Chapitre 78
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 78
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Avant l’arrivée du printemps
« Attrapez-moi ce petit salopard de rat ! »
Tard dans la nuit, dans une ruelle de Gennen.
Deux agents en veste gris cendre s’élancèrent dans une ruelle étroite.
Ils poursuivaient un homme en tirant au pistolet.
Bang !
Une balle lui effleura l’épaule.
L’homme trébucha et, au moment où les agents se précipitaient sur lui,
un autre groupe apparut et leur barra la route.
« Putain ! Qui êtes-vous, bordel ?! »
« … Des enquêteurs de Gennen. »
Zendo, enquêteur du commissariat central de Gennen.
L’agent de la Police secrète impériale fronça les sourcils.
« Bande de pauvres merdes. Dégagez. Nous sommes en service ! »
« Nous sommes à Gennen. Cette affaire relève aussi de la compétence du commissariat de Gennen. »
« Hé, espèce de bâtard à tête de fourmilier. Tu ne sais pas qui je suis ? Il faut vraiment que je te fasse un dessin ?! »
Un seul regard suffisait pour les reconnaître : des agents de la Police secrète impériale. Des hommes gonflés à bloc par l’idéologie et l’autorité depuis l’attentat de Gigantes.
« Si vous ne voulez pas mourir… »
Au moment où l’agent braqua son pistolet sur Zendo, les enquêteurs de Gennen dégainèrent tous leurs armes. Certains portaient les tout derniers pistolets-mitrailleurs.
Les agents tressaillirent et reculèrent d’un pas.
Zendo reprit la parole.
« Cette affaire relève de la compétence du commissariat de Gennen. »
L’agent le fusilla du regard et lâcha un rire sans joie.
« Hé, toi. Ton nom. »
« … »
« J’ai dit : donnez-moi votre grade et votre nom, bande de connards ! »
« Donnez-moi le vôtre et je vous donnerai le mien. »
L’agent esquissa un sourire narquois. Une intention meurtrière se lovait au coin de sa bouche tordue.
« Les vermines de Gennen se croient tout permis. On se reverra. Faites attention à vos arrières, la nuit, hein ? »
Des hommes habités d’un étrange mélange de folie et d’arrogance.
Pfft ! Ils crachèrent par terre, puis quittèrent la ruelle.
Zendo les regarda s’éloigner, puis tourna la tête.
« … Toi, là. »
Il regarda l’homme qui faisait semblant de rester effondré dans un coin.
« Debout. Tu ne sais pas ce qu’est le couvre-feu ? »
Après l’attentat de Gigantes, un couvre-feu nocturne avait été instauré dans tous les territoires autonomes de l’Empire.
L’homme, dont l’épaule avait été effleurée par la balle, rampa en tremblant. Il serrait contre lui quelque chose de précieux.
« … Je suis désolé. Je suis vraiment désolé. »
« Faction révolutionnaire ? Ou indépendantiste ? »
Zendo sortit sa matraque et s’approcha. Le visage de l’homme blêmit.
« Non, non ! Pas du tout ! C’est juste que… mon enfant est malade. Sa fièvre est montée d’un coup, beaucoup trop haut… »
L’homme entrouvrit son manteau. Dans sa poche de poitrine se trouvaient quelques baies rouges, utilisées comme remède contre la fièvre.
« Je suis désolé. Mon enfant souffrait tellement, je… je ne pouvais pas rester les bras croisés… »
« … »
De vieux souvenirs remontèrent à l’esprit de Zendo. Son père avait été tué par des indépendantistes. Une mort absurde, emporté par la violence commise au nom d’une cause.
L’homme devant lui était lui aussi le père de quelqu’un. Et il avait failli connaître le même sort, victime de gens qui semaient le chaos au nom d’une grande cause.
« Si ton enfant est malade, tu lui donnes des médicaments. »
Zendo rangea sa matraque.
« Rexil. Donne-lui des médicaments et raccompagne-le chez lui. »
« Oui, monsieur. »
Un subordonné aida l’homme à se relever. Son visage s’éclaira. Même en s’éloignant, il ne cessa de s’incliner devant Zendo.
« M-merci ! Enquêteur-nim ! »
« … »
Zendo laissa échapper un soupir silencieux. Puis, toujours rongé par la colère, il serra de nouveau les dents.
« Tout ça… c’est à cause de ces putains de salauds de la Faction révolutionnaire. »
Vous ne saurez jamais combien de gens votre soi-disant cause a tués, ni combien de souffrances elle continue d’engendrer.
Parce que vous n’êtes que des idiots, aveuglés par vos idéaux, qui avez rejeté la réalité.
* * *
Avant l’arrivée de la nouvelle année, je lançai mes « opérations » à grande échelle.
Je commençai par fonder la Fondation des soldats impériaux.
Une organisation à but non lucratif qui trouvait un emploi aux anciens combattants sans ressources et prenait en charge les frais médicaux et de subsistance des soldats blessés.
C’était un moyen de rallier l’Armée régulière à ma cause.
