Chapitre 72
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Traducteur : Coughing Baby
Relecteur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 72
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Procès a posteriori (2)
Le procès que ces salauds du palais avaient manigancé dérailla dès le départ. Le procureur, complètement déboussolé, se contenta de marmonner un résumé de l’affaire terroriste de Gigantes, puis le juge abattit son marteau en annonçant qu’une nouvelle date serait fixée plus tard. Quant aux indemnités…
« C’est vraiment regrettable. »
« Ha ha… ha ha… »
« Hum. Malgré tout, Gigantes a été détruite… Il est un peu exagéré de ne penser qu’à ses sentiments personnels… »
La plupart des nobles du palais observèrent mon expression, puis s’éclipsèrent comme s’ils prenaient la fuite.
Bien sûr, le palais n’était pas peuplé que de gens comme eux. C’était simplement que leur proportion était aberrante ; les nobles normaux, ou même remarquables, n’avaient jamais convoité l’argent facile de Gigantes.
Quoi qu’il en soit, l’audience fut suspendue de manière pitoyable. Les agents de sécurité qui avaient occupé le banc des accusés s’approchèrent de moi avec hésitation et s’inclinèrent.
« Nous sommes désolés. Vraiment désolés, messire chevalier. »
Ils continuaient de s’excuser aux côtés de leur avocat. Je leur fis signe de la main.
« Vous n’avez aucune raison de vous excuser. Vous n’étiez pas là pour assumer la véritable responsabilité. »
« …Pardon ? »
Le système de classes de l’Empire devenait parfois mon arme, ou le fondement de mes actes.
« Jusqu’où des gens du peuple peuvent-ils être tenus pour responsables ? Prétendre que Gigantes est tombée uniquement à cause de gens comme vous, c’est absurde. »
Mon arrogance sembla les soulager ; leur visage s’éclaira enfin. Après les avoir regardés fondre en larmes et s’effondrer dans les bras de leurs proches, je me détournai.
Alphonse se tenait là.
« Vous le pensez vraiment ? Ce que vous avez dit pendant ce procès. »
Alphonse avait l’air méfiant. Je haussai les épaules.
« …La logique n’est peut-être pas irréprochable. Quand les gens sont en colère, ils commencent par recourir à des sophismes émotionnels. Mais je ne crois toujours pas qu’un contrôle quasi tyrannique et un traitement mécanique conduisent naturellement à l’efficacité. »
« C’est inattendu. Les sujets ne sont-ils pas censés être des porcs et des chiens, dont les nobles doivent planifier jusqu’aux horaires des toilettes ? »
Je laissai échapper un rire sans joie devant la provocation d’Alphonse.
« Vous avez l’air bien trop heureux que Gigantes ait été détruite. Modérez-vous, ou vous pourriez vraiment finir en prison. »
« … »
Alphonse fourra son appareil photo dans son sac et s’éloigna.
Il ne manquait vraiment pas de cran.
Alors que je traversais le hall du tribunal, je repérai un visage que j’étais heureux de voir.
« Edmund ! »
Le colonel Edmund Bwindol. Il se tourna vers moi et leva la main, le visage crispé. C’était assurément un homme qui prenait le devoir public à cœur, plus que la plupart.
« Max. J’ai appris que Gigantes t’avait aussi fait subir de lourdes pertes. »
« Ce qui est perdu est perdu, inutile d’en parler. Mais toi, comment ça se passe ? »
« État d’alerte. Toute la région frontalière. »
À cet instant, quelqu’un s’approcha discrètement d’Edmund. Celui-ci parut légèrement embarrassé et me le présenta d’un geste.
« Je te présente le major Goetz. L’un de nos officiers d’état-major. »
« Fidélité ! C’est un honneur de vous rencontrer, messire chevalier ! »
Goetz. Un nom que je connaissais, et un visage qui m’était familier. Des yeux exorbités qui semblaient prêts à lui sortir des orbites, un corps décharné et des boucles inutilement bien coiffées lui donnaient un air déséquilibré.
Un officier de naissance noble qui gravirait plus tard les échelons jusqu’à occuper des postes clés, avant de finir sa vie en criminel de guerre particulièrement abject.
« J’ai tant entendu parler de messire Maximilian sur le front oriental ! »
« Oui. »
« Je vous en prie, parlez librement, messire ! Entendre parler de vos exploits, même de loin, m’a profondément bouleversé… »
Goetz enchaîna les phrases sans reprendre son souffle. Un extérieur décoré, un intérieur vide.
Autrement dit, de la pure flagornerie.
