Chapitre 77
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 77
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Un ami d’un ami
L’agence directe du palais impérial supervisait à la fois le Bureau du renseignement et le Bureau de la police secrète, mais elle était d’une tout autre nature.
Si le Bureau du renseignement était la main qui détectait les ennemis extérieurs, et le Bureau de la police secrète, le pied qui frappait les menaces intérieures, alors l’agence directe était la tête qui coordonnait et maîtrisait les deux.
« … Je vois. »
Lutz Rozen. À la tête du Département d’inspection des affaires spéciales de l’agence directe, chargé de traquer les éléments subversifs nuisibles à l’Empire, il avait repéré un mouvement de fonds particulièrement suspect.
« Astucieux. Très astucieux, mais… »
Lutz parcourut le rapport de traçage des fonds que lui avait apporté son subordonné.
« Oui. L’argent provenait de l’usine militaire que Maximilian a fait construire à Hermes. »
Il s’agissait de détournement de fonds et de blanchiment d’argent. Une partie des sommes versées sous prétexte d’investir dans l’équipement de l’usine avait été divisée puis transférée à des sociétés-écrans établies dans les royaumes de l’Ouest.
De là, elle avait transité par plusieurs pays, avait été blanchie sous forme d’obligations au porteur, puis avait fini dans des comptes impossibles à tracer.
Un itinéraire méticuleusement conçu pour détourner des capitaux privés et constituer des caisses noires.
« Continuez à surveiller les mouvements. Ne perdez pas un seul dollar. »
Lutz réprima un sourire.
Ainsi donc, Maximilian n’était, au bout du compte, qu’un noble cupide comme les autres.
L’un de ces innombrables nobles qui prêchaient la loyauté envers l’Empire tout en le saignant en secret pour remplir leurs propres poches.
« Cela ne risque-t-il pas de poser problème ? C’est un Ebenholtz… »
« Ce complexe industriel est un projet d’industrie d’État. C’était un ordre direct de Sa Majesté. »
Quand Maximilian avait déclaré : « Je n’ai pas besoin de l’argent des contribuables », l’Empereur, touché, lui avait au contraire accordé une certaine somme. Cette loyauté même l’avait impressionné : Maximilian s’était engagé à investir sa fortune personnelle et à combler le vide laissé par Gigantes.
Mais qu’adviendrait-il si tout cela n’était qu’un mensonge et que l’on découvrait que l’usine avait servi au détournement et au blanchiment d’argent ?
« Gardez-le sous étroite surveillance. »
Trahir l’Empereur était un crime grave. Même l’influence de Sebestian ne pourrait étouffer l’affaire.
« Quand le montant blanchi aura suffisamment augmenté… »
Un sourire se dessina au coin des lèvres de Lutz.
« Je lui mordrai la gorge. »
* * *
La salle à manger de mon manoir. Les créations du chef Mepungi furent déposées une à une sur la table.
En entrée, un tartare de Saint-Jacques pêchées dans la mer glaciale du Nord, garni de caviar. En plat principal, un filet de veau de première qualité réduit au vin rouge, accompagné d’ormeaux noirs cuits à la vapeur dans une sauce crémeuse au safran.
Voilà à quoi ressemblait mon repos quotidien.
« Les gens peuvent se reposer. Une usine, non. »
Je découpai un tendre ormeau et parlai de mon usine.
« À la base, le problème venait du manque d’efficacité. Gigantes assurait une grande partie de la production militaire impériale, c’est vrai, mais ses méthodes étaient inefficaces. Pour compenser leur faible productivité, ils jetaient les gens dans le broyeur. »
L’exploitation n’était pas le seul problème de Gigantes.
« Même les enfants y passaient. Nous n’avons pas besoin de ça. »
Mon usine fonctionnait en trois équipes et ne s’arrêtait jamais, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle suivait un algorithme précis conçu par Dieter lui-même, que je ne parvenais toujours pas à comprendre entièrement. Nulle part ailleurs, la sécurité et les inspections n’étaient aussi rigoureuses.
« Dans ce cas, les coûts de main-d’œuvre vont réduire vos bénéfices. »
Celine Dubois, la rédactrice en chef, semblait s’inquiéter de la rentabilité. Je me contentai de sourire.