Devais-je appeler ça du pillage ? En vérité, c’était une opération préventive pour mettre des actifs à l’abri, avec un coup d’avance sur ces salauds de la Garde impériale : la stratégie du premier arrivé, premier servi.
Et je ne me trompais pas. La convoitise de la Garde impériale pour les détenteurs d’actifs non arans au sein de l’Empire devenait chaque jour plus flagrante. Après l’effondrement de Kanillan, la situation empirerait encore.
En plus, une nouvelle loi serait annoncée l’année suivante.
Un projet de loi qui imposerait des taxes de transfert punitives à quiconque n’était pas un Aran impérial et vendait des biens immobiliers, des entreprises, des actions ou des actifs similaires dans l’Empire, et qui interdirait le change de devises.
Ces salauds de la Garde impériale, le pus purulent de l’Empire, seraient évidemment les premiers à en entendre parler.
Heureusement, ils étaient bien plus pauvres que moi.
Ils comptaient probablement attendre l’entrée en vigueur de la loi, puis acheter les actifs à vil prix quand les cours s’effondreraient ou que les ventes forcées commenceraient.
Voilà pourquoi cette stratégie consistait à passer le premier.
[Aurum Logistics]
Une entreprise de transport et de logistique reliant l’est et l’ouest de l’Empire. Je rencontrai le PDG, propriétaire de dizaines de grands entrepôts et d’innombrables camions dans tout l’Empire.
« Mais, messire chevalier, ceci… »
Il prit ma proposition et se mit à suer à grosses gouttes.
« Je ne peux pas accepter ces conditions. Vous voulez que je vous cède, pour ce prix, une entreprise que j’ai bâtie toute ma vie. »
C’était compréhensible. J’avais fixé un prix relativement bas par rapport à la valeur estimée.
« Réfléchissez-y bien. »
Mais il n’était pas un Aran impérial. Il n’était même pas citoyen d’un territoire autonome soumis à l’Empire.
La pyramide raciale de l’Empire était limpide. Au sommet, les Arans ; juste en dessous, les Occidentaux et les citoyens des territoires autonomes ; tout en bas, les Mer, les autres races minoritaires, les Orientaux et les sous-espèces.
« Vous n’êtes pas Aran. »
Le PDG était un Mer.
Un peuple si doué pour les affaires que la Garde impériale s’en prendrait à lui en premier. À leurs yeux, c’était le morceau le plus appétissant.
« La Garde impériale vous a déjà dans le collimateur. Vous n’avez pas remarqué des types suspects rôder autour de votre usine, ces derniers temps ? »
Les pupilles du PDG tremblèrent. Il avait visiblement compris où je voulais en venir.
Je souris.
« Une nouvelle loi impériale sera bientôt annoncée. À partir de là, vous ne vous demanderez plus comment protéger votre entreprise. Vous vous demanderez si vous pourrez quitter l’Empire vivant. »
Il pinça les lèvres.
Je le regardai et lui demandai :
« Combien de membres compte votre famille ? »
« … Vingt-trois. »
Un nombre assez impressionnant. Sa femme, ses enfants, ses parents, ses frères et sœurs… une belle tribu, à l’évidence.
« Vous avez beaucoup trop de points faibles. »
Gloups. Il déglutit.
Je tapotai le contrat du doigt.
« Le prix est raisonnable. Votre famille pourra vivre confortablement pendant des décennies. »
« … »
Pourtant, il se mordait encore la lèvre, déchiré par le doute. Alors, pour cet homme,
« Vingt ans. »
Je levai deux doigts.
« Ce contrat prévoit une clause de rachat. Dans vingt ans, si vous et votre famille êtes toujours en vie et pouvez revenir dans l’Empire… »
Si ce monde ne s’effondrait pas.
Si nous survivions tous.
« Je vous rendrai volontiers votre entreprise. »
Je le pensais.
Il avait l’air de ne pas croire un mot de ce que je disais, mais mon pillage, au fond, visait à préserver. Bientôt, les vagues déchaînées de l’Histoire nous emporteraient tous.
Je ne voyais pas d’inconvénient à passer pour un démon. En fait, cela m’allait très bien.
Mieux valait se faire dépouiller par un démon que déchiqueter par des bêtes.
« … D’accord. »
Je le regardai signer le contrat de ses mains tremblantes.
Le visage triste d’un homme qui croyait renoncer à sa vie.
Je lui tendis un autre document.
« C’est un cadeau. »
Le sceau de la maison Ebenholtz était apposé sur un parchemin de la plus belle qualité, renforcé par une pierre de mana.
J’y inscrivis cette phrase de ma propre main :
「Je reconnais cette personne comme un chef d’entreprise ayant contribué à la prospérité de l’Empire et, si elle venait à subir un préjudice injuste, je tiendrais le responsable pour comptable de ses actes.」
En bas, je n’omis pas la signature de Maximilian Albrecht von Ebenholtz.
« Un jour, vous estimerez que votre décision d’aujourd’hui vous a porté chance. »
« … Oui. »
Il se leva sans parvenir à me remercier.
« Monsieur Jumein. »
Je l’appelai par son nom et il se retourna.
« À dans vingt ans. »
C’était aussi mon souhait.
