Chapitre 74
WeTried Translations
Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 74
──────
Ce qui compte le plus (2)
── Tic.
J’ouvris les yeux.
Des souvenirs du passé resurgirent, comme s’ils étaient réels.
─ Cling.
Mes poignets me semblaient lourds. Des menottes glacées mordaient ma peau. Des barreaux rouillés se dressaient devant moi et, à travers ma vision trouble, je vis leurs visages.
Ezel Runselot. Une noble d’une grande maison qui avait renoncé à son titre.
Et pourtant, elle avait l’air plus noble que quiconque, tandis que je paraissais plus misérable que tous.
« … Max. »
Ezel prononça mon nom d’une voix triste. Derrière elle, Edmund me regardait d’un air partagé.
Un pays où les rangs sociaux avaient déjà disparu.
J’étais celui qui avait jeté par-dessus bord la fierté de la grande maison Ebenholtz plus vite que quiconque.
Je courais sans savoir pourquoi, et vivais sans savoir pourquoi.
« Quant au sort de la maison Ebenholtz… »
Leurs visages se déformèrent sous l’effet d’émotions contradictoires.
Ils me gardèrent enfermé là pendant qu’ils discutaient de ma sentence avec des fonctionnaires du nouveau Cabinet.
Terrifié à l’idée d’être exécuté, je ne pus prononcer un mot.
« Haah ! »
Mon cœur fit un bond et je revins brusquement à la réalité.
Quelqu’un était assis en face de moi, tandis que je gardais les jambes croisées.
Freya.
« C’est difficile ? »
Elle pencha la tête.
« Tu vacilles. »
La leçon du jour portait sur la première étape de la deuxième forme Ebenholtz.
J’expirai profondément et me penchai en avant. Je calmai mon esprit tremblant.
« … Oui. Comment aurait-il pu en être autrement ? »
Freya esquissa un sourire en coin.
« Quand tu fais circuler le mana profondément dans ton corps, ton cerveau peut parfois dérailler et te plonger dans d’étranges hallucinations ou de vieux souvenirs. Tu dois tenir bon. La deuxième forme Ebenholtz, au fond, c’est l’assimilation du mana. »
Une assimilation totale du corps et du mana.
« La première étape de la deuxième forme consiste à modifier la vision. Tu as donc peut-être vu des choses qui n’existaient pas. »
Il faut d’abord concentrer une partie du mana qui circule dans tout le corps dans les nerfs optiques, puis aller plus loin et transférer la vue aux organes sensoriels de la peau. Le concept même d’angle mort disparaît.
« La faiblesse chronique d’un noble, c’est l’arrière de son crâne. L’Histoire l’a toujours démontré. »
Freya joua nonchalamment avec sa dague, puis la lança en l’air d’une pichenette.
« Avec le temps, les nobles, les humains, tous finissent par devenir arrogants. Ils se bercent de l’illusion d’être supérieurs. Ils deviennent suffisants, persuadés d’avoir vraiment été choisis par Dieu. C’est cette négligence. »
Elle me regarda et inclina à peine la tête.
Fouit.
La dague tomba droit vers le sommet de son crâne. La lame frôla son lobe d’oreille avant de se planter dans le sol.
Voir sans regarder.
Non, elle l’avait vraiment vue.
« Les gens pensent que le mana leur appartient entièrement, mais c’est faux. Le plus souvent, les caractéristiques du corps ne correspondent pas à la nature du mana. Alors, assimile ton mana à toi-même. Imprègne-le de l’essence d’Ebenholtz. »
Je fermai les yeux.
Cette leçon de Freya était peut-être exactement ce qu’il me fallait.
Le mana du virus était différent du mien. Le virus fonctionnait selon ses propres règles, qui entraient en conflit avec celles d’Ebenholtz.
Si je devais les comparer, le virus se rapprochait davantage du mana primitif.
Ebenholtz, en revanche, était plus clair, plus raffiné et son flux bien plus pur.
« … Dès la naissance, un enfant d’Ebenholtz est imprégné d’un mana d’ultra-haute densité que le corps humain peut supporter. »
Des matières où le mana naturel s’était condensé sous sa forme pure étaient mélangées selon un ratio d’or et données aux nouveau-nés.
Tels des héros mythiques plongés dans un fleuve d’immortalité, les membres de la lignée Ebenholtz étaient une chair trempée dans le mana.
« Hoo… »
Je régulai ma respiration.
Je superposai au virus le mana d’argent pur qui sommeillait en moi, puis le ramenai dans mes nerfs optiques.
Fwaaaaaa.
En un instant, le monde se teinta de blanc.
