Chapitre 87
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 87
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Fête
Boum. Clac-clac-clac.
Des cadavres et des débris s’affaissèrent comme de la boue. Du sang et de la chair carbonisés recouvraient tout, tandis qu’une épaisse fumée dérivait dans l’air.
Fssssss…
Contrairement à l’atelier ravagé, j’étais indemne. Yukia aussi.
Viiiiiiiii.
La Garde d’aura sphérique translucide, pareille à un voile d’argent, n’avait pas la moindre égratignure. Seuls trois pour cent environ du mana central avaient été consommés.
« … »
Je regardai Yukia dans mes bras. Ses yeux étaient fixés sur mon cou. Sous mon uniforme en désordre apparaissait un fragment du collier de bois.
« V-vous allez bien ? »
À cet instant, des policiers se précipitèrent à l’intérieur. Je reposai Yukia.
« Ce n’est rien. On dirait qu’ils ont dissimulé un piège dans le cadavre… mais toute la scène a été détruite, alors rien ne nous retient ici. »
Je haussai tranquillement un sourcil. À cause de ces salauds, tout mon travail était parti en fumée.
« Ouf, ouf… Dieu merci, vous êtes saine et sauve. Je n’aurais jamais cru qu’ils iraient jusqu’à piéger un cadavre… »
« Non. Le meurtrier et l’auteur de cette bombe magique ne sont pas la même personne. »
Le mana laissé sur place par le meurtrier et les traces de mana qui venaient de réduire l’atelier en miettes étaient clairement différents.
« Quoi ? Alors… »
« Ça, c’est votre affaire. Interrogez tous ceux qui sont passés dans le secteur avant et après l’heure estimée du décès. »
« Ah, oui. Oui. Compris. »
Je brossai la poussière et la saleté de mes vêtements, puis sortis de l’atelier.
Je m’adressai alors à Yukia, qui me suivait en silence.
« …Ça va ? »
Yukia hocha la tête.
« Ce genre de choses va continuer à se produire. »
« … »
« Reste toujours sur tes gardes et continue à progresser. »
Tu ne dois absolument pas mourir.
« Yukia. Tu ne le sais pas, mais… »
Je ne pouvais pas lui révéler la véritable raison.
« Je te suis redevable. »
Je m’inventai donc une explication plausible.
* * *
Une nouvelle banque venait d’ouvrir dans l’État indépendant de Kanillan : « Kronen Schatzinsel ».
Dieter, en déplacement professionnel, commença par admirer la façade.
Des murs extérieurs en marbre lisse et sans ornement, des lignes froides et droites, ainsi qu’une immense porte d’entrée en bronze. Tous les matériaux étaient parcourus de circuits de mana, capables de résister à d’éventuelles attaques terroristes.
Dieter n’avait jamais eu confiance en son propre goût en matière d’esthétique ou d’architecture ; il avait donc confié le projet à l’Académie Lorenzo. C’était leur première réalisation achevée.
« Monsieur Dieter, par ici. »
« …Oui. »
Dieter entra.
La palette de couleurs reposait sur des tons sobres, d’un noir d’encre. De la pierre lisse, du sol au plafond, unifiait l’ensemble dans une harmonie épurée.
Pourtant, le lieu ne paraissait ni pauvre ni vide.
On avait éliminé toute décoration superflue, créant ainsi, curieusement, une quiétude dense et imposante. À l’image de l’élégance de l’ancienne noblesse, les lieux avaient un air luxueux sans la moindre dorure.
« Hmm. »
Dieter était très satisfait. À sa demande — « Construisez le lieu le plus digne de confiance possible » —, les architectes de l’Académie Lorenzo avaient apporté une réponse parfaite.
Une banque surchargée d’ornements aurait simplement donné l’impression d’être passée à côté de l’essentiel.
« Nous sommes ouverts depuis environ quatre semaines. »
De tout temps, la finance avait été l’un des secteurs les plus difficiles à pénétrer. Il fallait d’abord bâtir suffisamment l’actif invisible qu’était la confiance pour attirer les capitaux.
Mais Kanillan, en ce moment, était un cas à part.