Que vous, moi et tous ceux dont j’avais pris les biens puissions nous retrouver ce jour-là et nous faire face.
Je l’espérais sincèrement.
Il hocha la tête avec effort et s’en alla.
Je restai assis en silence dans le bureau du PDG, à présent vide.
Toc, toc. Dieter entra.
« Oui. »
Il restait encore beaucoup d’entreprises à absorber.
Les chemins de fer, la logistique, le transport, le textile, les communications, le stockage et l’alimentation.
Dieter sélectionnait les meilleures cibles, je m’en emparais au prix le plus raisonnable possible, puis les technologies mises au point à l’Académie Lorenzo modernisaient et renforçaient ces secteurs.
Un cercle vertueux des plus satisfaisants.
« Comme toujours, je vous laisse vous occuper de la gestion. »
« Oui. Comptez sur moi. »
Clap, clap. Dieter applaudit. Une foule d’employés se précipita à l’intérieur.
« Voici le personnel que j’ai sélectionné moi-même après un recrutement ouvert. »
Ils dégageaient tous une aura semblable à celle de Dieter. Froids, méticuleux et apparemment doués avec les chiffres. Ils avaient même un petit air de clones, ce qui me fit tressaillir un instant.
« … Ils ont l’air travailleurs. Tout le monde, bon travail. »
Après les avoir salués, je sortis et montai dans la voiture.
À l’arrière, le berger d’Aran Leo se tenait bien droit ; sur le siège passager, ma secrétaire particulière, Yukia, portait des lunettes de soleil.
« Nous partons. »
Tout en caressant le doux pelage de Leo, je pris le terminal qui vibrait.
C’était Schatz qui appelait.
« Messire chevalier. Un incident s’est produit à Gennen. »
À mesure que je l’écoutais, mon expression se durcit.
* * *
Était-il vrai que ce qui devait arriver arrivait, quoi qu’on fasse ?
En fin de compte, la première étincelle de cette crise jaillit à Gennen à un moment tout à fait inattendu.
Un genre d’incident que je n’aurais pas pu empêcher, même en envoyant des enquêteurs fouiller chaque recoin de Gennen, même en installant des écoutes et une surveillance étroite partout. Un acte presque accidentel, qui dépassait toute préméditation.
Par exemple, un haut fonctionnaire du gouvernorat général de Gennen abattit un étudiant de l’université de Gennen à la suite d’une altercation dans la rue. L’affaire fut aussitôt classée comme un simple acte de légitime défense lors d’une dispute, et il ne reçut aucune sanction.
Ce fut le détonateur.
L’incident se répandit dans Gennen comme une traînée de poudre.
Les citoyens des territoires autonomes protestèrent et, lors de la répression, trois étudiants innocents de l’université de Gennen furent tués à leur tour. Il se passa trop de choses en un clin d’œil et, naturellement, Gennen tout entière s’embrasa.
Gennen, qui avait autrefois été une république, n’avait toujours pas perdu cette habitude appelée « protester ».
« Messire chevalier. Les communications par terminal risquent d’être coupées sous peu. »
Schatz poursuivit son rapport.
« Des barrières de mana sont en train d’être déployées dans tout Gennen. On dirait qu’ils veulent empêcher toute information de sortir. »
« … Évidemment. »
Une colère violente monta en moi. La stupidité d’un bureaucrate imbécile et les Izenheim, qui avaient certainement exploité cette faille, me révulsaient.
Mais je me rappelai les paroles de Freya.
Garde la tête haute et maîtrise ton esprit.
Toujours, comme un miroir limpide.
Ma colère ne changerait rien. Elle ne ferait que trahir mon impatience.
Je repris mon souffle et me calai dans mon siège.
« … »
Manipulés par les Izenheim, les habitants de Gennen se rassemblèrent sur la place et tinrent des meetings ; les étudiants lancèrent des manifestations et des marches dans les rues.
C’était très dangereux.
Si on laissait faire, des milliers de personnes, voire des dizaines de milliers dans le pire des cas, pourraient mourir.
Le Printemps de Gennen.
Je devais briser la chaîne d’événements qui s’achèverait sous une pluie de sang.
« Schatz. »
Je rédigeai une demande de déplacement professionnel à soumettre à l’Ordre. Mais ma destination n’était pas Gennen. C’était le commandement de l’Armée impériale.
Le moment était venu de me servir des liens que j’avais tissés avec l’armée grâce à toutes les faveurs que je lui avais accordées.
« Oui, messire chevalier. »
Ce que ces salauds d’Izenheim voulaient, c’était un incident impliquant l’Armée impériale. Ou bien ils comptaient sur un membre de l’armée lié aux Izenheim pour tirer un coup de feu et transformer la situation en une crise bien plus grave.
Si cela arrivait, l’Empereur ordonnerait de « réprimer » les troubles. Il enverrait l’armée tout écraser avec une brutalité sans bornes.
« Attendez-moi. »
J’irais sur place avant que cela n’arrive.
Je prendrais volontiers la tête des opérations et déciderais moi-même de la méthode de répression.
« J’arriverai avant qu’il ne soit trop tard. »
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