Le souffle du vent, le mouvement des insectes dans l’herbe, jusqu’aux motifs des feuilles qui remuaient dans mon dos.
Je voyais ce qui m’échappait auparavant, et j’entendais ce que je ne pouvais pas entendre avant.
« Où suis-je, maintenant ? »
La voix de Freya résonna de toutes parts.
Je brandis mon épée de bois derrière moi.
Fouit !
Une sensation fugace, comme si je l’avais à peine effleurée.
Je l’avais manquée, mais de peu.
« Bien. Continue de me poursuivre, Maximilian. »
Son rire se dispersa dans l’air.
Dans un monde baigné de clair de lune, je frappai en direction de sa présence, comme si nous dansions.
Fouuuuit !
« Trop court. »
Je portai une estocade, mais ne l’atteignis pas.
« Trop court. Comme ça, tu ne m’atteindras jamais. Tu n’y arriveras pas. »
Je ne pourrais jamais l’atteindre.
Pour y parvenir, il fallait que mon épée s’allonge.
À l’instant où je compris ce qu’elle voulait dire…
Toc.
Srrk, quelque chose se détacha un bref instant.
C’étaient ses cheveux.
« … Bien. »
Sa voix était satisfaite. Je me retournai vers Freya,
qui se tenait déjà devant moi.
« Extension. »
La lame de mana qui entourait l’épée de bois que je venais de manier s’était allongée.
« Le mana assimilé à toi devient ta lame. Il devient le prolongement de ta conscience. Il ne se contente pas de s’allonger : il permet de créer des formes et des trajectoires que la lame ordinaire ne pourrait même pas imaginer. »
Sur la lame de mana aux reflets argentés, toc.
Freya posa un doigt dessus.
« C’est aussi le premier pas vers la perception de l’Épée du Cœur. »
Freya m’arracha mon épée de bois des mains et traça soudain une ligne dans l’air. Celle-ci se condensa en une forme étrange et dessina une entaille en croissant de lune.
Une page du Sabre secret d’Ebenholtz : Entaille au clair de lune.
« C’est aussi la voie qui mène à l’art secret d’Ebenholtz. »
Je la fixai et hochai doucement la tête.
* * *
Tôt le matin, au bureau de l’Ordre des chevaliers.
Je recherchai le dossier de Yukia sur l’ordinateur.
[Consultation du profil : Yukia Tarik]
[Espèce : tribu Yaken]
[Naissance : zone frontalière occidentale, camp nomade]
[Famille : père, Eric Tarik ; mère inconnue]
[Note particulière : renvoyée de l’Académie impériale]
Elle avait le même âge que moi. Cinq ans plus tôt, elle s’était installée dans l’Empire après avoir été séparée de son père, qui était mort deux ans auparavant.
[Eric Tarik]
[Espèce : tribu Yaken]
[Naissance : Yuek, ancien État de l’Ouest]
[Profession : guide]
Son père, Eric Tarik, était un guide qui parcourait le continent.
Guide était une profession spécialisée. Ce continent comptait encore de nombreuses régions inexplorées : la zone glaciaire de l’Arctique, les terres gelées de l’Antarctique, accessibles uniquement en traversant la mer méridionale de l’Empire, et le vaste canyon de l’Ouest, grouillant de bêtes démoniaques.
C’est pourquoi l’aventure faisait pratiquement office de rite de passage pour les nobles impériaux, et elle figurait officiellement au programme de la section d’élite de l’Empire.
J’avais moi aussi participé à des expéditions, bien sûr, et le guide se trouvait généralement tout à l’avant.
Le père de Yukia avait péri en guidant un noble sur un itinéraire.
Le dossier de l’affaire était classé confidentiel, niveau 2, mais j’y accédai grâce à mon autorité de chevalier.
[Résumé de l’incident : au cours d’une expédition dans la « forêt d’Aupharan », à l’ouest, une erreur d’itinéraire du guide a isolé l’équipe dans un repaire de bêtes démoniaques. Les nobles ont survécu grâce aux efforts acharnés des chevaliers d’escorte, mais on présume que le guide a péri sur place en tentant de fuir. Le corps n’a pas été retrouvé.]
[Remarques : procédure en cours pour obtenir des pénalités et des dommages-intérêts.]
C’était évident. Les nobles avaient dû provoquer eux-mêmes la crise par leur incompétence et leur imprudence, puis jeter le guide en pâture avant de s’enfuir. Une fois de retour, ils lui avaient fait porter le chapeau et avaient même sali sa mémoire.
« Hmm… »
J’éteignis l’écran.
