Chapitre 7
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Traducteur : Coughing Baby
Éditeur : Coughing Baby
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◈ L’Impérialiste malgré lui
Chapitre 7
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Dès le premier jour (2)
Dans le hall de l’Ordre des Sentinelles, deux personnes regardèrent Maximilian s’éloigner dans le couloir.
« Tiana, tu as une sale tête. »
À la remarque de Leon, Tiana reprit contenance.
« De quoi tu parles ? »
La plupart des nouvelles recrues des Sentinelles venaient de la section d’élite de l’Empire, l’académie militaire. Mais Maximilian était moins doué que Tiana, avait de moins bonnes notes et se comportait moins bien qu’elle.
De très loin.
« De toute façon, je n’attendais rien de lui. »
Pourtant, à cette cérémonie d’intronisation, Maximilian avait occupé la place centrale, la meilleure, tandis que Tiana n’avait pu que le fusiller du regard, assise à côté de lui.
« On dit que les chevaliers sont en gros des travailleurs indépendants. »
Tiana ricana en repoussant ses cheveux roux.
Chez les chevaliers, les résultats étaient visibles : c’était donc le talent individuel qui comptait avant tout. Même un roturier, même quelqu’un issu d’une maison sans valeur, pouvait gagner beaucoup d’argent. Du moins, pour ce qui était des revenus, le mérite était le seul critère.
« Alors, vous n’êtes pas l’épée de l’Empire ? »
« … »
Tiana eut un petit ricanement.
La loyauté n’était qu’un vieux fantasme romantique. En ces temps-là, aucun chevalier ne considérait cette abstraction comme une valeur réelle. Le statut avait ses limites. Si l’on naissait Impérial, on n’avait aucune chance de s’élever bien haut à moins d’être noble. Et même un noble convenable ne pouvait rivaliser avec une lignée de fous comme celle des Ebenholtz.
« … Être l’épée de l’Empire va de soi. Je veux juste bien gagner ma vie en même temps. »
Mais, évidemment, exprimer de telles pensées à voix haute lui attirerait des ennuis.
Enfant, Tiana avait rêvé de devenir Commandante des chevaliers. À présent, elle aspirait plutôt à une vie aisée. Si elle travaillait dur comme chevalière pendant dix ans, ce serait tout à fait à sa portée.
* * *
J’arrivai sur les lieux du crime avec Yulian. L’affaire se déroulait dans un manoir du quartier aisé de l’Empire.
Les policiers qui bouclaient les lieux vinrent à notre rencontre.
« Vous voilà. »
Un inspecteur d’âge mûr nous salua avec déférence. Yulian prit la parole.
« Veuillez nous montrer le chemin. »
« Bien sûr. Par ici. »
Nous suivîmes l’inspecteur dans le manoir.
« C’est un peu en désordre. »
La scène de crime se trouvait dans une pièce cachée au sous-sol du manoir. Des instruments de torture impossibles à identifier étaient accrochés aux murs, et des taches de sang séché assombrissaient le sol.
Il était évident que quelque chose s’était passé ici. Le mort avait des goûts ignobles.
« Le corps a été découvert dans ce sous-sol. »
Je connaissais les grandes lignes de l’affaire. La victime était l’un de ces nombreux nobles impériaux bons à rien qui méritaient de mourir.
Mais quels que fussent ses crimes, assassiner un noble comptait parmi les crimes les plus graves aux yeux de la loi impériale. Pour un chevalier impérial, traquer les meurtriers de nobles était aussi une priorité absolue.
« Jettez-y un œil. »
Avant ma régression, je n’avais pas réussi à trouver le coupable. Parce que j’étais un incapable.
… Pour être honnête, je ne savais toujours pas qui c’était.
Tressaillement.
Le virus sous ma clavicule gauche réagit faiblement. Je fronçai les sourcils.
Un Izenheim.
« La scène a été correctement préservée. »
Yulian marmonna en balayant les lieux du regard. Il enfila des gants et ramassa quelques objets dans la pièce.
« Mais rien qui puisse servir d’indice. »
Je cherchai moi aussi des preuves.
Les Izenheim opéraient en cellules cloisonnées et excellaient à dissimuler leur nature, à laquelle ils étaient extrêmement sensibles.
Mais, aussi parfaitement qu’ils se déguisent, ils ne pouvaient effacer les traces distinctives qu’ils laissaient derrière eux.
« Maximilian, tu as trouvé quelque chose ? »
Yulian me posa soudain la question. Je me tournai vers lui.
« Ces empreintes. »
Je désignai les traces à peine visibles sur le sol.
« À en juger par leur taille, elles semblent appartenir à un enfant. »
La forme, oui. Mais les apparences étaient trompeuses. C’était une espèce extraterrestre. Nous ne savions même pas si elle vivait dans le même flux temporel que nous.
« C’est vrai. »
Yulian hocha la tête.
« Une affaire intéressante pour ta première mission. Donne le meilleur de toi-même, Maximilian. »
Il retira soudain ses gants et arqua un sourcil dans ma direction.
« … Tout seul ? »
Était-ce déjà comme ça avant ma régression ?
Je ne m’en souvenais pas clairement. Cela remontait à trop longtemps et, à l’époque, je n’avais ni les capacités ni la volonté de traiter correctement ce genre d’affaire.
« Bien sûr. N’est-ce pas une bonne occasion de tester les capacités de ton jeune partenaire ? »
Yulian s’en alla sans plus de cérémonie. Il gravit l’escalier à grandes enjambées et disparut avant même que je m’en rende compte.
« Mais qu’est-ce que… »
Resté seul, je parcourus de nouveau le sous-sol du regard.
Je remarquai alors, dans un coin, un vieux carnet de croquis. C’était celui que Yulian avait observé quelques secondes plus tôt.