« Ce n’est pas une entreprise conçue pour faire des bénéfices. »
« À quoi sert-elle, alors ? »
« À l’Empire. »
Et alors que je portais un morceau d’ormeau à ma bouche…
« … Krrrraaaah ! »
Sans prévenir, Alphonse se leva brusquement dans un fracas.
« La culpabilité, non, une rage qui dépasse la culpabilité me submerge, je ne peux pas rester assis ici ! Ce genre de mets luxueux, payé avec le sang et la sueur des classes inférieures ! Merde ! »
Depuis le début, il n’avait pas touché à son assiette. Il triturait seulement sa fourchette, l’air d’avoir mâché de la merde. Puis il jeta sa serviette et sortit en trombe.
« … »
« … »
Celine et moi fixâmes son dos qui s’éloignait, hébétés.
Dans le silence, Celine soupira.
« Je suis désolée. Il est un peu… particulier. Je lui ai conseillé plusieurs fois de consulter un psychiatre, mais il refuse de m’écouter. »
Je haussai un sourcil et secouai la tête.
« Non. Je l’aime plutôt bien. »
« … Pardon ? »
« Le journaliste Alphonse est au moins cohérent. Il est loin d’être hypocrite… »
Il était le même devant les gens et dans leur dos.
Un homme qui avait ses propres convictions ; peut-être bien meilleur que quelqu’un comme moi.
« Voilà à quoi ressemble la vraie noblesse. »
Celine eut un rire sans joie.
« Noble ? Même après avoir juré comme ça et quitté la table en plein dîner ? »
« Les bonnes manières ne sont qu’une façade, au fond. C’est du moins ce que je pense. Rédactrice en chef, vous aussi, vous avez dû sentir la pourriture sous le vernis des nobles plus de fois que vous ne sauriez les compter. »
« … Je ne ferai aucun commentaire. »
Je la dévisageai longuement.
Une question me vint à l’esprit.
« Rédactrice en chef, quelle odeur est-ce que je dégage ? »
Je la jaugeais.
Sur la demande de Thomas Wagner, j’avais volontiers épargné sa vie quand elle portait le Masque de Tigre. Mais si elle devenait un danger pour moi…
« Je ne suis pas particulièrement douée pour sentir les gens. Je peux au moins sentir la bougie parfumée. »
Je ris doucement.
« Rédactrice en chef, j’ai entendu dire que vous aviez pris une semaine de congé maladie après l’incident de la destruction de Gigantes. »
« Oui. J’ai eu une forte grippe. Elle a endommagé mes bronches, alors ma voix est encore un peu rauque. »
Celine répondit comme si de rien n’était.
Frrt, frrt.
Je découpai le reste de l’ormeau. Avec la même aisance que si je tranchais la gorge de quelqu’un.
« … Je vois. »
Nous nous levâmes et nous serrâmes la main.
Je remarquai alors les égratignures sur sa main. Elles n’avaient pas encore cicatrisé et ressemblaient aux traces laissées par un fil métallique.
« Messire chevalier, le repas était excellent. »
Dans cet Empire, il ne manquait sûrement pas d’enquêteurs capables de soupçonner Celine à partir de ce seul détail.
« … Rédactrice en chef Celine. »
Je la retins alors qu’elle s’apprêtait à partir.
Après l’attentat de Gigantes, le Masque de Lapin avait été identifié comme l’un des agents impliqués. Toutes les armes et tout l’équipement utilisés avaient déjà été révélés.
L’enquête la concernant devait donc déjà avancer à grands pas.
« En attendant que cette blessure soit complètement guérie… »
Je choisis donc de lui signaler gentiment la négligence qu’elle avait laissée sur sa main.
« Je pense que vous devriez porter des gants. »
Les yeux de Celine tremblèrent un instant.
Je souris et ajoutai :
« Il ne faudrait pas que ça s’infecte. »
« … Oui. Merci. »
Elle s’inclina et quitta le manoir.
Je la regardai froidement fourrer précipitamment sa main dans sa poche.
* * *
L’hiver précédant le Nouvel An. À cette période, chaque année, les événements se succédaient. On aurait presque dit qu’ils n’en finissaient pas.
Cette année ne faisait pas exception : même faste, même démesure. Mais la plupart des gens souhaitaient organiser les festivités dans la capitale, ou aussi près que possible. C’étaient les préoccupations de sécurité, nées de l’attentat de Gigantes et de l’atmosphère qui régnait récemment dans l’Empire.