Si je voulais m’approprier quelqu’un, je ne pouvais pas faire le difficile sur les moyens. Parfois, il fallait jouer les sauveurs. Parfois, il fallait remuer le couteau dans la plaie. Et, au besoin, être prêt à recourir à une manipulation presque digne d’un lavage de cerveau.
Je m’adossai à mon siège et fermai les yeux.
Alors, une sensation ténue, mais étrangère, effleura ma peau.
─ Tic. Tic.
Une infime ondulation s’était mêlée à la régularité absolue du temps de mon âme.
Une vague minuscule, mais le virus en moi ne la manqua pas.
Je souris en silence.
Une écoute clandestine.
Un mana furtif à la texture sauvage. Sans doute Yukia.
« … »
Je pouvais tirer parti de la situation, alors je choisis de ne pas couper le lien.
De toute façon, à partir de maintenant, ma vie serait faite d’écoutes clandestines et de surveillance.
Tout comme je les observais, ils m’observeraient, et quelqu’un à mes côtés m’épierait aussi.
Je regardai calmement par la fenêtre.
── Froufrou. Froufrou.
Sans que je m’en rende compte, une épaisse couche de neige s’était installée. Gigantes ayant été détruite, l’automne avait pris fin et l’hiver était arrivé.
Cet hiver… j’envisageais d’élever un chien.
Avant ma régression, un chien était devenu célèbre.
« Hé. »
Je souris. Ces derniers temps, de petits moments de bonheur m’étaient accordés de temps à autre. Quelqu’un d’autre que moi était désormais capable de distinguer les Izenheim. Ce seul fait m’avait donné un indice, ainsi que la certitude que je ne me trompais pas.
C’était une très bonne chose.
* * *
Je me rendis dans un orphelinat du district impérial 42 pour voir Entikkan, un Yaken et l’oncle de Yukia.
« … Grâce à votre aide, l’orphelinat fonctionne bien. »
J’étais venu recueillir des informations sur Yukia et son père.
« Je vois. Tant mieux. »
De nombreux enfants jouaient dans la cour de l’orphelinat. Ils avaient bonne mine. Leurs rires étaient clairs.
Des visages pareils pouvaient-ils exister dans un quartier défavorisé ?
Cette pensée me traversa soudain l’esprit, et je me demandai si, après tout, j’étais encore un noble.
Les enfants devraient pouvoir sourire partout. Ils le devraient.
[Bureau]
Entikkan me conduisit au bureau. À l’intérieur, des objets traditionnels yaken, décorés de cuir brut et d’os, côtoyaient plusieurs vieilles photos et des images encadrées accrochées aux murs.
L’une d’elles représentait Eric Tarik.
Le père de Yukia, que j’avais vu sur l’écran de l’Ordre des chevaliers.
Et le frère aîné d’Entikkan Tarik.
« … »
Je m’arrêtai devant la photo.
Le regard vaguement triste, les yeux emplis de vieux souvenirs, je fixai la personne dans le cadre.
Je ne dis rien. Je me contentai de regarder.
Il fallait que mon jeu paraisse naturel.
Il ne devait pas sembler préparé.
L’émotion devait s’exprimer dans le silence.
Si je fixais le portrait assez longtemps, Entikkan finirait par s’approcher, intrigué.
« Messire chevalier. Pourquoi ce cadre… ? »
« … Ah. »
Je détournai le regard, feignant de reprendre mes esprits, et esquissai un sourire.
« Ce n’est rien. De vieux souvenirs me sont revenus un instant. »
Le père était clairement la personne la plus importante pour Yukia. À partir de maintenant, j’allais donc tisser des liens qui n’avaient jamais existé.
Les morts ne parlent pas.
« Je vous en prie, asseyez-vous. »
Glouglou. Entikkan versa du thé dans une tasse en bois.
Je lui demandai :
« Au cas où, monsieur Entikkan… Avez-vous déjà senti sur quelqu’un une odeur d’eau croupie et de poisson ? »
« Croupie… quoi ? »
Entikkan cligna des yeux.
Je répétai ma question.
« De l’eau croupie et du poisson, ou une odeur quelconque qui vous semble étrangère, différente de celle des autres. »
« Euh… Vous voulez dire une odeur corporelle ? »
Je n’en savais rien. À en juger par la réaction de Yukia, cette odeur était clairement différente d’une puanteur ordinaire.
Entikkan secoua la tête.
« Désolé. J’ai une rhinite, alors mon odorat n’est pas très bon. »
Comment un Yaken pouvait-il avoir une rhinite… ?
« Vous vous demandez peut-être : “Comment un Yaken peut-il avoir une rhinite ?” »
« … »
Il m’avait percé à jour.