J’avais déjà trop longtemps côtoyé des gens comme lui ; à présent, ils ne faisaient que m’épuiser.
Je demandai à Edmund : « L’armée ou la Maison impériale ont-elles annoncé autre chose ? »
« Même son de cloche. État d’urgence. Aussi problématique qu’ait été Gigantes, elle fournissait tout de même une grande partie des munitions impériales. »
Il fallait donc que je me prépare, moi aussi.
Bientôt, mon usine comblerait le vide laissé par Gigantes.
« …Cela dit. »
Edmund esquissa un sourire et me tapota l’épaule.
« Ce que tu as dit au tribunal tout à l’heure était juste. Dans cette affaire, quelqu’un d’autre devrait porter la responsabilité. »
Son éloge sans fioritures ne me déplut pas.
« Euh, messire chevalier… »
Le major Goetz, qui guettait une occasion de s’immiscer dans la conversation, intervint.
« Si cela ne vous paraît pas déplacé, pourrais-je avoir votre numéro de communicateur ? Mes connaissances sont limitées et insuffisantes ; j’espère pouvoir solliciter vos conseils sur diverses questions à l’avenir… »
Des yeux avides. Les gens obsédés par l’ascension étaient épuisants. Surtout ceux qui désespéraient de s’accrocher à quelqu’un.
« Je vous transmettrai le numéro de mon secrétaire administratif. Mon emploi du temps est trop chargé pour que je prenne directement les appels. »
« Ah… oui. Compris ! C’est déjà un honneur ! »
Goetz s’inclina à plusieurs reprises, tentant de dissimuler sa déception.
Edmund haussa un sourcil.
« Allez, file. Tu as l’air occupé. »
« Oui. Bon courage. »
Je m’éloignai d’Edmund.
Un instant, je me demandai ce qu’il pensait vraiment de Gigantes.
Edmund devait être un camarade de la Faction révolutionnaire.
Un camarade encore plus proche de Thomas Wagner, l’un des chefs centraux de l’organisation.
…
Edmund Bwindol. Depuis notre enfance, il avait grandi à mes côtés sur le domaine des Ebenholtz, presque comme un frère.
Était-il destiné à devenir un jour mon ennemi ?
Devrais-je un jour l’abattre de ma propre main ?
Était-ce là la seule fin possible ?
Pour l’instant, nul ne pouvait le savoir.
* * *
Boum !
Dans le bureau de l’Ordre des chevaliers, une lourde pile de documents atterrit sur le bureau.
C’étaient les dossiers apportés par Dieter.
« Pourquoi y en a-t-il autant ? »
« Ces documents exposent les atouts de notre usine et prouvent qu’elle peut combler une grande partie du manque laissé par Gigantes. »
Dieter poursuivit d’un ton calme :
« Nous avons déjà acheté des terrains dans le sud de la région d’Hermes, et nous avons également importé les machines de précision les plus récentes de l’État indépendant de Kanillan pour le traitement des pierres de mana. Comme ces équipements ont été conçus à l’origine pour traiter des pierres de mana instables, leur durabilité et leur précision dépassent les normes militaires. Avec quelques ajustements mineurs des procédés, nous pouvons immédiatement produire des obus, des pièces d’armes à feu, et même des chars. Voilà notre argumentaire. »
La justification était parfaite. Pour cette éventualité, j’avais même acheté à l’avance de nombreuses mines de matières premières, notamment de minerai de fer.
« On se rend au palais tout de suite ? »
« Oui. Le moment devrait être bien choisi. »
Je quittai le bureau avec Dieter.
Nous descendîmes jusqu’au parking et montâmes dans la voiture qui nous attendait. Sur le siège passager, Yukia, de la tribu des Yaken, s’inclina légèrement. Elle semblait consciente de la manière dont les Yaken étaient traités ; elle avait donc dissimulé ses traits derrière des lunettes de soleil et un tailleur.
« Tu te présentes, n’est-ce pas ? »
Yukia répondit brièvement :
« …Secrétaire exécutive Yukia. »
« Ah, messire chevalier. Nous lui faisons suivre une formation en poste, mais… Peut-être parce qu’elle maîtrise mal la langue impériale, nous n’arrivons pas à corriger sa façon si sèche de s’exprimer. »
Le secrétaire administratif ajouta, embarrassé :
« Ce n’est pas grave. En route. »
Elle le faisait probablement exprès.
« Oui. »
Sur la route qui menait de l’Ordre des chevaliers au palais impérial, une ombre gigantesque tomba soudain derrière la fenêtre.