Je le ramassai. Toutes les pages étaient couvertes de dessins tordus.
Un détail retint mon attention.
Un tableau représentant un parc.
J’y repérai une trace et…
« … Je l’ai trouvé. »
Le virus en moi réagit vivement.
Une trace énergétique caractéristique d’un Izenheim.
Un signal de détresse qu’un Izenheim avait envoyé à un autre.
« Inspecteur. »
« Oui ? »
« Quel est le parc le plus proche d’ici ? »
Cette chose se cachait là-bas.
Et le Yulian dont je me souvenais avait probablement…
* * *
Yulian rejoignit un parc tranquille. Il s’enfonça dans les bois, derrière une vieille fontaine, et découvrit un minuscule abri en bois. Des enfants l’avaient rafistolé à leur guise pour en faire une cachette.
Il jeta un regard prudent à l’intérieur. Une petite silhouette y était accroupie.
Un enfant tremblant de peur.
« Alors, c’était toi. »
La voix de Yulian était basse et douce. L’enfant releva la tête. Il avait douze ans tout au plus, peut-être treize.
Son visage était livide, ses yeux emplis de terreur.
« Ça va aller. Je ne te poserai aucune question. »
Son devoir de chevalier se heurtait à la compassion qu’il éprouvait pour l’enfant. Yulian était un chevalier qui protégeait l’Empire, mais il savait mieux que quiconque à quel point la société noble était pourrie et corrompue. Ce monde comptait bien trop de nobles aussi ignobles que des asticots.
« Sors. »
Il tendit lentement la main.
« Tout va bien. »
L’enfant hésita un instant, puis prit la main de Yulian. À ce contact frêle et fragile, Yulian serra les dents.
L’enfant sortit lentement.
« Maintenant… »
C’est alors que cela arriva.
Froufrou.
Des pas résonnèrent de l’autre côté. Par réflexe, Yulian dissimula l’enfant derrière lui.
« … »
Un homme surgit soudain des ombres de la forêt. Le clair de lune bleu donnait un éclat sinistre à son visage que la nuit avait assombri.
Yulian prononça son nom.
« Maximilian. »
Maximilian Albrecht Ebenholtz.
L’homme qu’on appelait « Max » regarda tour à tour Yulian et l’enfant, puis hocha la tête.
« Oui, chevalier Yulian. Vous pouvez m’appeler Max. »
Yulian n’en laissa rien paraître, mais il était sur ses gardes. L’avait-on suivi ? Non, impossible. Il avait surveillé les alentours avec la plus grande attention. Un jeune chevalier inexpérimenté comme lui ne pouvait pas tromper ses sens.
Une seule conclusion s’imposait.
Je l’avais gravement sous-estimé.
Max ne disait rien. Détaché, glacial. Ses pupilles, limpides comme la glace, observaient l’enfant. Yulian sentit une chaleur lui remonter le long de l’échine.
Mais ce silence ne dura qu’un instant.
Un léger sourire étira les lèvres de Max.
« La victime était un putain de salaud. Le vieux Essent. Sa réputation était bien connue dans le coin. »
« … Vous avez déjà enquêté ? »
« Les policiers me l’ont dit. »
Max s’approcha de l’enfant.
« Une ordure humaine qui faisait des choses trop abjectes pour être racontées. Même si cette affaire n’avait pas eu lieu aujourd’hui, j’aurais probablement fini par vouloir le tuer moi-même. »
Toujours avec son sourire doux, Max se baissa à la hauteur de l’enfant.
« C’est toi qui l’as tué ? »
Il posa la question à l’enfant. Du sang séché recouvrait tout son corps. Il aurait suffi d’analyser les traces de mana pour identifier le véritable coupable.
« Dis-nous la vérité. Nous pouvons t’aider. »
L’enfant leva alors les yeux vers Max. C’était ce genre de regard, mêlant innocence et fragilité, qui donnait envie de protéger son propriétaire.
« … Oui. Cet homme… »
La voix de l’enfant trembla, puis s’éteignit.
« Tu n’as pas besoin d’en dire plus. »
À la place, Max approcha sa bouche de l’oreille de l’enfant. Il lui murmura quelques mots brefs. Mais l’enfant ne réagit pas. Seules ses lèvres bougèrent faiblement.
Fssht !
L’air se fendit. La lame qui se dressait traça une ligne droite sur le cou de l’enfant. Yulian se figea. Sans même s’en rendre compte, il posa la main sur la garde de son épée. Cet instant lui parut interminable.
Devait-il dégainer pour parer le coup ?
C’était déjà trop tard. Son hésitation l’avait ralenti.
L’enfant s’effondra sans même pousser son dernier souffle, et le sang rouge jaillit de son petit corps. Une vague de sang s’étala en un mince filet.
« Chevalier Yulian. »
Max retrouva son expression indifférente.
« Selon la loi impériale, le meurtre d’un noble entraîne un jugement sommaire, quelle qu’en soit la raison. Même si le noble en question est le pire fils de pute qui soit. »
Yulian tressaillit légèrement. D’un geste brusque, il essuya le sang de l’enfant sur sa joue.
« … C’est vrai. »
Il tenta de garder son calme, mais sa voix trembla par moments. Il refoula les émotions qui montaient en lui.
« On n’aurait pas pu l’arrêter et l’interroger ? »
Il posa plutôt cette question. Max baissa les yeux vers le cadavre de l’enfant, sortit un linge et essuya sa lame souillée.
« Les preuves restent de toute façon sur un cadavre. Et puis… »
Max répondit d’un ton calme.
« Qui sait si des choses comme ça ne deviendront pas des monstres que personne ne pourra maîtriser ? »
Yulian sourit avec douceur et pensa :
Ce salaud était complètement cinglé.
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