Bien sûr, pour le moment, la capitale restait une zone sûre. D’après mes souvenirs d’avant ma régression, aucun incident majeur ne devait se produire dans l’immédiat.
Cela ne signifiait pas pour autant que nous pouvions nous détendre. Sous la surface, bien des choses commençaient déjà à se tordre, lentement mais sûrement.
… Puis, un soir.
Des invités inattendus arrivèrent à mon manoir.
« Lieutenant général Litruman ? »
Le directeur d’Empire Point, le lieutenant général Litruman, se tenait là, accompagné d’un général que je ne connaissais pas.
« Vous aussi, général de brigade Hagen. »
« Ah. Vous connaissez mon nom ? Nous nous étions présentés à la résidence principale des Ebenholtz. »
Nous nous étions donc déjà rencontrés.
À vrai dire, je l’avais reconnu grâce à son insigne nominatif.
« Que me vaut votre visite… ? »
« Eh bien, messire chevalier Maximilian… »
Le lieutenant général Litruman toussa avec gêne et afficha un sourire amer.
« Je vous en prie, entrez d’abord. »
Je les conduisis au salon. Dès qu’ils s’assirent, Litruman et Hagen affichèrent tous deux une expression profondément meurtrie.
« C’est embarrassant à dire, mais nous avions prévu ce dîner de solidarité impériale… »
Le dîner de solidarité était, en somme, un banquet réunissant les généraux et les officiers supérieurs de l’armée régulière. Cette tradition, vieille de plus d’un siècle, permettait aux commandants de se rapprocher en camarades et de réaffirmer leur unité.
« Nous avons reçu un avis de dernière minute. On nous a annoncé que la salle devait servir à un gala du Nouvel An organisé par des nobles et des hommes d’affaires. Pourtant, nous avions réservé bien plus tôt. »
Le visage de Litruman s’empourpra d’humiliation.
« Je vois. »
Voilà où en était l’armée régulière. Les nobles et les hommes d’affaires la méprisaient. Même si des rumeurs de guerre circulaient, personne ne croyait qu’elle deviendrait la véritable force dominante. Tous ne se souciaient que de plaire à la Garde impériale de l’Empereur.
Un signe classique de déclin : les soldats de cour prenaient de l’importance tandis que ceux du front étaient relégués au second plan.
Je fis mine de réfléchir un instant, puis pris la parole.
« Je suppose que vous ne cherchez pas à vous venger. Vous avez besoin d’un lieu pour le dîner, c’est bien cela ? »
« C’est exact. »
« Alors, je mettrai à votre disposition un endroit convenable. »
Je possédais plusieurs bâtiments. J’en avais même fait construire quelques-uns. Ces derniers temps, des étrangers avisés et des membres des races inférieures quittaient l’Empire ; je rachetais à bas prix les biens qu’ils mettaient en vente.
« C’est… c’est vrai ? »
Le visage du lieutenant général Litruman s’illumina. Une expression rare chez un homme largement mûr.
« Oui. En échange, laissez-moi organiser le dîner de solidarité. Comme vous le savez, je m’y connais un peu en cuisine et en banquets. Je vous préparerai une soirée bien plus élégante que leur réception, parfaitement digne de soldats. »
C’était pour l’avenir. Une belle occasion de gagner la faveur de l’armée régulière.
« Pouvons-nous vous faire confiance ? Notre budget n’est pas très généreux… »
« Lieutenant général. »
Je me levai et ouvris une vitrine dans mon bureau. L’épée de commandement de Litruman, que j’avais remportée pour deux millions de dollars à la dernière vente aux enchères caritative, y était soigneusement conservée.
J’avais envisagé de la jeter, mais je l’avais gardée au cas où elle pourrait servir un jour.
Je la sortis et la lui tendis avec respect.
« La bataille des hauteurs de Rostalon, sur le front occidental. J’ai appris que vous et le général de brigade Hagen aviez défendu l’Empire dans cet enfer. »
Les yeux de Litruman s’agrandirent. Ses mains tremblèrent lorsqu’il récupéra son ancienne épée. À côté de lui, Hagen avait l’air d’avoir retrouvé sa jeunesse.
C’était là tout l’enjeu. Dans un Empire qui les traitait avec mépris, il fallait au moins qu’ici, ils se sentent plus respectés que quiconque.
Au bout du compte, nous devrions affronter ensemble toutes les horreurs à venir.