Vrrrroum !
Un avion de transport décollait dans un grondement. Au loin, sur le terrain d’atterrissage, des chevaliers attendaient leur tour en groupes, vérifiant leur équipement.
Bientôt, l’assaut aérien dépasserait le cadre des compétences élémentaires des chevaliers et deviendrait une capacité essentielle à maîtriser dans la guerre à venir.
Laissant cette scène derrière nous, nous arrivâmes à la porte principale du palais.
« Attendez ici. »
Je sortis de la voiture. Guidé par des secrétaires du palais, je me dirigeai vers la grande salle de conférence. Cette réunion d’urgence avait été convoquée pour combler le vide laissé par Gigantes.
Sous les lustres étincelants, de hauts fonctionnaires de l’armée et du ministère des Finances, de nombreux nobles du palais ainsi que des chefs d’entreprise de taille moyenne étaient déjà réunis.
« Notre société Elron Industries mettra en place une ligne de production de nouveaux obus aussi vite que possible. Vous pouvez nous faire confiance. »
« Ici Kaision Heavy Industries. Nous pouvons livrer immédiatement des pièces de chars conformes aux normes de campagne. »
« Chez Emelton, nous prendrons en charge l’approvisionnement en acier. Nous ne pouvons pas rivaliser avec Gigantes, mais… »
Après les longues déclarations de nombreuses sociétés et maisons, mon tour finit par arriver.
« Je suis Maximilian Ebenholtz. »
Ceux qui avaient eu l’air de s’ennuyer, au point de bâiller, se redressèrent aussitôt.
Tel était le poids du nom Ebenholtz.
« Je possède une usine dans le sud de la région d’Hermes. »
Je leur présentai la proposition : des équipements de pointe importés de Kanillan, une chaîne d’approvisionnement stable en matières premières et une capacité de production immédiate.
« Cette usine doit s’équiper des installations d’automatisation les plus récentes de Kanillan. Comme ces machines ont été conçues pour le traitement des pierres de mana, leur durabilité et leur précision dépassent les normes militaires… »
Les nobles du palais hochèrent ostensiblement la tête, approbateurs.
« À côté de Gigantes, notre structure est plus modeste, mais notre efficacité sera bien meilleure. Là où Gigantes avait besoin de cent personnes, dix suffiront chez nous. Je vous garantis ce niveau d’efficacité. »
Ils devaient se sentir quelque peu coupables des pertes que j’avais subies à cause de mon investissement dans Gigantes.
« Cependant, lord Maximilian… »
Malgré tout, tout le monde ici n’était pas facile à convaincre.
Oscar Steiner, un responsable du ministère des Finances au visage acéré, remonta ses lunettes et me mit au défi.
« Vous affirmez que ces équipements ont été conçus pour le traitement des pierres de mana. Demandez-vous donc une aide fiscale pour les adapter ? »
Je n’avais aucune intention de mendier des subventions auprès de ces salauds du palais. Ils s’en serviraient évidemment comme prétexte pour se mêler de mes parts et du reste.
« Je prendrai tout en charge avec mes fonds personnels. Si l’argent venait à manquer, j’irais jusqu’à garantir des emprunts sur mes mines de pierres de mana. »
Un murmure parcourut la salle. Oscar, encore plus perplexe, me demanda : « Alors, qu’attendez-vous en retour ? »
« Seulement de la main-d’œuvre et des commandes régulières. »
« De la main-d’œuvre ? »
« Oui. Sélectionnez des ouvriers qualifiés de Gigantes et envoyez-les dans notre usine. »
Même avec l’automatisation avancée de Kanillan, l’industrie lourde comme la production de munitions restait, au bout du compte, l’affaire des hommes.
Le savoir-faire pratique, l’expérience et l’instinct.
Gigantes s’était effondrée, mais les artisans qui avaient travaillé l’acier pendant des décennies avaient survécu. J’avais besoin d’eux, et le palais devait aussi trouver quoi faire des gens soudainement tombés au chômage.
« Cela devrait compenser les pertes que j’ai subies à Gigantes. »
Je promenai lentement le regard sur les nobles du palais.
« C’est l’occasion d’éviter que quiconque soit blâmé ou acculé à cause de l’affaire Gigantes. Nous gaspillons notre colère en la dirigeant contre les mauvaises personnes ou en détournant les yeux. »
C’était une remarque directe. La colère aurait dû viser l’organisation traîtresse qui avait détruit Gigantes ; alors pourquoi cherchaient-ils à se déchirer entre eux ?
