accru des produits que je détiens. Je déposerai donc la somme correspondante. »
Je fis signe à Dieter, qui se tenait à côté de moi.
« Khouahaha ! Comme prévu, vous êtes d’une grande générosité ! »
« Oh, merci beaucoup. On dirait que nous nous sommes inquiétés pour rien. »
« Dans ce cas, nous allons mettre fin à l’appel. Nous vous souhaitons de grands bénéfices ! »
L’un d’eux, un chauve qui ressemblait particulièrement à un blaireau, s’empressa de mettre fin à la transmission.
« Attendez. »
Je levai la main.
« Par hasard… »
Je balayai lentement du regard les douze visages à l’écran.
« Y a-t-il quelqu’un ici qui pense autrement, qui estime que la confiance dans les contrats compte, que modifier unilatéralement leurs conditions sous prétexte que le marché a changé va à l’encontre de l’éthique commerciale, et qui souhaite poursuivre selon les termes du contrat d’origine ? »
Le silence tomba un instant.
En pratique, j’allais gagner de l’argent en les ruinant. J’allais bientôt leur passer sur le corps : c’était donc leur dernière chance.
Kanillan n’était qu’une partie de mon plan, et je n’étais pas du genre à aimer les jeux d’argent pour eux-mêmes.
« Euh… non merci. Bonne journée. »
« Bonne chance, au revoir ! »
« C’est un champ de bataille. La victoire, c’est la confiance. Ha ha ha ! »
« En fait, le contrat lui-même relève de notre politique, et notre politique évolue avec la volatilité, vous voyez. Portez-vous bien. »
La plupart ricanaient, et celui qui ressemblait à un blaireau renifla avec mépris.
C’est alors que ça arriva.
« … Haa. »
Un homme dans un coin soupira et leva la main. C’était le président d’Old Haven, l’une des banques locales de Kanillan.
Son établissement était relativement modeste, tout comme son écran relégué dans un coin de cette conférence.
« Nous nous contenterons d’appliquer les frais prévus au contrat d’origine. Inutile de pressurer un client sans raison. »
Les autres dirigeants le regardèrent comme s’il avait perdu la tête.
« Oh, quelle bonté, président Haven ! Vous voulez mener votre banque à la faillite ? »
« Laissez-le. C’est pour ça qu’il est vieux. Ha ha ha ! »
« Quel noble homme, vraiment. »
Les moqueries fusaient, mais je lui adressai un faible sourire et hochai la tête.
« Compris. Old Haven Bank. Je m’en souviendrai. Les frais que vous avez fixés commenceront à être versés dès aujourd’hui. »
« Oh, merci… »
Je fis signe à Dieter.
Pop. L’écran s’éteignit aussitôt.
« Dieter. Est-ce qu’on ne pourrait pas utiliser ce genre de technologie dans l’Empire ? »
« C’est possible, mais pas à grande échelle. Dans Kanillan, qui est compact, on peut l’utiliser sans risque ; dans l’Empire, en revanche, les ondes de mana risquent fortement d’être interceptées. »
« C’est dommage. »
Je frottai mes doigts et fis un signe à Dieter.
« Tu as dit qu’il nous fallait encore une banque à racheter, c’est ça ? »
« Oui. Kronen est une banque spécialisée. Il nous en faut donc une qui puisse exercer sur les marchés des particuliers et des entreprises. Old Haven Bank devrait suffire. »
« Bien. »
Pour avoir résisté à la cupidité, ils survivraient.
« Dépouille les autres jusqu’à l’os. Surtout ce salaud qui ressemble à un blaireau… Tu vois ce que je veux dire ? »
« Oui. Compris. »
Dieter rangea ses affaires.
« Dans ce cas, partons sans attendre. »
« Ah. Et la vente à découvert de Ransom ? Tu avais dit qu’on pouvait emprunter et vendre des actions qui n’existaient même pas ici. »
« Toutes les positions ont été prises. »
Je brandis le terminal le plus récent de Kanillan. L’état de mes avoirs s’affichait sur un écran de cristal plat.
« Kanillan a vraiment de tout. »
« Oui. C’est grâce à sa situation géographique. »
Dieter rajusta ses lunettes et m’expliqua :
« Kanillan est entouré par la mer. La densité du mana atmosphérique y est donc nettement plus élevée que dans l’Empire, et ses particules sont plus fines. Cela facilite la miniaturisation de circuits de mana précis comme ceux-ci. Comme le territoire est petit, les ressources nécessaires à la sécurité sont également moins importantes. »
Toutes les communications à travers le continent, y compris celles de ce terminal, reposaient sur le mana.
Je n’en connaissais pas les détails, mais en gros, cela revenait à transmettre des ondes de mana et à les recevoir.
Il était donc inévitable que chaque pays utilise des méthodes différentes. Le mana changeait de propriétés selon l’endroit.
« Je vois. Allons maintenant sur le lieu de la fête. »
…
Archipel de Kanillan, île Panulan.
Toute l’île avait été transformée en une immense salle de réception. Des dirigeables sillonnaient le ciel en répandant des fumées colorées, tandis que des drapeaux frappés du logo de Ransom Corporation flottaient dans toutes les rues.