Les règlements avaient disparu, tout comme les contrôles. La confiance mutuelle n’était plus un facteur digne d’être pris en considération.
Dès qu’une rumeur annonçait que vous aviez de l’argent, les gens accouraient pour vous en emprunter.
À la question de Dieter, un employé lui tendit un épais dossier.
« Le voici. Comme vous l’aviez demandé, nous avons surtout pris des actifs matériels en garantie. »
Il le parcourut rapidement. Parmi d’innombrables garanties immobilières, un élément retint son attention.
[Corps de mercenaires Akarius — Droits sur le personnel et sur les revenus des contrats de mercenariat]
Le contrat stipulait qu’en cas de défaut de paiement de la commandante Ren, la banque obtiendrait des droits sur le personnel du corps et les revenus qu’il générait.
En temps de paix, il s’agirait d’une créance douteuse à haut risque. En temps de guerre, la donne changeait. Les mercenaires, surtout les plus talentueux, devenaient des ressources aussi précieuses que les pierres de mana.
Le moment venu, la valeur de cette créance s’envolerait.
« Où en est le taux d’occupation des coffres ? »
« Ils sont actuellement remplis à environ cinq pour cent. Il s’agit surtout de fonds non déclarés déposés par des nobles impériaux. »
Pourtant, le principal service de « Kronen Schatzinsel » n’était pas le dépôt. À Kanillan, les gens ne demandaient qu’à dépenser leur argent ; le confier à une banque ne les intéressait donc pas.
À la place, Kronen proposait un « coffre-fort secret ultra-performant », sans équivalent dans les autres banques.
Une zone de coffres bâtie comme une forteresse dans la rude chaîne de montagnes du sud de l’Empire. On pouvait y conserver n’importe quel objet précieux indéfiniment, à condition de payer les frais de garde.
« Nous n’avons pas encore beaucoup de clients. »
L’employé avait l’air inquiet, mais Dieter ajusta ses lunettes et secoua la tête.
« Ce n’est pas grave. Nous attendrons. »
Lorsque la bulle éclaterait et que Kanillan s’effondrerait, les gens se méfieraient du système financier qui les aurait ruinés. Ils désespéreraient devant leurs titres réduits à de vulgaires bouts de papier et les portes closes des banques.
Ce ne serait qu’alors que notre heure viendrait.
Une banque qui ne vacillait jamais. Une neutralité absolue, à l’abri de toute ingérence étatique.
« Rappelons nos principes. »
Dieter balaya le personnel du regard. Il s’agissait des règles de fer de « Kronen Schatzinsel », qu’il avait lui-même établies.
« Ne demandez jamais d’où viennent les actifs. »
Peu importait que l’argent soit couvert de sang, issu du trafic de drogue ou détourné. Une banque n’était pas là pour juger la moralité de ses clients.
« En revanche, identifiez le déposant avec précision et minutie. »
Quoi qu’il arrive, il fallait s’assurer de l’identité du propriétaire de l’argent. Si possible, il fallait même fouiller dans ses origines familiales. Il fallait savoir exactement qui cherchait à déposer ses biens.
« Pour cela… »
Dieter sortit une petite boîte. À l’intérieur se trouvait un cube bleu, de la taille de deux phalanges.
« Un cube d’authentification d’identité. »
Une version miniature du cube de la Garde d’aura sphérique utilisé par les chevaliers, et un dispositif de sécurité concentrant tout le savoir-faire de Lorenzo en ingénierie du mana.
« Cet artefact mémorise la longueur d’onde unique du mana d’un être humain. »
Une empreinte de l’âme impossible à falsifier, une clé de sécurité fondée sur le mana.
Même les gens ordinaires incapables de manier le mana pouvaient s’en servir grâce à un prélèvement de sang.
« Tout client souhaitant utiliser un coffre pour des biens d’une valeur supérieure à 3 millions de dollars devra en acheter un. »
« Bien reçu. »
« Où en est le recrutement ouvert à tous ? »
« La concurrence est très rude. »
Plusieurs milliers de candidats pour un poste. Même à Kanillan, Kronen proposait des salaires aussi élevés.