« Je crois que c’est la meilleure solution dans les circonstances actuelles. »
« …Oui. Je comprends. Mais… »
Oscar semblait toujours méfiant.
« Il faudra garantir la transparence des coûts et des marges. »
« Voyez cela avec notre équipe. Nous fournirons nos produits à des prix unitaires très raisonnables. »
De toute façon, l’industrie des munitions ne ferait que prendre de l’ampleur avec le temps ; un bénéfice modéré suffirait. Un pour cent d’un projet de cent milliards, cela faisait un milliard. Même un pour cent représentait une somme colossale.
En outre, j’étais satisfait à l’idée d’affaiblir les fondations du palais tout en renforçant la puissance militaire de l’Empire.
« Des prix raisonnables. Peut-on vous croire ? »
Je souris à la question d’Oscar.
« Oui, bien sûr. Je le jure sur mon nom. »
* * *
Salle de conférence du ministère impérial des Finances.
Dans le silence, seuls résonnaient le grattement sec des plumes et le froissement des pages. Les fonctionnaires dirigés par le directeur Oscar épluchaient les documents soumis par Dieter Schmidt.
« …Hmm. »
Oscar finit par froncer les sourcils.
À vrai dire, il trouvait les intentions de Maximilian suspectes.
Pour une grande maison, la destruction de Gigantes aurait pu représenter une occasion à saisir.
Si Maximilian avait été du genre à convoiter les recettes fiscales, la situation aurait été plus facile à comprendre.
Pourtant, les conditions présentées par son secrétaire administratif étaient presque trop raisonnables.
Non, elles favorisaient l’Empire.
« Secrétaire administratif Dieter Schmidt. »
Oscar s’adressa à Dieter Schmidt, assis parmi eux.
« Les documents ne suffisent pas. Je veux inspecter l’usine de mes propres yeux avant de prendre une décision. »
Dieter hocha la tête.
« Oui, je vous en prie. Vous êtes le bienvenu quand vous le souhaitez. »
« … »
Oscar garda le silence un instant. Il fixa Dieter, puis reprit :
« Malgré tout, les achats militaires sont financés par les impôts des sujets. Nous devons donc obtenir une part des bénéfices que vous tirerez de cette affaire… »
Il s’apprêtait à les mettre à l’épreuve et à réclamer des avantages supplémentaires.
« Nous sommes prêts à réinvestir plus de 30 % des bénéfices nets dans les secteurs civils. »
Dieter prit les devants.
Trente pour cent. Un chiffre énorme. Oscar et les autres fonctionnaires en restèrent stupéfaits.
« Pourquoi ? »
Oscar retira enfin ses lunettes et les posa sur la table. Son regard perçant se fixa sur Dieter.
« Vous avez l’air d’être aussi porté sur les chiffres que moi, alors parlons franchement. Ce n’est pas un calcul de marchand. »
« La production de munitions est une activité d’une ampleur exceptionnelle. Si elle se poursuit sans interruption, les bénéfices finiront aussi par nous revenir. »
« Je le sais. On peut accepter des pertes immédiates en vue de gains futurs, si nécessaire. »
L’Empire devait combler le vide laissé par Gigantes.
Cela rendait la situation urgente.
Vous pouviez fort bien être en position de force, avec tous les atouts en main.
« Mais ce n’est pas nécessaire pour l’instant. Alors pourquoi le faire ? »
Tout en remettant sa plume en place, Dieter répondit d’un ton léger :
« C’est la volonté de notre patron. »
« La volonté de messire Maximilian ? »
« Oui. »
Il ajouta calmement : « Parce que messire chevalier est un loyal sujet de l’Empire. »
« …Un loyal sujet. »
Loyal sujet. Dans ce palais stagnant et pourri, c’était un terme qu’on ne rencontrait presque jamais, un mot fossilisé dans les manuels scolaires.
Oscar cligna des yeux, hébété, puis laissa échapper un rire sec.
« On dirait que le directeur a vu trop d’imposteurs et qu’il s’est laissé troubler un instant. »
Dieter promena son regard sur tous les membres du ministère des Finances, puis poursuivit :
« Cet homme ne sert que l’Empire. »
« … »
Tic. Tic.
Oscar et les autres fonctionnaires en restèrent sans voix. Dans ce silence, le tic-tac de l’horloge résonnait étrangement fort.
Comme si de rien n’était, Dieter baissa les yeux vers les documents.
Tic. Tic.
Au rythme régulier de la trotteuse,
leur conversation fut transmise vers un lieu invisible.
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