« Comparé à l’honneur de cette journée, des dépenses comme les sièges et les repas sont dérisoires. Je prendrai tout en charge. »
Quand on avait de l’argent et qu’on n’hésitait pas à le dépenser, il était facile de s’attirer les faveurs des gens.
« … Merci. Merci du fond du cœur. »
Litruman frappa la médaille sur sa poitrine.
« Je vous en prie. Vous ne serez pas déçus. »
Les soldats n’oubliaient jamais un repas offert au moment où ils touchaient le fond. C’était dans leur nature.
« Alors, nous vous retrouverons ce jour-là. »
J’accompagnai moi-même les deux hommes jusqu’à la porte d’entrée, puis retournai à mon bureau.
« Un budget approximatif… quelques millions. »
Sans me retenir, voilà à combien cela reviendrait. Quelques millions pour une seule soirée.
C’était presque jeter l’argent par les fenêtres, mais si cela marquait durablement les prétendues hautes sphères de l’armée régulière, l’échange en valait la peine.
Bzzzzzz.
Le terminal sonna. C’était Zendo, de l’antenne de Gennen.
« Messire chevalier. »
« Qu’y a-t-il ? »
« L’atmosphère est étrange, ces derniers temps. »
La situation à Gennen empirait de jour en jour. Les retombées de Gigantes frappaient au mauvais endroit.
« À quel point ? »
« Même nous sommes surveillés. Les salauds du Bureau de la police secrète affluent en ce moment. »
Le Bureau de la police secrète. Plus sinistre que le Bureau du renseignement, plus cruel que la Garde impériale. Des chiens enragés qui s’en prenaient à quiconque était désigné comme dissident, membre de la Faction révolutionnaire ou non, dès lors qu’il les irritait un tant soit peu.
« La semaine dernière seulement, ils ont embarqué des dizaines d’habitants de Gennen sans la moindre accusation. Ils pensent peut-être que des subalternes de la Faction révolutionnaire se cachent à Gennen, ou alors ils cherchent à provoquer des manifestations. »
Certains d’entre eux devaient probablement être des Izenheim. Et, de l’autre côté, il y avait sûrement aussi des Izenheim parmi les manifestants qui remplissaient les rues de Gennen.
L’événement qui serait entré dans l’Histoire sous le nom de Printemps de Gennen finirait par survenir.
Et dans cette tourmente… je n’étais encore qu’un individu parmi tant d’autres.
« … Zendo. »
Les Izenheim étaient partout. Ils avaient des visages identiques à ceux des humains et se mêlaient à leurs foules ; toute leur espèce partageait une seule et même cause catastrophique.
« Même si une hiérarchie existe entre les races… »
C’était là leur arme la plus redoutable.
Ils tentaient de dresser contre l’Empire tous ceux qui vivaient à l’extérieur de ses frontières.
Ils cherchaient à faire de l’Empire l’incarnation du mal.
Leurs manœuvres étaient insidieuses et, surtout, putain de répugnantes. Il n’y avait pas de meilleur mot pour les décrire : putain de répugnantes.
« Les habitants de Gennen peuvent être les amis des Aran. »
En tant qu’individu, la seule chose que je pouvais faire, ce que je devais faire, c’était détourner cette lame d’une manière ou d’une autre.
Pour concentrer toute la haine et toute la destruction de l’Empire sur « vous ».
« Faites-moi confiance et attendez. »
Zendo poussa un grognement sourd avant de répondre.
« … Oui. Compris. »
* * *
Du parchemin de première qualité, des lettres à la feuille d’argent et un sceau raffiné apposé sur l’enveloppe.
Les généraux et les officiers supérieurs de l’armée régulière, dont le lieutenant général Litruman, reçurent leur invitation au dîner de solidarité impériale.
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Grâce à votre dévouement, l’Empire demeure aujourd’hui puissant.
Nous vous prions d’assister à cette réception et de vous accorder un repos digne de votre honneur.
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« C’est ici ? »
Le lieu convenu était un vieux bâtiment de pierre, au cœur de la capitale. Pourtant, aucun majordome ne gardait l’entrée. Personne ne vérifiait les invitations.
Litruman et les généraux échangèrent des regards perplexes, puis poussèrent les lourdes portes.
Crriiiiic.
Au-delà, il n’y avait que les ténèbres.
« … »
Certains généraux s’arrêtèrent, déconcertés. D’autres se raidirent.