Sans un mot, je portai la tasse à mes lèvres et bus une gorgée. Entikkan esquissa un sourire amer et poursuivit :
« Merci d’avoir recueilli Yukia. Elle a un caractère rebelle, mais elle est douée. Elle vous sera utile. »
Toc.
Je reposai la tasse et changeai naturellement de sujet.
« Monsieur Eric communiquait-il souvent avec Yukia ou avec vous, monsieur Entikkan ? »
J’employai délibérément une formule de politesse. Comme prévu, le sourcil d’Entikkan tressaillit.
« … Non. Mon frère n’était pas bavard. Il ne parlait guère des autres, ni de lui-même. Après avoir envoyé Yukia étudier dans l’Empire, nous avons même perdu contact pendant un moment. »
Tant mieux. C’était courant chez les guides yaken.
Ils étaient très discrets et fiables.
Grâce à cela, le vide que je pouvais combler était plus vaste. Je pouvais donc passer à l’étape suivante.
« … Je vois. »
Je lui adressais un mince sourire compréhensif quand…
« Vous connaissiez mon frère ? »
Entikkan posa la question, avec une certitude prudente. C’était le moment que j’attendais.
Mais je ne devais pas trop en faire.
Il fallait que cela paraisse aussi naturel que possible.
Je poussai un léger soupir et m’enfonçai dans mon fauteuil.
« Chez les nobles, l’aventure passe pour une vertu. Pour prouver leur force, ils explorent dès l’enfance. J’ai moi aussi participé à des expéditions une fois par an, que je le veuille ou non. »
À vrai dire, je ne savais pas quel guide j’avais rencontré à l’époque.
Mais l’itinéraire de la zone frontalière occidentale, privilégié par les nobles impériaux, était toujours le même et la plupart des guides y travaillaient. Il y avait donc de fortes chances que nos chemins se soient croisés.
« Alors… est-ce pour cela que vous nous avez aidés ? »
Ce n’est qu’alors qu’Entikkan sembla comprendre. Son allure de loup s’adoucit encore un peu.
Je secouai fermement la tête.
« Je ne libère pas quelqu’un qui a été dénoncé aux autorités pour des raisons personnelles. »
Je voulais qu’il comprenne que j’avais agi par devoir officiel de chevalier.
Entikkan hocha la tête.
« … Oui. Je le prendrai ainsi. »
Je remarquai alors un petit sifflet en forme de corne posé sur le bureau.
« Les Yaken fabriquent souvent ce genre d’objets. »
La plupart des Yaken confectionnaient des objets. En bois, en pierre, peu importait. J’ignorais pourquoi. Ils disaient que c’était une tradition transmise de génération en génération.
« Oui. Mon frère l’a fabriqué. »
Entikkan prit le sifflet en bois avec un sourire amer.
« Pour les Yaken, cet objet a une grande signification. Il témoigne de l’existence et de l’âme de chacun, et nous croyons que le mana des esprits y réside. »
« Vous en offrez parfois ? »
« Rarement. De temps à autre, uniquement à un frère ou une sœur, ou à quelqu’un qui en tient lieu… »
J’écoutai en silence.
« Uniquement à un frère ou une sœur, ou à quelqu’un qui en tient lieu. »
Je venais d’obtenir un indice très important.
« Bien. Maintenant que j’ai fait le tour de l’orphelinat… »
Je sortis mon carnet de chèques.
« C’est un don. »
Les yeux d’Entikkan s’écarquillèrent dès qu’il vit le montant.
« Ce montant… C’est vraiment un don sans rien attendre en retour ? »
« Oui. »
Il l’avait plus que mérité. Grâce à lui, je venais de trouver ma voie.
« C’est un don sans conditions. Ce n’est rien, comparé à ce que j’ai reçu. »
Entikkan me fixa un instant, puis hocha doucement la tête.
« … Merci. Je ne refuserai pas. »
Je souris et me levai.
Entikkan et le personnel de l’orphelinat m’accompagnèrent jusqu’à la sortie. Une fois au volant, j’appelai Schatz.
« Schatz. Il y a du nouveau. Récupération du corps. »
Eric Tarik.
Son corps n’avait jamais été retrouvé. Il devait encore être enseveli dans la forêt d’Aupharan.
« Commence par enquêter sur le noble qui a engagé Eric Tarik il y a deux ans. Découvre tout ce que tu peux et fais-moi un rapport complet. »
« Oui. Compris. »
Ça prendrait du temps, mais c’était absolument nécessaire.
Pour obtenir ce que je voulais, je ne ferais pas le difficile sur les moyens.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>