Si les entreprises de Maximilian n’avaient jamais connu ni détournements de fonds ni négligence, c’était notamment grâce à leur système de rémunération au mérite, particulièrement rigoureux.
Maximilian aurait pu posséder plus de dix fois sa fortune actuelle. Mais il ne gardait que ce dont il avait besoin et partageait volontiers le reste.
« Si possible, écartez les candidats issus de sociétés de courtage dès le tri des dossiers. »
« Oui, compris. »
Dieter se prémunissait contre le risque moral. Il se méfiait de ceux qui privilégiaient l’émotion aux chiffres, que la cupidité aveuglait et qui avaient tendance à sous-estimer les risques. Il avait préparé un test pour les éliminer.
« Voici le questionnaire de recrutement. Gardez-le sous scellés. »
« Oui. »
Ensuite, il gagna son bureau, dans un coin de la banque.
La pièce était entièrement en bois et ne comportait aucun ornement. Il regarda par la fenêtre.
Le scintillant paysage nocturne de Kanillan s’offrait à lui.
« … »
Lorsque ces lumières éblouissantes s’éteindraient une à une, nous brillerions comme un phare.
Nous nous élèverions au rang de nombre le plus éclatant.
Dieter s’assit et ouvrit ses dossiers.
Un océan de chiffres. Des quantités innombrables déferlaient avec une telle force qu’elles auraient pu le noyer, mais au lieu de cela, le plaisir afflua dans son cœur. Le mana débordait dans les synapses de son cerveau.
Je gérais une telle masse de liquidités. Je façonnais les chiffres selon ma volonté.
Ce fait à lui seul lui procurait un plaisir et une extase indescriptibles.
Dieter vivait désormais dans un rêve.
Ce rêve avait pour nom Maximilian.
* * *
Lorsque les vents chauds du sud se mirent à souffler, quelqu’un me dénonça au Palais impérial. On m’accusait de constituer une immense caisse noire par l’intermédiaire de l’usine militaire Aternum, puis de transférer les fonds à l’étranger.
« Je vous prie de m’excuser pour ce dérangement… mais l’affaire est délicate, nous n’avions pas le choix. »
L’Inspection du Palais impérial se rendit en personne à mon manoir. Sur ordre impérial, je devais fournir non seulement des explications sur l’origine, la circulation et l’utilisation des fonds, mais aussi toutes mes déclarations fiscales depuis le début.
C’était bien cela : l’Empereur l’avait ordonné personnellement.
« Tout d’abord, voici les documents concernant Aternum. »
Comme si je m’y étais attendu, j’empilai les documents préparés sur la table.
Le directeur de l’Inspection tressaillit un instant, puis les prit et m’interrogea :
« Savez-vous que Lutz Rozen, directeur du Département d’inspection des affaires spéciales de l’Agence, a disparu ? »
« …Disparu ? »
« Oui. Nous sommes sans nouvelles de lui depuis plusieurs jours. »
Rien d’étonnant. Leutern II était probablement derrière tout ça.
« Je vois. »
À vrai dire, je m’étais imaginé quelque chose comme un procès.
J’aurais été acculé par des accusations de détournement de fonds et de caisse noire, Lutz aurait affiché un air triomphant, Leutern aurait bouillonné d’inquiétude et de rage, puis j’aurais produit ces documents et renversé la situation d’un seul coup…
Il semblerait que je ne comprisse toujours pas très bien le fonctionnement du Palais impérial.
« C’est regrettable. »
« … »
Le directeur me regarda d’un air soupçonneux, mais Leutern n’allait jamais pouvoir régler cette affaire proprement. L’Agence finirait bien par le désigner comme suspect.
Je désignai le registre du doigt.
« Comme vous pouvez le constater, il n’y a eu aucun détournement. Mes biens personnels ont simplement transité par une société, avant d’être versés et retirés sous forme d’obligations au porteur. »
Le directeur examina les comptes avec soin.
Les fonds provenaient d’un compte personnel et avaient été convertis en obligations conformément à la loi.
« Hmm… mais pourquoi vous donner tant de mal pour les convertir en obligations au porteur ? »
Je marquai une pause, puis haussai les épaules.