« Lieutenant général Litruman. »
« Vous êtes sûr que c’est le bon endroit ? »
« … Non. »
« Hum. »
S’étaient-ils fait berner ? Était-ce encore une mauvaise plaisanterie de nobles ? Être ignorés par les hommes d’affaires ne leur avait pas suffi, et voilà qu’un jeune chevalier se moquait d’eux à son tour ?
Au moment où l’humiliation et la colère allaient déborder…
Toc, toc, toc !
Dans un bruit vif, les ténèbres se dissipèrent. De tous côtés, de douces lumières s’allumèrent l’une après l’autre, comme des dominos, dévoilant l’intérieur.
Les soldats retinrent leur souffle.
Pas de décor tapageur, pas d’étalage clinquant de richesse parvenue. À la place, des couverts en argent finement ouvragés luisaient comme au clair de lune sur des nappes d’une blancheur éclatante. Des photos des généraux, prises au cours de leur carrière, ornaient les murs tels des tableaux classiques, tandis qu’une musique classique discrète emplissait la salle.
« Bienvenue. »
Au centre se tenait un majordome vêtu de la tenue de cérémonie des Ebenholtz.
« Nous vous attendions, généraux. »
À son signal, des domestiques s’avancèrent en formation parfaite.
Les meilleurs serviteurs de l’Empire, formés à la résidence principale des Ebenholtz. Leurs gestes étaient précis et économes : ils prirent les manteaux des généraux et les guidèrent jusqu’à leurs places.
Tous s’assirent, encore hébétés. Bientôt, les serveurs apportèrent le premier plat.
« En entrée, un carpaccio de Saint-Jacques de la mer du Nord, pêchées dans les eaux glaciales. Le caviar est parfumé d’une herbe qui ne pousse que dans les hautes terres de l’ouest de l’Empire. »
Les assiettes furent déposées avec une brève explication. La présentation tenait de l’œuvre d’art.
Ces derniers temps, leurs budgets restreints obligeaient les généraux à se contenter de plats de banquet tout juste passables. Ils levèrent donc leurs fourchettes avec précaution.
Puis, au moment où la nourriture leur toucha la langue…
« … ! »
« Hk ! »
« Inh ! »
Des exclamations stupéfaites s’élevèrent de toutes parts ; ils avaient perdu toute contenance. Tous écarquillèrent les yeux. La profondeur et la pureté des saveurs dépassaient de loin leur imagination.
Une richesse fondante. Une texture assez intense pour leur transpercer le tronc cérébral. Comme si toute l’amertume accumulée en eux s’évanouissait… un magnifique festin, la beauté même.
« Lieutenant général Litruman ! »
Le général de brigade Hagen l’interpella d’une voix chargée d’émotion. Nombre d’autres se tournèrent également vers Litruman.
Litruman essuya la sauce au coin de ses lèvres avec une serviette et esquissa un léger sourire.
« Ce n’est pas mon œuvre. C’est une marque de respect de Maximilian, ce jeune chevalier plein d’audace. »
À cet instant, des sommeliers apparurent et servirent le vin.
« “Château de Luna, millésime 88”. Un grand cru digne de vous tous. »
Pop, pop ! Les bouchons sautèrent comme des salves de fanfare. Le vin rouge emplit bientôt les verres.
« Château de Luna 88, millésime 88 ? »
« Grands dieux… ça veut dire l’année 988, n’est-ce pas ? »
« Oui, c’est exact. »
Même les soldats connaissaient ce nom. Ce vin rare, dont on disait qu’un verre coûtait des centaines de dollars, fut généreusement servi à chacun des plus de cent soldats présents.
« Lieutenant général Litruman. Accepteriez-vous de porter un toast ? »
Le général de brigade Hagen le proposa. Les autres généraux approuvèrent d’un signe. Litruman se leva et brandit son verre.
« À l’avenir de l’Empire, à l’éternelle santé de Sa Majesté, à l’honneur de notre armée. Et… »
Il promena lentement son regard dans cette salle parfaite.
Un banquet luxueux sans être ostentatoire, où l’on sentait jusque dans les moindres détails le respect accordé aux soldats.
« À messire chevalier Maximilian, qui a préparé cette réception. »
« À cela. »
Les généraux répondirent d’une voix grave, avec toute la dignité de circonstance, et plus de solennité que jamais.
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