[ Le plus grand sommet technologique au monde : Protocole des terres communautaires ]
La foule affluait. Des investisseurs, des ingénieurs, des journalistes, ainsi que de nombreux nobles impériaux et officiers de la Garde impériale.
Pas un seul Izenheim parmi eux.
Après avoir déposé mes bagages dans un hôtel de grand luxe, je m’assis dans la section VIP d’une salle de démonstration à ciel ouvert, face à la mer.
« Oh, eh bien ! Vous êtes venu. »
Sans que je m’en rende compte, Russell était apparu et me tendait la main.
« Ravi de vous voir, monsieur Ebert. Dois-je commencer par vous payer les cent dollars ? »
Nous avions parié cent dollars sur la réussite ou non de cette démonstration technologique.
« Quand on connaîtra le résultat. »
« Ah… oui, faisons comme ça. Je vous laisse, alors. J’ai beaucoup d’amis ici. On se voit tout à l’heure, au dîner ! »
Russell s’affairait à accueillir ses clients. Ren était parmi eux. Quand nos regards se croisèrent, elle fronça brièvement les sourcils.
Boum !
À cet instant, un grondement retentit sur la scène. Un projecteur l’illumina.
La cérémonie était sur le point de commencer, accompagnée d’une musique grandiose.
« Mesdames et messieurs ! Bienvenue au plus grand sommet technologique au monde ! »
L’animateur, micro en main, s’exprima dans un haut-parleur à mana ; sa voix résonna sur toute l’île.
Puis un homme en col roulé s’avança au centre de la scène. Sabin, le PDG de Ransom Corporation.
« Merci à tous d’avoir fait un si long voyage. J’adresse tout particulièrement mes remerciements aux distingués invités venus de l’Empire, si lointain. »
Il désigna les sièges VIP où étaient rassemblés les nobles impériaux.
« Bien sûr, en matière de puissance nationale, le grand Empire nous dépasse de loin… mais quand il s’agit d’anticiper l’avenir, nous, à Kanillan, avons peut-être une longueur d’avance. Ne le prenez pas trop mal. Nous sommes tous ici pour gagner de l’argent ensemble, n’est-ce pas ? »
Une remarque provocatrice, empreinte d’assurance.
Le public acclama l’orateur, tandis que les nobles impériaux riaient d’un air détendu.
« À présent, mesdames et messieurs. Nous sommes réunis ici aujourd’hui pour réécrire l’histoire. »
Le visage du PDG redevint grave.
Il désigna l’écran d’argent derrière lui.
– Protocole des terres communautaires.
Des cercles magiques complexes et des plans d’ingénierie du mana défilèrent à une vitesse éblouissante.
Des lignes de mana bleues se déployèrent largement.
« Avant cela, permettez-moi de vous poser une question. Pensez-vous que l’île Panulan sur laquelle vous vous trouvez existait déjà à l’origine ? »
La salle se tut. Il sourit et claqua des doigts.
Clac.
Une carte apparut sur l’écran d’argent.
– Voici une carte d’il y a cinq ans.
Rien que la mer bleue. L’île n’avait même pas encore existé. Pas un récif, juste le grand large. Des murmures parcoururent la foule.
– Et maintenant…
L’écran passa à l’époque « actuelle ». On y voyait une photographie de l’île Panulan, émergeant de la mer.
« C’est exact. Vous vous trouvez aujourd’hui sur une “terre artificielle” que Ransom Corporation a fait surgir en secret il y a cinq ans. »
Ouah !
La foule poussa des exclamations stupéfaites, comme si elle n’attendait que cela.
« Mais nous ne nous arrêtons pas là. »
Le PDG ouvrit grand les bras.
« Aujourd’hui. Ici même. Sous vos yeux. Une nouvelle terre, plus vaste et plus étendue, qui n’existait pas auparavant, va émerger de la mer. »
Tout le monde se leva et regarda autour de soi.
Fssssssssssst !
La technologie s’activa. Des milliers, des dizaines de milliers de circuits de mana s’illuminèrent sur le fond marin et s’entrelacèrent comme un filet. L’eau de mer bouillonna, tandis que le mana dans l’air tourbillonnait et dessinait des cercles magiques géométriques à la surface.
── Boum !
Une lourde vibration remonta du sol sous nos pieds.
Une pulsation qui ébranlait toute l’île.
« Oh… ! Oh ! »
« Ça monte ! Ça monte vraiment ! »
Sous la surface de la mer qui s’ouvrait, les contours d’une terre luisant d’un éclat bleu s’élevèrent. Un sol artificiel lisse, finement compacté et façonné grâce au mana.
Grrrrrrrrr…
L’eau de mer s’écoulant en cascades, la terre monta dans une majestueuse solennité et se révéla au-dessus de la surface…
« Alors ? »
Ren était venue se placer à côté de moi, sans que je sache à quel moment. Elle sourit en regardant les nouvelles terres qui venaient d’apparaître au-delà de l’île.
« Tu crois toujours que Kanillan va s’effondrer ? »
« À cet instant précis… »
Krrrcrac !
Un bruit de quelque chose qui cédait sous un poids insupportable.
Une détonation retentit, si sinistre que tous ceux qui étaient là la ressentirent.
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