« Au palais, nombreux sont ceux qui tiennent aux apparences. J’ai mis un peu d’argent de poche de côté pour eux. Si je sortais des billets de ma poche pour les leur tendre, le bénéficiaire se sentirait insulté et cela ne me donnerait pas bonne figure non plus… alors j’ai simplement emprunté la forme d’un produit financier. »
Présenté comme une marque d’attention, pas comme un pot-de-vin.
Le directeur baissa un instant les yeux, comme si mes paroles lui avaient donné une piste pour identifier le coupable.
« Et puis… »
Clac. Je fis claquer des doigts. Des serviteurs apportèrent des piles de documents qui avaient été entreposés jusque-là.
« Mes déclarations fiscales. »
Le directeur et ses subordonnés écarquillèrent les yeux.
« C’est une quantité impressionnante. »
« Oui. Je n’ai jamais éludé le moindre centime d’impôt, alors il fallait bien qu’il y en ait autant. »
C’était vrai. Les taux d’imposition des nobles étaient certes inférieurs à ceux des roturiers, mais la plupart cherchaient malgré tout à ne pas payer. Moi, j’étais irréprochable.
En particulier, j’avais intégralement payé, au centime près, même la « taxe spéciale sur la consommation de pierres de mana » et la « taxe minière », auxquelles les nobles possédant des mines de pierres de mana se soustrayaient généralement par habitude.
« …Vous semblez sûr de vous. »
« Appelez ça thèse, antithèse, synthèse. Il fallait bien qu’on me soupçonne pour que je puisse prouver mon innocence, non ? »
Je souris, parfaitement détendu.
« J’espère seulement que mon dévouement à l’Empire parviendra jusqu’à Sa Majesté. »
Un rire sec étira aussi les lèvres du directeur.
« Dans ce cas… »
Il se leva. Les agents de l’Agence empoignèrent chacun des piles de documents.
« Nous allons mener l’enquête comme il se doit, puis vous les rapporter. »
« Très bien. Bon retour. »
Les agents de l’Agence sortirent à la hâte, comme une marée descendante.
Je passai une main dans mes cheveux, saisi d’un étrange sentiment de vide.
Fouuuuh.
Le vent s’engouffra par l’entrebâillement de la fenêtre ouverte.
Nous étions déjà en février, et l’air se réchauffait peu à peu.
Le printemps approchait.
« …Non, mais quels voleurs. »
Je ramassai les lettres envoyées par les sociétés de courtage de Kanillan. La plupart étaient formulées comme des avertissements bienveillants, mais ce n’était que des moqueries à peine voilées.
[Avis de réévaluation du risque associé à votre produit]
[Avis d’augmentation du taux de marge et des frais en raison de l’accroissement de la volatilité des marchés]
[Demande de dépôt de marge supplémentaire]
« Ma marge est suffisante, mais ils ne cessent d’en réclamer davantage. »
Ils invoquaient leurs propres règles internes arbitraires, relevaient les évaluations du risque et s’en servaient comme prétexte pour exiger une marge supplémentaire. Ils n’arrêtaient pas ces manœuvres pour me soutirer encore plus de frais, au point que je commençais à retenir les noms des sociétés.
« Du calme… »
Le jour approchait. Je pris une invitation envoyée par l’une d’elles.
[Sommet technologique de Kanillan : démonstration de la technologie des terres communautaires]
La technologie de création d’un continent artificiel. Un rêve insensé qui promettait à Kanillan une prospérité éternelle.
J’étais ravi d’assister à cette démonstration technologique.
Ils feraient étalage d’une magie spectaculaire, puis échoueraient lamentablement. Voilà le prix à payer pour avoir sous-estimé les variables, imposé des calculs de mana déraisonnables et ignoré la puissance de la nature.
« …L’avenir n’a pas changé, n’est-ce pas ? »
Une bouffée d’angoisse me traversa. Même moi, j’étais franchement terrifié à l’idée que mes interventions aient pu détourner le cours de l’histoire.
Pourtant, d’après l’article d’économie dont je me souvenais clairement avoir pris connaissance avant ma régression,
le moment de vérité était simplement arrivé et, heureusement,
c’était moi qui formulais cette affirmation.
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